Catégorie : 2025 – Amérique du Sud

Début de notre périple de 2 ans en Amérique du Sud

  • 165. La côte à 150 000

    165. La côte à 150 000

    Avec 6 435 km de côtes, le Chili est dans le top 5 des pays à bordure maritime. Comme la mer commençait à nous manquer, nous avons rejoint le littoral pour le suivre pendant quelque temps. Expérience positive ou pas ? Et à quoi correspond ce chiffre de 150 000 ? La lecture de l’article vous le dira !

    La côte à 150 000
Parcours décrit dans l'article
    Parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Des falaises tunnelisées

    C’est au niveau de la ville de Lebu que nous rejoignons l’Océan Pacifique. Nous avons évité la cité elle-même, une ancienne ville minière très industrieuse et réputée sans charme, pour nous garer au bord de la Playa Grande, située un peu au nord. Une jolie plage de sable clair, presque déserte en cette fin de printemps, mais magnifiquement bordée d’un champ de lupins jaunes. Nous ne nous y sommes pas baignés, le vent frais et la basse température de l’eau nous en ayant dissuadés. Mais l’environnement était propice à la randonnée du côté des falaises qui s’avancent dans la mer. Elles sont même percées de tunnels naturels d’une centaine de mètres de longueur qui permettent de gagner la Playa Chica de l’autre côté, plus petite comme son nom l’indique mais plus sauvage que la première.

    On voit parfois sortir de ces tunnels des hommes poussant des brouettes chargées d’algues qu’ils ont été récupérer de l’autre côté. Pour les vendre à des particuliers ou à des restaurateurs. Si la traversée dans l’obscurité relative effraie, l’alternative est de gravir le sentier qui passe au-dessus de la falaise, profitant de là-haut d’un joli panorama et au passage d’une flore abondante. A noter enfin que l’un des tunnels possède près d’une extrémité une sorte de grotte, appelée Caverne de Benavides, du nom d’un militaire chilien qui aurait caché là un trésor il y a longtemps. Et qui y serait toujours ! Le lieu sert une fois par an de salle de spectacle pour le festival de cinéma de la ville.


    Nuestra Señora del Carbon

    Un peu plus loin, nous gagnons Lota, une autre ville au passé minier encore plus marqué. La région produisait d’ailleurs la quasi-totalité du charbon du Chili. Toute cette production s’est éteinte en 1990 lorsque la dernière mine a fermé pour cause de politique verte gouvernementale. De 40% en 1990, la part du charbon dans la production de l’électricité est tombée à 15% en 2024 et devrait être nulle en 2030. L’objectif du pays étant de ne plus utiliser aucune énergie fossile en 2050. Dans l’attente, la ville a transformé les demeures des dirigeants des exploitations minières en musées, la mine la plus spectaculaire parce que creusée sous le Pacifique et bénéficiant d’une ventilation naturelle puissante (elle est appelée le Souffle du Diable) a été aménagée en attraction touristique et le grand espace vert aménagé avec goût par la riche famille dirigeante a été ouvert au public. Mais le lien avec le passé houiller qui a retenu le plus notre attention se cache dans une église paroissiale de la vieille ville : une étonnante vierge sculptée dans un bloc de charbon. La pratique aurait été courante dans les communautés minières, mais nous n’avions encore vu aucun exemplaire de ce type jusqu’ici. En tout cas cette sainte patronne des mineurs, appelée Nuestra Señora del Carbon (Notre-Dame du Charbon) est une œuvre singulière et magnifique.


    La résilience a des limites

    Nous sommes maintenant à Concepción, une grande ville toujours sur la côte Pacifique. Notre première découverte le long d’une avenue est un vieux théâtre en ruines dont l’accès est protégé par une grille. Ce théâtre Enrique Molina a une histoire bien mouvementée. A peine 25 ans après son inauguration, il fut très endommagé par le tremblement de terre de 1960, un évènement majeur au Chili. C’est d’ailleurs le plus grand séisme jamais enregistré : 9.6 sur l’échelle de Richter. Et cette secousse a été précédée à Concepción de 3 autres à une intensité de 8.3. Autant dire que la dernière a été le coup de grâce pour ce bâtiment comme pour beaucoup d’autres dans le centre du pays. Laissé à l’abandon pendant une cinquantaine d’années, le théâtre a fini par émouvoir les communautés artistiques et historiennes de la ville dont la mobilisation a permis en 2009 à la fois le classement du bâtiment au patrimoine national du Chili mais aussi le vote d’un budget pour sa restauration. Las, avant que les travaux aient pu débuter, un nouveau séisme majeur de magnitude 8.8 a touché la ville de Concepción en 2010. Le projet de restauration a été abandonné et les fonds ont été réaffectés. Dure dure la vie des théâtres chiliens !


    Solidarité

    Claudie photographiant la fresque La Présence de l’Amérique Latine dans l’entrée de l’Université de Concepción

    Le théâtre n’est évidemment pas le seul qui ait souffert de ce séisme où un quart de l’énergie sismique mondiale du XXe siècle s’est déchaînée sur cette région du Chili en l’espace de seulement 33 heures. L’université de la ville de Concepción a beaucoup souffert également. Son état de délabrement tout comme celui de nombreux établissements scolaires de la ville a déclenché un mouvement de solidarité international, naturellement plus marqué dans les pays de culture proche. C’est ainsi que le Mexique a pris en charge la reconstruction de nombreux bâtiments liés à la scolarité. Et dans la foulée, l’un de ses plus célèbres artistes muralistes de l’époque s’est proposé de réaliser une fresque géante dans l’entrée du bâtiment principal. C’est ainsi qu’est née La Présence de l’Amérique Latine, une œuvre de 250 m² basée sur l’histoire de toute l’Amérique latine, de la période précolombienne jusqu’à l’époque contemporaine de l’artiste, mettant l’accent sur la solidarité et la fusion des différentes cultures. Une œuvre impressionnante et belle qui nous aurait échappé si nous nous étions contentés de lire notre guide papier du moment, le Lonely Planet. Comme quoi il vaut mieux multiplier ses sources d’information.


    Pittoresque à souhait.

    Colchogüe est un charmant village de pêcheurs, encore peu perverti par le tourisme. C’est un régal de se promener dans les ruelles bordées de maisons colorées et fleuries descendant vers la mer, de marcher sur le quai en enjambant les amarres et les filets des bateaux de pêche, d’observer les bancs d’algues et de coquillages laissés à découvert par la marée basse. Ce pourrait être n’importe quel village de pêcheurs en Bretagne, mais la multiplicité des couleurs, la rusticité de l’habitat et surtout la présence de stands d’empanadas et de mote con huesillo (voir la description dans le carrousel) sont assez typiques de la culture chilienne. Un beau moment d’authenticité et, à l’occasion, un joli parking fleuri pour Roberto.


    Un sanctuaire et une cathédrale

    Nous sommes rendus à Colquecura, un autre village de pêcheurs un peu perdu dans son immense plage de sable gris. Hors saison, c’est quasi désert et nous allons pouvoir stationner tranquilles pour la nuit juste au bord de la plage. Contrairement au village précédent, 2 attractions touristiques sont susceptibles de ramener un peu de monde, de manière raisonnable car la route est à l’écart des grands axes. La première est un sanctuaire, non pas dans le sens religieux du terme mais dans son aspect de lieu naturel protégé. La seconde est une cathédrale, non pas dans le sens d’une église épiscopale mais en raison de l’apparence d’une structure naturelle. Levons le mystère.

    Notre première attraction est un ensemble d’îlots rocheux tout proches de la plage mais d’accès interdit car hébergeant une colonie de lions de mer et un grand nombre d’oiseau marins. Difficile de transmettre l’ambiance du lieu : ses occupants se voient mieux aux jumelles que sur les photos, leurs cris et grognements sont masqués par le bruit des vagues sur les vidéos, et l’odeur forte lorsque l’on est sous le vent n’est pas encore transmissible.

    La seconde attraction est une cathédrale … de pierre, sculptée par la mer dans des falaises sans doute un peu tendres. De petits tunnels côte à côte peuvent rappeler les arcs-boutants d’une cathédrale, tandis qu’une grotte pourrait être sa nef. Une statue de la Vierge Marie est d’ailleurs placée à l’entrée, entourée d’un certain nombre d’ex-voto. Il ne serait pas invraisemblable que des messes soient célébrées là de temps en temps.


    Encore plus haut

    Poursuivant notre route côtière vers le Nord, nous allons côtoyer d’autres formations rocheuses, sculptées par dame nature et parfois peintes par les oiseaux qui s’y nichent. Une côte belle et sauvage, dont le sable gris foncé effraie peut-être les touristes, bien moins nombreux que les oiseaux. Plus loin, la route fait un crochet dans l’intérieur des terres, mais la mer se rappelle toujours à nous sous forme de marais salants. Celui que nous allons voir, près de Lo Valdivia, est l’un des deux derniers en activité dans la région qui en comptait pourtant beaucoup au début du XXe siècle, à son pic d’activité. Un joli damier blanc et mauve s’étend sous nos yeux avec des sauniers cheminant le long des murets : manifestement, c’est la saison de la cristallisation. La récolte aura lieu dans quelques mois, au cœur de l’été, et d’ailleurs les stands de vente sont encore vides. Un peu après Bucalemu, la grande ville suivante, Roberto franchit le cap des 150 000 km. Et avec nous 55 mois de vie nomade, ce qui fait une moyenne de 2 727 km par mois ! Nous terminons la journée pas loin d’une plage à Pichilemu, et presque côte à côte avec un camping-car de compétition français (le premier véhicule français que nous rencontrons depuis Buenos Aires). Aucune inscription sur l’extérieur, personne n’est descendu de la soirée ou du début de matinée, pas de bruit… Nous n’en saurons pas plus. La ville elle-même n’a rien d’exceptionnel. En s’y baladant nous trouvons une mignonne petite gare ferroviaire (reconvertie en musée) et beaucoup de buissons de roses, grimpants ou tombants. Et puis une fleur qui m’intrigue. Google Lens l’identifie comme passiflore, la fleur de la passion. Mais pourquoi ce nom ? Et y a-t-il un lien avec le fruit de la passion ? Vous en saurez davantage au chapitre suivant.


    Un peu, beaucoup, passionnément…

    Mais certainement pas à la folie, disaient les missionnaires jésuites en montrant ces jolies fleurs aux amérindiens qu’ils tentaient de convertir à la religion chrétienne au XVIe siècle. « N’arrachez pas ces pétales, ce sont les apôtres ». Et la démonstration ne s’arrêtait pas là : la fleur comportait tant de caractéristiques évocatrices de la Passion du Christ (cette période qui couvre les évènements précédant ou accompagnant la mort de Jésus Christ) qu’ils l’appelèrent fleur de la passion. Devenue passiflore en termes botaniques. Si les 10 pétales représentaient selon eux les apôtres fidèles (sans Pierre ni Judas), les 72 filaments reproduisaient la couronne d’épines, les 5 étamines : les plaies de Jésus, les 3 stigmates : les clous, et le pistil le Saint Graal. Plus de 500 espèces de passiflores sont aujourd’hui décrites, et les fruits de ces fleurs de la passion s’appellent naturellement … les fruits de la passion. Beaucoup sont comestibles (et délicieux !) comme ceux des espèces Passiflora edulis edulis (petit fruits ronds à peau violette 📷 4), Passiflora edulis flavicarpa (un peu plus gros, ovoïdes et à peau jaune 📷 5), ou encore Passiflora quadrangularis (encore plus gros, à chair blanche et crémeuse, appelés grenadilles 📷 6). Mais les fruits encore verts ou ceux d’autres espèces peuvent contenir du cyanure, mieux vaut s’abstenir d’en consommer à moins d’avoir une passion … pour l’hôpital !


    La découverte des côtes chiliennes est loin d’être terminée, mais il est temps de faire une petite pause ! On se retrouve dans une semaine ou deux ? A bientôt !

  • 164. Chaud devant !

    164. Chaud devant !

    Après cette parenthèse chilote, nous voici repartis sur le continent, avec de bonnes routes pour le moment. Notre amour pour les zigzags aidant, nous repartons vers les montagnes, ou plutôt vers les volcans, dont la région possède des exemplaires particulièrement actifs. Et qui dit volcan dit thermalisme. Nous allons bien sûr goûter à tout ça !

    Chaud devant
Le parcours correspondant à cet article
    Le parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Un bateau dans la façade

    Arrivés à Puerto Varas, une ville de 53 000 habitants située au bord d’un grand lac, nous remarquons d’abord de grands hôtels de style international, puis des maisons haut de gamme. Manifestement, la ville est économiquement plus riche que les précédentes que nous avons visitées. Mais c’est une maison très singulière qui va tout particulièrement attirer notre attention. D’abord parce que la proue d’un bateau en dépasse, tout comme la moitié droite d’un autobus. Mais le reste de la façade est tout aussi atypique, très désorganisé et émaillé d’objets hétéroclites. L’entrée de ce Musée Pablo Fierro est gratuite mais à horaires variables, nous devrons nous y reprendre à deux fois. L’intérieur confirme la première impression : le bâtiment est fait de multiples pièces, recoins, escaliers, alcôves, greniers, dans lesquels on circule en explorateur. Le sol, les murs, les plafonds, les étagères, les placards sont emplis d’objets des plus divers accumulés au fil du temps par le propriétaire qui a construit et aménagé tout cela de A à Z, en commençant par y exposer ses propres peintures. Car oui, c’est un artiste-peintre qui a commencé sa carrière en dessinant les vieilles maisons de la région pour en conserver le souvenir. Et chiné de nombreux objets pour la même raison. Tout en mettant tout cela en scène avec passion et poésie. Un doux-rêveur comme on les aime ! A noter que le bâtiment était autrefois une station de pompage pour l’eau de la ville (on voit encore les supports des canalisations sur le lac) qui a été offerte par la municipalité à l’artiste au vu de ses nobles intentions. Ils n’ont certainement pas été déçus !


    S’il te plaît, dessine-moi un volcan

    Rares sont les cartes postales de Puerto Varas qui ne montrent pas le cône parfait en enneigé du volcan Osorno se reflétant sur le lac. Garés au moment du déjeûner face à l’eau, nous aurions DÛ voir ce volcan.

    Mais le ciel gris en a décidé autrement, nous ne pouvons qu’imaginer le spectacle. À moins d’utiliser l’une des ces petites astuces que permettent aujourd’hui nos smartphones. Je prends une photo derrière le pare-brise de Roberto, je découpe le paysage gris en 3 secondes avec la fonction lasso de mon gestionnaire d’images, et je le remplace par la photo du fameux volcan récupérée sur Internet. 2 minutes maximum et vous pouvez profiter avec nous du spectacle … que nous aurions dû contempler !


    Le volcan pour de vrai

    Maintenant que ce volcan nous a fait de l’œil, nous ne résistons pas à aller voir ce volcan Osorno de plus près. C’est juste à 50 km, de l’autre côté du lac. Une petite route étroite et bien pentue, mais goudronnée, quitte la côte à un endroit fréquenté par des renards argentés. Nous regardons un instant ces animaux à peine farouches avant d’y engager Roberto. Au sommet, le parking est déjà un gravier de pierres volcaniques de couleur rouille. La base du volcan est toute proche, mais son sommet est toujours dissimulé par les nuages. Le verrons-nous un jour ? Nous empruntons un télésiège pour gagner un peu de temps car nous sommes arrivés en milieu d’après-midi, et entamons une jolie randonnée sur les crêtes des cratères secondaires qui entourent le principal. Nous aurions bien pris dans la foulée le second tronçon du télésiège qui menait jusqu’à un glacier, mais malheureusement fermé pour cause de travaux. Nous profiterons tout de même de superbes paysages (nous sommes à plus de 900 m d’altitude) et de couleurs extraordinaires au niveau du sol. 17 h il est temps de redescendre, sans avoir pu apercevoir le sommet de ce volcan décidément bien timide. Nous serions bien restés dormir là-haut, mais la zone étant classée réserve naturelle, ce n’était pas permis.


    Le volcan pour de vrai (bis)

    Redescendus au niveau du lac, nous trouvons une zone dégagée un peu à l’écart de la route pour y passer la nuit. Nous vaquons à nos occupations de fin de journée (diamond painting + podcasts pour Claudie, travail sur les photos et le blog pour moi) quand nous nous apercevons soudain, en jetant un œil par la fenêtre, que pratiquement tous les nuages autour du volcan Osorno se sont évaporés et que celui-ci apparait dans toute la splendeur du soleil du soir ! Magique ! Au petit matin, il est encore là, mais c’est un rapace planté devant le pare-brise de Roberto qui accapare notre attention. Bien décidé à nous observer, il ne se sauvera qu’au moment où je vais démarrer le moteur… J’ai bien pensé aux essuie-glaces, mais ç’aurait été méchant !


    Marins d’eau douce ?

    À 200 km au nord-est de là, Valdivia est une ville assez déroutante. C’est un port fluvial important qui a dû sa croissance à sa position idéale comme escale pour les bateaux qui remontaient par l’océan Pacifique en provenance du détroit de Magellan. Sa rivière d’eau douce, curieusement appelée Calle Calle (Rue Rue…) est pourtant fréquentée par des lions de mer, dont un individu nous a surpris, sommeillant sur le gazon d’une route fréquentée, loin du rivage. Mais comment était-il arrivé là ? Le marché aux poissons, qui semble très actif, vend principalement des espèces et des coquillages provenant du Pacifique. Ce sont d’ailleurs probablement les déchets générés qui expliquent la présence des lions de mer, prêts à braver l’eau douce pour glaner un peu de nourriture. On peut être étonné aussi de trouver sur les quais une réplique du pendule de Foucault, la plus au sud de la Terre, et dont le mouvement apparent du socle se fait dans le sens inverse de l’exemplaire parisien. Dans un parc de la ville, nous avons trouvé aussi de drôles d’oiseaux, guères communs chez nous : des ibis à tête noire, particulièrement râleurs et bruyants. Dans le même parc, nous visitons une maison d’une famille … allemande. Eh oui, les Allemands ont été parmi les premiers migrants européens à arriver au Chili vers 1850. Il y en a eu d’autres vers 1945, mais les premiers étaient tout à fait respectables. Quant à ce sous-marin d’origine anglaise, revendu à la marine chilienne, amarré définitivement au quai de Valdivia pour y être transformé après des années de bons et loyaux services sous les mers du monde, c’est parce qu’il avait moins de risque de rouiller qu’il est arrivé là. Ce n’est pas parce qu’il était dirigé par des marins d’eau douce !


    Hyperactif

    Alors que la dernière éruption du paisible Osorno datait de 1869, le volcan Villarica, surplombant le lac du même nom, est l’un des plus actifs du Chili. La dernière éruption a duré de 2014 à avril 2025, ce qui a laissé le temps de bien réévaluer le risque et de mettre en place nombre d’alertes et de panneaux de signalisation pour les habitants. Si elle n’a pas fait de victime, elle a tout de même entraîné l’évacuation de plus de 3000 personnes. L’éruption la plus grave, en 1849, a causé la mort de plus de 100 personnes, emportées dans des torrents de boues, de lave ou intoxiquées par des gaz toxiques. La colonne de cendres au-dessus du volcan dépassait les 8 km de hauteur. Étonnamment, au sommet se trouvent à la fois un cratère de lave à ciel ouvert et un glacier. De quoi attraper un chaud et froid pour les alpinistes/andinistes qui s’y risquent ! Pour notre part, nous sommes restés bien sagement au bord du lac, à profiter du panorama, de la flore et d’une jolie plage de pierres de lave rouge brique. Contrairement aux Chiliens, nous n’avons pas tenté la baignade. Le trempage d’un seul doigt nous en a dissuadé. Il nous faut au minimum 26°C ! Mais nous allons bientôt trouver « chaussure à notre pied », voire mieux encore, à l’étape suivante.


    Les thermes géométriques

    Les magnifiques couleurs des Termas Geometricas au Chili
    Les magnifiques couleurs des Termas Geometricas au Chili

    Lorsque des sources chaudes ont été découvertes dans une étroite vallée proche du volcan Villarica, les propriétaires ont eu la bonne idée de faire appel à un architecte pour les aménager. Le résultat appelé Termas Geometricas (thermes géométriques) tranche avec les installations quelconques autour des autres sources des environs et est plutôt exceptionnel, se situant parmi les plus beaux thermes que nous ayons vu. Au milieu de cette vallée de 15 à 30 m de largeur circule une passerelle en zigzags peinte d’un beau rouge vif qui tranche avec la végétation exubérante environnante, la mettant particulièrement bien en valeur. De part et d’autre se répartissent une quinzaine de petits bassins aux contours anguleux, soigneusement revêtus de pierres naturelles taillées. Pour chacun d’entre eux, la température est indiquée, avec un chiffre des unités amovible pour s’adapter aux caprices de la nature. Cela va de 36 à 45°C pour ceux remplis d’eau thermale. Les plus intrépides peuvent profiter de cascades qui viennent des montagnes au-dessus avec une eau bien plus fraîche, annoncée alors à 8°C (le chiffre lui aussi est amovible, on imagine que cela peut descendre encore en dessous !). Avant de nous immerger dans différents bassins, nous avons gravi la passerelle jusqu’au fond du ravin, dans une superbe ambiance de fumerolles et de relents soufrés. Arrivés de bonne heure, nous avons presque eu le site pour nous seuls la première heure. Après, le monde est arrivé… c’est que le lieu est réputé, et il y a de quoi !


    Le poète et les locomotives

    Nous effectuons un arrêt technique à Temuco, 600 km au sud de Santiago, pour y changer les pneus de Roberto, bien éprouvés par les routes en gravier de Patagonie. La ville est connue pour ses liens étroits avec Pablo Neruda, poète et prix Nobel de littérature, qui a passé son enfance et son adolescence ici. La directrice de son lycée, Gabriela Mistral, a été elle-même prix Nobel de littérature. L’expression « les grands esprits se rencontrent » a pris ici tout son sens ! Nous profitons de notre passage pour visiter le musée ferroviaire, qui a aussi un lien avec le poète primé car le père de Pablo Neruda était cheminot. Temuco a été la première gare importante sur les chemins de fer du sud et constituait un poste de ravitaillement en eau et en charbon indispensable aux locomotives à vapeur du tout début du XXe siècle. Elle comprenait également un atelier de maintenance et de réparation, avec une plate-forme tournante pouvant héberger 34 locomotives. Cette zone qui a accueilli aussi des locomotives diesel et électriques de 1954 à 1983 est aujourd’hui transformée en musée. Nous avons admiré les belles machines, pour beaucoup d’origine allemande ou japonaise, tout en glanant des informations sur l’histoire du lieu. Nous avons regretté l’absence de possibilité d’accès aux machines et surtout aux voitures spécialisées (couchettes, restaurant, suite présidentielle, etc.) en dehors des visites guidées. Une jolie exposition de peinture évidemment sur le thème du rail nous a permis de terminer sur une bonne note. On y parlait aussi de Pablo Neruda, mais nous aurons l’occasion de revenir très bientôt sur ce personnage majeur dans la culture chilienne.


    Les gens de la terre

    C’est comme ça qu’ils s’appellent, les Mapuche, dans leur langue le Mapudungun. Ce peuple autochtone était là bien avant l’arrivée des colons européens et, malgré les multiples tentatives d’annihilation de la part de nos congénères, est toujours bien présent. Ce sont les amérindiens majoritaires dans la région centre-sud du Chili et d’Argentine. Particulièrement résistants aux envahisseurs, ils ont réussi à repousser les Incas et ont tenu longtemps face aux Espagnols, bien après l’indépendance du Chili. D’ailleurs, leur autonomie a été reconnue par un traité en 1641, un cas unique en Amérique coloniale. Aujourd’hui, les Mapuche n’ont de cesse de revendiquer leurs droits et les terres qui leur ont été volées, admirables de fierté et de résilience. Ils sont depuis toujours profondément liés à la nature, notamment dans les esprits en qui ils croient. Ça et là, de petits musées dédiés nous en apprennent un peu plus à chaque fois. Notamment à Temuco, centre géographique de leur culture.


    Un bisou et au revoir !

    En Français dans le texte, c’est l’expression que l’on peu lire sur les murs et grilles d’un grand bâtiment de la ville de Traiguén. En gagnant le portail on trouve confirmation de la présence française avec l’inscription « Alliance Française Louis Pasteur » au-dessus de la porte. Une alliance française dans une petite ville de 20 000 habitants à 600 km de la capitale ? Mais pourquoi donc ? Nous allons nous renseigner à l’accueil de ce collège. Curieusement, personne n’y parle Français, mais ils connaissent l’histoire de l’établissement : ce fut le premier collège français du Chili, installé là en raison d’une immigration française importante dans la région au début du XIXe siècle. Et ce fut la première Alliance Française chilienne, inaugurée en 1892. Aujourd’hui, de nombreuses exploitations agricoles du secteur sont tenues par des descendants d’immigrés français.


    Allez, un bisou et au revoir, on vous retrouve la semaine prochaine du côté des plages. C’est qu’en effet, l’été arrive bientôt ici !

  • 163. Option Chiloé

    163. Option Chiloé

    Nous avions prévu initialement de remonter la route australe jusqu’à son terminus Puerto Montt. Ce trajet nécessitait 2 traversées en ferry et surtout beaucoup de kilomètres sur des routes de terre. Visiter l’archipel de Chiloé était en option à partir de Puerto Montt, au cas où nous aurions suffisamment de temps avant de rejoindre l’aéroport de Santiago début décembre pour notre parenthèse familiale de Noël. Et puis 2 sentiers fermés dans un parc vont changer la donne…

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Le glacier suspendu

    Il ne s’agit pas ici d’un artisan interdit d’exercer pour avoir utilisé des mélanges de poudres chimiques et les avoir vendus sous l’appellation « glaces artisanales », ce qui est hélas permis par la législation actuelle, mais bien d’un vrai glacier de montagne dont la course se termine en haut d’une falaise de 200 mètre de hauteur : mieux vaut ne pas être en bas lorsque les séracs se rompent ! D’ailleurs pas de risque aujourd’hui, puisque les deux sentiers qui se rapprochent du glacier sont fermés pour cause de maintenance. Le prix de l’entrée au parc (Parque Nacional Queulat) n’a d’ailleurs pas diminué pour autant. Nous nous contentons des petites balades dans une forêt humide, à observer un nombre impressionnant de mousses, de lichens et de fougères, menant à deux points de vue relativement éloignés (désolé pour la piètre qualité des photos !). Mais au moins nous aurons vu le glacier. Ce qui n’était même pas évident a priori compte tenu de la couverture nuageuse tenace du jour. Un fait intéressant, le parc comme beaucoup d’autres sera fermé demain pour cause …d’élections. Il est carrément dit sur le site de la gestion des parcs que les élections augmentent le risque d’incendie. Les Chiliens ont le sang chaud !


    On part aux îles

    a) Le contexte

    En raison de la maintenance des sentiers principaux du parc au glacier suspendu, notre visite n’aura duré qu’une petite matinée au lieu de la journée entière. La conséquence est que nous avons le temps de rouler tout l’après-midi pour rejoindre à Chaíten l’embarcadère pour la grande île de Chiloé. Et prendre à temps le lendemain matin le ferry qui s’y rend chaque dimanche (et pas les autres jours !). Cette visite n’était initialement qu’une option, mais après réflexion, elle va nous permettre de rejoindre Puerto Montt, la fin de la route australe, en évitant sa fin de trajet toute en terre. Oui, nous commençons à saturer de toute cette poussière et on ne parle pas des pneus de Roberto ! Et puis Chiloé, ça n’est pas tout à fait le Chili. Les Espagnols y sont restés plus longtemps qu’ailleurs grâce au caractère assez docile des autochtones Huilliches, l’archipel de 40 îles a d’ailleurs été le dernier territoire à être intégré (par la force) au reste du Chili devenu indépendant. On nous promet outre le charme des îles une certaines authenticité, des maisons typiques, des églises en bois et quelques plats originaux. Ça donne envie, non ?

    b) La traversée

    Alors nous voilà embarqués sur le ferry Agios pour 5 heures de navigation par un temps superbe. Le départ a un peu traîné et nous accusons 2 heures de retard à l’arrivée à Castro, la ville principale de la grande île de Chiloé. Mais nous n’avons guère senti les 5 heures de traversée, entre l’observation des îles alentour et du trafic maritime, le rattrapage du retard dans le classement des photos, la rédaction du blog et la pause goûter dans Roberto. Un petit flashback pas désagréable de notre croisière dans les fjords !

    Dès l’arrivée au port de Castro, nous apercevons nos premiers palafitos, ces maisons sur pilotis caractéristiques de l’architecture chilote. Nous en retrouverons même un autre groupe près du petit parking où nous avons choisi de passer la nuit. Ces maisons de pêcheurs bien adaptées aux marées et au temps breton de l’archipel sont hélas de moins en moins nombreuses, une grosse partie ayant été détruites par les gros séismes et les tsunamis de 1960 et 2010. Nous profitons du bel éclairage du soleil couchant pour prendre le pouls du quartier : les maisons terrestres ne sont pas mal non plus, construites comme les palafitos en bois – la ressource est plus abondante dans la région que le béton – et peintes de couleurs vives. Il parait que c’est nécessaire pour le moral dans cette région où le ciel s’assombrit quand même très souvent. Le temps breton je vous dis !


    c) Un matin de pluie

    Nous nous réveillons le lendemain sous la pluie. C’est particulièrement rageant pour la visite d’une ville parmi les plus colorées du globe. La météo s’annonçant un peu plus clémente pour l’après-midi, nous commençons notre visite par quelques activités en intérieur : courses au supermarché, exploration du musée de la ville et repas au restaurant où nous allons goûter à LA spécialité chilote : le curanto. En théorie cuit dans un trou dans le sol sur des pierres chaudes selon la tradition huilliche (peu probable pour ce qui nous a été servi), ce plat associe des fruits de mer (grosses moules, palourdes, clams, …), des viandes (saucisse fumée, poulet, travers de porc, …), des pommes de terre volontiers en galettes et quelques légumes. Un petit bouillon est servi à côté. Difficile d’avoir faim en sortant ! Bon, nous n’avons pas trouvé cela extraordinaire, mais avec le trou dans la terre et les pierres chaudes, l’expérience aurait peut-être été différente.


    d) Un après-midi breton

    Le ciel de l’après-midi alterne entre éclaircies et passages nuageux, ce qui est éprouvant en terme de photographie. En ce qui me concerne en tout cas. Il m’arrive volontiers de retourner faire la même photo si le soleil est apparu entre temps. Ce qui agace Claudie qui pense que les photos avec ciel gris sont plus authentiques. J’ai fini l’après-midi tout seul en randonnée photo lorsque le soleil a daigné se montrer un peu plus souvent. Et encore !


    Les églises en bois

    La colonisation par les Espagnols s’est accompagnée d’une évangélisation massive, notamment par les Jésuites puis par les Franciscains. Chaque paroisse devait avoir son église et, compte tenu de l’accès difficile et du nombre d’îles, il y en a eu beaucoup. L’abondance d’espèces de bois résistantes à l’humidité élevée de la région (cyprès, mélèze, coigüe, canelo, etc.), la résistance supérieure à la brique aux séismes fréquents et les bonnes connaissances des charpentiers – souvent de marine – dans l’assemblage sans cheville a conduit à élever quasi exclusivement des édifices en bois. Le mélange des styles européens (baroque, néoclassique, etc.) et locaux (motifs amérindiens et multitude de couleurs) en ont fait des ouvrages remarquables. La fréquentation élevée, l’arrivée des touristes et le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 16 d’entre elles ont favorisé une bonne conservation de ces églises, effectivement spectaculaires pour celles que nous avons visitées.


    À part les églises

    Pour le reste, nous avons trouvé dans Chiloé d’adorables petits villages, avec toujours ces maisons colorées, mais aussi des ports de pêche très actifs, des boutiques aux vitrines amusantes, un fleurissement abondant, une population qui ne fait pas attention à nous mais qui est prête à nous aider à la moindre requête.


    Encore des églises

    En guise de conclusion, nous avons trouvé à Ancud, pratiquement la dernière ville avant de quitter Chiloé, l’étonnante exposition d’une association qui œuvre pour la préservation des églises chilotes. On retrouve beaucoup d’éléments architecturaux anciens, sans doute récupérés avant restauration et parfaitement mis en scène, pas mal d’informations sur les différentes églises de l’archipel, et surtout une impressionnante collection de maquettes et de tableaux en reliefs. Qui semble exhaustive qui plus est. Nous avons bien évidemment reconnu celles que nous avions visitées.


    C’est encore en ferry que nous quittons l’archipel de Chiloé. Une belle découverte. C’est toujours réconfortant de trouver des populations qui ne se laissent pas envahir plus que ça par l’uniformité occidentale et parviennent à conserver une grande part de leurs traditions. À bientôt pour la prochaine étape !