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Tout sur notre voyage autour du monde en fourgon aménagé, des étapes préparatoires au parcours détaillé pays par pays

  • 63. Six passages de frontières en 12 jours

    Un seul de ces passages de frontières était pourtant prévu à la sortie des États-Unis début juin pour la poursuite de notre périple au Canada, mais les circonstances en ont décidé autrement. D’abord une circonstance joyeuse aux Chutes du Niagara où nous a pris soudainement l’envie, alors que nous étions du côté américain, d’aller les observer du point de vue canadien avant de retrouver Roberto aux US. Un autre passage de frontière plus tragique nous obligera quelques jours plus tard à retourner au Canada puis en France pendant quelques jours avant de reprendre notre parcours là où nous l’avions laissé.


    Chutes du Niagara

    Ce sont l’une des merveilles de la Terre et la visite nous a paru incontournable. Nous avons joué le jeu à fond en allant les contempler de plusieurs points de vue : en longeant la rivière tumultueuse, en grimpant sur la tour d’observation et sa proue trônant 86 m au-dessus du vide, en escaladant la passerelle qui rejoint la cataracte à mi-hauteur, en embarquant munis de ponchos en plastique – car oui, ça éclabousse pas mal – sur un bateau qui s’aventure jusqu’aux pieds de la célèbre cascade du fer à cheval. Tout ça c’était du côté américain, mais comme nous n’en avions pas assez, nous sommes allés voir les chutes du côté canadien. Rien de plus facile, il a suffi de traverser à pied en moins de 10 mn le Rainbow Bridge qui relie les deux pays. Bon, honnêtement, il a bien fallu consacrer 15 mn supplémentaires aux formalités administratives d’entrée ay Canada, mais cela valait le coup. De l’autre côté, avec la lumière de l’après-midi et l’angle de vue différent, c’est un autre spectacle que nous avons contemplé. Le tout dans un bruit assourdissant et permanent. Et c’était vraiment impressionnant que de voir ces tonnes d’eau se déverser (2 800 chaque seconde !) dans une brume envahissante qui s’élève bien au-dessus des chutes et où de jolis arcs-en-ciel se forment. Une visite somme toute vivifiante. Saviez-vous qu’en 1948 les chutes se sont arrêtées de couler pendant 3 jours, en raison de la formation d’un gros bloc de glace en amont ? Certains se sont alors aventurés dans le cours d’eau soudain asséché, sous les falaises. Je ne crois pas que nous l’aurions fait.


    Corning ou l’art de se mettre au verre

    Le nom de Corning me disait quelque chose. Une marque inscrite sur la verrerie de laboratoire du temps où j’étais étudiant. Tubes à essais, Béchers, Erlenmeyers et autres cristallisoirs, réputés pour leur grande résistance aux chocs et aux changements brutaux de température. Normal, Corning est l’inventeur du Pyrex. C’est aussi et je l’ignorais le nom de la ville de Pennsylvanie d’où tout est parti. Apprenant que l’usine originale faisait encore référence en matière de verrerie d’art, les grands amateurs de la chose que sont Claudie et moi n’ont pas manqué de faire un crochet pour aller y jeter un œil. Nous nous sommes régalés pendant quelques heures à observer les magnifiques œuvres collectionnées comme réalisées sur place, à voir travailler en direct les souffleurs de verre, à apprendre les étapes de la maîtrise de la fabrication du matériau au fil des époques, à comprendre comment l’on fabrique en série des assiettes, des bouteilles ou encore des miroirs de télescopes.

    Et puis soudain la nouvelle est tombée. Mon père qui n’allait plus très bien depuis quelques jours venait à sont tout de franchir une frontière, bien plus terrible que notre passerelle, celle du monde des vivants. Certes il est parti en douceur à 90 ans, mais cela ne console qu’à moitié.


    Réorganiser le voyage

    Il nous faut donc rentrer en France pour les obsèques, et réfléchir à l’endroit d’où nous allons partir. Notre visa américain était encore valable un peu plus de 2 semaines. Cela risquait d’être un peu juste en cas de retour retardé pour une raison quelconque : le nouveau visa qui nous serait attribué courrait alors pour 90 jours Canada compris. Le plus sûr est donc de faire l’aller-retour depuis le Canada et de shunter la partie Nord-Est des États-Unis. Nous prenons des billets d’avion aller-retour Toronto-Paris et du coup refranchissons la frontière aux Chutes du Niagara, avec Roberto cette fois. Presque une formalité. Personne côté américain – comment sauront-ils que nous avons quitté leur territoire ? – et un douanier sympathique côté canadien qui cède même sa place à un confrère francophone pour nous faciliter la tâche. Un simple contrôle des passeports et de l’enregistrement en ligne « arrivecan » que nous avions réalisé 2 jours plus tôt et nous voilà parvenus au pays à la feuille d’érable. Roberto n’aura même pas été contrôlé !


    Parenthèse française

    Je ne m’étendrai pas sur cette semaine éprouvante mais nécessaire dont le bon côté a été, comme toujours dans ces circonstances, de revoir toute la famille ou presque. Vous n’aurez ni humour ni photo, encore que j’ai hésité à vous mettre celle de la belle cathédrale de Bourges quasi comble de spectateurs venus assister comme nous à un spectacle de trompes de chasse, en essayant de vous faire croire à la forte popularité de mon papa. Mais non, j’ai respecté sa mémoire.


    Le dernier des 6 franchissements de frontières

    Un bel Airbus 350 d’Air France nous a ramenés au Canada. J’ai été un peu surpris d’emblée de partir plein Nord, en direction de Calais puis de l’Islande. Mon ingénieur de père m’aurait sûrement rappelé, s’il avait été encore là, que si le chemin le plus court sur une projection à plat de la Terre était bien la ligne droite, il devenait une ligne courbe appelée arc géodésique si l’on redonnait à notre planète ses rondeurs naturelles. Du coup nous sommes passés tout près de l’Islande avant de traverser le Sud du Groenland, immense étendue de plaines et de montagnes enneigées fendues par de grandes vallées glaciaires toutes gelées et entourées d’une banquise en cours de fragmentation formant sous les effets du vent et des courants de véritables galaxies des mers.


    Arrivée mouvementée

    L’arrivée à Toronto n’a pas été une sinécure. Pourtant partis à peu près à l’heure, nous avions déjà une trentaine de minutes de retard (peut-être que finalement l’avion aurait dû partir plein Est ?). Mais cela ne serait rien si l’on ne nous avait pas annoncé alors qu’en raison de l’engorgement des douanes, nous devrions rester un moment dans l’avion avant de débarquer 50 par 50. Plus d’une heure et demi après, nous sortons enfin de l’appareil, un peu énervés. Mais nos tracas ne s’arrêtent pas là car il nous faut alors patienter dans une très longue queue dont les zig-zags passent même par les toilettes tellement la salle est comble. Après un contrôle policier peu aimable, il nous reste à récupérer nos bagages qui ne circulent plus depuis longtemps sur les tapis mais ont été entassés au milieu de la salle. Ce n’est que 2h30 après notre arrivée que nous sortons enfin de l’aéroport, avec encore beaucoup de mal pour trouver la navette qui rejoint le parking, indiquée nulle part. Nous retrouvons avec joie Roberto, notre cabane au Canada, intact et démarrant au quart de tour, comme pressé lui aussi de reprendre la route. A bientôt alors !

  • 62. Washington sans état gère

    Avant d’arriver dans la capitale des États-Unis, nous avons traversé 3 états : la Pennsylvanie, la Virginie occidentale et le Maryland. Mais Washington DC n’est pas dans tous ces états et ne doit pas être confondue avec l’état de Washington qui est à l’Ouest, le pauvre. Non, la capitale est bien au-dessus de tout ça, malgré son absence de gratte-ciel. Puisqu’elle a été désignée pour gérer le pays, elle est hors d’état, dame !

    Petit quizz, il y avait longtemps : qui de ces personnages a donné son nom à l’état correspondant ?

    William Penn ?
    Virginie DePaul ?
    Mary Land ?

    Vous trouverez une réponse détaillée à la fin du chapitre suivant… En attendant, voici nos quelques étapes jusqu’à la capitale :

    1°) Pittsburgh, Pennsylvanie, ville aux multiples facettes

    Construite au confluent de 3 rivières dans une région très vallonnée, on y accède ou y circule par l’un des 400 ponts (excusez du peu) ou l’un des 2 funiculaires (nous avons pris les deux tant qu’à faire). Les sommets alentours offrent de super vues sur la skyline, les rives des rivières offrent de bons spots nocturnes, et la ville comporte quelques pépites. D’une part ce jardin botanique dont les grandes serres mettent en scène des tableaux d’artistes ou plus simplement des pays ou des environnements climatiques. Notez le jardin vertical à l’entrée en forme de cadre. La ville est aussi la patrie natale d’Andy Warhol et donc forcément y consacre un musée que nous avons trouvé magnifique et très pédagogique, nous permettant de comprendre toute la démarche artistique de cet artiste de renom. On découvre enfin dans un quartier banal de Pittsburgh cette maison étonnante appelée Randyland, du nom de son créateur Randy Gilson. On s’y balade librement. Des tables invitent éventuellement à y prendre un verre à condition d’amener sa boisson avec soi. L’ensemble est aussi hétéroclite qu’harmonieux, ce qui parait bizarre à dire. Une débauche de couleurs et d’excentricités en tous genres qui ne peut laisser indifférent. L’artiste était d’ailleurs présent sur le pas de sa porte, expliquant sa démarche dans un langage aussi émotionnellement coloré que son œuvre.

    LA VILLE







    LE JARDIN BOTANIQUE


    LE MUSÉE ANDY WARHOL




    RANDYLAND


    Réponse au quizz : C’est William Penn, à qui le roi Charles II d’Angleterre octroya cette région en remboursement du prêt que lui avait accordé son père. Virginie, l’amoureuse de Paul s’appelait de la Tour (rien à voir donc avec une quelconque servante d’une quelconque couleur). Et la Mary en portrait n’est autre que Mary Tudor, la reine sanglante ou Bloody Mary. Vingt dieux la Mary !


    2°) Bekerley Springs (Virginie occidentale)

    Si vous ne le saviez pas encore, j’ai une affinité particulière pour les stations thermales, ayant travaillé dans ce domaine une grande partie de ma vie. A chaque fois qu’il s’en présente une, il me faut aller l’explorer. Bekerley Springs est loin d’avoir le charme des stations françaises, allemandes ou tchèques. Elle a tout de même le mérite d’avoir été la première station thermale aux États-Unis, et s’enorgueillit d’avoir eu la visite à maintes reprises de George Washington, dont la baignoire en extérieur a été conservée. Le petit parc thermal est très classique avec son kiosque, sa pelouse et ses bancs. Ce qui est inhabituel ce sont les bassins en extérieur où l’on peut se baigner ou simplement tremper les pieds. Des bulles qui remontent et quelques remous semblent indiquer que l’eau arrive par en dessous. Pas de quoi s’y réchauffer en tout cas, la température de l’eau à l’émergence est de 23°C, produisant peut-être une petite brume en hiver. Une buvette à l’américaine (vous savez, le petit jet qui sort quand on appuie sur le bouton) permet de goûter l’eau, qui n’a pas de saveur particulière. La composition est affichée, mais pour une fois j’ai du mal à l’interpréter, les sels minéraux étant dosés en grains par gallon, système impérial oblige. Sachant qu’il y a 14 millions de grains dans une tonne US, que la tonne US est un peu plus légère que la tonne UE (907,18474 kg), qu’un gallon US vaut 231 pouces-cubes qui valent chacun 0,16387 litres, quelle est la teneur en calcium de cette eau ?


    3°) Washington DC

    Blague à part

    Quand j’étais petit, une blague traînait à l’école : on demandait à son voisin « Comment tu écris ‘nouille’ » ? Et tout de suite après « Quelle est la capitale des États-Unis » ? Invariablement, le voisin répondait sans réfléchir ‘Nouillork’ et l’on pouvait se taper sur les cuisses. Car bien entendu, la capitale c’est Washington.

    Enfin seulement depuis 1790 parce qu’au début le gouvernement a été dirigé depuis New York puis Philadelphie. Il a fallu, afin de ne pas risquer de favoritisme, trouver un endroit qui ne soit pas un état pour installer la capitale, et on a piqué pour cela un petit morceau de terrain de 175 km² au Maryland et à la Virginie, appelé District de Columbia.


    Metro, centro, dodo

    Les centres des grandes villes étant souvent embouteillés et peu propices au stationnement, nous préférons en général nous garer en périphérie et faire le reste du trajet en transport en commun. A Washington DC, nous avons choisi comme parking diurne et nocturne celui de la station de métro Greenbelt. Sur plusieurs centaines de places, une trentaine seulement sont réservées aux véhicules souhaitant stationner plus de 24 heures. Quelques-unes heureusement étaient encore disponibles lors de notre arrivée.

    C’est assez couru car le prix est modique : 4,95 $ par 24h les jours de semaine et gratuit les week-ends, à condition de payer avec la carte Smartrip utilisée pour rejoindre la station de métro. Cette carte est très utile par ailleurs car le prix des trajets est très variable, selon que l’on prend le bus ou le métro, selon le nombre de stations, selon le jour de la semaine et selon l’heure de la journée. Avec la carte pas de souci, on y met le montant que l’on veut sur des automates – à hauteur variable également – et le montant à payer est débité en sortie de station.

    Sinon les stations elles-mêmes sont très austères : toutes en béton brut de décoffrage y compris les bancs pour s’asseoir, sans aucune décoration ni publicité. Les rames sont larges. La couleur bleu délavé des banquettes va bien avec la sobriété ambiante. Difficile de croire que l’on est dans la capitale des États-Unis d’Amérique ! Heureusement, les 6 lignes sont aériennes dès que l’on sort du centre-ville et ça permet de voir un peu de verdure.


    L’Enfant terrible qui dessina la capitale des États-Unis d’Amérique

    L’aménagement du District de Columbia fut l’objet d’un concours en 1791, et c’est un architecte français, Pierre-Charles L’enfant, qui le gagna. Il était déjà connu des Américains pour avoir accompagné les généraux La Fayette puis Washington lors de la guerre d’indépendance. Le problème c’est que L’Enfant était capricieux au point qu’on lui retirât son projet et qu’il emmena, boudeur, ses plans avec lui. Une partie seulement des travaux se fit, de mémoire. Il fallut attendre 1901, soit 27 ans après la mort de l’architecte, pour que l’on remette la main dessus et que l’on lance enfin la réalisation du projet, ce grand parc central autour duquel sont disposés tous les monuments importants du gouvernement fédéral, mémoriaux compris. En raison de sa réaction, L’Enfant ne fut jamais payé, ou si peu, pour son travail et mourut dans la pauvreté. Le gouvernement fédéral se rattrapa, bien qu’un peu tard, en l’enterrant au cimetière d’Arlington, aux côtés des sommités du pays. Un rare privilège pour un étranger.


    Le National Mall

    Nous avons parcouru le premier jour sous un temps grisâtre (désolé pour les photos) et le second jour heureusement avec le soleil, une grande partie de ce parc. Nous avons rendu une petite visite aux édifices qui l’entourent, présentés ci-dessous en commentaires.













    Il est temps pour nous de reprendre notre route vers le Nord Ouest cette fois, en direction de Buffalo et des Chutes du Niagara. A très bientôt !

  • 61. A la conquête de l’Est

    A l’inverse de la majorité des voyageurs français qui, selon les réseaux sociaux et si l’on excepte New York, se visitent principalement l’Ouest américain et notamment ses grands parcs, nous nous sommes concentrés sur la partie Est. Ce n’est pas par esprit de contradiction, c’est juste la route qui nous a semblé la plus logique pour rejoindre le Québec fin mai début juin. Nous prévoyons la partie Ouest en redescendant vers le Mexique cet automne. En attendant voici nos trouvailles à l’Est (de Chicago).

    L’Indiana Dunes National Park

    Le port de Chicago nous a donné envie d’aller voir à quoi ressemblait le littoral du Lac Michigan. Et justement, un parc au nom évocateur nous attire : l’Indiana Dunes National Park. Nous nous apprêtons à trouver un petit Sahara nord-américain, mais nous tombons sur une grande forêt d’érables et quelques maisonnettes anciennes fabriquant le fameux sirop de façon artisanale. En saison du moins. Nous aurions bien aimé assister au moins à la récolte de la sève, qui se fait théoriquement au printemps, et nous sommes au printemps n’est-ce pas ? Mais pas âme qui vive. Nous lisons tout de même sur des panneaux rangés sans doute depuis l’automne le mode d’emploi pour récolter la sève (l’outil de base est une perceuse…), la réduire par ébullition et filtrer le liquide sucré obtenu. On voit tout le matériel et quelques bonbonnes toutes prêtes au travers des carreaux. C’est frustrant. Peut-être même qu’en saison ils offrent les pancakes…🥞😋 Bon, il nous reste la balade en forêt. L’effort sans réconfort. A part peut-être les champs fleuris de jonquilles sauvages 🌸


    Finalement la dune était bien là

    Nous n’avons pas eu trop de mal à la trouver, et pourtant elle se déplace tout le temps. En fait pas tout le temps, juste quand le vent souffle assez fort. Elle avancerait de 5 à 10 pieds par an et serait haute de 126 pieds. Je ne sais pas si c’est beaucoup, ça doit dépendre de la taille des pieds. Elle ressemble un peu à la dune du Pilat mais en moins grand. D’ailleurs la hauteur et le déplacement de la dune du Pilat se mesurent en mètres. Et un mètre c’est plus grand qu’un pied, non ? Quoi que. Ça doit dépendre de la taille des mètres.


    La cinquième roue du carrosse

    Jusqu’à la visite du musée qui lui est dédié, j’avoue que j’ignorais totalement l’existence du constructeur automobile américain Studebaker. Et pourtant, il a joué dans la cour des grands aux côtés de GM, Ford, Chrysler et Chevrolet entre 1900 et 1960. La famille Stutenbecker, dont le nom a été américanisé par l’officier d’immigration américain, a émigré d’Allemagne en 1736. Forgerons de métier, ils ont d’abord prospéré en construisant des chariots hippomobiles, dont les émigrants, fermiers, chercheurs d’or et autres conquistadors de l’ouest avaient sacrément besoin. Au fil du temps, des progrès techniques et de la demande, l’entreprise s’est spécialisée en fabriquant des calèches, puis des carrosseries pour les premières automobiles, puis des automobiles complètes en commençant s’il vous plaît par un modèle électrique. Mais ce sont surtout les berlines à essence qui ont fait leur renommée, du moins aux USA. En parcourant ce musée, on ne peut être qu’admiratif devant l’élégance et la qualité des carrosseries et accessoires, que l’on a du mal à retrouver sur les véhicules modernes. Désolé Roberto.


    Une transition facile

    Studebaker n’aurait peut-être pas dû cesser sa production de chariots en 1920, car il existe encore une grande communauté d’utilisateurs aux USA : les Amish. Nous avons suivi ou croisé beaucoup de leurs petites calèches hippomobiles dans la région de Middlebury au cœur de l’Indiana. Il est amusant de les voir circuler sur les bandes d’arrêt d’urgence qui leur sont réservées, patienter à un feu rouge entre deux poids-lourds ou s’aligner sur les parkings de supermarchés.

    La communauté des Amish est basée sur un protestantisme rigoureux, refusant notamment le baptême des nourrissons et sur le principe de vie « Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure », ce qui me rappelle d’ailleurs la devise d’un parti politique en vogue 😉). Tel Peter Pan souhaitant rester enfant, les Amish aspirent à vivre indéfiniment comme au XVIIème siècle, sans recours à l’électricité ni aux moyens de communication modernes. Le concept serait intéressant s’il ne s’accompagnait, dans cette société patriarcale, d’une stricte réduction des droits des femmes, limitées aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants tout en devant obéissance à leur mari.

    Malgré des conditions de vie qui peuvent nous sembler austères, la population Amish connait une croissance forte, de l’ordre de 3% chaque année. Mais, si le choix de rester ou pas dans la communauté existe, est-il vraiment éclairé pour des jeunes éduqués exclusivement sur place ? Les Amish vous répondront qu’ils permettent à leur ados, vers l’âge de 16 ans, de vivre un an ou deux hors de la communauté, sans aucun de leurs interdits. Il semble que la vie de dépravation qui s’en suit (alcool, drogue et sexe à gogo), délicieusement nommée « rumspringa » (tout est dans la première syllabe) ne convainque qu’un dixième des participants puisque tous les autres retournent finir leur vie dans la communauté. Travailler dur la semaine et aller à l’église le dimanche. Mais pour espérer quel paradis : un rumspringa bis ?


    J’me présente, je m’appelle Henry…

    J’me présente, je m’appelle Henry, j’voudrais bien réussir ma vie, etc. Cette chanson colle tout à fait à l’histoire d’Henry Ford, parti de rien et devenu magnat de l’automobile grâce à un goût prononcé pour la mécanique (à l’âge de 12 ans, il a démonté puis remonté 3 fois la montre que son père lui avait offert), un travail acharné (on n’a rien sans rien) et une organisation du travail révolutionnaire mêlant rationalisation, standardisation et travail à la chaîne. Avec malgré tout quelques travers, notamment une lutte farouche contre les syndicalistes (Henry Ford pactisait avec la pègre de Détroit et mettait 5 mercenaires pour surveiller chaque syndiqué) et surtout un antisémitisme et une collaboration avec l’Allemagne nazie.

    Sur l’emplacement de son usine à Dearborn, un grand musée retrace toute l’aventure de l’industrialisation américaine dont Henry Ford était l’un des acteurs principaux. Une visite aussi passionnante que difficile à résumer. Je mets quelques photos commentées, mais n’hésitez pas à poser des questions en commentaires.

    Explorant cette exposition, j’ai repéré quelques machines étranges, dont je vous laisse le soin de retrouver la fonction grâce à ce petit quizz. Les solutions sont au bas du chapitre suivant.

    A quoi sert cette machine ?
    A1. A imprimer des lignes sur le papier ?
    A2. A plier les enveloppes ?
    A3. A tisser des bulletins de vote ?

    Manifestement, cet appareil possède 2 becs, qui servent à séparer…
    B1. le bon grain de l’ivraie ?
    B2. le jaune et le blanc de l’oeuf ?
    B3. la crème du lait ?

    Une dernière machine bizarre. A votre avis, c’est…
    C1. un moteur à eau ?
    C2. un injecteur de caoutchouc pour mouler un pneu ?
    C3. un moule à Donut géant ?

    La machine à remonter le temps

    Henry Ford a sans doute tenté de fabriquer une telle machine, mais n’y parvenant pas il a conçu ce Greenfield Village, tout près de sa première usine. Plus d’une centaine de bâtiments du début du XXème siècle y ont été déplacés ou reconstruits à l’identique pour en préserver leur valeur historique. Ainsi retrouve-t-on la maison, l’école ou l’atelier de l’industriel, mais aussi le laboratoire de son ami Thomas Edison, l’atelier des frères Wright, ou encore le palais de justice dans lequel a plaidé Abraham Lincoln. Mais le must de l’immersion, c’est la circulation de multiples Ford T pétaradantes, de diligences et d’un vrai train à vapeur soufflant et sifflant avec son gros panache de fumée noire. On s’y croirait, vraiment.

    Réponses au quiz du paragraphe précédent : A1B3C1
    P.S. Avez-vous vu l’écureuil sur la photo du train ?


    Nos nuits dans les tonneaux de biscuits

    Il n’est pas toujours facile de trouver un endroit où nous garer pour la nuit aux États-Unis. Les campagnes pourtant immenses offrent rarement des endroits propices à la pause nocturne, la moindre voie de circulation en dehors de la route principale est privée, tout comme la plupart des parkings en ville. A de rares exceptions près, il n’est pas autorisé de stationner la nuit devant un supermarché ou un centre commercial. Et Cracker Barrel est l’une de ces exceptions.

    Cracker Barrel, ou « tonneau de biscuits » en Français, est une chaîne américaine de restaurants combinés avec une boutique de cadeaux sur le thème de la culture des États du Sud. On y sert une cuisine traditionnelle et relativement bon marché, dont vous pourrez avoir une idée en cliquant sur ce lien. A noter que le petit-déjeuner peut être servi à tout moment de la journée. La décoration est similaire dans chaque restaurant-boutique : véranda à l’entrée où sont alignées des chaises à bascule et bien entendu quelques tonneaux, enseignes et objets anciens sur les murs, cheminée avec une tête de cerf à l’intérieur et petit jeu de solitaire sur les tables, toujours le même depuis 1969. Dans la boutique on trouve un peu de tout, des jouets, des vêtements, des confiseries dont ces bonbons en forme de bouchons d’oreilles, et plein de boules de neige très kitsch (un pléonasme, non ?).

    En tout cas, les Cracker Barrel sont une des rares enseignes à être « RV friendly », c’est-à-dire à autoriser les véhicules de loisirs comme le nôtre à passer la nuit sur une partie de leur parking souvent identifiée comme telle. Une politique intelligente qui nous amène en retour à déjeuner volontiers chez eux. Merci à eux !


    Nous venons d’arriver en Pensylvannie, un état proche de l’Ohio mais sans le moral à zéro d’Isabelle Adjani. Et vous savez quoi, il y a encore plein de choses à voir. Nous vous raconterons ça au prochain épisode.

    En attendant, voici la carte de notre parcours américain mis à jour et au-dessous les liens pour commenter.