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  • 72. Le pays des cieux vivants

    Nous traversons cette fois la Saskatchewan, province des prairies canadiennes dont la devise, présente sur toutes les plaques minéralogiques, est « Le pays des cieux vivants ». L’auteure aurait été inspirée par l’aspect souvent spectaculaire du ciel de la région, tant par ses levers et couchers de soleil magnifiques que par ses aurores boréales et ses orages impressionnants.

    Entrée en matière

    Après avoir quitté notre stationnement nocturne sur l’immense parking déserté d’une station de sports d’hiver, après avoir croisé 2 biches, l’une au bord du chemin et l’autre se frayant un chemin au milieu d’un champ de colza, nous passons de la province du Manitoba à celle de la Saskatchewan sans qu’aucune indication ne définisse la frontière.

    Nous nous engageons sur une route en terre, longue et rectiligne, côtoyant d’immenses champs de blé et de colza. La couleur jaune vif de ces derniers ressort magnifiquement sur le sombre ciel orageux. Nous pensions suivre une petite route de liaison entre 2 routes bitumées, mais non, le GPS annonce que le prochain virage est dans 55 kilomètres ! Nous voyons arriver de loin les rares véhicules que nous croisons, des poids lourds principalement, grâce au nuage de poussière qu’ils soulèvent. Je m’arrête en bord de route pour photographier l’un de ces véhicules. Mais au lieu de continuer, celui-ci s’arrête, s’inquiétant sans doute d’une éventuelle panne. Je le rassure, reprends la route et retente ma chance pour le camion suivant. Mais il s’arrête de même ! Bon, j’ai quand même ma photo. Un peu plus loin, nous observerons un petit avion qui croise régulièrement la route assez bas pour aller déverser en rase-mottes des produits chimiques (je me doute que ce n’est pas de l’eau) sur les champs. J’hésite à m’arrêter pour le photographier, craignant qu’il n’atterrisse sur la route pour prendre de mes nouvelles, mais il n’en fera rien. Du coup j’ai ma photo aussi !


    Regina, capitale verte

    Regina avec ses 200 000 habitants n’est pas la ville la plus peuplée de la province, mais c’en est la capitale. Nous avons d’ailleurs visité son parlement. C’est encadré mais gratuit et l’on peut admirer les belles colonnades en marbre de la rotonde centrale et la salle luxueuse où se réunit l’Assemblée législative deux fois par an, 40 jours au printemps et 25 jours à l’automne. Un chouette métier que d’être député saskatchewanais, non ?

    Pour le reste, la capitale est plutôt tranquille, dotée d’un grand lac où se croisent kayaks, canards et pédalos, agréablement verte et fleurie avec ses grands parcs où flânent une multitude d’oies dans l’attente de leur migration automnale. Même sur le parking où nous nous étions garés, pourtant proche du centre-ville, plusieurs lapins sont venus nous rendre visite.

    L’offre culturelle est là, avec entre autres la Galerie d’art MacKenzie, spécialisée dans l’art indigène, exposant notamment une magnifique collection d’œuvres en perles, et le Musée royal de la Saskatchewan, dédié à la partie des sciences de la vie et de la terre qui concerne la province. Les dioramas montrant la faune et la flore dans chaque sous-région, chaque saison voire pour certains à différents moments de la journée, sont d’une qualité technique exceptionnelle. A titre d’exemple, des oiseaux sont en suspension dans l’air sans que l’on n’aperçoive aucune attache, et des vues subaquatiques montrent un canard plongeur entouré de bulles alors qu’il n’y a pas d’eau. Pour petits et grands, avec un prix libre.


    Enfin, au chapitre des curiosités, notons cet Albert Memorial Bridge qui détiendrait le record mondial du pont le plus long par rapport à la taille du cours d’eau qu’il enjambe, soit 260 m de longueur pour 3 m de rivière. Cela est probablement dû au fait qu’un barrage a été construit pour créer le joli lac du centre-ville juste en amont du pont.


    Moose Jaw, l’assagie

    Cette ville ayant poussé comme un champignon au moment où la Canadian Pacific y a installé ses rails, on y retrouve une petite ambiance de Far-West, de ruée vers l’or. Aucune mine pourtant, mais l’or local c’était la production céréalière que l’arrivée du chemin de fer a dopée, puis l’alcool au moment de la prohibition qui a amené son lot de malfrats dont Al Capone et le Ku Klux Klan. Elle s’est heureusement assagie depuis et nous avons profité de quelques attractions :

    1. Mac the moose

    Oublions rapidement cette statue géante d’orignal placée au bord de la route transcanadienne pour arrêter les touristes. Faite de plusieurs couches de ciment déposées sur une grille métallique, elle est en fait assez hideuse. Reconnaissons-lui tout de même le mérite d’être l’orignal le plus haut du monde, dépassant les 10 mètres. En 2019, la Norvège a battu temporairement le record, mais la population de Moose Jaw s’est rapidement cotisée pour rallonger les bois (en ciment, donc) de quelques dizaines de centimètres et sauver ainsi l’honneur.


    2. Les tunnels d’Al Capone

    La ville est surtout connue pour avoir été très active pendant la prohibition, grâce à un réseau de tunnels souterrains dans lesquels se préparaient les caisses d’alcool et un excellent réseau ferré pour les acheminer ensuite jusqu’à Chicago. Al Capone est censé être venu contrôler son marché ici, et la ville le revendique, mais il n’y aurait pas de preuve formelle. Nous on a bien aimé l’ambiance far-west de la rue principale.


    3. Le street-art

    Nous nous sommes aussi prêtés au jeu de piste à la recherche des 47 œuvres de street-art dispersées dans le centre-ville, munis d’un petit guide que distribue l’office de tourisme. Vous trouverez ci-dessous quelques-unes de ces fresques murales


    4. La galerie Yvette Moore

    Dans l’ancien bâtiment où l’on enregistrait les terrains donnés par l’état à tous ceux qui défricheraient et cultiveraient 10 hectares par an pendant 5 ans, une artiste locale renommée expose ses œuvres ou celles de créateurs de la région.


    5. Le Western Development Museum

    Le but de musée est de recueillir et exposer tout ce qui a trait à l’économie et à la culture de l’ouest du Canada. En pratique, nous sommes passés vite devant la partie concernant l’histoire locale pour avoir le temps d’admirer la jolie collection de, comme dit notre guide, tout ce qui vole, qui roule ou qui glisse.


    Gravelbourg et les frankaskois

    Nous reprenons la route vers le sud-ouest et les paysages commencent à changer un peu. Quelques champs bleus commencent à apparaître, que nous supposons être du lin. Si vous êtes linologue, n’hésitez pas à vous exprimer en commentaire si besoin. Le plus important pour nous, c’est que ça nous change du jaune et du vert de ces derniers jours. Le relief aussi est un peu différent, avec l’arrivée de collines. Sans doute un peu moins facilement cultivables, les terres se transforment volontiers en pâturages.

    Nous rejoignons bientôt Gravelbourg. Cette petite ville de 1000 âmes doit son développement à l’Abbé Louis Gravel, missionnaire québécois qui développa ici une communauté de canadiens francophones. Les 30% de la population qui y parlent encore Français sont appelés les fransaskois, contraction de français et de Saskatchewan, le nom de la province. L’Abbé dépensa beaucoup d’énergie pour faire venir le train et construire des bâtiments religieux et publics, dont une cathédrale, un palais de justice, un théâtre, un lycée. Il voyait grand mais cela parait aujourd’hui démesuré par rapport à la taille de la ville.


    Val Marie et le Parc National des Prairies

    Et nous voilà repartis sur de longues routes droites dont les intersections sont séparées de trente ou cinquante kilomètres, pour certaines occupées par un petit hameau qui semble tellement isolé du reste du monde.

    Nous parvenons finalement à Val Marie, une petite bourgade accueillante, elle aussi partiellement francophone. A moins de vouloir dormir au milieu des champs, le seul endroit acceptable pour la nuit est le petit camping municipal, qui n’est pas si mal finalement. Un camping tout simple comme nous aimons. 13 emplacements dont 3 seulement étaient occupés (nous compris !), un paiement basé sur la confiance (on dépose le règlement dans une enveloppe que l’on glisse ensuite dans une urne) et un calme nocturne parfait.

    Si nous sommes venus là, c’est pour le Parc National des Prairies, et nous n’avons pas été déçus. Sur les conseils de la « ranger » au centre des visiteurs, nous avons enchaîné deux randonnées de 2,5km dans un environnement superbe mêlant reliefs rocheux et vue à 360° sur des plaines herbeuses ou des champs à l’infini, puis parcouru avec Roberto l’Ecotour Scenic Drive, une route de 15km qui traverse le parc. Outre l’environnement tout aussi spectaculaire, nous avons craqué pour les colonies de chiens de prairies. Un seul regret : la petite communauté de bisons ne s’est pas montrée.


    Une révélation

    Nous terminons notre traversée de la Saskatchewan par la petite ville d’Eastend. Son nom semble inadapté pour l’une des villes les plus à l’ouest de la province, mais il fait référence à l’extrémité Est du Parc naturel des Cyprès, si proche qu’il en devient un pléonasme. Mais ce n’est pas ce parc qui nous attire, c’est le T.rex Discovery Centre. On y étudie le squelette de Scotty, le plus grand T.rex du monde découvert dans la région en 1991 par un simple prof d’Eastend qui participait à une sortie fossiles avec des paléontologues renommés. En une demi-journée, alors que les autres n’avaient déterré que quelques ammonites, notre enseignant sortit de terre une grosse dent et une vertèbre rapidement attribuées par les spécialistes à un T.rex. Peut-être vexés, ils n’ont commencé le reste des fouilles que trois ans plus tard et ont appelé la bête Scotty alors que le prof se prénommait Robert. C’est petit.

    Après 20 ans de fouilles, 65% du squelette était reconstitué et le chantier fut arrêté, ses dirigeants et surtout ses financeurs jugeant que l’on ne découvrirait plus rien. Nous avions vu une copie complète au Musée Royal de Regina, mais une copie c’était une copie et nous espérions voir quelques os authentiques. De fait 2 vertèbres d’origine sont exposées. 600 000 siècles nous contemplant, c’est toujours mieux que les 40 des pyramides de Napoléon. Et puis même si avec nos 0,6 siècles d’existence nous avons l’impression d’en savoir beaucoup sur les dinosaures, il y a toujours un truc ou deux à glaner. Mais là, ce n’était pas un truc, c’était une claque. J’avais l’impression d’un fait universellement admis que l’extinction des dinosaures était liée à  la chute d’une comète, dont les conséquences atmosphériques ont entraîné la disparition de 75% des espèces sur terre, DONT nos fameux sauriens géants. Il se disait aussi que la plupart d’entre eux n’étaient pas morts directement, mais conséquemment à une raréfaction de la végétation suite à la pénombre durable qui avait suivi le cataclysme. Les petits dinosaures vegan sont morts de faim les premiers, leurs prédateurs ont logiquement suivi.

    La réalité de la chute de la météorite semble indiscutable. On a retrouvé son cratère au Mexique et la perturbation des sédiments à l’époque est retrouvée dans tous les sols du monde (couche Crétacé-Tertiaire, appelée aussi K-T dans les pays anglosaxons et третинний крейдяний шар en Ukraine). Selon Wikipédia, les chercheurs se tâteraient entre une influence marginale, partielle ou majeure de la métérorite sur la disparition des dinosaures. Or, comme le souligne le centre, 100% des fossiles de dinosaures ont été retrouvés au-dessous de la couche crétacé-tertiaire. Leur disparition ne peut donc qu’être antérieure à la chute de la météorite. Je regrette que mes profs de sciences-nat aient écrit leur cours avec Wikipédia.


    Nous quittons maintenant les saskatchewanais pour aller saluer les albertains. Nous vous en dirons des nouvelles ! Le parcours décrit ci-dessus est illustré ci-dessous et les liens vers les commentaires, le compte Instagram ou l’abonnement sont juste après. Merci de nous suivre et d’avoir la patience de tout lire, le cas échéant.

  • 49. Orizaba ville magique

    La ville d’Orizaba est notre dernière étape avant Veracruz, là où nous devons retrouver Roberto. Elle est située dans une vallée entourée de volcans, dont le point culminant du Mexique : le Pico de Orizaba, 5 747 m d’altitude. Nous arrivons dans la brume, avec une température plutôt frisquette, mais il est déjà prévu que cela se lève dès demain. Tant mieux, nous allons pouvoir profiter de ce « Pueblo Mágico », une appellation qui n’a rien à voir avec Houdini ou Copperfield mais qui est décernée par l’office de tourisme mexicain aux villes « offrant aux visiteurs une expérience « magique » en raison de leur beauté naturelle, de leur richesse culturelle, de leurs traditions, de leur folklore, de leur pertinence historique, de leur cuisine, de leur art et de leur hospitalité ». Plus trivialement autre chose que des plages où s’entasser en buvant de la bière.


    « Le dimanche c’est un jour autre. Même le soleil est différent » (Yves Montand)

    Puisque c’est dimanche et que nous imaginons que tout sera fermé, et qu’en plus il fait grand beau alors que la météo n’est pas très optimiste pour les jours qui viennent, nous décidons de prendre un peu de hauteur et d’aller observer la ville du sommet de son teléferico, Il nous semble en arrivant aux caisses que la moitié de la ville a eu la même idée que nous. Plusieurs files se font puis se défont, ça resquille un peu, l’organisation parait un peu dépassée, mais nous finissons par monter dans l’une des cabines de 6 places qui, par groupe de 3 s’élèvent vers le Cerro del Borrego (la colliine des moutons), une petite montagne qui surplombe Orizaba de 320 m. Le teléferico a été construit par les étasuniens (ici on ne dit pas américains, ça n’a pas de sens) en 2013, mais les cabines sont françaises, cocorico (pourvu que ça tienne).

    orizaba  ville magique

    De la plate-forme à l’arrivée, nous avons évidemment un joli point de vue sur les environs et pouvons observer le quadrillage parfait de la ville sur lequel se distinguent ça et là quelques édifices religieux. Un petit sentier relie quelques attractions, dont les restes d’un fort et un petit musée historique qui nous apprend qu’à cet endroit, le 14 juin 1862, lors de l’intervention française au Mexique, une troupe de 150 de nos compatriotes « massacra » 2000 mexicains. Pas cocorico, ça, nous nous faisons tout petits et décidons d’être temporairement suisses si l’on nous demandait d’où nous venions. Au retour tout de même, nous vérifions les informations sur Internet. En fait « seulement » 250 militaires mexicains auraient perdu la vie, dont un certain nombre sous les balles amies ou en sautant dans le vide dans la confusion de cette bataille nocturne. La différence est un peu du même ordre que celle du décompte des manifestants en France, selon que l’on se place du côté des organisateurs ou de celui de la police. Pour les passionnés d’histoire et/ou de stratégie militaire, le récit de la bataille est ici.


    Nous redescendons en ville pour flâner en son centre, vers la place principale, un grand jardin bordé par la cathédrale. L’autre moitié de la ville est ici, manifestement. Une personne harangue la foule au micro. Des enfants courent partout. Une vingtaine de stands de cireurs de chaussures est en pleine activité. Des vendeurs de fleurs, d’en-cas ou de confiseries tentent leur chance d’un banc à l’autre. Et les magasins autour de la place sont pour beaucoup ouverts en ce jour du Seigneur. Mais il y a du monde aussi dans la cathédrale, qui n’est pas exceptionnelle. Et aussi dans ce Palacio de Hierro (le palais de fer), un édifice conçu par Gustave Eiffel et acheté par le maire de la ville après l’exposition universelle de 1889 pour en faire (c’est le cas de le dire) une mairie. C’est en fait devenu un musée assez éclectique, exposant d’une salle à l’autre tout aussi bien la géographie locale, l’art préhispanique, les présidents mexicains, les grands scientifiques du monde, un planétarium, que la bière mexicaine et le foot.


    « Lundi. Dans les pays chrétiens, lendemain du jour du tiercé » (Ambroise Bierce – Le dictionnaire du Diable)

    J’aurais pu choisir en citation « Triste comme un lundi » car ce matin le ciel est tout gris. Toutefois il ne pleut pas et nous partons nous dégourdir les jambes, habillés chaudement car avec l’altitide il ne fait guère plus de 8 ou 10°C dehors. Nous rejoignons le « Paseo del arte », une voie aménagée le long de la rivière qui traverse la ville sur environ 3 km. Sur une bonne portion, les murs sont décorés de fresques. La qualité est variable mais l’ensemble rend bien et l’effort est louable. Vous en retrouverez un certain nombre ci-dessous, commentés ou non.


    Nos pas nous amènent ensuite au Jardin botanique, un havre de paix joliment entretenu qui ne figurait pourtant pas dans notre guide papier. Nous nous immergeons dans une volière où circulent librement perruches et perroquets multicolores. Nous visitons la serre à orchidées, décevante par le fait que 3 ou 4 espèces seulement soient en fleurs sur les 1 200 présentes au Mexique, mais bon, quand ce n’est pas la saison… Nous tentons sans succès de nous perdre dans un labyrinthe végétal. Nous traversons un jardin japonais riche d’une cinquantaine de bonsaïs. Nous froissons sous notre nez les feuilles de plusieurs plantes de l’espace médicinal pour en retrouver l’origine (celle surnommée « Vaporub » ne nous laisse aucun doute). Nous rejoignons enfin la sortie sur une passerelle qui serpente entre haies de bambous et sculptures préhispaniques. Un bel endroit.


    « Cette semaine, le gouvernement a fait un sans-faute. Il est vrai que nous ne sommes que mardi. » (François Goulard)

    La grisaille a évolué en bruine, plus question de sortir sans parapluie, mais une bonne occasion de nous réfugier dans les musées. Ceux-ci sont souvent gratuits au Mexique. Malheureusement cela n’attire pas les foules pour autant, à l’exception peut-être du dimanche. A plusieurs reprises depuis notre arrivée dans le pays nous nous sommes retrouvés seuls à visiter, enfin pas vraiment seuls parce qu’une personne nous surveille dans chaque salle ou encore allume puis éteint les pièces au fur et à mesure de notre passage. Nous commençons par le Musée de l’Art de l’État de Veracruz, dont les façades sont étonnamment décorées de la même façon que l’église qu’il jouxte. Il est principalement consacré aux peintres célèbres de la région, tout en consacrant une salle entière à Diego María de la Concepción Juan Nepomuceno Estanislao de la Rivera y Barrientos Acosta y Rodríguez, qui préféra s’appeler Diego Rivera pour gagner du temps en signant ses toiles. 33 de ses œuvres originales sont exposées ici, permettant d’apprécier l’évolution de l’artiste au fil du temps. Une pièce est aussi consacrée à la construction de la première ligne de chemin de fer reliant Mexico à Veracruz, qui inspira beaucoup les peintres locaux.



    Après une pause déjeuner, nous nous intéressons maintenant au musée de l’hôtellerie, installé sur le site où la première auberge du Mexique fut créée le 15 janvier 1525. On y admire les aménagements et les costumes de l’époque puis leur évolution dans le temps, comme ces tenues de « bell-boy », cet ascenseur ramené de New York datant des tout débuts de l’invention, ce vieux standard téléphonique dont on imagine l’ambiance sonore de son utilisation.


    « Le conseil des sinistres, c’est le mercredi, le jour des gosses. Ils vont au sable, ils font des pâtés, c’est sympa. Le garde des sceaux est là. » (Coluche)

    Mercredi est le jour des enfants peut-être en France, mais pas au Mexique puisque l’école est ouverte ici du lundi au vendredi, et plutôt assez tôt comme dans tous les pays chauds (7-8h à 13-14h, le repas se prenant au retour à la maison). Pour nous c’est jour de transfert puisque nous allons maintenant rejoindre Veracruz. Comme d’habitude, nous nous rendons simplement à la gare routière et prenons un ticket pour le prochain bus disponible. Départ 40 mn plus tard, à peine le temps de grignoter un sandwich. Le trajet de 136 km nous coûte 11 euros et nous prend environ 3 heures. Pas très rapide, mais il y a eu 3 arrêts en route. Une douce chaleur (enfin !) nous attend à l’arrivée et nous rejoignons notre hôtel en taxi pour 2,50€ et laissons généreusement 50 centimes de pourboire. Pas par radinerie mais pour ne pas casser le marché. Nous sommes logés près du port. Nous serons aux premières loges pour voir arriver Roberto. Nous ne sommes pas loin non plus du centre-ville, marqué par une petite place bordée par une cathédrale. Tiens, ça ne vous rappelle pas quelque chose ?



    « Si la bourse continue à baisser, vendredi ça va être un jeudi noir » (Jean-Marie Gourio)

    Eh bien justement, ça commence presque comme un jeudi noir. C’est aujourd’hui que nous avons rendez-vous avec notre agent portuaire, qui nous a convoqué à l’agence ce jour-là mais sans nous donner d’horaire précis. Vers 8h30, nous sommes prêts à partir tranquillement vers l’agence située à 3 km de notre hôtel. Une petite balade à pied nous fera le plus grand bien. Mais nous recevons un mail de Claudia, la responsable de l’agence, qui nous informe qu’après nous avoir attendus à 8h elle est déjà à la banque (probablement celle où nous devons régler le montant de notre permis de transit), que demain elle ne pourra pas s’occuper de nous, mais que peut-être nous avons encore une chance si nous allons tout de suite à l’agence sinon ce ne sera pas avant mardi (dans 5 jours !). Nous sautons dans un taxi et rejoignons l’agence en 10 mn. Là une autre employée nous prend en charge, photocopie en plusieurs exemplaires nos passeports, visas, carte grise et permis de conduire, puis nous emmène à toute berzingue à la fameuse banque. Une bonne cinquantaine de personnes attendent dehors. Les premiers sont arrivés à 7 heures alors que l’établissement n’ouvrait qu’à 8h30. Nous allons devoir faire preuve de patience.

    Le dernier message inquiétant de notre agent portuaire…

    Heureusement nous n’aurons pas à faire 3 heures de queue, l’assistante appelle Claudia qui est à l’intérieur avec un autre client et lui passe nos papiers. 20 à 30 mn plus tard, nous sommes invités à entrer, doublant la foule, pour aller à petit guichet apparemment dédié aux fameux permis. L’enregistrement prend du temps, il faut donner notre prochaine destination (on l’improvise car difficile de dire juste « vers le nord »), corriger les erreurs du premier projet qui nous est imprimé (il y en avait une sur mon prénom, une lettre en trop qui pouvait nous bloquer à une douane, on ne rigole pas là-bas) et revérifier la liste de tout ce que contient Roberto, que nous avions établie en anglais mais qui a été traduite en espagnol. Notamment nous avons beaucoup hésité à savoir si nous avions un « gato » ou pas. La seule traduction que nous connaissons pour ce mot est « chat » mais la description de la chose que nous fait l’assistante ne correspond pas. Elle nous fait le geste de soulever. Nous pensons à un toit ouvrant, un lanterneau mais ce n’est pas ça. L’assistante s’aperçoit que nous avons pourtant déclaré ce « gato » dans la liste initiale. Après une double traduction en passant par l’anglais, nous trouvons enfin que ce terme signifie aussi « cric ». Bien sûr que nous avons un cric ! Claro que sí (j’adore cette expression…). Après avoir réglé la somme de 55,68 € à la caisse, là aussi en shuntant la foule, nous voilà munis du précieux sésame : Roberto est autorisé à circuler librement au Mexique pendant une durée de 10 ans. Cela devrait suffire.

    El Permiso de Importación Temporal de Casa Rodante, ou permis d’importation temporaire de maison roulante. Pour une voiture ou un fourgon non homologué, nous aurions dû payer une caution de 400$ et n’aurions eu le permis que pour 6 mois.

    De retour à l’hôtel, une autre bonne nouvelle nous attend. Nos permis de conduire internationaux établis à Saint-Barth sont arrivés, grâce à l’aide de notre grand copain Laurent. Ils ne sont pas exigés au Mexique, mais seront nécessaires aux États-Unis.


    La journée se termine avec Kilian, notre ami néerlandais dont le van fait chambre commune avec Roberto en ce moment et qui est donc venu attendre comme nous la livraison de son véhicule. Nous échangeons nos expériences avec plaisir. J’en profite pour rappeler le blog qu’il partage avec son amie Marcia et leur chat Binkie, accessible ici.

    Le palais municipal, sur la place centrale, près duquel nous avons dîné.

    Roberto se trouve au moment où nous écrivons, d’après le suivi réalisé sur le site MarineTraffic, quelque part entre les îles Caïman et la pointe du Yucatan. L’arrivée est prévue à Veracruz le 12 février, ou peut-être le 13. Nous devrions pouvoir vous décrire la réception dans le prochain article. D’ici là, nous allons devoir l’assurer, car bien entendu notre assurance française ne va pas au-delà des limites de l’Europe. Nous cherchons une compagnie qui couvre au moins les trois pays d’Amérique du Nord, mais ce n’est pas très simple. Nous vous raconterons. A très bientôt !

    Le Yokohama et son passager Roberto en approche

  • 47. Comida mexicana

    La comida mexicana, c’est notre pain quotidien si j’ose dire. Car dans l’attente de notre fourgon, nous prenons nos repas à l’extérieur trois fois par jour. L’expression peut se traduire tout aussi bien par gastronomie mexicaine que par nourriture mexicaine selon le contenu de notre assiette. Les adeptes de la street food riche en graisses et féculents trouveront vite leur bonheur, tandis que de notre côté nous sommes encore en recherche d’un peu de subtilité. Mais il est bien sûr trop tôt pour juger, nous sommes encore en phase de découverte et les surprises sont nombreuses.  

    ¤ La Bufa

    La Bufa, c’était le nom du restaurant de notre hôtel à Mexico. Vérifications faites sur mon dictionnaire espagnol-français de base, ça ne se traduit pas par « la bouffe », ce qui aurait pu paraître déplacé pour un restaurant, mais par …rien. A la limite, le verbe espagnol « bufar » signifiant « renifler », l’expression pourrait se traduire par « (quelqu’un) la renifle », mais ce serait encore plus déplacé ! La poursuite des recherches permet de trouver au Mexique une colline appelée el Cerro de la Bufa et dans sa description Wikipédia une traduction aragonaise du mot « bufa » en « vessie de porc », la colline ayant cette forme. Nous voilà revenus à la vraie restauration, et voilà une bonne occasion de parler de nos premières expériences avec la cuisine mexicaine.

    El Cerro de la Bufa (près de Zacatecas, Mexique) © wikipedia

    ¤ Où l’on teste le menu du jour

    comida mexicana
    Restaurant populaire dans un marché

    C’est notre premier jour à Mexico. Alors que nous nous frayons un chemin dans les allées étroites d’un marché, hélés par les commerçants qui veulent chacun nous faire visiter leur boutique, nous débouchons dans l’aire de restauration, plus paisible. Ça tombe bien, c’est l’heure du déjeuner. Les petites échoppes proposent des menus del dia à composition fixe. Prêts à toutes les expériences, nous tentons le coup. Nous passons commande. Pour la boisson, c’est soda ou aqua fresca. Nous choisissons la seconde solution. Claudie demande con gas mais ça fait sourire l’employée. On comprend pourquoi quelques minutes plus tard lorsque, une fois attablés, on nous apporte un broc d’environ 2 litres empli d’un liquide laiteux. Les autres tables ont la même chose d’ailleurs. Nous goûtons. C’est texturé, un peu sucré et la saveur ressemble un peu au Smecta, pour ceux qui connaissent. Bon, on se dit que c’est une façon comme une autre de prévenir la tourista… En fait, nous avons bu une horchata, faite d’eau de riz, de vanille, de lait et de cannelle.

    Les plats arrivent. D’abord une sopa de la casa, bouillon de poulet avec des légumes, des cubes de fromage fondu et quelques aromates. Le plat principal arrive ensuite. Nous avons de la chance, c’est le plat national mexicain, le pollo con mole, poulet à la mole, une sauce typique d’ici à base de chocolat, de fruits secs et de piments doux. C’est accompagné sans trop de surprise de riz et d’une purée de haricots rouges. Enfin vient le dessert, une gelée parfumée chimiquement à l’orange. Rien d’extraordinaire sur le plan gustatif, mais il est difficile d’en demander davantage pour le prix : entrée + plat + dessert + Smecta euh boisson à volonté pour 3 euros. Qui dit mieux ?



    ¤ La Habana

    Café La Habana

    Après notre expérience du marché, nous souhaitons terminer ce repas par un petit café (dans sa culotte comme ajouterait notre ami Lolo, que nous embrassons). Quelques pâtés de maisons plus loin, nous nous rendons au café La Habana, un lieu empli d’histoire puisque ce serait ici que Che Guevara et Fidel Castro auraient planifié la révolution cubaine et que Gabriel Garcia Marquez aurait écrit une partie de Cent ans de solitude. Nous y dégustons un café « La Habana », servi en 2 parties : une grande tasse emplie de lait mousseux dans laquelle le serveur verse la moitié (sinon ça déborde) du contenu d’une plus petite tasse de café expresso. Il ne reste plus qu’à consommer dans l’ambiance rétro du café, inchangée depuis les années 50 et essayer à notre tour de refaire le monde ou d’écrire un nouveau paragraphe de ce blog (restons modestes !). Pour la petite histoire, le café nous a coûté presque le prix du menu du jour dans le marché. Mais pour avoir peut-être été assis à la place des célébrités ci-dessus, c’était donné !


    ¤ Y’a pas d’heure

    Nous avons eu à plusieurs reprises la surprise de nous voir proposer la carte des petits-déjeuners alors que nous nous attablions à la terrasse d’un restaurant après l’heure de midi. C’est qu’ici, tout est quelque peu décalé par rapport à nos habitudes européennes. Le petit-déjeuner se prend entre 8h et 13h – parfois même jusqu’à 16h comme sur l’ardoise ci-dessus, le déjeuner entre 14h et 16h30, tandis que le dîner ne vient guère qu’entre 21h et 22h. Mais à vrai dire, on peut manger un peu n’importe quand, il n’y a qu’à traverser la rue comme dirait l’autre


    ¤ Les petites envies

    C’est la traduction du mot antojitos qui désigne tous les en-cas que l’on peut se faire servir à toute heure dans les nombreux étals de rue ou les restaurants, au gré des petites faims. La base de tout est la tortilla, une petite galette de maïs, plus rarement de blé, que l’on va garnir de mélanges divers. Simplement pliée en U, c’est le taco que tout le monde connaît. Fermée aux extrémités, c’est un burrito. Poêlée ou grillée, c’est une  quesadilla. Légèrement frite et recouverte d’une sauce, c’est une enchilada. Davantage frite au point de devenir croquante, c’est une tostada. En empilement alterné avec des couches de fromage, c’est une sincronizada. Lorsque le contenu est coupé en longues lamelles, une fajita, etc. Parmi les autres petites envies, on trouve aussi les tortas ou cemitas, sortes de sandwiches préparés dans un petit pain blanc, les tamales, où la farce est enveloppée et cuite dans des feuilles de maïs, les chicharrones, sortes de beignets croustillants faits de peau de porc. Les variantes sont tellement nombreuses qu’il est parfois difficile de s’y retrouver !



    ¤ Les faux amis

    L’expérience de l’agua fresca qui n’avait rien à voir avec l’eau fraîche (voir ci-dessus) n’a pas été unique. Nous nous sommes aussi fait surprendre avec le sope qui n’est pas du tout une soupe mais un taco frit, tandis que le menudo au contraire est bien une soupe (aux tripes et au piment, miam) et non pas un menu. Nous avons aussi évité de justesse le serrano, un piment force 6 loin du jambon montagnard que nous connaissons. Et loin de l’usage que l’on pourrait imaginer, le jamaïca est une …boisson à base d’hibiscus.


    ¤ Les desserts

    A la fin du repas, on vient volontiers vous tenter en vous présentant un plateau sous cloche garni de pâtisseries diverses. Nous avons craqué une ou deux fois, avouons-le, mais nous sommes plutôt adeptes des excellentes salades de fruits, parfois garnies de yaourt, de granola ou de glace. Les pâtisseries dans les boutiques sont particulièrement colorées, mais l’on en trouve aussi qui ressemblent furieusement aux nôtres. Il s’agit peut-être d’un souvenir de cette période d’entre deux guerres (indépendance vis-à-vis de l’Espagne en 1821 et guerre avec les Etats-Unis en 1846) où de nombreux commerçants français – dont des pâtissiers – étaient venus s’installer au Mexique, et qui s’est mal terminée d’ailleurs, justement par la Guerre des Pâtisseries. Les Français, pas très bien vus alors, voyaient leurs boutiques fréquemment pillées. Lorsque le même sort arriva à pâtisserie Remontel en 1832, son gérant réclama, via le gouvernement français, des dommages et intérêts, ce que le Mexique refusa. En réponse, la France organisa en 1838 un blocus naval du port de Veracruz et d’une partie de la côte est du Mexique. Après 11 mois, le gouvernement mexicain fini par promettre de régler la dette, ce qui mit fin au blocus, mais il ne s’en acquitta jamais. Ceci fut un argument pour le déclenchement de l’occupation française au Mexique quelques décennies plus tard, de 1861 à 1867. Tout ça pour des gâteaux !


    ¤ Chocolatomanie

    Dès qu’un musée du chocolat se présente, nous sommes attirés irrésistiblement. Celui de Mexico n’a pas échappé à la règle, d’autant plus que c’est dans ce pays (et dans quelques autres d’Amérique centrale) que le cacao a été découvert il y a plus de 3000 ans. A l’époque, les boissons réalisées avec les fèves comme avec le mucilage servaient aux rituels religieux comme aux mariages, et les fèves elles-mêmes servaient de monnaie d’échange. Avec 100 fèves par exemple, on pouvait acquérir un canoé, pour 3000 un esclave… De nombreuses taxes étaient payées en cacao. Lors de son premier voyage, bien plus tard, Christophe Colomb a complètement sous-estimé l’intérêt des fèves de cacao puisqu’il a jeté par-dessus bord, au moment du retour, tous les sacs qu’on lui avait offerts. Il faudra attendre le second voyage pour que l’Europe puisse enfin en profiter. Le musée fourmille d’infos sur les usages précolombiens du chocolat, expose une belle collection d’objets anciens liés à son emploi et possède une pièce extraordinaire dont les murs en sont entièrement couverts et dont vous pouvez imaginer le parfum. Tout ceci se termine bien entendu par la boutique et par la dégustation d’un bon chocolat chaud assorti d’un gâteau à vous devinez quoi. Miam !




    et l’inévitable dégustation !

    ¤ Nourriture intellectuelle

    Nos découvertes gastronomiques ne doivent pas occulter celles de nos visites quotidiennes puisque nomades et explorateurs nous sommes. En voici quelques-unes pour que vous puissiez voyager un peu avec nous.









    ¤ Nouvelle étape

    Nous quittons Mexico pour la ville de Puebla. Le trajet se fera en bus. Nous aurions adoré celui ci-dessus, mais nous devrons nous contenter d’un bus moderne. Il n’a pas été nécessaire de réserver quoi que ce soit, nous nous sommes juste fait conduire à la gare routière dédiée au secteur sud-est. De là des bus partent pour toutes les directions toutes les 20 à 30 mn. Nous avons pris le premier venu, qui nous a conduit en deux heures à Puebla pour une douzaine d’euros. Il a été amusant d’observer le manège du chauffeur qui, après s’être signé deux fois au moment de partir (pas trop rassurant ça…) a salué de la main, un peu comme on ferait les marionettes, la totalité des bus que nous avons croisé !

    A bientôt pour la suite et merci de nous suivre !