Auteur/autrice : jma

  • 66. De Québec à Charlevoix

    Nous poursuivons notre lente remontée de la rive Nord du fleuve Saint-Laurent et découvrons le cœur de la province du Québec : sa capitale du même nom. Nous traversons ensuite la région de Charlevoix, beaucoup plus sauvage. Voici nos trouvailles, parfois originales, volontiers affublées de titres tarabiscotés comme je les aime.

    Indien vaut mieux que deux tu l’auras

    Pour la première fois au Québec, les panneaux stop n’affichent plus simplement « arrêt » mais également le mot « steten ». C’est que nous ne sommes plus tout à fait dans la province canadienne mais sur le territoire des Hurons-Wendat, un peuple d’amérindiens qui était là bien avant que Jacques Cartier n’ait fini de téter sa mère. Décimés pas les colonisateurs français puis anglais et toutes les cochonneries qu’ils leurs ont apportés, des fusils à la vérole, ils ont fini par relever la tête et recréer une « nation » avec un drapeau et un « conseil de bande » pour gérer les affaires courantes. Mais les pouvoirs restent très limités et sous la coupe du gouvernement canadien. On est loin de l’indépendance. Nous avons visité l’un de leurs 2 villages, dont les maisons ne se distinguent en rien de celles des quartiers avoisinants. Seules les plaques des rues portant des noms de chefs indiens donnent le change. Le Site traditionnel Huron-Wendat rend tout de même hommage à leur mode de vie antérieur, raconté dans une sorte de musée et mis en scène dans une maison typique reconstituée appelée « maison longue »


    Un détroit, soleil !

    Le nom de la ville de Québec vient du mot micmac (un peuple amérindien) « Kepe:K » qui signifie « rétrécissement d’un cours d’eau », et qui correspond effectivement à la morphologie du fleuve Saint Laurent en regard de la ville. Notre première approche de la capitale de la province du Québec s’est faite sous une pluie continue et, après avoir parcouru quelques rues et avoir failli noyer nos parapluies, nous avons fini par nous réfugier dans une brasserie puis, une fois restaurés et un brin séchés, dans l’excellent Musée des Civilisations où nous avons passé un bon moment.

    Ce n’est que le lendemain, avec le retour du soleil, que nous avons vraiment apprécié la ville. Je parle de la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, parce que le reste est immense. Le Vieux-Québec est disposé sur deux niveaux, que l’on rejoint par des escaliers raides, comme le bien nommé escalier casse-cou, ou par un funiculaire. Sur les hauteurs, l’hôtel-château Frontenac domine la ville dont il est l’emblème. On le découvre aussi bien des terrasses qui le surplombent que de la promenade qui le borde ou encore du traversier qui joint les 2 rives du fleuve. Autour, ce sont d’étroites rues pavées et piétonnes, bordées de bâtiments où la pierre et les couleurs vives des ouvertures dominent tandis que les toits argentés aux reliefs complexes étincèlent sous le soleil. Au fil des carrefours, on découvre de jolies petites places, des églises aux toits verts, de grandes fresques murales, et toutes les boutiques qu’il faut pour capter les touristes finalement au rendez-vous. Après une journée de marche, nous étions contents de nous réfugier dans Roberto, que nous avions garé à deux pas du centre dans un parking au coût modeste (14€/j).


    Corned Bear

    Non ! Ils ont osé ! fut ma première réflexion en voyant ces conserves de viande d’ours sur les rayonnages de ce magasin. Bon, même si quelques confiseries étaient proposées, l’orientation générale du magasin, qui s’appelait d’ailleurs « Magasin général » – les anciens bazars du pays, vers les objets fantaisistes ou d’antan aurait dû m’orienter. En y regardant de plus près, le contenu n’avait rien à voir avec ces gros nounours que je n’ai aucune envie de consommer, mais consistait en de gentilles et inoffensives peluches. Ouf !


    Aller plus haut, toujours plus haut

    Difficile de dire si c’est la chanson de Tina Arena qui nous a inspirés ou bien si c’est le simple hasard qui nous a conduits là, toujours est-t-il que moins d’un mois après avoir rendu visite aux chutes du Niagara, nous sommes allés voir les chutes de Montmorency, à 15 km de Québec en longeant le fleuve St Laurent vers l’Est. D’une hauteur de 83 mètres, elles dépassent les précédentes d’une bonne trentaine de mètres. Certes rien d’équivalent en largeur ni en notoriété (Marylin Monroe n’y aurait jamais tourné), mais elles peuvent être traversées à l’aide de passerelles situées juste au-dessus, ce qui est particulièrement impressionnant pour la chute principale appelée le Grand Sault. Les amateurs de sensations fortes, sans doute peu impressionnés par les 487 marches qui mènent au sommet, pourront tenter la tyrolienne ou la via ferrata, en attendant que l’on installe un saut à l’élastique ou, qui sait, une descente en kayak.


    Ça m’embauche un coin

    Cette annonce géante sur le toit de la gare du téléphérique qui mène aux chutes de Montmorency, comme toutes celles plus petites qui inondent les vitrines des magasins dans les villes, rappelle un problème préoccupant au Québec, et probablement dans tout le Canada : on manque cruellement de main d’œuvre. L’immigration a beau être favorisée par le gouvernement, elle reste assez sélective. Un des moyens de combler le manque est malheureusement d’employer des mineurs. C’est un ami (merci Jean-Marie) qui a attiré mon attention là-dessus, en me communiquant un article de presse …français. Curieusement, il a fallu qu’une parlementaire questionne le ministre des transports à ce sujet pour qu’il soit évoqué dans les médias locaux. Tout aussi curieusement, la loi est très permissive et l’employeur peut se contenter de l’accord des parents pour faire travailler 18h par semaine un enfant de 12 ans ! Et la population suit puisque 51% des mineurs ont une « job », comme ils disent.


    L’îlet des nôtres

    L’île d’Orléans, située au beau milieu du fleuve Saint-Laurent un peu en aval de Québec, fut l’une des premières régions habitées par des Français en Nouvelle France vers 1650, peut-être séduits par le grand nombre de vignes sauvages qui y poussaient. Cent ans plus tard, alors qu’ils avaient tout défriché et bâti des maisons, les Anglais ont tout incendié et tout pillé, contraignant les habitants à l’exode. Mais ceux-ci sont revenus une fois la situation stabilisée et la Nouvelle France cédée à la Grande Bretagne et leurs descendants sont toujours là sur cette terre devenue canadienne entre-temps. Une œuvre d’art rend hommage à cette population résiliente. Roberto et nous avons fait le tour de cette île de 33 x 8 km en suivant la route Royale, bordée de belles maisons tout du long dont beaucoup, en pierres, ont gardé leur cachet d’origine.


    Le plus cher un point c’est tout

    Près du village de St Pierre, sur l’Île d’Orléans, au bord de la route, une arche sculptée auréole une statue assise de dos en arrière-plan. Il faut évidemment se garer et s’approcher à pied pour en savoir davantage. Le slogan ci-dessus, malicieusement détourné à partir du vrai slogan d’une chaîne d’hypermarchés français, devrait vous mettre sur la piste.

    Vous avez reconnu le chansonnier et poète Félix Leclerc, le résident le plus cher et le plus célèbre de l’île dans laquelle il a vécu 20 ans avant d’y mourir. Cette sculpture géante, faite d’extraits en lettres d’acier de son œuvre, le représente assis dans un champ, poussant sans doute une chansonnette en s’accompagnant à la guitare. Dans le cimetière voisin, il n’est pas trop difficile de retrouver sa tombe : elle est recouverte de chaussures. Il faut connaître son répertoire pour en connaître la raison. Ci-dessous deux liens musicaux en rapport avec le sujet.

    https://www.youtube.com/watch?v=BEpC34NyXA8

    SAQ à vin !

    Au Canada, la vente d’alcool est strictement encadrée, au point que la plupart des supermarchés n’en vendent pas. Même le vinaigre est difficile à y trouver. Et quand on tombe sur des bouteilles de vin, elles sont dénuées de tout degré alcoolique. Un grand nombre de restaurants ne dispose pas de carte des vins, mais propose en contrepartie d’apporter sa bouteille, achetée dans un lieu autorisé. Au Québec, ces lieux de débauche sont les magasins de la SAQ (Société des Alcools du Québec). L’interdiction de la vente aux mineurs y semble stricte. La SAQ ne disposant que d’un peu plus de 800 points de vente au Québec, une dérogation pour l’interdiction de vente est accordée à bon nombre de « dépanneurs », ces épiceries à horaires étendus et aux boissons faiblement alcoolisées comme le cidre et la bière. Je ne sais pas si c’est grâce à cela ou par simple habitude culturelle que les canadiens consomment moins d’alcool que les français. Pour plus de précisions à ce sujet je vous mets les chiffres OMS 2016 pour ces deux pays et pour les extrêmes

    Consommation d’alcool pur en litre/an/habitant de plus de 15 ans :
    Hommes          Femmes          Ensemble
    Yemen             0,1                   0,0                  0,1
    Canada           14,6                  3,4                   8,9
    France            20,3                 5,4                   12,6
    Moldavie         25,2                 6,1                   15,2


    Il a assuré drave !

    Nous avons fait la rencontre de Robert, un joyeux octogénaire et ancien draveur. Il ne doit plus rester beaucoup de membres de cette profession qui a pris fin en 1987. Pour ceux qui ne le savent pas, cela consistait, au siècle dernier, à convoyer le long d’une rivière des milliers de troncs d’arbres depuis leur lieu d’abattage dans l’arrière-pays jusqu’aux menuiseries ou usines à papier plusieurs centaines de kilomètres plus bas. Un métier rude et dangereux où l’on se faisait embaucher non pas grâce à un curriculum vitae mais en fonction de la taille de son poignet. La force n’était pas tout car il fallait aussi une bonne dose d’agilité pour se déplacer sur les arbres qui roulent et braver les rapides sans tomber à l’eau, ce qui était souvent dramatique. Robert nous parle de cette époque où il devait passer 6 à 8 mois par an loin de sa famille et vivre dans des conditions rustiques sous des climats extrêmes, tout en travaillant 8 à 10 heures par jour 7 jours sur 7. Mais tout ça sans regret aucun car il parle de son métier avec passion et nous montre tous les outils qu’il utilisait, les vêtements qu’il portait, et d’une manière générale tous les équipements de son « campement ».

    Accumulant d’abord tout ce qui a trait à son métier, il s’est découvert une âme de collectionneur et a réuni dans plusieurs pièces d’une grange une si incroyable quantité d’objets anciens que la place commence à lui manquer. Une sorte de caverne d’Ali Baba où chaque objet a son histoire. Ce pourrait être une riche boutique d’antiquités, mais Robert a préféré en faire un modeste musée dont il est l’unique guide et dont le droit d’entrée est libre. Tout à son honneur. Une visite d’exception, authentique comme on les aime, totalement recommandable.


    Des plats d’ours bien léchés

    Les ours noirs abondent parait-il dans l’arrière-pays canadien, mais les rencontres se font plutôt par hasard. Alors nous avons voulu forcer ce hasard en nous rendant au Domaine de Pic-Bois, spécialisé dans l’observation de ces mammifères. De la cabane d’accueil, après avoir acquitté le droit d’entrée, nous suivons Jean-Claude qui sera notre oursologue du jour et l’un des grands fils des propriétaires du domaine. Après 15 mn de marche sur un chemin large dans la forêt, nous bifurquons sur un sentier plus étroit. Jean-Claude nous fait mettre en file indienne, nous recommande de ne pas laisser entre nous d’espace suffisant pour qu’un ours puisse passer et nous intime de ne pas prendre de photo si l’un d’entre eux se présente. Et nous voilà partis, le grand fils devant nous et lui derrière pour assurer la sécurité. Je pensais, amusé, que c’était une belle mise en scène, mais à peine une minute après le début de notre marche, voilà qu’un ours se présente sur le sentier ! On nous fait signe d’avancer calmement, et l’ours effectivement, impressionné par le nombre, s’éloigne dans la forêt.

    Quelques minutes plus tard, nous arrivons à une sorte de mirador où, en sécurité à 3 mètres du sol nous allons pouvoir observer une petite clairière juste devant. Il n’y a pas de secret, pour que les ours soient au rendez-vous, il faut les nourrir un peu. Pas trop pour ne pas les rendre dépendants des humains bien sûr. Jean-Claude nous explique que ce qu’il va servir représente seulement 10% de leur nourriture quotidienne. Puis il part muni de seaux avec son homme de main pour faire un vrai service à table. Un menu 3 plats comportant os de porc, gâteaux broyés et une espèce de pâte semi-liquide ressemblant un peu au Nutella, qu’il va répartir sur les souches d’arbres creusées en soucoupes. Deux jeunes ours qui devaient avoir faim se présentent et s’empressent de lécher la cuiller. C’est d’ailleurs par le « Nutella » qu’ils vont commencer, en léchant la pâte avec délectation. Les gâteaux viendront ensuite et les os en dernier.

    Quatre autres ours viendront les rejoindre, puis, grand moment, une mère avec 2 oursons. Jean-Claude, qui nous donne des explications tout du long, nous dit que nous avons beaucoup de chance, d’une part parce que nous ne sommes que tous les deux aujourd’hui (le mirador compte effectivement une vingtaine de places) et surtout parce que c’est la première sortie de l’ourse depuis sa sortie d’hivernage. Nous nous régalons de voir les oursons jouer, grimper très haut aux arbres, s’endormir là-haut sur les branches, puis redescendre quand leur mère les appelle. Difficile de vous résumer cette sortie qui a duré presque 3 heures, temps nécessaire car de petits évènements se produisent tout du long qui permettent d’élargir la discussion. Notre patience a été récompensée car, peu avant notre départ, nous avons pu voir une seconde ourse avec 3 oursons cette fois, pas trop rassurée car elle est repartie assez vite. Quoi qu’il en soit, nous ne serons plus maintenant « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » mais les observateurs directs.


    Bye bye les ours, nous changeons de calibre et allons voir maintenant à quoi ressemblent les baleines du St Laurent.

    A très bientôt !

  • 65. Six expressions de parlure québécoise

    Le langage québécois coloré, appelé ici parlure, participe au bonheur de nos découvertes. Nous vous présentons ici quelques-unes de ces merveilles en parallèle avec nos visites de Montréal à Trois-Rivières.

    Salut, tu vas bien ?

    A Montréal aussi les gens ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors. Nous sommes très bien accueillis partout avec des « Bon matin » dans la rue, des « Salut, tu vas bien ? » ou même des « Allo » (ça signifie aussi bonjour !) à l’entrée d’une boutique ou d’un restaurant ou encore des « Bienvenue » lorsque l’on remercie le serveur (l’expression est employée en fait pour « de rien ») venu nous réchauffer (resservir du café) ou nous apporter la facture (l’addition). Les Montréalais semblent détendus et souriants, presque joyeux parfois, en contraste avec le temps gris, frais, venteux et bruineux lors de notre arrivée. De quoi ressortir la petite laine et ternir un peu les photos de cette première journée dans la vieille ville. Les seuls clichés colorés sont ceux pris en intérieur.


    Il pleut à boire debout

    « D’la pleu toujours, d’la pleu tout l’temps, d’la pleu les troè quarts de l’année », poétisait mon grand-père dans son patois solognot. En France on dit maintenant qu’il pleut des cordes, aux USA des chats et des chiens, mais ce mercredi, icitte à Montréal, il pleuvait à boire debout. Il mouillait beaucoup en quelque sorte. Nous ne sommes pas pour autant restés assis sur nos steaks (à ne rien faire), préférant aller magasiner (faire les boutiques) munis de nos parapluies, avant de nous réfugier au Musée des beaux-arts. Un grand complexe de 5 bâtiments reliés entre eux par des souterrains, hiver oblige, hébergeant tellement de collections que nous avons dû faire des choix drastiques. Nous nous sommes limités à celle sur l’art Inuit, pas si commun, à l’exposition temporaire très colorée de Nicolas Party, artiste peintre Suisse qui a réalisé plusieurs œuvres directement sur les murs du musée, et au bâtiment dédié aux arts décoratifs et au design. Il est toujours intéressant de voir comment les créateurs revisitent nos objets du quotidien. Après les photos légendées, un petit quizz vous est proposé pour trouver à quoi peuvent bien servir les 2 dernières machines.



    Arts décoratifs et design


    Quiz du jour : saurez-vous retrouver l’utilité de ces deux objets ?

    Objet a deviner
    Objet 1
    1A – Un dictaphone ?
    1B – Un inhalateur de solutions soufrées ?
    1C – Un épilateur
    ?
    Objet a deviner
    Objet 2
    2A – Un pétrin de boulanger ?
    2B – Une machine à fabriquer des préservatifs ?
    2C – Un moteur de hors-bord ?

    Résultats à la fin de l’article


    Et on termine la partie artistique par un peu de street-art à l’extérieur du musée

    Pour info, Les foufounes électriques est le nom d’un bar branché de Montréal axé sur la culture punk, gothique et alternative. En québécois, foufounes signifie fesses…


    C’est tiguidou !

    C’est tiguidou, on est revenus aux belles températures ! Ma blonde et moi on a embarqué dans not’ roulotte pour aller au Mont Royal. J’ai chauffé Roberto jusqu’à un stationnement, ça m’a coûté 13 piasses, c’était pas dispendieux. Pis on a mis nos espadrilles et on est partis prendre une marche. Y f’sait chaud, pas besoin d’s’abrier. D’ailleurs le monde movait plutôt en camisole et gougounes qu’en chandail. Nous avons dîné dans la van, mais on aurait pu aussi bien manger des sous-marins sur une des tables de pique-nique, en faisant attention de bien tout mettre après aux vidanges au risque de se prendre un ticket. C’est de même icitte !

    Chouette, le beau temps est revenu ! Ma chérie et moi avons pris notre van pour aller au Mont Royal (le point culminant de Montréal qui a donné son nom à la ville). J’ai conduit Roberto jusqu’à un parking, ça m’a couté 13 dollars la journée ce n’était pas cher. Puis nous avons mis nos baskets et sommes partis en randonnée. Il faisait chaud, pas besoin de se couvrir. D’ailleurs, les gens portaient plutôt des débardeurs et des tongs que des pulls. Nous avons déjeuné dans le van, mais nous aurions pu tout aussi bien manger des sandwiches sur une des tables de pique-nique, en faisant attention de tout mettre après aux poubelles, au risque de se prendre une amende. C’est comme ça ici !

    (Traduction de l’auteur, en l’absence de cette fonctionnalité sur Google et autres Reverso)

    Sur les photos, vous verrez les vues panoramiques qu’offrent le belvédère et les sentiers au sommet du parc, un chanteur français qui passait par là, la grande croix visible à 80km à la ronde et le lac aux castors qui contrairement à ce que son nom indique héberge des poissons rouges.


    Une belle fin de semaine

    Ah oui ici on ne dit pas week-end. La plupart des mots anglais sont bannis. Pour cette fin de semaine, donc, nous sommes allés rendre visite à nos amis de St Barth, Véronique et Pierre, qui ont acheté ici un petit châlet au bord d’un lac dans la belle région des Laurentides au Nord de Montréal. Une maison toute bleue qui m’a donné envie de pasticher une chanson bien connue de Maxime Le Forestier. Je ne suis qu’un poète de 4 sous, vous êtes prévenus !

    Ce sont deux maisons bleues
    Adossées à la colline
    D’un lac oublié en plein Canada
    L’une est toujours là, l’autre y a roulé.
    On se retrouve ensemble après une année de route
    Véronique et Pierre, Claudie et donc moi
    Autour du repas, c’était comme hier.
    Quand les étoiles s’allument
    Quand apparait la lune
    Le lac est beau là devant vous
    Scintillant de cent mille et un éclats

    Parlant jusque très tard
    Échangeant sur tous nos rêves
    On racontera nos meilleures histoires
    Nos petits tracas jusqu’à la nuit noire.
    Quand l’aube enfin se lève
    Le canot quitte la grève
    Le lac est beau, il est à nous
    Glissons sur l’onde, n’attendons pas

    Ce sont deux maisons bleues
    Qui espèrent bien se revoir
    Dans quelques années, celle qui reste là
    Et l’autre qui aura fini sa tournée

    Nous avons eu le plaisir de rencontrer chez nos amis leurs sympathiques voisins, Ninon et Laurent, de vrais Québécois qui nous ont appris plein de trucs sur le pays et donné des tuyaux sur nos futures visites. Nous étions ravis aussi qu’ils connaissent et apprécient la série québécoise que nous visionnons actuellement, Le temps d’une paix, une saga familiale qui se déroule dans le Québec rural entre la première et la seconde guerre mondiale. La première diffusion a eu lieu entre 1980 et 1986, mais a été suivie de nombreuses rediffusions tant les québécois en ont redemandé. Nous apprenons beaucoup sur la culture de cette époque tout en nous familiarisant avec les subtilités de la langue. Pour ceux qui voudraient s’y essayer, c’est disponible sur Youtube, voici le premier épisode. Il faut s’accrocher un peu pour comprendre au début, mais après ça vient tout seul.

    https://www.youtube.com/watch?v=1_BHzWf_edE

    C’est de valeur que tout soit fermé !

    Depuis que nous sommes au Canada, nous constatons que beaucoup d’attractions, de musées ne fonctionnent pratiquement qu’en haute saison, soit de fin juin à fin août pour l’été. Nous aurions tendance à dire comme les locaux que « c’est de valeur », expression trompeuse qui signifie en fait « c’est dommage », mais d’un autre côté nous ne sommes pas si pressés de voir débarquer des hordes de touristes sur nos lieux de visites. Lors de notre passage à Trois-Rivières, entre Montréal et Québec, c’était un peu le cas. Sur la demi-douzaine de visites que nous projetions, nous n’avons pu en concrétiser que deux, celle du centre historique avec ses bâtiments très typiques de l’architecture canadienne, et celle de l’ancienne papèterie qui fut un temps la première productrice mondiale de papier. Il faut dire que la ville est idéalement située, au confluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve St Laurent, la première étant une excellente voie pour acheminer les arbres depuis leur zone de coupe dans l’arrière-pays tout en fournissant une eau d’excellente qualité pour fabriquer la pâte à papier (qui en contient à l’origine au moins 99%), le second étant propice ensuite à la livraison du produit fini dans le monde entier. Il est à noter que les habitants de Trois-Rivières s’appellent les trifluviens, alors qu’ils n’ont qu’un seul fleuve (le Saint-Laurent). Pire encore, ils n’ont qu’une seule riviève (la rivière Saint-Maurice). Le nom aurait été attribué par erreur par un navigateur malouin au XVIème siècle, qui ne se rendit pas compte que les 3 chenaux que forme la rivière Saint-Maurice à son embouchure proviennent du même cours d’eau. Pour une fois, honte à la France !


    Elle se visite mais on peut aussi y tenter l’expérience de l’incarcération pour une nuit, avec tout le protocole (mise en tenue, photos de face et profil, etc.) et nuit en cellule sous la surveillance d’un gardien, lui-même ancien détenu. Pas sûr qu’on vous pique votre portable, mais d’un autre côté il parait que c’est assez répandu dans les vraies prisons…

    Les dépanneurs au Québec n’ont rien à voir avec la mécanique. Ce sont de petites épiceries qui vous « dépannent » à des heures précoces ou tardives de fournitures alimentaires de dernière minute. Celui de droite, une ancienne institution dans la ville s’est reconverti en magasin bio et vintage. On y trouve aussi ces sodas bizarres aux goûts étranges. Bon enfin si c’est bio…


    Tu trouves-tu ?

    Au Québec, le pronom tu est fréquemment redoublé dans les phrases interrogatives, comme dans Tu m’aimes-tu ? Là où ça se complique, c’est quand le premier pronom n’est pas tu, par exemple dans Il vient-tu avec nous ?. Ce tu qui devrait être tu viendrait en fait de la contraction t’y également employée en vieux Français. Tu comprends-tu ?

    Bon, je voulais plutôt vous parler de ces points d’interrogation bizarres, rencontrés à plusieurs reprises, qui ont attiré inévitablement notre curiosité. Il nous ont semblé dans un premier temps représenter une sorte de jeu de piste, jusqu’à ce que nous ayons eu l’occasion de les suivre et d’arriver …à l’office de tourisme. Ce point d’interrogation remplace en fait le « i » dont nous avons l’habitude et que la majorité des pays ont adopté. Je vous livre dans la foulée quelques panneaux amusants que nous avons rencontré sur notre chemin.



    Cette première étape sur la province de Québec s’achève. Nous venons d’arriver à la ville éponyme qui va mériter certainement plusieurs jours de visite. A bientôt pour le récit !
    P.S. Réponses au quiz : 1A et 2C

    Comme d’habitude, ci-dessous notre parcours canadien actualisé puis les boutons pour commenter, pour nous suivre sur Instagram ou pour vous inscrire afin de ne rater aucun article.

  • 63. Six passages de frontières en 12 jours

    Un seul de ces passages de frontières était pourtant prévu à la sortie des États-Unis début juin pour la poursuite de notre périple au Canada, mais les circonstances en ont décidé autrement. D’abord une circonstance joyeuse aux Chutes du Niagara où nous a pris soudainement l’envie, alors que nous étions du côté américain, d’aller les observer du point de vue canadien avant de retrouver Roberto aux US. Un autre passage de frontière plus tragique nous obligera quelques jours plus tard à retourner au Canada puis en France pendant quelques jours avant de reprendre notre parcours là où nous l’avions laissé.


    Chutes du Niagara

    Ce sont l’une des merveilles de la Terre et la visite nous a paru incontournable. Nous avons joué le jeu à fond en allant les contempler de plusieurs points de vue : en longeant la rivière tumultueuse, en grimpant sur la tour d’observation et sa proue trônant 86 m au-dessus du vide, en escaladant la passerelle qui rejoint la cataracte à mi-hauteur, en embarquant munis de ponchos en plastique – car oui, ça éclabousse pas mal – sur un bateau qui s’aventure jusqu’aux pieds de la célèbre cascade du fer à cheval. Tout ça c’était du côté américain, mais comme nous n’en avions pas assez, nous sommes allés voir les chutes du côté canadien. Rien de plus facile, il a suffi de traverser à pied en moins de 10 mn le Rainbow Bridge qui relie les deux pays. Bon, honnêtement, il a bien fallu consacrer 15 mn supplémentaires aux formalités administratives d’entrée ay Canada, mais cela valait le coup. De l’autre côté, avec la lumière de l’après-midi et l’angle de vue différent, c’est un autre spectacle que nous avons contemplé. Le tout dans un bruit assourdissant et permanent. Et c’était vraiment impressionnant que de voir ces tonnes d’eau se déverser (2 800 chaque seconde !) dans une brume envahissante qui s’élève bien au-dessus des chutes et où de jolis arcs-en-ciel se forment. Une visite somme toute vivifiante. Saviez-vous qu’en 1948 les chutes se sont arrêtées de couler pendant 3 jours, en raison de la formation d’un gros bloc de glace en amont ? Certains se sont alors aventurés dans le cours d’eau soudain asséché, sous les falaises. Je ne crois pas que nous l’aurions fait.


    Corning ou l’art de se mettre au verre

    Le nom de Corning me disait quelque chose. Une marque inscrite sur la verrerie de laboratoire du temps où j’étais étudiant. Tubes à essais, Béchers, Erlenmeyers et autres cristallisoirs, réputés pour leur grande résistance aux chocs et aux changements brutaux de température. Normal, Corning est l’inventeur du Pyrex. C’est aussi et je l’ignorais le nom de la ville de Pennsylvanie d’où tout est parti. Apprenant que l’usine originale faisait encore référence en matière de verrerie d’art, les grands amateurs de la chose que sont Claudie et moi n’ont pas manqué de faire un crochet pour aller y jeter un œil. Nous nous sommes régalés pendant quelques heures à observer les magnifiques œuvres collectionnées comme réalisées sur place, à voir travailler en direct les souffleurs de verre, à apprendre les étapes de la maîtrise de la fabrication du matériau au fil des époques, à comprendre comment l’on fabrique en série des assiettes, des bouteilles ou encore des miroirs de télescopes.

    Et puis soudain la nouvelle est tombée. Mon père qui n’allait plus très bien depuis quelques jours venait à sont tout de franchir une frontière, bien plus terrible que notre passerelle, celle du monde des vivants. Certes il est parti en douceur à 90 ans, mais cela ne console qu’à moitié.


    Réorganiser le voyage

    Il nous faut donc rentrer en France pour les obsèques, et réfléchir à l’endroit d’où nous allons partir. Notre visa américain était encore valable un peu plus de 2 semaines. Cela risquait d’être un peu juste en cas de retour retardé pour une raison quelconque : le nouveau visa qui nous serait attribué courrait alors pour 90 jours Canada compris. Le plus sûr est donc de faire l’aller-retour depuis le Canada et de shunter la partie Nord-Est des États-Unis. Nous prenons des billets d’avion aller-retour Toronto-Paris et du coup refranchissons la frontière aux Chutes du Niagara, avec Roberto cette fois. Presque une formalité. Personne côté américain – comment sauront-ils que nous avons quitté leur territoire ? – et un douanier sympathique côté canadien qui cède même sa place à un confrère francophone pour nous faciliter la tâche. Un simple contrôle des passeports et de l’enregistrement en ligne « arrivecan » que nous avions réalisé 2 jours plus tôt et nous voilà parvenus au pays à la feuille d’érable. Roberto n’aura même pas été contrôlé !


    Parenthèse française

    Je ne m’étendrai pas sur cette semaine éprouvante mais nécessaire dont le bon côté a été, comme toujours dans ces circonstances, de revoir toute la famille ou presque. Vous n’aurez ni humour ni photo, encore que j’ai hésité à vous mettre celle de la belle cathédrale de Bourges quasi comble de spectateurs venus assister comme nous à un spectacle de trompes de chasse, en essayant de vous faire croire à la forte popularité de mon papa. Mais non, j’ai respecté sa mémoire.


    Le dernier des 6 franchissements de frontières

    Un bel Airbus 350 d’Air France nous a ramenés au Canada. J’ai été un peu surpris d’emblée de partir plein Nord, en direction de Calais puis de l’Islande. Mon ingénieur de père m’aurait sûrement rappelé, s’il avait été encore là, que si le chemin le plus court sur une projection à plat de la Terre était bien la ligne droite, il devenait une ligne courbe appelée arc géodésique si l’on redonnait à notre planète ses rondeurs naturelles. Du coup nous sommes passés tout près de l’Islande avant de traverser le Sud du Groenland, immense étendue de plaines et de montagnes enneigées fendues par de grandes vallées glaciaires toutes gelées et entourées d’une banquise en cours de fragmentation formant sous les effets du vent et des courants de véritables galaxies des mers.


    Arrivée mouvementée

    L’arrivée à Toronto n’a pas été une sinécure. Pourtant partis à peu près à l’heure, nous avions déjà une trentaine de minutes de retard (peut-être que finalement l’avion aurait dû partir plein Est ?). Mais cela ne serait rien si l’on ne nous avait pas annoncé alors qu’en raison de l’engorgement des douanes, nous devrions rester un moment dans l’avion avant de débarquer 50 par 50. Plus d’une heure et demi après, nous sortons enfin de l’appareil, un peu énervés. Mais nos tracas ne s’arrêtent pas là car il nous faut alors patienter dans une très longue queue dont les zig-zags passent même par les toilettes tellement la salle est comble. Après un contrôle policier peu aimable, il nous reste à récupérer nos bagages qui ne circulent plus depuis longtemps sur les tapis mais ont été entassés au milieu de la salle. Ce n’est que 2h30 après notre arrivée que nous sortons enfin de l’aéroport, avec encore beaucoup de mal pour trouver la navette qui rejoint le parking, indiquée nulle part. Nous retrouvons avec joie Roberto, notre cabane au Canada, intact et démarrant au quart de tour, comme pressé lui aussi de reprendre la route. A bientôt alors !