33. Tout à gogo

Sans aucunement être monotones, certaines observations se répètent au cours de notre voyage et attirent inévitablement notre attention. Voici l’occasion d’en rassembler ici quelques-unes.

Paysages grandioses à gogo

La route est un émerveillement permanent. Nous traversons régulièrement des paysages magnifiques, qu’il n’est pas souvent facile de prendre en photo car on ne peut s’arrêter à tout moment faute de risquer le carambolage derrière nous ou le couchage de Roberto sur le flanc en raison des accotements « non stabilisés » comme ils disent. Voilà pourquoi vous verrez plus souvent des villes, plus enclines à poser sagement devant nos objectifs. Mais nous avons tout de même pu capturer de beaux paysages, que nous vous livrons ici.

lacs et forêts a gogo en norvège

Tunnels à gogo

Il n’est pas rare que sur certaines routes on passe la moitié de son temps dans les tunnels. C’est même quelquefois frustrant de voir un joli paysage s’interrompre toutes les dix minutes. Et ce ne sont pas de petits tunnels. Déjà à Stavanger, nous avions, après un tunnel « classique » de 6,5 Km, enchaîné de suite avec un tunnel sous-marin de 14,5 Km, plus long que celui du Mont-Blanc. Assez impressionnant car au début on ne fait que descendre pendant plusieurs kilomètres. Mais deux jours plus tard, nous avons parcouru sans le savoir le tunnel routier le plus long du monde, s’étirant sur pas moins de 24,5 Km. Laerdal de son petit nom. Inutile de vous dire que l’on est content de revoir le jour à la sortie. L’avantage avec Roberto, c’est que nous aurions pu nous faire un petit café pendant le trajet. Il faut ajouter que les tunnels en Norvège n’ont pas de parois régulières comme les nôtres. Ils donnent l’impression d’avoir été taillés à la main. L’éclairage est souvent à minima. Parfois les parois sont légèrement peintes jusqu’à mi-hauteur, ce qui donne l’impression de circuler dans un glacier. Mais la plupart du temps c’est de la roche brute et sombre. Pour tromper l’ennui dans ces longs tunnels, souvent une zone éclairée différemment (ou tout court) marque le milieu du tunnel ou chaque étape de 5 Km. Mais le plus perturbé dans l’affaire, c’est notre GPS qui finit volontiers par abandonner lors des plus longs trajets, sans même reprendre à la sortie. Je suis sûr que s’il pouvait soupirer et hausser les épaules, il le ferait !


Façades multicolores à gogo

Dire que nous avions dû faire un gros détour à pied à Oslo pour trouver les deux seules rues encore composées de ces vieilles maisons colorées en bois. C’était sans imaginer que par la suite la plupart des villes que nous visiterons comporteront au minimum tout un quartier historique empli de ces seules maisons, voire la totalité d’un village dans certains endroits. C’est un régal pour les yeux, notre seul regret étant que le soleil ne soit pas toujours présent pour sublimer les couleurs de ces façades.


Églises en bois debout à gogo

Nous sommes en plein dans la région et elles sont effectivement légion. Elles datent du XIIe ou XIIIe siècle, vers la fin de la période Viking, un peuple qui maîtrisait la construction en bois si l’on en juge par les bateaux dessinés par Uderzo. Ceux qui les ont christianisés leur ont demandé de construire plein d’églises d’un coup, des églises qui résistaient aux tempêtes qui plus est, alors ils ne se sont pas privés. Il en existait plus de 2000 à l’époque, il en subsiste 28 aujourd’hui. Chaque étage est constitué de piliers d’angle reliés par des poutres, lesquelles supportent d’épaisses planches verticales, d’où le nom. La patine du bois permet de mesurer les années d’intempéries de toutes sortes.


Toits végétalisés à gogo

Peu aperçus en Suède, ils sont de l’ordre de la banalité en Norvège. Recouverts de mousse luisante comme de sapins de noël, d’herbes folles comme de longs cheveux bien peignés, ils intègrent magnifiquement les maisons qui les arborent (c’est le cas de le dire) dans le paysage, surtout quand tous les voisins s’y mettent. Allez, en voici quelques-uns : le grand touffu, le petit joufflu, le grand ridé, le mont pelé, ça vous rappelle sûrement un truc.


Décorations kitsch à gogo

Les norvégiens aiment bien placer tout un tas de bricoles derrière leurs fenêtres, que celles-ci donnent sur la rue ou non. Ils aiment tout autant installer dans leur jardin des statuettes en tout genre, de vieux vélos munis d’un pot de fleurs sur le porte-bagages. Ils aiment aussi décorer leurs boîtes aux lettres et, très nationalistes, orner leurs maisons d’un drapeau. Au moins quand on passe on est sûr de ne pas s’être trompé de pays !


Marches à gogo

Si nous marchons facilement des kilomètres en ville, nous nous lançons plus rarement sur les chemins de randonnées. Mais celle-là était incontournable. Nous avons même fait un bon détour dont un long tunnel sous-marin aller-retour pour y aller. Je parle de l’ascension de la falaise de Preikestolen. Elle se fait par un sentier de 4 kilomètres, soit environ 2 heures pour s’élever d’environ 500m. C’est assez raide, et surtout une bonne partie de la balade est constituée de marches taillées dans la roche avec des hauteurs très inégales qui limitent la régularité des pas. De temps en temps on se repose en traversant des tourbières sur de petites passerelles en bois qui nous ont beaucoup rappelé St Pierre et Miquelon. Et puis les marches reprennent, jusqu’à la dernière aux parois on ne peut plus verticales qui donne enfin la vue sur le fjord 604m plus bas. L’effet wouah est garanti.


Mais la récompense au sommet !
Et quelle vue de là-haut !
La grande marche vue du dessus. Vous voyez comme moi la fissure ???

Animaux sur la route à gogo

Plus nous allons vers le nord, plus il faut faire attention aux animaux qui traversent ou s’installent volontiers sur la route. Les panneaux mettant en garde contre ces incursions sont presque aussi fréquents que ceux annonçant des virages. Tout spécialement ceux annonçant des traversées de rennes, particulièrement frustrants parce que jusqu’ici nous n’en voyions jamais, du moins ailleurs que dans un zoo ou dans notre assiette. Mais nos voeux ont été exaucés il y a quelques jours lorsque nous avons aperçu un petit troupeau broutant le bitume – ou donnant cette impression – à une centaine de mètres devant le capot de Roberto. Personne derrière nous heureusement. Nous avons pu approcher lentement sans trop les effrayer et sortir les smartphones à temps.


Visites à gogo

Ce dernier chapitre est un peu fourre-tout, certes, mais ces visites jalonnent notre voyage. Elles n’ont pas toujours de rapport entre elles, alors je vous les livre comme ça, dans un ordre plutôt chronologique. Bonne balade !

Stavanger, son musée de la conserverie (fermé) et ses maisons de pêcheurs devenues chic

Mélange de moderne et d’ancien sur le port de Stavanger

Musée norvégien de la conserve…

Les bars en terrasse équipés pour le froid
Les maisons des pêcheurs sont devenues très recherchées

…malheureusement fermé le jour de notre passage !

Un food-truck qui doit servir des hamburgers au saumon

Bergen, et ses entrepôts en bois du XIIIème inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco

Il s’agit des dix dernières maisons ayant résisté…

Le quartier du vieux port lui aussi est renommé
…aux multiples incendies de la ville

Le port accueille tout de même des bateaux modernes

Flåm, son étrange bateau de croisière au fond du fjord et son petit train aux 20 tunnels

Le grand et le petit
Restaurant viking
Arborisculpture

Ce train est entré en gare, au sens propre,

20km sur 900m de dénivelée, la voie la plus raide du monde sur rails classiques

Forcément des vues spectaculaires. Voyez-vous les 3 niveaux de voie ferrée et la route en virages que n’aurait pas aimé Roberto ?
Mais nous avons préféré prendre celui-là !

20 tunnels dont 18 creusés à la main (1 mois de travail par mètre !)

Le train s’arrête à plusieurs reprises pour laisser apprécier le paysage. Ce n’est pourtant pas qu’un train touristique, il fait le lien avec la gare voisine

Laerdal, ses vieilles maisons et son centre du saumon norvégien

Tiens, des maisons grises, ça change…

Un vieil hôtel de charme
Bon, il y a aussi des rouges, peuvent pas s’empêcher !

dans un quartier pas tout neuf
Les saumons abondent paraît-il dans beaucoup de rivières norvégiennes, mais comme nous ne sommes adeptes ni de la baignade en eau glacée ni de la pêche à la ligne, nous n’avons pas pu vérifier. Nous sommes seulement allés en rencontrer dans un centre qui, grâce à des échelles à saumons judicieusement placées au bord d’une rivière, détourne quelques spécimens de leur chemin montant sablonneux et malaisé. Ils arrivent ainsi dans un pseudo bras de la rivière, alimenté par celle-ci, dont l’une des rives est vitrée ce qui nous permet accessoirement de les apercevoir. L’objectif principal est cependant de vérifier qu’ils sont en bonne santé et de garder les femelles pour récupérer le frai le moment opportun afin de constituer un stock d’alevins. En effet, l’espèce est actuellement victime d’un parasite qui, contrairement au coronavirus, tue principalement les sujets jeunes. Pour assurer le maintien de l’espèce, la seule solution trouvée en cas de contamination d’une rivière est de balancer de la roténone, ce qui tue tous les poissons. Il n’y a plus qu’à remettre les alevins que l’on avait mis de côté, d’où l’intérêt du centre.

Lillehammer, la ville olympique mais pas que

Les pistes de saut sont encore actives depuis 1994, enfin pas le jour où nous y étions !

Lillehammer a aussi un beau musée d’art, avec des
Faute de skieurs, nous nous sommes rabattus sur le musée consacré à l’histoire olympique de la Norvège

peintures locales hyper-réalistes,

La mine de cuivre de Roros

Elle n’est plus en activité depuis 1974, mais les

bâtiments servent encore pour expliquer le processus


Tronheim, ses maisons sur pilotis, sa cathédrale


Saltfjellet, où l’on franchit le cercle polaire

66°33 de latitude nord mais seulement 4° C de température extérieure. Plus l’on monte plus ça baisse !

En attendant Bodø…

…nous sommes allés observer le « Saltstraumen » (ruisseau salé en Norvégien) un courant de marée qui se forme dans un chenal entre 2 îles, paraît-il impressionnant, pouvant circuler jusqu’à 20 noeuds. Bien que nous ayons attendu le meilleur moment (la marée haute), ni nous ni la mouette (terme générique) n’avons été impressionnés. C’est peut-être la basse saison… Il ne nous restait plus qu’à rejoindre Bødo, notre port d’embarquement pour les Iles Lofoten, bien plus joli.


J’écris maintenant ces lignes dans le ferry qui nous transporte vers les îles Lofoten. Ça va nous changer des Caraïbes, tiens !

32. Article en PTHD

Amis cruciverbistes vous n’allez pas être déçus. Ou peut-être si, c’est selon. Les paragraphes de cet article sont pour une fois rédigés à la manière de définitions de mot croisés, mais généralement assez tordues, vous me connaissez. C’est pourquoi j’ai qualifié l’article de PTHD, soit « Pas Très Hautes Définitions ». Et encore, vous avez échappé au pire, j’avais imaginé initialement le titre « Des messages avec définitions »… Allez, commençons !

a) beautés nordiques (en 6 lettres)

Attention de ne pas se laisser influencer par la photo de gauche, une des charmantes sculptures qui parsèment les rues de la capitale de la Norvège, où nous sommes depuis hier soir. En effet, la photo est trompeuse, les vraies norvégiennes ne sont pas si bronzées, enfin celle-là oui, mais d’une autre façon. Depuis que nous avons quitté Göteborg et commencé à remonter la côte Ouest de la Suède, puis celle de la Norvège, les paysages ont bien changé. Les lacs, les forêts de pins et les terres agricoles ont fait place à de profondes criques bordées de falaises gazonnées et de roches granitiques. C’est bien des fjords dont nous parlons, ces profondes vallées d’origine glaciaire envahies par la mer, pas spécifiques des pays scandinaves, mais c’est quand même la Norvège qui en compte le plus.

Ci-dessus et ci-dessous : fjords de Marstrand et Fjällbacka (Suède)

b) dévorateurs désordonnés (en 11 lettres)

Quoi ? Vous ne connaissez pas les dévorateurs désordonnés ? Ils étaient pourtant une vingtaine dans ce grand espace naturel de la côte ouest de la Suède, de qualité et de taille très variables, mais il en faut pour tous les goûts. En réordonnant les lettres vous retrouverez enfin ces œuvres d’art que vous cherchiez (oui c’est bien l’anagramme de dévorateurs, vérifiez si vous voulez). Ce qui est intéressant ici, c’est la dispersion de ces sculptures dans un espace de huit hectares connu jusqu’ici pour héberger des reliques de l’âge de pierre et des tombes âgées de 2000 ans. Certaines de ces oeuvres sont visibles de loin, d’autres ne sont aperçues qu’au dernier moment, au détour d’un chemin. Après, on ne les aime pas forcément toutes, mais l’art c’est l’art. C’est à Pilane en Suède, et si vous voulez en savoir plus, c’est ici.


c) polémiques sur le net mais mythologiques à Oslo (en 6 lettres)

Selon la définition, c’est un individu bête et méchant qui aime générer des polémiques quel que soit le sujet de conversation. Avouez que sur le net vous en avez rencontré en grand nombre depuis le printemps dernier, des admirateurs de professeurs marseillais aux vaccinophobes convaincus en passant par les adeptes de la théorie du « grand reset ». La Scandinavie n’est sans doute pas épargnée par le phénomène mais c’est certainement beaucoup plus rare que chez nous, culture oblige. Et c’est peut-être parce eux les connaissent bien, les trolls, ces génies plus ou moins malfaisants qui sévissent exclusivement la nuit. Parce qu’ils sont nés là-bas. Mais à l’inverse des parasites des réseaux sociaux, je trouve les trolls scandinaves plutôt sympathiques.


d) buanderies québecoises (en 7 lettres)

Parlons un peu d’une partie triviale de notre vanlife : le lavage du linge. Nous avions bien sûr dans notre projet initial exploré les différentes possibilités. Dont celle d’embarquer une mini-machine. Mais à moins de se limiter au lavage des sous-vêtements, ces machines de 1 à 3 Kg de linge restent encombrantes, peu pratiques d’emploi (la vidange est le plus souvent manuelle par exemple), fragiles et bruyantes. Sans compter qu’elles ne sèchent pas et que nous n’avons pas envie de transformer l’intérieur de notre fourgon en étendoir géant. Nous avons finalement opté pour les laveries automatiques, choix qui s’est avéré très satisfaisant jusqu’ici. Mais depuis la Suède, ces établissements se font rares, le linge étant traditionnellement lavé là-bas, en dehors des maisons individuelles, dans les buanderies collectives des immeubles qui en possèdent tous une. Ça se présente mieux depuis que nous sommes arrivés en Norvège, puisque la seule ville d’Oslo en héberge au moins quatre. Pourvu que ça dure !

Et là où dans la plupart des laveries non scandinaves on utilise des pièces pour lancer les machines ou les séchoirs, ici rien de tout ça. Nous n’avons d’ailleurs fait aucun change ni utilisé d’espèces depuis la Suède. Tout se fait soit par carte bancaire, soit comme ici à Oslo à l’aide d’une application. Il suffit de renseigner le numéro de sa machine et de faire ok. C’est beau le progrès !


e) symboles de la France à Oslo (en 10 lettres)

Juste devant le parlement norvégien, en plein cœur de la capitale, cet ensemble de trois petits bâtiments bleu, blanc et rouge attire notre attention, d’autant qu’ils sont surmontés respectivement des inscriptions « liberté », « égalité » et fraternité. En y pénétrant, on peut même y entendre De Gaulle ou la Marseillaise et même s’asseoir sur un trône de la République. Une rapide recherche sur le net nous apprend que ces sanisettes – mais oui vous ne rêvez pas – ont été offertes par la France à la Norvège pour célébrer le centenaire de son indépendance (d’avec la Suède) en 1905. Ça a fait polémique sur le moment, beaucoup auraient peut-être préféré un truc du genre la grande statue à l’entrée du port de New York, mais ça s’est calmé depuis que le norvégien initiateur du projet a expliqué que c’était tout à l’honneur de la France qui avait ainsi donné au pays deux de ses plus grandes inventions : la constitution (celle de la Norvège s’en est largement inspirée) et les toilettes publiques. Cocorico ! D’autres merveilles osloïtes suivent en photo.

Sanisettes françaises près du parlement, dans le centre d’Oslo
Le Parlement Norvégien
Le palais royal
La garde prête à être relevée
La bibliothèque et l’opéra

Souvenirs nordiques

Eglise médiévale en bois « debout »

Que regardent des statues devant un musée d’Oslo ?

Plus de 200 statues
au toit tout en marbre,

Street art

A l’intérieur aussi c’est du bois

Le Pôle Sud, qu’ils ont atteint les premiers en 1911

dans le Parc Vigelen
sur lequel on peut marcher

Mouette (terme générique…)

La Cène, au fond

A l’aide du Fram, le navire le plus solide au monde (en 1911)

par l’artiste éponyme

f) 2 quatrains sur 2 rimes embrassées et 2 tercets (en 6 lettres)

Dans un article précédent, je vous avais conté l’une de nos mésaventures à la manière d’Andersen. Je vous la fais cette fois à la manière de Rimbaud, ou plutôt Rambo devrais-je dire tellement le style est archaïque. Un essuyage de plâtres qui date du début de notre voyage, et dont nous n’avions pas jugé utile de parler. Maintenant que notre fierté est ravalée, avec un zeste de poésie et une dose d’humour, je vous livre ce sonnet. Avec l’original, car ça fait du bien de ressortir les classiques en cette période de rentrée scolaire.


Le baptême du van

C’est un parking en dur tout près d’un groupe scolaire
Et d’une route nationale, tout sauf un spot nature.
Ils sont arrêtés là sur un coup de colère,
Après une dispute à propos d’un vieux mur.

Ils s’étaient engagés dans une ville médiévale
Avec leur fourgon bleu tout juste réceptionné.
L’étroitesse des ruelles arrêta leur cavale
Le GPS pourtant n’avait rien mentionné.

Demi-tour impossible, il fallut reculer
Eviter tant le mur que l’auto qui montait
Et devinez la suite, l’auto gagna c’est moche

Le fourgon est donc là dormant sur ce parking
Rêvant peut-être à la pelouse d’un camping
Tranquille. Il a deux trous bleus au côté gauche.

JM Rambo (2021)

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.


Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.


Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud (1870)


Nous venons d’arriver à l’extrême Sud de la Norvège, sur la péninsule de Lindesnes. Comme l’indique la pancarte, il ne nous reste plus que 2518 Km avant de rejoindre le Cap Nord, une bagatelle !
Du haut du phare le spectacle est magnifique, et nous n’en sommes qu’au début. Merci de nous suivre, nous vous ferons volontiers partager la suite. N’hésitez pas non plus à commenter, cela fait plaisir de savoir que l’on est suivi 🙂

31. Au fil des jours

L’écume du jour

Mais quelle est donc cette écume mousseuse au bord de cet étang ? Pour en savoir plus, il faut évidemment s’approcher de plus près…

Eh bien on dirait qu’une véritable bataille de polochons vient de se dérouler ici. Cette écume bizarre est bien constituée de plumes, probablement celles perdues par les volatiles qui colonisent en nombre cette zone de l’étang. Simple renouvellement estival ou mue nuptiale, difficile à dire. Quant à l’espèce en question, ni Claudie ni moi n’étant bien forts en noms d’oiseaux, nous attendrons que les spécialistes le disent (d’eider bien sûr… Oui je sais ça ne casse pas trois pattes à un canard).


Le marché du jour

Il y a des trucs bizarres dans les magasins, c’est sûr.

Déjà l’absence de yaourts en pots individuels nous pose problème, nous devons nous contenter des briques d’un litre forcément assez liquides. Depuis notre arrivée en Suède, nous n’avons encore pas trouvé de lait longue conservation et devons acheter du lait frais, et donc forcément nous approvisionner à flux tendu.

Nous sommes très peu consommateurs de sauces, mais là par contre le choix est gigantesque, avec notamment des rayons entiers de sauces en tubes, comme pour la mayonnaise chez nous. Et tout ça dans un rayon intitulé trompeusement « kaviar ». A craindre qu’ils ne montent leur mayonnaise avec des œufs …d’esturgeons !

Les crevettes sont en vrac dans des frigos bahuts. Mais le pire c’est peut-être ces choses douteuses qui flottent dans on ne sait quoi comme ces aliens orangés ou ces gros cornichons jaunes, à prendre en seau complet ou au détail. D’ailleurs la confiture aussi se conditionne en seau ou en boudins souples.

Enfin, les confiseries sont particulièrement abondantes. Les Suédois en sont parait-il les premiers consommateurs en Europe. Pour autant, le rayon le plus coloré n’est pas celui des bonbons mais plutôt celui des fruits, particulièrment bien mis en valeur par des miroirs, comme vous pourrez en juger sur la photo ci-dessous.

marché du jour

Un beau jour à Stockholm

Il ne faut pas croire, le soleil n’est caché en moyenne que 13 jours au mois d’août à Stockholm. Notre séjour dans cette ville a été conforme aux statistiques : une première journée très ensoleillé et une seconde avec de la grisaille et parfois des averses. La capitale est vraiment agréable, très aérée avec sa multitude d’îles qui communiquent par des ponts ou des ferries, lesquels se prennent comme on prendrait un bus (le ticket fait la correspondance avec le métro par exemple). Nous avons joué les touristes classiques. Le récit de nos visites est en photos. Deux attractions font l’objet de chapitres séparés.

stockholm aux beaux jours

Ce n’était pas son jour

Le Vasa avait coulé dans le port de Stockholm 20 minutes après sa mise à l’eau en l’an 1628. Ce navire de guerre devait être à la hauteur de son commanditaire Roi Gustave II Adolphe : richement décoré, richement armé, plus haut que large pour être rapide et efficace. Avec sans doute un peu trop de tout ça, il a perdu l’équilibre à la première brise, s’est couché sur le côté et a sombré en quelques minutes.

Il est resté au fond du port pendant 333 ans avant que l’on réussisse enfin à trouver la technique pour le renflouer. Mais aussi pour le conserver. Il a encore fallu 17 ans d’arrosage au polyéthylène glycol pour que le bois finisse par trouver une certaine solidité et que l’épave puisse enfin être exposée au public. Mais grâce à tous ces efforts, c’est une merveille qui s’offre à nous, unique en son genre. 95% du bateau est d’origine. Difficile de croire quand on voit cette masse impressionnante devant nous, avec tous ces détails dans les sculptures que tout cela est resté plus de trois siècles sous l’eau.

Le vrai Vasa… tel que sauvé des eaux
…et sa maquette au 1/10 avec les couleurs originales

Les ABBA-jours heureux

Le groupe suédois le plus célèbre bénéficie d’un musée dans Stockholm depuis 2013. On y apprend tout sur l’histoire de leur formation, concrétisée en 1970, leur carrière fabuleuse pendant seize années où ils ont vendu plus de 160 millions de disques avant de se séparer en 1986 et de mener chacun une carrière solo. Mais le phénomène ABBA ne s’éteint pas pour autant, de nombreux groupes le font revivre, la comédie musicale puis le film Mamma Mia relancent les ventes. Un projet de spectacle avec les hologrammes des artistes est en cours. Le plus étonnant c’est que le site qui est dédié à ce projet vient tout juste de sortir, pile le lendemain de notre visite. Nous avons peut-être déclenché un truc en faisant une fausse manip sur nos audioguides ? Le lien pour les fans : https://abbavoyage.com/


Deux jours plus tard…

Partis au petit jour sous une pluie battante, nous avons fait une traversée express du sud de la Suède pour rejoindre Göteborg, deuxième ville la plus peuplée du pays. Mais nous vous raconterons cela plus tard, demain est un autre jour.

30. Arrivée en Suède

Bivouac de rêve entre 2 lacs. Calme absolu.

The Bridge, en vrai

Nous voici depuis quelques jours en Suède. Pour ce faire, nous avons pris le pont-tunnel de l’Øresund qui en 14 Km relie Copenhague à Malmö. Depuis le Danemark, on commence par descendre dans un tunnel et parcourir près de 4 Km sous la mer, avant de faire surface sur une île artificielle. Vient ensuite le pont, un magnifique pont à haubans de 8 Km de long, puis le péage, un peu plus de 60 € tout de même, ça fait cher du kilomètre. Nous nous consolons en apprenant qu’à 1 cm près (Roberto fait 5,99m de long) nous aurions payé le double !

Nous avons préparé cette traversée en regardant la série suédo-danoise The Bridge, dont l’intrigue policière se déroule autour du pont. Du coup la traversée avait une toute autre saveur. Côté Malmö, nous avons aussi admiré la célèbre tour torsadée devant laquelle loge l’actrice principale pendant la série.

Le tunnel côté danois
Le pont côté suédois
Vue aérienne un jour sans pluie…


Des plages blanches de monde

Quand c’est noir de monde, vous voyez bien ce que c’est. Eh bien là c’est tout simplement l’inverse. La météo n’est pas particulièrement clémente depuis notre arrivée en Suède, le ciel est gris les ¾ du temps, le crachin est régulièrement entrecoupé d’averses, et les températures tournent autour de 15°C, paraissant bien moins sous le vent soutenu. Du coup les plages sont désertes et d’apparence très sauvages, les nombreux petits parkings dans la forêt proche du littoral ne sont guère plus fréquentés. Il faut dire aussi que, malgré des campings semblant bien remplis le long de notre route, les vacances d’été sont quasiment terminées pour les suédois. Tant mieux pour nous !


Mégalithes méga-mystérieux

Les 59 menhirs du site d’Ale, tout au sud du pays, installées lors de la période Viking mais découvertes plus tard interrogent encore les archéologues. Disposées en losange, comme autour des tombes vikings, elles pouvaient être interprétées comme sépultures, mais aucun reste de ce type n’a été retrouvé. Monument en l’honneur d’un roi, lieu de rassemblement, tentative de communication avec l’au-delà ou encore calendrier solaire géant, tout est possible. Encore du boulot pour les futurs Indiana Jones, tout n’a pas encore été découvert, loin de là.


Absolue était mon ignorance

En terme de vodka en tout cas, car je pensais initialement que cette boisson alcoolisée était exclusivement russe. La case manquante de mon cerveau est à présent comblée depuis que nous sommes passés devant la maison-mère de la Vodka Absolut, produite à Ǻhus en Suède depuis 1879. Nous sommes arrivés trop tard pour la dégust.. euh la visite, qui de toutes façons faute d’attendre 3 jours aurait été en suédois, et c’est bien dommage car cette vodka se différencie apparemment des autres par un certain nombre de critères de qualité. Pour en savoir plus, notamment ce qui est gardé pour les hommes et ce qui est jeté aux cochons, lire ici.


Les moulins de Öland de Suède

De la ville de Kalmar qui échappera aujourd’hui à tout jeu de mots, nous avons rejoint par un pont pas trop loin l’île de Öland, dans le sud-est suédois. Son climat censé cumuler douceur et soleil attire parait-il les foules, mais nous n’avons vu ni les uns ni les autres. Pas même la famille royale qui y vient en villégiature l’été. Par contre nous avons aimé nous perdre au milieu des champs bordés de murets de pierres sèches bien taillées parsemés de moulins à vent. 350 pour une île de 1300 Km², c’est mieux que les Pays-Bas.


My name is Bond, Gunnar Bond

Bien que l’auteur de la saga 007 soit anglais, Gunnar Schäfer un suédois s’est passionné depuis le plus jeune âge pour l’œuvre de Ian Fleming et son célèbre héros. Pas par hasard, mais parce que comme lui son père était agent secret et a mystérieusement disparu alors que Gunnar n’avait que 2 ans. Après avoir vu son premier James Bond à l’âge de 8 ans, il commence très vite à collectionner tout ce qui touche à la saga et finit par ouvrir un muséum en lieu et place de son garage automobile. On y trouve outre les gadgets habituels un nombre impressionnant de véhicules, objets volants ou embarcations ayant servi aux différents tournages, bien mis en valeur avec à côté la projection de la scène de film correspondante. Le garage héberge tout de même quatre voitures de prestige (la Lotus de l’Espion qui m’aimait, l’Aston Martin de Casino Royale 2006, la Jaguar de Casino Royale 1967 et la BMW 1200 de Demain ne meurt jamais), la moto BMW de Demain ne meurt jamais, le long-tail-boat de L’homme au pistolet d’or, la célèbre gondole sur coussin d’air qui a traversé la place St Marc dans Moonraker, le scooter des neiges de Meurs un autre jour, le rickshaw d’Octopussy, l’autogyre de On ne vit que 2 fois, le Cessna 172 utilisé dans  Goldeneye et Permis de tuer, et enfin l’hydroglisseur de Vivre et laisser mourir que notre passionné a essayé dans son jardin le jour où il l’a reçu, vidéos à l’appui. Il ne manque guère que le téléphérique autrichien sur lequel s’accrochait Daniel Craig et peut-être encore la navette spatiale pilotée par Roger Moore, ce doit être juste par manque de place.

Le musée ne manque pas de rappeler que si aucun réalisateur ou aucun agent 007 n’a été suédois, 4 James Bond Girls sont originaires du pays. Leurs robes et bikinis sont bien sûr exposées. En fin de visite, on peut s’offrir un verre dans le bar du musée, champagne Bollinger ou Martini dry pour rester dans le ton bien sûr.

Gunnar Schäfer a poussé l’intégration jusqu’au bout, appelant Ian Fleming « Papa Fleming », réussissant à faire immatriculer ses voitures « JB 007 », « OO7 JB » etc. tout comme à obtenir des numéros de téléphone fixe ou portable se terminant par 007. Il a même en 2007 réussi à obtenir de la justice suédoise d’être renommé « James Bond Gunnar Schäfer ». Nous avons donc eu le plaisir de discuter avec James Bond, ça valait le déplacement.


C’est l’heure de se mettre au verre

Le Sjælland, cette région du sud-est de la Suède, est réputée de longue date pour son artisanat du verre. Nous avons visité la verrerie la plus ancienne du pays et toujours en activité depuis 1742, celle de Kosta Boda. Elle produit aussi bien des objets du quotidien (nombreuses boutiques très achalandées aux alentours) que des créations artistiques de toute beauté dont vous trouverez quelques échantillons ci-après.

Au fait c’est un suédois émigré aux Etats-Unis qui a créé le design de la célèbre bouteille en verre de Coca-Cola, gagnant ainsi un concours organisé par la firme en 1915. La Suède n’en est pas peu fière. Les critères étaient que, alors que la boisson était contenue dans des bouteilles banales, elle devienne typiquement reconnaissable, même les yeux fermés. Malgré l’ère du plastique, les bouteilles de Coca en verre restent bien présentes sur le marché, et viennent récemment d’être restylées (on ne sait pas si c’est par un Suédois). En Suède, toutes les bouteilles sont consignées, même celles en plastique. D’ailleurs les bouteilles de coca dans ce pays sont en plastique 100% recyclé depuis 2020.

De mon côté, j’ai participé dans le musée à un concours de design de mozaïque de verre. Je suis très confiant dans mes chances de gagner.


La petite ville aux allumettes

Le musée des allumettes de Jöngköping, premier bâtiment de la fabrique

La cité de Jöngköping est le centre du monde lorsque l’on parle d’allumettes. D’abord parce que c’est là qu’est née la première fabrique d’allumettes dites « de sûreté » en 1848. L’invention elle-même datait de 1805 mais n’avait pas été développée car il fallait pour allumer l’objet le tremper dans une solution d’amiante et d’acide sulfurique, autant dire que les gens ne trouvaient pas ça très pratique et même plutôt dangereux. Les premières allumettes inflammables par friction arrivèrent à partir de 1826, mais ne connurent pas non plus le succès tant les défauts étaient rédhibitoires : taille imprévisible de la flamme, tendance explosive, odeur forte, conservation en boîte hermétique, et surtout risque graves pour la santé des utilisateurs et surtout des fabricants (nécrose phosphorique souvent mortelle). En 1844, un suédois dénommé Gustaf Erik Pasch résolut le problème en inventant des allumettes qui ne s’enflammaient qu’au contact d’une bande située le long de la boîte et non plus sur une façade de mur ou dans une poche de pantalon. Et c’est en 1848 que ses copains les frères Lundström construisirent à Jöngköping leur première fabrique. Le bâtiment était tout en bois et la production fut vite déplacée dans un nouveau bâtiment en briques, moins inflammables. Quand on fabrique des allumettes, cela s’impose. Cela dit, la maison initiale est toujours là et sert aujourd’hui de musée, tandis que la fabrique, qui n’a cessé de se développer jusqu’à la fin du siècle suivant, n’a souffert d’aucun incendie mémorable. La maison mère assurait d’ailleurs le service d’incendie pour toute la ville. La production d’abord manuelle s’est peu à peu industrialisée, un magnat de la finance s’en est mêlé et la ville a été à un moment au cœur de la production de 70% du marché mondial d’allumettes. Mais après la seconde guerre mondiale la production a fait long feu, peut-être handicapée par l’arrivée du briquet de poche ou de l’allumage piezo-électrique. Il nous reste l’histoire, les méthodes de fabrication et les machines, bien exposés dans le musée.

Fabrication très rustique des premières allumettes par rabotage, réalisation de bouquets puis trempage manuel dans le combustible
Première mécanisation pour écorcer le frêne, le bois le plus adapté à la fabrication d’allumettes
Passage à l’ère industrielle. Cette machine pouvait produire 400 000 paquets par jour
Les toutes premières boîtes
… avant l’exportation mondiale

Tout ce mal pour ensuite couper les bouts des allumettes et en faire ensuite des châteaux !

Allez, c’est le moment de reprendre la route pour d’autres découvertes. A très bientôt !

29. Onomatopées routières

Circuler dans un nouveau pays impose une adaptation à la signalétique routière locale. Au minimum à des fins de sécurité, pour éviter de circuler à contre-sens par exemple ou encore identifier correctement la.route destinée à la mise à l’eau des bateaux dans le fjord. Au mieux pour s’orienter correctement. Et bien sûr pour être en conformité avec la règlementation policière locale : un simple panneau d’entrée de ville au Danemark (voir un exemple plus loin) peut ressembler pour un Français à la signalétique d’un simple hameau et lui faire oublier de ralentir à 50 km/h. Nous avons assez fréquemment recours à notre traducteur de poche (Google Traduction) pour interpréter les mentions Danoises des panneaux, principalement pour savoir si l’on peut stationner ou pas à cet endroit. Parfois, il faut prendre la décision rapidement, et c’est un peu plus compliqué. Il nous est arrivé d’obstruer une rue quelques minutes le temps que la traduction apparaisse sur notre écran de smartphone, sous le regard dubitatif des autochtones qui se demande bien pourquoi ces Français viennent photographier leurs panneaux routiers. Mais tout cela manque cruellement d’illustration. Je vous ai préparé quelques panneaux routiers inhabituels chez nous, avec en commentaire leur interprétation normale et celle que l’on aurait pu imaginer avant l’ère des traducteurs. Encore que pour certains, j’ai trouvé que les mots danois parlaient très bien d’eux-mêmes, comme ces « sving » ou « bump ».

Onomatopées routières
Les jolis panneaux d’entrée en ville
Autoroute engazonnée ?

En fait, entrée d’autoroute tout simplement. Les panneaux sont inversés par rapport à le France

Il ne passera pas par moi ? Tour Eiffel droit devant ?

En fait, jonction de 2 routes ou entrée d’une bretelle sur une voie rapide

Problèmes de digestion ?

En fait, panneau un peu complexe décrivant à droite l’arrivée sur une chicane munie de 2 ralentisseurs. En face ils ont plus de chance…

Un grand virage de 40 km, genre l’anneau du CERN à Genève ?

Plutôt un virage limité à 40 km/h

Une voie sans issue avec issue ?

Effectivement c’est une voie sans issue prolongée par un chemin

Un cor aux pieds …de la Reine ?

Mais non voyons, c’est un simple bureau de poste !

L’étiquette d’un jouet IKEA ?

Un panneau d’entrée de ville, comme sur la photo au-dessus

Boire ou conduire, il faut choisir ?

Chacun de ces 2 panneaux signifie « sens unique ». Ils ne sont jamais bien sûr placés l’un au-dessus de l’autre !

Quartier discret ?

Généralement placé sous un panneau de parking, il signifie que le stationnement est limité à 1 heure, avec un disque collé sur le pare-brise

Obligation de se baigner debout ?

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Ça veut dire en fait que c’est un lieu de baignade

Route Marguerite ?

Mais oui, c’est exactement ça ! C’est la fleur préférée de la Reine (Margrethe…) qui signale une route touristique tout autour du pays

Du 8 au 17 de chaque mois la circulation est à gauche sauf le 8 et le 14, tandis que du 9 au 12 c’est à droite et les autres jours comme on veut ?

Pas simple à comprendre au début, mais ce sont les heures de stationnement payant en semaine, le samedi et le dimanche. Bluffant non ?

Attention de ne pas se planter dans le décor ?

Oui, pourquoi se prendre la tête, 3 sving c’est suffisamment explicite…

Attention, ça va faire bump ?

Malgré les apparences trompeuses, de la bosse unique, c’est bien 4 fois de suite que votre tête va faire une marque sur le plafond

Une belle paire de bumps ?

Oui, ça commence à devenir scabreux, attendez de voir la suite…

Travaux le matin…

Travaux à midi…
…et travaux le soir !

Je ne sais pas si ces panneaux sont vrais, je les ai trouvés en tout cas sur un site danois de vente de panneaux routiers. Ah nous sommes bien dans le 3ème pays le plus heureux du monde !


A part ça la route se poursuit, nous terminons notre traversée du Danemark par sa capitale avant de passer en Suède en début de semaine. Voici en vrac quelques illustrations commentées de nos dernières étapes. A bientôt !







Allez, encore un château, celui de Hillerod. Vraiment beaucoup de châteaux au Danemark. Au fait, un château ça se dit « slot ». N’est-ce-pas encore une belle onomatopée ?


28. Fête des gosses !

Procréation assistée

Au Danemark comme dans les pays scandinaves, la part de la population âgée augmente dangereusement aussi tout est fait pour encourager la natalité. A commencer par ce congé parental de 52 semaines qui fait beaucoup d’envieux. Mais au cours de nos déplacements, nous voyons bien que les enfants ne sont jamais oubliés. Les parcs de jeux sont omniprésents, les commerces disposent souvent d’espaces pour enfants, de même que les musées qui sont par ailleurs tous gratuits jusqu’à 18 ans. On trouve des tables à langer dans tous les WC, des chaises hautes dans les restaurants et dans les églises, ces dernières proposant à l’entrée des livres d’enfants aux côtés des bibles pour leurs parents. Enfin, le Danemark est célèbre pour permettre depuis 1967 (soit 54 ans avant nous) aux enfants de porter plainte contre leurs parents qui leur auraient administré une fessée.

fête des gosses !
Jeux pour enfants dans l’enceinte d’un château

Livres pour enfants dans une église

Jeux, thèmes à la folie !

Nous nous sommes joints à la frénésie de la dernière semaine avant la rentrée scolaire danoise (eh oui les pauvres, les vacances d’été se terminent entre le 9 et le 11 août) pour visiter quelques attractions concernant les enfants, notamment un parc animalier dédié aux espèces scandinaves, mais aussi la Lego House à Billund, ville danoise dont l’économie est centrée depuis les années 50 sur la célèbre brique inventée par un menuisier natif. A ne pas confondre avec le parc Legoland de la même ville, qui est plutôt un parc d’attraction classique même si le design des manèges s’apparente aux Lego. La Lego House est plutôt orientée créativité. Des œuvres fabuleuses y sont exposées, comme cet arbre de 15,68 m de haut composé de plus de 6 millions de briques au centre de l’escalier principal.

Des familles entières, avec parfois plus d’adultes que d’enfants viennent y jouer aux Lego, mais pas n’importe comment. Ici, on crée uniquement des fleurs jaunes que l’on piquera ensuite sur des supports, la monochromie et la multiplicité des designs rendant le fini particulièrement esthétique. Là, on assemblera des briques pour former des poissons, qui seront ensuite scannés devant un appareil : miraculeusement, le poisson prendra vie dans un grand aquarium numérique, ondulant au fil de l’eau et clignant des yeux. A un autre endroit, il faut créer un bâtiment uniquement en briques Lego blanches et sur un support imposé de 6×6, que l’on insèrera ensuite sur un plateau qui représente une grande ville. A la manière de Sim City, grâce à l’informatique sous-jacente, des routes vont se créer et relier le bâtiment au reste de la ville, des points mobiles simulant le déplacement des habitants ou des véhicules.

Au sous-sol, une exposition retrace toute l’histoire de la création Lego, des jouets en bois ordinaires de la première usine aux boîtes sophistiquées contemporaines, en passant par les premières briques qui tenaient mal entre elles et le procédé ingénieux qui a permis de résoudre ce problème.

Ours blanc au Scandinavian Park

Un des espaces de jeux de la Lego House

Arbre central géant et salle des dinosaures

Le conte est bon, j’espère

A Odense, sa patrie natale, nous ne pouvions manquer de rendre visite à Hans Christian Andersen. Nous avons tenté notre chance à sa première demeure, mais il n’y était plus depuis longtemps. Sa seconde était fermée depuis le début de l’été, pour être remplacée par une autre, un musée flambant neuf exposant tout de long en large sur le célèbre conteur danois, mais le musée était fermé précisément aujourd’hui en raison d’un problème électrique. Vraiment pas de chance. Après une courte visite dans la ville, nous sommes allés voir le Jardin d’Andersen. Il n’y était pas non plus, mais nous avons quand même vu sa statue. Nous avions rendez-vous avec une petite troupe de conteurs amateurs qui selon nos guides et Internet se produisaient devant la Maison des Contes de Fées, au centre de ce jardin, tous les jours jusqu’à mi-août à 11h et 13h. Eh bien ils n’étaient pas là non plus, la mi-août ne doit pas tomber en même temps au Danemark qu’en France. Visite complètement ratée, quoi. En l’absence d’Andersen, je me permets de vous conter une petite mésaventure qui vient de nous arriver.

Il était une fois une princesse qui vivait dans un carrosse tout bleu, un fiacre « Du Château » italien qu’elle avait fait aménager par un menuisier réputé de Macronie, avec tout le confort dû à son rang. Le mobilier était fait de bois précieux (si l’on en juge par son prix), les fenêtres s’ornaient de draperies coulissantes capables aussi bien d’occulter la lumière du soleil que le passage éventuel d’insectes, les tapis avaient été brodés par Saint Maclou en personne. Les réserves en eau courante pouvaient tenir des lustres, tandis que ceux-ci, étonnamment non vénitiens pour un fiacre italien, avaient été remplacés par des luminaires plus modernes que l’on appelle à led, même si l’on en n’a pas besoin. Quant à ces derniers, le carrosse avait été équipé du très performant système « pro secco », plus conforme au pays d’origine. Point de gaz dans ce véhicule, ce qui avait l’avantage d’éviter d’acheter des allumettes aux petites filles traînant dans la rue. La cuisinière et l’eau de la baignoire (verticale faute de place) étaient chauffées grâce à la même énergie que celle mouvant les 160 chevaux tractant le carrosse. Tout cela n’était-il pas merveilleux ?

Un jour alors qu’ils se trouvaient à voyager dans la belle région du Danemark, la princesse et son prince charmant firent halte pour s’approvisionner en eau fraîche. Tandis que le prince vaquait au remplissage, la princesse déplaçait quelques provisions dans la soute, possiblement une boîte de petits pois qui la gênait. Là il est nécessaire d’expliquer, faute de comprendre l’allusion, que dans les carrosses la soute est située sous le lit. En déplaçant cette fameuse boîte, elle heurta un autre objet placé là on ne sait pourquoi (enfin si, on sait, c’est parce qu’il n’y avait pas d’autre place ailleurs). L’objet, une sorte de cylindre muni d’une valve à l’extrémité d’un petit tuyau qui en sortait, avait été acquis apparemment pour restaurer rapidement la pression d’un pneu du carrosse qui viendrait à la perdre brutalement. Le choc provoqua d’abord à peu près le même bruit que l’on produit en ouvrant une bouteille de cette boisson à base de houblon fermenté si répandue au Royaume du Danemark. Ce qui se produisit ensuite pourrait être décrit comme une sorte de gros chamallow en expansion rapide après un de big bang imaginaire, gagnant promptement une bonne portion de la soute, dissimulant à la vue de nos infortunés voyageurs tout ce qui s’y trouvait, conserves de petits pois compris. La princesse eut tout de même le réflexe, craignant que le véhicule ne disparaisse en entier, de plonger sa main dans le gros chamallow pour en extraire l’objet générateur. La suite fut plutôt affaire d’éponge et d’huile de coude, le prince faisant malicieusement remarquer à la princesse qu’elle ressemblait tantôt à la reine des neiges, lorsqu’elle ressortait de la soute le visage et les bras couverts de mousse, tantôt à la petite sirène lorsqu’elle plongeait tout cela dans son seau. Une fois le dernier coup de torchon passé, on s’aperçut que, contrairement à ce que l’on croit généralement, la mousse ne tache pas tant que ça. La princesse et le prince reprirent leur route heureux, riant du comble auquel ils étaient parvenus : crever une bombe anti-crevaison.


27. Défunts de moi difficiles

Ou comment se divertir avec un thème franchement macabre. Divertissement macabre est d’ailleurs un oxymore. CQFD

Cimetières m’étaient contés…

Cimetière viking
Illustration de l'article
Défunts de moi difficiles
Cimetière viking

Vrai de vrai, nous fréquentons beaucoup les cimetières. D’abord parce qu’il faut les traverser pour visiter les églises qu’ils entourent systématiquement. Aussi parce qu’ils ont souvent des parkings intéressants pour passer la nuit loin des hordes de camping-cars (déjà que ceux-ci se collent les uns aux autres pour ne pas avoir peur la nuit, il est difficilement imaginable qu’ils viennent se risquer à dormir tout seuls près d’un cimetière dont peuvent sortir à tout moment fantômes et autres revenants). Enfin ils sont connus pour être des lieux où l’on peut se procurer de l’eau potable, bien que pour l’instant nous n’ayons pas encore recouru à ce mode d’approvisionnement. Ils sont en général très bien entretenus. Dans l’avant-dernier que nous avons visité, pas moins de 4 jardiniers assuraient le ratissage des allées et l’entretien des petites haies qui séparent les tombes. Pour le dernier c’était un peu spécial, car c’était un ancien cimetière Viking, et là l’entretien était assuré par un troupeau …de moutons. Mais c’était sur une colline entière. Ce cimetière a connu sa pleine activité entre les Vème et Xème siècle. Avant, les Vikings n’étaient pas nés. Après ils ont été convertis au christianisme et obligés d’enterrer leurs morts autour des églises. Mais avant cela, ils pratiquaient plutôt l’incinération, le bûcher étant placé dans une fosse entourée de pierres en forme de cercle pour les femmes ou de triangle pour les hommes. Après la crémation, ils étaient ensuite recouverts de terre, la double peine en quelque sorte, que la nature a transformée en triple peine en recouvrant l’ensemble d’une épaisse couche de sable. Tout est tombé dans l’oubli pendant près d’un millénaire, jusqu’en 1952 où il a été décidé d’entreprendre des fouilles. 700 tombes et quelques maisons ont été mises à jour. Après c’est le business habituel : aménagement d’un parking, construction d’un musée, embauche des moutons, etc.


Une histoire de croque-mort

Maintenant que le Danemark est passé à l’ère luthérienne, les cimetières bien entretenus restent à l’air libre. Encore que, vu la faible altitude du pays, négative parfois et la tendance à la montée des eaux, il se pourrait que les défunts fassent trempette d’ici quelques décennies. En attendant, ils vivent leur repos éternel regroupés par secteurs avec des aspects très différents. Pour les uns il s’agira de simples zones gazonnées où sont réparties plus ou moins régulièrement des plaques funéraires ou bien de simples pierres gravées ou peintes auxquelles on adjoindra un petit pot de fleur ou bien un arbuste. Pour d’autres les pierres seront plus larges, plantées obliquement dans la terre et non plus horizontalement, tandis que les décorations autour seront un peu plus riches. Enfin, les quartiers chics verront leurs tombes entourées de petits massifs de buis, les pierres seront cette fois verticales et volontiers en marbre, mais on ne verra pratiquement jamais de grandes dalles comme chez nous. Les tombes sont souvent personnalisées avec des figurines, le plus souvent des animaux, mais parfois des nains de jardin ou autres babioles. Comme chez nous de petites plaques viennent compléter la plaque ou la pierre principale, et notamment une particulièrement fréquente portant la mention « MOR » qui a inévitablement attiré mon attention. Mon esprit espiègle a aussitôt imaginé une espèce de certificat de décès attribué par un croqueur d’orteil. Mon traducteur de poche m’a malheureusement contredit en affirmant que le terme désignait plutôt la « mère ». Dommage, j’aimais bien la première version.


Le King sans « vi »

Le jeu de mots est tiré par les cheveux, j’en conviens, mais l’occasion de faire une transition avec le sujet ci-dessus était trop belle. En effet, le hasard de notre route nous a fait passer devant une attraction quelque peu inattendue au Danemark : une copie de la maison  d’Elvis Presley à Memphis (Graceland Mansion).

Des passionnés ont recréé la maison originale, l’ont aménagée partiellement en un musée très documenté et pour le reste en un restaurant cabaret où des sosies du King viennent se produire régulièrement. Le portail à l’entrée donne le ton, et des haut-parleurs tout au long du chemin menant à l’entrée diffusent en permanence des tubes de l’artiste. Naturellement, une boutique bien fournie est exclusivement dédiée à Elvis, comportant un nombre impressionnant de disques et de films.


Et la bière !

Il était difficile de terminer cet article macabre sans parler du breuvage national, consommé par une large majorité de la population, ce qui représente 70 litres par an et par habitant, contre 30 litres pour les Français – qui se rattrapent tout de même sur le vin. Les marques Carlsberg et Tuborg dominent le marché danois, mais il existe bien sûr comme chez nous de multiples bières locales. Malgré cette consommation élevée, les Danois meurent moins à cause de l’alcool (1% des décès) que les Français (13% des décès). Peut-être est-ce grâce à l’autre boisson nationale, l’akvavit (l’eau de vie bien sûr).

26. En 2 temps 5 mouvements

deux temps différents au même endroit
Le même endroit à 1/4 d’heure d’intervalle

Les deux temps, déflorons l’accroche de suite, correspondent à notre météo quotidienne. Le ciel est en effet particulièrement changeant au Danemark, les nuages ne cessant de défiler. En moins d’une minute, le soleil radieux peut se dissimuler derrière un cumulo-nimbus menaçant et nous transporter dans la pénombre, parfois nous arroser de quelques gouttes ou encore nous délivrer une véritable averse sous des vents forts qui vous retournent le parapluie tout juste sorti de son étui. Bienvenue au club diront peut-être les Bretons. A nous qui n’étions habitués qu’à un temps à la fois. Le bon côté des choses, c’est que nous sommes sûrs de voir le soleil tous les jours. Le mauvais côté, c’est qu’il faut savoir attendre le bon moment pour les photos, le joli paysage aux couleurs chaudes et contrastées pouvant se transformer en une scène dramatique et menaçante entre le cadrage et l’appui sur le déclencheur. A titre d’exemple, les deux photos ci-dessus sont prises au même endroit à quelques minutes d’intervalle seulement. Mais bon, les épisodes de pluie restent minoritaires, volontiers nocturnes, et le bruit des gouttes venant frapper la carrosserie, nous adorons. Ça nous rappelle le camping de notre enfance.


Au centre d'essais pour éoliennes
Au centre d’essais pour éoliennes

Concernant les mouvements, commençons par la rotation. Surtout celle incessante des éoliennes, omniprésentes dans l’environnement danois. Ce pays produit à ce jour 40% de son énergie grâce au vent, tout en visant l’autonomie électrique en 2035 et l’indépendance énergétique totale en 2050. Les médisants pourraient prétexter l’abondance de la ressource, mais cela ne fait pas tout, il y a une vraie politique verte dans ce pays. Par exemple à St Barth, où le soleil brille plus de 300 jours par an, le nombre de panneaux solaires est ridiculement bas. Et aucune éolienne bien sûr, alors que lez alizés soufflent gaillardement une grande partie de l’année. Vers Esbjerg, nous avons côtoyé un port où l’on chargeait d’immenses pales d’éoliennes sur des bateaux. Cela a commencé à exciter notre curiosité et lorsqu’un peu plus loin, à Osterig nous sommes passés devant un centre d’essais pour éoliennes, nous n’avons pas hésité à en effectuer la visite. Nous avons appris plein de choses, comme sur leur conception (pourquoi 3 pales et pas 2 ou 4 par exemple), leur mise en place très différente selon qu’on se trouve sur terre ou en mer, l’évolution de la technologie au cours du temps et les achats d’énergies d’un pays voisin à l’autre programmés la veille en fonction de la météo du lendemain. Très instructif donc.


Le phare qui a reculé de 70 mètres
Le phare qui a reculé de 70 mètres

Le second mouvement est celui de ce phare dénommé Rubjerg Knude, construit en 1900 initialement à 200m de la mer sur une dune qui n’a cessé de s’éroder depuis. En 2019, il ne lui restait plus que 5 ans avant de s’effondrer dans la mer, aussi a-t-il été décidé, compte-tenu de son intérêt touristique, de l’éloigner du rivage de 70 mètres, à l’aide d’une mini-voie ferrée. L’opération, qui s’apparente au déplacement des fusées de leur hangar de stockage vers leur pas de tir, a pris seulement 4h30, après une préparation de tout de même plusieurs mois. Après les tramways allemands qui prennent l’autoroute, voici le phare danois qui prend le train ! Une vidéo sur le déplacement est disponible ici. Nous avons fait la balade pour découvrir ce phare peu commun, grimpant une immense dune posée entre mer et forêt un peu à la manière de celle du Pilat, fouettés par le vent et le sable mais heureux de découvrir ce lieu.

Vues du bas et du haut du phare

Après le phare qui recule, voici maintenant la dune qui avance. Cela se passe tout au nord de la péninsule du Jutland, à un endroit où la bande de terre n’est large que de cinq kilomètres. La dune appelée Rabjerg Mile s’y est formée vers 1750 et depuis, elle ne cesse de progresser vers l’Est, de 13 à 17 mètres par an. A ce rythme-là, elle devrait atteindre la mer du côté opposé vers l’an 2200. De nouveau nous avons découvert un micro-Sahara en territoire danois, d’environ 900 x 600 mètres. Nous l’avons foulé avec plaisir, nous demandant si nous n’allions pas apercevoir une colonne de rennes bossus longer la crête d’une dune, admirant aussi les jolies figures que dessine le vent dans le sable.

Le vent, quel artiste !

Le mouvement suivant est un mouvement de foule. A Grenen, à l’extrémité Nord de la péninsule du Jutland, nous avons suivi une longue procession constituée majoritairement de Danois qui suit la plage comme chaque jour à la queue-leu-leu, jusqu’à une pointe très étroite qui finit dans la mer. Où plutôt dans les mers.  Car justement à cet endroit deux mers se rencontrent, la Mer du Nord et la Mer Baltique. Les courants assez forts et en sens inverse, rendant d’ailleurs la baignade dangereuse (de toutes façons, à 14°C on n’a pas trop envie d’y tremper autre chose que ses pieds) soulèvent de belles vagues chargées d’écume. Les gens s’y arrêtent un moment, s’y prennent volontiers en selfie, puis repartent en sens inverse. Peut-être iront-ils ensuite se régaler d’un plateau de fruits de mer dans la petite ville voisine de Skagen, très prisée des touristes. Au Danemark, les vacances scolaires d’été se terminent le 11 Août, il faut qu’ils se dépêchent.

Rencontre de la Mer du Nord et de la Mer Baltique

Port et restaurant de fruits de mer à Skagen

Le dernier mouvement, et bien c’est le nôtre, reprenant la route. Et dans ce pays écolo, nous suivons les routes vertes. De la couleur du liséré qui les borde sur la carte routière, signalant leur côté pittoresque. Mais aussi parfois avec de l’herbe en guise de ligne séparatrice, comme sur la photo. On ne peut faire plus vert !

25. Roberto à la plage

Roberto à la plage

Nous voici maintenant au Danemark. Bien qu’encore dans la zone frontalière avec l’Allemagne, nous ressentons rapidement que nous sommes dans un autre pays, une autre culture. Les routes sont larges et peu fréquentées, parfaitement entretenues, délimitées latéralement par des pointillés. Le pays est tout plat et la vue porte loin. Le climat est océanique, nous en avions perdu l’habitude, et les alternances d’averses et d’éclaircies rythment nos journées sous un vent soutenu qui fait osciller Roberto. Ce dernier doit d’ailleurs circuler les yeux grands ouverts, c’est-à-dire avec les feux de croisement allumés en permanence, sans doute pour être bien visible quand le ciel s’assombrit fortement au passage des perturbations. Nous lui avons aussi apposé sur le pare-brise le disque horodateur adhésif dont sont équipés tous ses congénères autochtones. Les paysages sont beaux, alternant champs agricoles, prairies à vaches ou moutons et fjords encadrés de digues. Les maisons en campagne, typiquement des chaumières ou des maisons de briques, rouges aux volets blancs ou au contraire toutes noires, dépassent à peine de la lande, pour mieux se protéger du vent sans doute. En ville on se permet un peu plus de hauteur. Les Danois adorent placer des figurines de toutes sortes derrière les vitres des fenêtres. Nos premiers villages traversés étaient très pittoresques, mais c’est loin d’être le cas partout. En tout cas la propreté est exemplaire et les maisons sont bien entretenues. Une chose géniale ici est l’absence de masque, même à l’intérieur des boutiques ou des musées. Il est seulement recommandé et du coup très peu le portent. Le passe sanitaire est néanmoins obligatoire dans les salles intérieures des restaurants et dans les musées. Nous avons déjà eu besoin de le produire. Sans que notre QR code européen soit lu par une machine pour autant. Mais ce qui est écrit au-dessous a l’air de satisfaire ceux qui nous l’ont demandé. Côté nourriture ça se présente plutôt bien. Le poisson fumé remplace les saucisses allemandes et le coulis aux airelles qui l’accompagne est délicieux. Le pain est aussi varié qu’excellent. Et que dire des « danoiseries »… Tiens, un truc étonnant, lors de notre dernier achat, la boulangerie-pâtisserie vendait aussi des paquets de cigarettes, bien cachés dans une vitrine aux vitres fumées derrière le comptoir. Va savoir pourquoi.

Campagne danoise
Route en forêt (Mogeltonder)

Façades danoises

Eglise de Mogeltonder

Sculpture dans un parc

Statues à Esbjerg

Mets danois (jus de rhubarbe et de fleur de sureau, poisson frais fumé)

La côte Sud-Ouest du Danemark au moins (nous ne connaissons encore que cette partie-là) n’est qu’une longue plage de plusieurs centaines de kilomètres de longueur, avec un dénivelé presque nul qui permet aux véhicules de circuler. Nous l’avons découvert un peu par hasard et n’avons pas résisté à l’envie d’y promener Roberto. C’est de saison après tout. Pas sûr que nous aurions pu y dormir, le camping sauvage est interdit dans tout le Danemark, mais nous y avons tout de même pris le thé fenêtres grandes ouvertes sur la mer du Nord. Une de nos petites pauses comme on les aime.


Un petit point sur notre parcours avant de vous quitter : nous avons parcouru presque 8000 Km depuis le 19 avril. Nous n’avons traversé que trois pays, mais il faut un début à tout et nous avons tout notre temps. A bientôt !

24. Un tramway sur l’autoroute etc.

Mais que se trame-t-il sous ces caténaires ?

Caténaires de tramway sur l'autoroute

« Ils sont fous ces Germains », a peut-être dit Astérix dans « Astérix chez les Goths », mais j’avoue que je n’ai pas relu l’ouvrage pour vérifier. En tout cas, lors d’un bref passage sur l’autoroute entre Hambourg et Lübeck, nous avons eu la surprise de circuler sous des caténaires de tramway pendant une dizaine de kilomètres. Assez impressionnant quand on circule dans un véhicule assez haut comme le nôtre car nous avons l’impression d’être tout près des câbles. Renseignements pris, il s’agit d’une zone expérimentale pour la circulation de camions équipés de pantographes comme sur la photo ci-dessous. Équipés de moteurs hybrides, les camions roulent à l’électricité sous les caténaires tout en rechargeant leurs batteries. Plusieurs zones en Allemagne font le test, résultat en 2022. Dans l’attente il faut espérer que les câbles soient bien accrochés afin que l’aventure ne se transforme pas en « Highway to Hell »…

Les camions expérimentaux à pantographes. Et pourquoi-pas sur un fourgon aménagé ?
Les camions expérimentaux à pantographes. Et pourquoi-pas sur un fourgon aménagé ?

Le fantôme du musée

Ça se passe à Coblence, sur la façade d’un ancien musée récemment déplacé dans le centre-ville. Sous une horloge assez haut placée, une tête en bas-relief qui vous regarde. Et quand vous, vous la regardez de plus près, vous vous apercevez que ses yeux quelque peu exorbités bougent de droite à gauche. Un panneau explicatif pas loin révèle qu’il s’agit de la tête d’un voleur du XVIème siècle, condamné à mort puis décapité, qui pourtant est revenu depuis narguer la ville. Pire encore, mais nous ne l’avons su qu’après en raison des limites de notre traducteur, il parait qu’il tire la langue toutes les demi-heures. Quel effronté !


La claire fontaine

Claire comme de l’eau …du Rhin, cette fontaine retrace en une seule colonne 2000 ans de l’histoire de Coblence, de l’époque romaine jusqu’à nos jours. A sa base, des Coblençois rament. Nul doute que dans cette période difficile ils rament toujours. Pas sûr que ce soit l’idée initiale du sculpteur, mais elle me va bien.

La fontaine de Coblence
La fontaine de Coblence

Question de prononciation

Pas assez à l’aise avec la langue germanique pour raconter à nos voisins que nous étions passés chez Sosh ou leur commander ces six saucisses sèches sous sachets dont ils sont si friands, nous pensions ne plus risquer ici d’erreurs d’élocution. Eh bien pas du tout, les noms allemands sont très difficiles à prononcer. Tenez par exemple, nous venons d’arriver dans la région du Schleswig-Holstein. Essayez de dire ça bien du premier coup sans crachoter. Pas facile, non ? Pour avoir une idée plus précise, j’interroge mon moteur de recherche favori qui me propose un site où le nom serait prononcé en Allemand, en Anglais et en Français. Rendez-vous compte en cliquant sur ce lien : s’il y a bien quelques Allemands qui s’y risquent, ainsi qu’un Anglais et même une Belge, aucun Français n’a accepté de se prêter à l’exercice. CQFD.


Celle que je préfère

A force d’en voir, on pourrait finir par se lasser. Mais là ça dépasse l’entendement. Dans le petit centre-ville de cette bourgade de Basse-Saxe, ce sont plus de 400 maisons à colombages qui sont rassemblées, remontant parfois jusqu’au XVème siècle, parfaitement entretenues. Un quartier entier où se balader entourés de ces maisons toutes plus esthétiques les unes que les autres, quasiment à perte de vue. Il parait que c’est la concentration la plus forte d’Europe. J’aimerais bien savoir qui détient le record du Monde. Pour ajouter au plaisir, la ville est parsemée de personnages en pied qui trompent parfois les promeneurs. Et bien entendu de terrasses de café ou restaurants. Pour le soin apporté à son esthétique et pour son apparente belle qualité de vie, oui c’est (pour l’instant) la ville de Celle que je préfère. Mais demain nous visiterons Lübeck. Des paris ?

Ville de Celle (Basse-Saxe)

A bientôt à Lübeck !