Nous avions prévu initialement de remonter la route australe jusqu’à son terminus Puerto Montt. Ce trajet nécessitait 2 traversées en ferry et surtout beaucoup de kilomètres sur des routes de terre. Visiter l’archipel de Chiloé était en option à partir de Puerto Montt, au cas où nous aurions suffisamment de temps avant de rejoindre l’aéroport de Santiago début décembre pour notre parenthèse familiale de Noël. Et puis 2 sentiers fermés dans un parc vont changer la donne…

Le glacier suspendu
Il ne s’agit pas ici d’un artisan interdit d’exercer pour avoir utilisé des mélanges de poudres chimiques et les avoir vendus sous l’appellation « glaces artisanales », ce qui est hélas permis par la législation actuelle, mais bien d’un vrai glacier de montagne dont la course se termine en haut d’une falaise de 200 mètre de hauteur : mieux vaut ne pas être en bas lorsque les séracs se rompent ! D’ailleurs pas de risque aujourd’hui, puisque les deux sentiers qui se rapprochent du glacier sont fermés pour cause de maintenance. Le prix de l’entrée au parc (Parque Nacional Queulat) n’a d’ailleurs pas diminué pour autant. Nous nous contentons des petites balades dans une forêt humide, à observer un nombre impressionnant de mousses, de lichens et de fougères, menant à deux points de vue relativement éloignés (désolé pour la piètre qualité des photos !). Mais au moins nous aurons vu le glacier. Ce qui n’était même pas évident a priori compte tenu de la couverture nuageuse tenace du jour. Un fait intéressant, le parc comme beaucoup d’autres sera fermé demain pour cause …d’élections. Il est carrément dit sur le site de la gestion des parcs que les élections augmentent le risque d’incendie. Les Chiliens ont le sang chaud !
On part aux îles
a) Le contexte
En raison de la maintenance des sentiers principaux du parc au glacier suspendu, notre visite n’aura duré qu’une petite matinée au lieu de la journée entière. La conséquence est que nous avons le temps de rouler tout l’après-midi pour rejoindre à Chaíten l’embarcadère pour la grande île de Chiloé. Et prendre à temps le lendemain matin le ferry qui s’y rend chaque dimanche (et pas les autres jours !). Cette visite n’était initialement qu’une option, mais après réflexion, elle va nous permettre de rejoindre Puerto Montt, la fin de la route australe, en évitant sa fin de trajet toute en terre. Oui, nous commençons à saturer de toute cette poussière et on ne parle pas des pneus de Roberto ! Et puis Chiloé, ça n’est pas tout à fait le Chili. Les Espagnols y sont restés plus longtemps qu’ailleurs grâce au caractère assez docile des autochtones Huilliches, l’archipel de 40 îles a d’ailleurs été le dernier territoire à être intégré (par la force) au reste du Chili devenu indépendant. On nous promet outre le charme des îles une certaines authenticité, des maisons typiques, des églises en bois et quelques plats originaux. Ça donne envie, non ?
b) La traversée
Alors nous voilà embarqués sur le ferry Agios pour 5 heures de navigation par un temps superbe. Le départ a un peu traîné et nous accusons 2 heures de retard à l’arrivée à Castro, la ville principale de la grande île de Chiloé. Mais nous n’avons guère senti les 5 heures de traversée, entre l’observation des îles alentour et du trafic maritime, le rattrapage du retard dans le classement des photos, la rédaction du blog et la pause goûter dans Roberto. Un petit flashback pas désagréable de notre croisière dans les fjords !
Dès l’arrivée au port de Castro, nous apercevons nos premiers palafitos, ces maisons sur pilotis caractéristiques de l’architecture chilote. Nous en retrouverons même un autre groupe près du petit parking où nous avons choisi de passer la nuit. Ces maisons de pêcheurs bien adaptées aux marées et au temps breton de l’archipel sont hélas de moins en moins nombreuses, une grosse partie ayant été détruites par les gros séismes et les tsunamis de 1960 et 2010. Nous profitons du bel éclairage du soleil couchant pour prendre le pouls du quartier : les maisons terrestres ne sont pas mal non plus, construites comme les palafitos en bois – la ressource est plus abondante dans la région que le béton – et peintes de couleurs vives. Il parait que c’est nécessaire pour le moral dans cette région où le ciel s’assombrit quand même très souvent. Le temps breton je vous dis !
c) Un matin de pluie
Nous nous réveillons le lendemain sous la pluie. C’est particulièrement rageant pour la visite d’une ville parmi les plus colorées du globe. La météo s’annonçant un peu plus clémente pour l’après-midi, nous commençons notre visite par quelques activités en intérieur : courses au supermarché, exploration du musée de la ville et repas au restaurant où nous allons goûter à LA spécialité chilote : le curanto. En théorie cuit dans un trou dans le sol sur des pierres chaudes selon la tradition huilliche (peu probable pour ce qui nous a été servi), ce plat associe des fruits de mer (grosses moules, palourdes, clams, …), des viandes (saucisse fumée, poulet, travers de porc, …), des pommes de terre volontiers en galettes et quelques légumes. Un petit bouillon est servi à côté. Difficile d’avoir faim en sortant ! Bon, nous n’avons pas trouvé cela extraordinaire, mais avec le trou dans la terre et les pierres chaudes, l’expérience aurait peut-être été différente.
d) Un après-midi breton
Le ciel de l’après-midi alterne entre éclaircies et passages nuageux, ce qui est éprouvant en terme de photographie. En ce qui me concerne en tout cas. Il m’arrive volontiers de retourner faire la même photo si le soleil est apparu entre temps. Ce qui agace Claudie qui pense que les photos avec ciel gris sont plus authentiques. J’ai fini l’après-midi tout seul en randonnée photo lorsque le soleil a daigné se montrer un peu plus souvent. Et encore !
Les églises en bois
La colonisation par les Espagnols s’est accompagnée d’une évangélisation massive, notamment par les Jésuites puis par les Franciscains. Chaque paroisse devait avoir son église et, compte tenu de l’accès difficile et du nombre d’îles, il y en a eu beaucoup. L’abondance d’espèces de bois résistantes à l’humidité élevée de la région (cyprès, mélèze, coigüe, canelo, etc.), la résistance supérieure à la brique aux séismes fréquents et les bonnes connaissances des charpentiers – souvent de marine – dans l’assemblage sans cheville a conduit à élever quasi exclusivement des édifices en bois. Le mélange des styles européens (baroque, néoclassique, etc.) et locaux (motifs amérindiens et multitude de couleurs) en ont fait des ouvrages remarquables. La fréquentation élevée, l’arrivée des touristes et le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 16 d’entre elles ont favorisé une bonne conservation de ces églises, effectivement spectaculaires pour celles que nous avons visitées.
À part les églises
Pour le reste, nous avons trouvé dans Chiloé d’adorables petits villages, avec toujours ces maisons colorées, mais aussi des ports de pêche très actifs, des boutiques aux vitrines amusantes, un fleurissement abondant, une population qui ne fait pas attention à nous mais qui est prête à nous aider à la moindre requête.
Encore des églises
En guise de conclusion, nous avons trouvé à Ancud, pratiquement la dernière ville avant de quitter Chiloé, l’étonnante exposition d’une association qui œuvre pour la préservation des églises chilotes. On retrouve beaucoup d’éléments architecturaux anciens, sans doute récupérés avant restauration et parfaitement mis en scène, pas mal d’informations sur les différentes églises de l’archipel, et surtout une impressionnante collection de maquettes et de tableaux en reliefs. Qui semble exhaustive qui plus est. Nous avons bien évidemment reconnu celles que nous avions visitées.
C’est encore en ferry que nous quittons l’archipel de Chiloé. Une belle découverte. C’est toujours réconfortant de trouver des populations qui ne se laissent pas envahir plus que ça par l’uniformité occidentale et parviennent à conserver une grande part de leurs traditions. À bientôt pour la prochaine étape !







































































































