194. Quatre jours à Belém

Du cœur de l’Amazonie nous rejoignons sa porte coté Atlantique : Belém. Un joyeux mélange de cultures amérindienne, africaine et portugaise.

De Manaus à Belém : un joli survol de l'Amazonie brésilienne
De Manaus à Belém : un joli survol de l’Amazonie brésilienne

Vol au-dessus de l’Amazonie

C’est avec la compagnie aérienne Azul que nous rejoignons Belém, la « porte d’entrée de l’Amazonie » pour les gens qui arrivent dans l’autre sens. Nous aurions pu emprunter l’un des bateaux de ligne qui descend l’Amazone en 6 jours et 5 nuits, avec hébergement en hamacs sur le pont, mais la durée nous aurait fait perdre d’autres visites. Ce vol nous a donné l’occasion de survoler en continu la forêt amazonienne et le fleuve Amazone, impressionnant par les multiples méandres boueux qu’il déploie sur 8000km, apportant à l’océan Atlantique un cinquième de l’eau douce de la planète. Près de l’arrivée, la forêt s’interrompt brusquement pour faire place à la ville, comme à Manaus. Sauf que là se rajoute le grand estuaire qui va troubler encore l’océan pendant des dizaines de kilomètres. Et hélas être à l’origine des bancs de sargasses qui iront ensuite encombrer les plages antillaises.


Ambiance port de pêche à Belém

Nos premiers pas nous mènent un peu par hasard vers ce port de pêche qui s’avère d’emblée des plus authentiques, bien que pas hyperactif. Mais l’amoncellement de bateaux colorés et décrépits s’harmonise parfaitement avec l’arrière-plan de maisons et – j’ose le dire – de la population du même acabit. Nombre d’oiseaux trainent sur les quais, davantage attirés par les déchets qui flottent que par les poissons. L’accumulation de charognards bien noirs sur les fils et les bordures de toits ferait tout à fait Hitchcock à la nuit tombée, l’insécurité montante du quartier en soirée renforçant encore le suspense. Mais le jour, si l’on excepte le fait que nous nous sentions très étrangers dans ce lieu, tout va bien, l’ambiance est à la détente. Un lieu pittoresque en tout cas.


La vieille ville

Le quartier où nous logeons, en plein cœur de la vieille ville, n’est pas non plus des plus reluisants. Des rues étroites s’encombrent d’étals de tous genre en journée, avec l’animation visuelle et sonore qui va avec (les vendeurs clament haut et fort leur marchandise tandis que d’autre attirent les clients avec une sono poussée à fond) mais se vident complètement la nuit, un peu inquiétantes à parcourir d’ailleurs. Les immeubles qui les bordent sont très éclectiques, allant du grand n’importe quoi à l’architecture néoclassique qui a suivi la période faste du commerce du caoutchouc, en passant par les vestiges coloniaux portugais initiaux. L’humidité et le manque de moyens font que rien n’est entretenu et que les vieilles façades sont envahies peu à peu par la végétation. Mais cela donne aussi un charme à la ville. Le centre-ville comporterait ainsi près de 2000 bâtiments d’intérêt historique. L’inconvénient de la fermeture des boutiques le soir est l’absence parallèle des lieux de restauration faciles à trouver dans la journée. Heureusement, à portée de marche se trouve une zone dédiée à la restauration installée dans une ancienne gare portuaire réhabilitée. C’est sécurisé mais bruyant. Nous installant un soir le plus loin possible d’un chanteur pour pouvoir arriver à discuter, nous avons eu la surprise de voir ajoutés à notre note des frais d’ »animation », que Claudie a vivement contestés et fait annuler !



Le marché Voir-et-Peser

Le "marché de fer" à Belém, dédié à la viande
Le « marché de fer » à Belém, dédié à la viande

Le nom bizarre de cet immense marché installé au bord du fleuve, provient de son ancienne fonction de contrôle des poids des denrées arrivant par là au XVIIe siècle. Cela dit il est très pittoresque. Des structures métalliques importées d’Europe au début du XXe siècle et désormais classées monuments historiques abritent l’une le marché au poisson et l’autre celui dédié aux viandes. Des étals plus classiques offrent l’étendue habituelle des marchandises régionales (fruits, légumes, autres denrées alimentaires, artisanat, etc.), mais aussi des produits plus spécifiques, comme ces bouteilles de cachaça contenant un énorme crustacé ou des remèdes soignant à peu près tout, y compris l’infidélité, le manque de virilité et l’infortune. Si les vendeurs n’hésitent pas à vous interpeller, ils ne sont pas pour autant envahissants. Ils sont même prêts à vous aider à trouver l’introuvable, nous en avons fait l’expérience. Nous cherchions désespérément de la poudre d’açaï quand un vendeur nous a accompagnés plusieurs centaines de mètres jusqu’à une rue voisine du marché, est entré dans toutes les boutiques pour demander, jusqu’à trouver la bonne, avant de retourner à son stand. Et ça n’est pas la première fois que nous nous faisons aider ainsi en Amérique du Sud.


La mangrove aux hérons

En périphérie immédiate du centre-ville, un marécage avait besoin d’être assaini. La municipalité le transforma en 2005 en jardin zoo botanique, tentant de recréer au même endroit les écosystèmes amazoniens (forêt inondable ou non et champs) en les peuplant bien entendu d’animaux et de plantes. Le résultat est plutôt réussi avec pas mal d’espèces en liberté ou visibles d’assez près. Nous avons pu voir de jolis spécimens de papillons dans une papillonneraie, des ibis rouges, des aras multicolores et quelques iguanes. Nous avons assisté au déjeuner des flamants roses. Les hérons qui donnent leur nom au parc viennent pour leur part chercher leur nourriture qu’en fin d’après-midi, mais quelques-uns restent sur place. Pour réserver peut-être ?

1. Le parc zoo-botanique

2. Mémorial Amazonien de la Navigation

Dans l’enceinte du parc trône aussi le Phare de Belém, toujours en activité, et sur lequel on peut grimper. On trouve aussi un petit Mémorial Amazonien de la Navigation avec quelques jolies maquettes et des explications sur l’histoire et les contraintes de cette navigation fluviale spécifique.

L’entrée de la mangrove aux hérons est gratuite.


Le cierge de Nazareth

L’histoire commence toujours un peu pareil : une statuette de Vierge Marie trouvée par hasard dans une rivière, son installation dans une chapelle et plein de guérisons miraculeuses en suivant. C’était vers 1700 et la dévotion se poursuit encore aujourd’hui au point qu’a lieu à Belém le 2ème dimanche de chaque mois d’octobre l’une des plus grandes processions mariales mondiales : le Cierge de Nazareth. La statue de Notre Dame de Nazareth, sainte-patronne de la ville et de la région, est portée sur un char depuis la cathédrale jusqu’à sa basilique dédiée, tirée à l’aide d’une corde par des milliers de fidèles souvent pieds nus. Pour que tout le monde en profite, de nombreuses autres effigies de la vierge circulent.

L’évènement avait lieu une semaine seulement après notre passage. À 1 semaine près nous aurions pu assister à l’une des plus grandes processions religieuses du Brésil et parcourir accompagné de 2 millions de fidèles près de 4 km à vitesse d’escargot sous un soleil tropical. Je ne sais pas encore si nous avons raté ou si nous avons échappé à cet évènement. Mais nous avons pu visiter la superbe basilique, calquée en dimensions plus modestes sur la basilique St Paul de Rome, ce qui n’aurait sans doute pas été possible en pleine période de procession.

A noter que, si le nom de la ville est bien le raccourci de Bethléem, ce n’est en rapport ni avec la ville de Judée ni avec celle de Nazareth. Le nom provient d’une tour de guet de Lisbonne. Les Portugais, qui avaient repris la ville aux Français et Hollandais en 1610, voulaient en faire un poste de surveillance du trafic maritime atlantique et ce nom leur parut opportun.


Brèves belémitaines

Voici de nouveau en présentation courte quelques sujets concernant la ville de Belém que je n’ai pas pu développer ailleurs.

1. L’autre parc zoo-botanique était fermé

Deux jardins botaniques pour une même ville, c’est beaucoup, mais avec l’Amazonie à ses portes c’est peut-être normal. Toujours est-il que ce second parc, qui était notre premier choix car plus développé que le précédent était malheureusement fermé au moment de notre passage. Nous avons dû nous consoler avec les fresques sur ses murs extérieurs.


2. Maracas à plume et pots de singe

Proposés dans des paniers sur le marché, voici des objets bien amazoniens. Ceux ornés de plumes sont des maracas, taillés dans une calebasse et munis d’un petit manche qu’on ne voit pas. A la fois instruments de musique et outils chamaniques utilisés pour les cérémonies (les peintures et les plumes au sommet ont des significations symboliques spécifiques). Les sortes de bols à droite sont les fruits du Sapucaia. Ils sont munis au départ d’un couvercle qui tombe à maturité, laissant apparaître des graines dont raffolent les singes, au point d’y coincer souvent leur main en voulant les attraper. D’où le nom de ce qui peut être utilisé comme un récipient.


3. Repas économiques

Le coût de la vie est plutôt modeste au Brésil, et les repas ne nous ont pas coûté grand-chose. Nous avons rarement mangé dans notre logement, petits-déjeuners et apéritifs mis à part – bah oui, l’incontournable caïpirinha. Donc restaurant midi et soir, avec des repas qui nous sont revenus entre 4 et 10 euros par personne boisson comprise. Quelquefois dans des petits restaurants de rue avec mobilier en plastique et nappe en toile cirée, avec une qualité variable, plus souvent dans des buffets au poids, avec un large choix de plats locaux souvent très bons, et plus rarement dans de vrais restaurants. Le concept de buffet au poids, banal au Brésil, est plutôt rare en France. Si vous habitez Agen par exemple, il vous faudra parcourir 150 km pour rejoindre le plus proche, à Bègles. C’est dommage parce cela favorise la modération et l’économie de déchets par rapport aux buffets à volonté bien plus courants. Ce genre de repas nous revenait à moins de 10 euros par personne. Pour la photo du menu, diviser les prix par 6 pour convertir en euros.

P.S. Soyons honnêtes, Christophe n’a pas consommé les 3 bières de la dernière photo. C’est juste une petite mise en scène…


4. De l’art dans la mairie

La mairie de Belém est installée dans un ancien palais de 1885, qui sert aussi de musée d’art de la ville. C’est vrai que le décor est une œuvre d’art à lui seul, témoignage une fois de plus de cette période faste liée au monopole du commerce du caoutchouc. J’ai juste un peu de mal à croire que dans un tel décor on puisse voter sereinement des mesures en faveurs des habitants modestes, majoritaires à Belém. Mais reconnaissons le mérite à la mairie de permettre l’accès à tous de ses locaux.


Déjà le départ

Voilà quatre jours que nous sommes à Belém. La ville aurait mérité davantage mais il nous a fallu faire des choix de parcours pour que tout tienne en 3 semaines. Alors nos sacs sont prêts pour notre prochaine étape : Salvador de Bahia. Encore une ville mythique brésilienne à découvrir ! A très bientôt !


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