184. Poursuite de nos aventures colombiennes

Dans ce second parcours en Colombie, nous allons découvrir une ville blanche, une autre multicolore, des indigènes conservateurs, des statues de chiens ou chats par dizaines et des petites sorcières. Un beau programme, non ?

Poursuite de nos aventures colombiennes - parcours décrit dans cet article - version zoomable ici
Poursuite de nos aventures colombiennes – parcours décrit dans cet article – version zoomable ici

Popayán, la ville blanche

Sortis tout propres des thermes d’eau bouillante (voir l’article précédent), c’est dans la continuité logique que nous parcourons la ville de Popayán dont tous les murs sont uniformément blancs avec une architecture coloniale soigneusement conservée. Ce serait dit-on l’une des plus belles villes coloniales de Colombie. Popayán a en effet bien évolué depuis son statut de hameau (c’est la signification de son nom) à la ville actuelle de 350 000 habitants, grâce à sa situation géographique stratégique sur la route commerciale entre Quito et la côte caraïbe. Occupée à s’enrichir, elle s’est beaucoup moins impliquée que ses voisines dans l’indépendance du pays, subissant en contrepartie moins de dommages et moins de pertes financières. Elle a pu ainsi réparer plus rapidement les conséquences des nombreux séismes qui affectent la région et soigner son apparence.


Silvia : incursion chez les Misak

Des traditions indigènes conservées

Le village de Silvia, à 2620m d’altitude, se distingue en Colombie par sa population indigène majoritaire. Les Misak ont ainsi réussi à préserver l’essentiel de leur culture face à l’envahisseur espagnol. Dans leur mode de vie d’abord, puisque sur les 32000 membres de leur communauté, seuls 4000 habitent au village, les autres étant parsemés dans les hameaux des montagnes alentour. Dans leur tenue vestimentaire ensuite, très loin des standards occidentaux : les hommes comme les femmes portent de longues jupes drapées de couleur noire (symbolisant la terre-mère, la Pachamama) ou bleue (Misak signifie « les enfants de l’eau) bordée de rouge (le sang versé dans la lutte contre les envahisseurs espagnols), une ceinture ou une écharpe aux rayures colorées, un poncho et un superbe chapeau, soit en feutre noir, soit en paille et alors plat. Les deux peuvent porter une mochila, un petit sac à main fourre-tout. Les femmes complètent souvent l’ensemble avec des colliers de perles. Les Misak en tenue n’étaient pas si nombreux le jour de notre visite, un samedi, mais ils descendent en force de leurs montagnes le mardi, jour du marché. Nous avons été très touchés par cette préservation de leurs traditions.


Un art mural revendicateur d’identité

Nous commençons seulement à découvrir la richesse des fresques murales colombiennes, mais là, à Silvia, la densité est exceptionnelle par rapport à ce que nous avons pu voir jusqu’ici. Elles couvrent peut-être une maison sur trois, avec un thème nature prédominant. On nous dit que les MIsak ont énormément participé, encourageant l’expression de leur identité avec cet art. On y trouve donc volontiers des thèmes indigènes, comme les paysages de la région, les symboles Misak (l’eau principalement puisqu’ils sont « les enfants de l’eau »), ou des scènes de la vie quotidienne des communautés autochtones. Et c’est tellement beau à voir !

Façades à Silvia, Colombie
Façades à Silvia, Colombie

Un camping pas comme les autres (La Bonanza, Silvia)

De retour de Silvia, nous nous arrêtons pour 48h au camping La Bonanza. Ce n’est pas vraiment par hasard que nous avons choisi ce lieu. Il est dit sur les réseaux que le lieu est tenu par une famille marocaine partie en tour du monde en camping-car avec leurs 3 enfants de 8 à 10 ans. En raison des difficultés liées à leur nationalité, notamment pour obtenir les visas dans chaque pays, nous faisant au passage réaliser combien il est facile pour nous de voyager avec un passeport européen, leur voyage n’a pas été un long fleuve tranquille. Partis du Maroc en 2013, aidés d’un spécialiste en véhicules de loisirs de Marrakech, celui-là-même à qui nous avions loué notre tout premier camping-car en 2009 (!), ils ont rejoint le port d’Anvers et de là celui de Montevideo pour un parcours de presque 2 ans en Amérique du Sud. Rencontrant des difficultés pour passer en Amérique Centrale et tombant au passage amoureux de la Colombie, ils ont fini par s’y installer en achetant l’ancienne ferme d’un narcotrafiquant pour y aménager ce camping. Vous comprenez pourquoi nous avions envie de les rencontrer ! Le jardin était super bien entretenu, avec de jolies plantes tropicales. Outre de longues discussions avec notre hôte, nous avons fait connaissance avec d’autres voyageurs de passage. Un couple en pleine reconversion professionnelle et une famille voyageant avec 3 fillettes, terminant leur tour d’Amérique du Sud le mois prochain. Ambiance marocaine oblige, Kika (le diminutif de Malika) nous a cuisiné un excellent tajine berbère aux 6 légumes. Son mari était malheureusement absent. Leurs enfants ont bien grandi et poursuivent de brillantes études (l’effet stimulant du voyage y est peut-être pour quelque chose). De belles rencontres en tout cas qui ont comblé notre attente.


Fruits et Légumes (Supermarché La Gran Colombia, Jaramundi)

Un peu avant Cali, nous nous arrêtons refaire le plein du frigo dans un supermarché. Notre critère de choix est curieusement la présence d’un parking extérieur, et donc ni en sous-sol où nous passons rarement en hauteur, ni dans la rue, ce qui curieusement est très fréquent. Sans vouloir vous ennuyer avec le détail de nos courses, nous développons juste notre passage devant le rayon fruits et légumes qui comportait quelques curiosités. À voir en commentaires sur les photos. À noter aussi que ce supermarché était ouvert sur l’extérieur, ce qui n’est pas banal !


Cali sans le cartel

Si la ville de Cali a pu être célèbre pour son cartel fondé par les frères Rodríguez Orejuela, ce n’est plus tout à fait le cas puisque ce cartel a été démantelé en 1995. Depuis, la ville s’est partiellement assagie, même si le narcotrafic est loin d’avoir disparu. Le taux d’homicides encore très élevé se concentre surtout dans certains quartiers, hors des circuits touristiques. Même si cela est probablement moins rémunérateur, les cultures de canne à sucre, de café, de bananes et aussi de vignes couvrent une bonne partie des terres agricoles et restent dynamiques. La ville est plutôt tranquille en journée, et nous avons pu y découvrir quelques attraits.


Le chantier pharaonique du Christ Roi

Un peu moins grand que le Christ Rédempteur de Rio, le Christ Roi de Cali n’en est pas moins impressionnant, dominant la ville de ses 26m (dont 5 de piédestal). D’un blanc immaculé, il a l’air comme neuf, mais la statue a été inaugurée en 1953. Symbole de la ville, il a de bonnes raisons d’être bien entretenu. Mais le ravalement a peut-être été fait à l’occasion de l’ouverture du tronçon supérieur d’un projet pharaonique consistant à relier la statue au centre-ville, à 6 km de là, par un réseau de passerelles et de sentiers en dur dans un corridor écologique. Revitalisant tous les quartiers qui se trouvent sur son passage et qui en ont bien besoin. Espérons que tout cela arrive à terme fin 2026 comme cela a été annoncé. Pour l’instant, l’accès est gratuit, le Christ Roi a de l’allure et le panorama est superbe.


Le Chat du Fleuve et ses copines

Près du Rio Cali (le fleuve…) une statue de chat en bronze de 3,50m de hauteur a été réalisée en 1996 dans le but d’embellir les abords de la rivière. Elle a de fait attiré quelques touristes mais la municipalité a décrété dix ans plus tard que ce chat était bien seul, décidant alors de lui procurer de la compagnie. Ces Novias del Gato (les copines du chat) ont été moulées en fibre de verre, toutes sur le même modèle, puis confiées pour personnalisation à des artistes plastiques renommés. Une quinzaine au départ, que sont venues rejoindre d’autres copines …et d’autres touristes !


Le Parc du Chien …et de ses copains

Au milieu d’un jardin public de Cali trône une statue de chien, en hommage à Teddy, la mascotte des enfants qui jouaient dans ce parc, tragiquement retrouvée empoisonnée. L’un de ces enfants devenu directeur de la Police nationale fit ériger cette statue. Le chien était-il devenu jaloux du chat du fleuve, qui sait ? Toujours est-il que des statues de chien ont fait peu à peu leur apparition à ses côtés. Non mais !


L’imprimerie La Lanterne, Cali

Voilà une imprimerie du quartier colonial de Cali qui ne connaît pas la crise. Et son secret n’est pas d’être passé tôt au numérique, mais au contraire de continuer de travailler à l’ancienne. Avec de vieilles presses de 1870, des caractères en plomb, des linograveurs. Et des artistes. Car oui, l’activité principale qui perdure encore aujourd’hui est la création d’affiches. Des publicités du XIXe siècle, ils sont passés aux créations artistiques grâce à une collaboration étroite entre maîtres imprimeurs et graphistes contemporains. L’atelier en pleine activité vend aussi des affiches anciennes. Sur les murs (dernière photo), une pépite : une affiche d’un concert d’Elton John promu par Coca-Cola. Les débuts n’ont pas été faciles pour tout le monde !


L’architecture peu attrayante de Cali…

Cali n’est pas renommée pour son architecture, c’est le moins que l’on puisse dire. Les conflits et les séismes ont peut-être freiné les ardeurs des architectes. La période coloniale a disparu des rues et les bâtiments qui ont suivi sont tout à fait quelconques. Les rares exceptions sont quelques édifices religieux comme les églises La Ermita (1942, style gothique), La Merced (1536, la plus ancienne) et San Francisco (1827 avec une tour hispano-mauresque de 1774), ou encore la cathédrale de 1841 sur la place centrale couverte de palmiers. Aucun de ces lieux de culte n’était ouvert, ça n’aide pas…


…Mais un art mural assez développé

Ça devient commun en Colombie, l’art mural est encore très présent à Cali, que ce soit sur les parois qui bordent les voies rapides, les enceintes des parkings, les murs des maisons, ou même les poteaux électriques. Une mention particulière pour la rue de l’Escopette, une ruelle couverte non pas des habituels parapluies mais de tissages au crochet du plus bel effet.


Les petites sorcières de San Cipriano

Le petit village de San Cipriano ne devait son existence qu’à la ligne ferroviaire qui le traversait, reliant Cali au port de Buenaventura, car il n’était pas relié à la route principale, située à quelques kilomètres de là. Lorsque la ligne ferroviaire a cessé son activité, dans la seconde moitié du XXe siècle, les habitants eurent l’idée d’utiliser la voie ferrée pour ne pas rester isolés. Ils mirent en place des sortes de draisiennes bien à eux, faites d’une plate-forme de bois montée sur routes métalliques et propulsées par une moto fixée dessus, seule la roue arrière restant en contact avec le rail. L’engin est appelé brujita (petite sorcière, c’est très poétique). Tous les biens dont le village a besoin, mais aussi tous les habitants et les visiteurs transitent de cette façon depuis ou vers les deux villages qui jouxtent la nationale. Les premiers touristes ont adoré, se passant la combine de bouche à oreille, et le lieu commence à être connu, sans pourtant sombrer dans le tourisme de masse. Le débit de la ligne ne le permettrait de toutes façons pas. Les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais la traversée de la jungle sur une voie étroite et sinueuse dans cette ambiance sonore particulière mélangeant les pétarades de la moto et les claquements des rails est une expérience extraordinaire à vivre !


San Cipriano, le village et la forêt tropicale

Le village est pour le moins modeste. Il a cette particularité d’être presque exclusivement peuplé par une communauté d’origine africaine, descendante d’esclaves amenés par les Espagnols au XVIIe siècle, ayant su préserver sa culture et ses traditions. En le traversant, nous avons l’impression d’avoir changé de continent. Par ailleurs, l’isolement de San Cipriano n’ayant pas favorisé l’apport massif de matériaux de construction, tout semble fait de bric et de broc. Mais les touristes s’en fichent un peu. Outre le pittoresque transport en brujita, ils viennent profiter de la forêt tropicale environnante, entre sentiers de randonnées, cascades dans lesquelles on peut se baigner et retour au village par la rivière en flottant sur des chambres à air de camions. L’offre de restauration est tout aussi modeste, mais j’ai tout de même pu gouter au sancocho, un plat traditionnel très populaire en Colombie. Il s’agit d’une soupe de poisson ou de viande, garnie ou accompagnée de tubercules (banane plantain, pomme de terre, manioc, maïs) de légumes et de l’incontournable riz, le tout mijoté dans un bouillon très parfumé.


Fin du second épisode colombien

À l’approche du Pacifique, le mercure est bien remonté, et nous nous dépêchons de reprendre un peu d’altitude avant de pester contre la chaleur. C’est l’un des atouts de la vie nomade que de pouvoir fuir facilement les températures tropicales ou caniculaires. Alors à bientôt dans les montagnes !


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