Pendant que Roberto effectue sa traversée transatlantique, nous jouons les prolongations au Brésil, dont nous n’avions visité que le Sud-Est au début de notre boucle sud-américaine.

Vol Carthagène-Rio : quand les taxis ont perdu la guerre
Nous voici donc partis pour le Brésil. En partant dans le mauvais sens puisque la compagnie aérienne que nous avons choisie – pour son tarif le moins élevé – est panaméenne et que nous devrons faire escale à Panama city. Nous survolerons d’ailleurs au passage juste avant d’arriver le Fort Desaix, le porte-conteneur attitré de Roberto, qui attend son tour depuis presque 5 jours devant l’entrée Sud du canal. Un vol d’une heure, suivi d’un vol de 6 heures pour Rio de Janeiro. À l’arrivée, nous décidons de contourner les taxis officiels prépayés et de prendre un VTC Uber. Alors qu’en France et dans pas mal d’endroits du monde c’est la guerre avec les taxis, nous avons la surprise de découvrir qu’ici la compagnie privée a sa porte de sortie dédiée et même un parking réservé. Le succès est au rendez-vous, les véhicules disponibles sont nombreux et nous attendrons moins de 2 minutes. 8 euros pour 45 mn de trajet, c’est à la fois moins cher et plus sûr que les taxis classiques dont certains sont corrompus, vous rallongeant au mieux le trajet pour faire grimper la note et vous faisant faire au pire la « tournée des distributeurs de billets » à l’aide d’un complice sous la menace d’une arme.
Premiers pas à Rio de Janeiro : pot d’accueil et logistique
Nous prenons possession de notre location dans le centre historique avant de repartir à l’aéroport accueillir notre ami Christophe, qui nous fait le grand plaisir de nous rejoindre pour partager avec nous ce dernier tronçon en Amérique du Sud. Nos premières découvertes seront d’abord culinaires, avec pour fêter notre arrivée cette « caïpifruta », une variante de la caïpirinha remplaçant le citron vert par une purée de fruits rouges. Suivie d’un repas aussi gastronomique qu’économique (entrée-plat-dessert pour 14,50€) et d’un petit tour logistique où nous découvrirons des fruits plutôt géants au supermarché du coin.
Architecture : brusque transition de style, du colonial au brutaliste
Une pluie battante matinale nous donne quelques inquiétudes mais ne dure pas et nous voilà partis à explorer notre quartier. Bien que situé en plein centre historique, il est étonnamment délabré, tagué de partout – on vous épargne ça sur les photos -, mélangeant immeubles coloniaux décrépits et constructions datant de quelques décennies sans aucune harmonie architecturale. Un curieux cône de béton émerge de tout ça, qui pourrait être aussi bien une centrale nucléaire qu’un vélodrome ou un bâtiment public. Vous découvrirez l’étonnante solution dans le carrousel de photos. Avec en prime une vidéo sur une statue voisine.
Belle architecture
Heureusement, çà et là quelques beaux bâtiments sortent du lot, comme le théâtre ou la bibliothèque nationale, ou encore l’étonnante église de Notre-Dame de Lapa. À découvrir dans le carrousel de photos avec les commentaires
Point sur le shipping de Roberto
Un arbre extraordinaire
Une petite place sur notre parcours de découverte du centre de Rio est ombragée par des arbres que nous n’avions pas rencontrés auparavant. Ce ne sont pas tant les branches et le feuillage, tous deux très haut perchés, qui attirent notre attention que les troncs qui sont couverts de grappes de gros fruits sphériques et auxquels sont rattachées d’imposantes fleurs aux pétales carmin et étamines en forme de serpent. Les fruits sphériques ont une carapace ferme et pèsent assez lourd, entre 1 et 2 kg pour ceux que nous pouvons soupeser. Il est dangereux de passer en dessous car lorsqu’ils se décrochent, ils peuvent créer de sérieux dégâts, aussi bien aux crânes humains qu’aux carrosseries automobiles. L’arbre tire son nom de ces projectiles : l’arbre à boulets de canon. Le vrai nom scientifique est Couroupita guianensis, attribué en l’honneur du pays de découverte par l’explorateur et botaniste français qui a décrit pour la première fois l’espèce au monde occidental.
Les fleurs quant à elles sont responsable de l’adoption de l’arbre en Inde et au Sri Lanka, du fait de leur ressemblance avec le Naga, serpent emblème du dieu Chiva. On trouve ainsi l’arbre à boulets de canon dans beaucoup de temples hindouistes ou bouddhistes du sud-est asiatique. À noter un fait unique dans le monde végétal : les fleurs sont munies de 2 étages de pollen, l’un, inférieur, factice mais attirant les insectes. L’autre supérieur, fonctionnel, déposant le vrai pollen sur leur dos afin qu’ils aillent le propager vers d’autres arbres. Les graines quant-à-elles sont exposées lors de la chute des fruits, consommées par les pécaris (en Amérique) ou les éléphants (en Asie) qui les diffusent ensuite par leurs excréments.
Point shipping Roberto (encore !)
L’héritage africain de Rio
Rio de Janeiro a été un haut lieu de la traite des esclaves dans le monde, au point de détenir le triste record du plus grand port d’arrivée des captifs Africains, 2 millions d’entre eux y étant débarqués entre le XVIe et le XIXe siècle. Si le trafic transatlantique a cessé en 1831 sous la pression de l’Angleterre, le commerce s’est poursuivi clandestinement jusqu’en 1850, et l’abolition n’a été prononcée qu’en 1888 par le Brésil, dernier pays de toute l’Amérique à mettre fin à cette pratique. Forcément, cette période a laissé de nombreuses traces. D’abord des quartiers à forte concentration de descendants d’esclaves africains, comme celui appelé la Petite Afrique, que nous avons trouvé moins africain que les 18e à 20e arrondissements de Paris. Et puis la musique et les danses dont l’emblématique samba, des lieux de culte syncrétiques, des spécialités culinaires dont la feijoada, plat national brésilien, et bien sûr de l’art graphique, volontiers mural mais pas que. Certains musées sont dédiés à la culture africaine, comme le Musée de l’histoire et de la culture afro-brésilienne, dont l’acronyme MUHCAB résonne bizarrement, ou encore la Casa Brasil. Intéressants mais loin de rendre justice (dans tous les sens du terme) à cette importante part de la population.
Demain c’était hier
Oui c’est ça, nous avons réservé hier nos billets pour le musée de demain que nous visitons aujourd’hui. Ce musée ne date pas d’hier, il a été inauguré en 2015. Il est censé évoquer la vie sur Terre en 2050. Le problème est que les informations et expériences sont un peu datées. D’un autre côté, comment anticiper en 2015 le Covid, l’IA et Trump ? Le plus amusant, et cynique à la fois, est la gratuité pour les plus de 60 ans. Dont la moitié n’arrivera pas en 2050. En même temps, vu que l’IA nous tuera tous dans les 10 ans qui viennent, la gratuité devrait être pour tous.

L’escalero Selarón
Vu d’en haut, on se demande ce qui fait la réputation de ce long escalier en béton de 250 marches. Mais il suffit d’en descendre quelques unes, et idéalement la totalité, puis de se retourner pour comprendre : la totalité du versant aval des marches est décorée de carreaux de faïence ! C’est l’œuvre d’un riverain, Jorge Selarón, qui a tout simplement commencé par rénover les marches de sa maison. Y mettant tout son talent de peintre et sculpteur. Encouragé par ses voisins et les passants, Jorge Selarón a consacré 10 ans de sa vie – de 1990 à 2000 – à étendre son œuvre à la totalité de l’escalier, installant plus de 2 000 carreaux provenant de 60 pays du monde entier. Quelques articles dans des revues renommées et surtout l’effet de mode d’Instagram ont rendu le lieu très populaire. Il faut se lever tôt pour échapper à la foule. À noter que l’artiste a été retrouvé mort dans son escalier en 2013. Même si les circonstances restent mystérieuses, pouvait-il rêver d’une meilleure fin ?
Copacabana
L’un des lieux les plus mythiques de Rio de Janeiro tire en fait son nom d’une ville bolivienne située au bord du lac Titicaca, que nous connaissons bien pour l’avoir visitée il y a quelques mois. La Vierge de Copacabana, sculptée par un descendant des Incas au XVIe siècle faisait déjà l’objet d’une dévotion en Bolivie, quand un marchand de Rio en rapporta une effigie et fit bâtir une chapelle autour. Le quartier finit par adopter son nom, devenu si célèbre qu’on pense que c’est la Bolivie qui a copié.
Copacabana c’est avant tout une plage de 4km de long bordée d’immeubles vieillots, pas top pour la baignade en raison de gros rouleaux, d’un ressac important et d’une pollution fréquente. Mais c’est, comme pour Miami Beach, l’endroit où l’on se montre, où l’on fait son jogging, où l’on grignote un morceau face à la mer. Pour autant, ce n’est pas un lieu spécialement tranquille, avec des vendeurs incessants le jour et une insécurité notoire la nuit. Curieusement, il nous paraissait impensable de passer à côté une fois venus à Rio.
Le jardin botanique, cher à nos yeux
C’était l’un des incontournables de Rio de Janeiro d’après notre guide, mais nous aurions pu contourner ce Jardin Botanique. Sa réputation (mondiale) vient manifestement davantage de son grand centre de recherches et de son classement à l’UNESCO comme réserve de biosphère que de la qualité de son entretien. Et je parle davantage de la manière de faire pousser les plantes que du coup de balai qui, lui, est donné. Nous sommes pourtant au début du printemps austral et la nature devrait exploser, ce qui est loin d’être le cas. Parmi ses attraits vantés sur les guides figurent notamment un lac couvert de nénuphars géants et des serres d’orchidées et de broméliacées. Nous n’avons trouvé sur le premier que de rares nénuphars rabougris et dans les seconds moins de 10% des plants exposés en floraison.
Il restait pour nous consoler un peu de faune (ouistitis, singes capucins, héron cendré, poissons à tête de serpent, insectes dont plusieurs colonies d’abeilles), de flore dont quelques orchidées inhabituelles et les fruits en forme de montgolfière d’un pinta-noiva et de jolies allées de palmiers impériaux. Une autre allée était même consacrée à nos arbres à boulets de canon vus en début de visite de Rio. Mais globalement, alors que beaucoup de musées à Rio sont gratuits, rien ne justifie ici le tarif déjà élevé pour les locaux et pire doublé pour les étrangers (13 €, le prix d’un bon repas)
La foule des grands jours
Le Français est râleur c’est bien connu, alors il n’y a pas de raison pour que nous échappions à la règle. Notre sujet de polémique n’est rien d’autre que le Christ Rédempteur de Rio, sans doute le plus célèbre du monde. On comprend alors que cela attire les foules. Le problème est que la terrasse aux pieds du géant de béton n’est pas très grande et que tout le monde s’y bouscule. Et pire tout le monde veut se faire photographier dans cet endroit mythique, certains n’hésitant pas à faire reculer les visiteurs pour poser un pied photo et attendre qu’une bimbo se pâme en pauses interminables qui susciteront hélas beaucoup de likes sur Instagram. L’accès se fait pourtant par tranches horaires, avec un joli petit train à crémaillère bien organisé, mais le temps sur place étant illimité, la terrasse se remplit progressivement jusqu’à saturation. Nous nous étions bien présentés assez tôt le matin au guichet, mais tout était réservé jusqu’au milieu d’après-midi et nous n’avons pas pu échapper à cette foule des grands jours qui a gâché notre visite. Maintenant, il parait impensable de ne pas voir ce Christ géant en venant à Rio et nous aurions certainement regretté d’avoir shunté cette visite.
Rio de Janeiro, en vrac
Nous aurons passé 5 jours chez les Cariocas, ce qui est amplement suffisant pour nous qui ne sommes pas trop citadophiles. Si les visites majeures ont fait l’objet de paragraphes particuliers, il est de nombreux détails glanés au fil de nos pas – nous avons marché plus de 10 km chaque jour – qui n’ont rien à y voir. Mais dont j’avais envie de vous parler, d’où ce chapitre vrac. Tous les commentaires sont dans les photos.
Rio c’est fini !
Nous allons maintenant changer totalement de décor, nous dirigeant vers le cœur de l’Amazonie, avec un passage obligé tout de même par sa capitale Manaus. Mais nous avons prévu un séjour d’immersion dans la forêt afin de voir de plus près ce qui s’y trouve. À très bientôt alors !




























































































































