Catégorie : 2025 – Amérique du Sud

Début de notre périple de 2 ans en Amérique du Sud

  • 153. Argentine, une première pour Roberto

    153. Argentine, une première pour Roberto

    Si Claudie et moi pénétrons en Argentine pour la seconde fois, après notre séjour à Buenos Aires, c’est une première pour Roberto. Il va donc nous falloir trouver un sticker pour le 42ème pays de son périple. D’autres premières sont à suivre, comme des records d’altitude ou de circulation sur des routes non asphaltées.

    Argentine une première pour Roberto
    Le parcours nord-argentin décrit dans cet article – en version zoomable ici

    Passage de frontière plutôt rapide

    Comme pour les autres frontières de notre voyage, tout apparaît quelque peu désorganisé, à l’encontre de ce que nous avions observé en Amérique centrale. Pour la sortie du Paraguay ça commençait pourtant de façon assez simple avec contrôle des passeports et apposition du visa de sortie sans même avoir besoin de descendre de Roberto. 5 voitures devant nous, 10 minutes d’attente, ça allait. Mais il nous fallait ensuite faire annuler le permis de circuler de Roberto. On nous fait alors garer près des douanes, un agent inspecte rapidement l’intérieur sans même faire ouvrir les portes arrière, puis on nous envoie tout à l’opposé du bâtiment, vers le circuit d’entrée au Paraguay pour annuler ce permis. Il nous faudra demander à plusieurs personnes avant de trouver l’Algeco dédié à cette tâche… Un employé nous met un coup de tampon, nous dit que c’est bon et garde le papier. Nous retraversons tout pour récupérer notre véhicule désormais autorisé à quitter le Paraguay et nous nous engageons sur le pont qui mène en Argentine. Circulation à double sens à vitesse limitée et dépassements interdits, mais tout le monde s’en donne à cœur joie… Pas trop d’attente non plus de l’autre côté mais là aussi, une fois les passeports visés (aucun tampon, c’est tout dans l’ordi), il nous faut donner à l’employée chargée des enregistrements de véhicules les bons renseignements qui lui permettront de compléter notre permis d’importation robertesque. Elle nous demande combien de temps nous souhaitons. Nous tentons un an. Elle nous donne 6 mois, ce qui n’est pas si mal (c’est le double de nos propres visas !). Et nous voilà libres de circuler sur les routes de l’Argentine. Le passage de frontière aura pris au total une cinquantaine de minutes. C’est plutôt honorable.


    Quelles routes !

    Notre première centaine de kilomètres se fera sur une route asphaltée en excellent état. Mais à la première bifurcation, une route en terre s’annonce, avec 158 km jusqu’à notre destination, un parc naturel. Et un peu moins pour rejoindre la première ville de l’autre côté de ce parc quelque peu isolé. Bah, c’est le prix à payer sans doute. Nous sommes plus rats des champs que rats des villes ! Nous faisons une première étape juste avant d’emprunter cette route. Histoire de mieux se préparer mentalement à l’affronter.

    La qualité de la route s’avère en fait très variable, de terre bien tassée mais très poussiéreuse à terre molle genre boue entrain de sécher avec des ornières profondes entre deux passages de roues. Lesquels, un rien tassés mais glissants, nous entraînant volontiers vers les ornières. Si nous glissons là-dedans, nous risquons de ne pas pouvoir en sortir … et de ne pas être secourus de suite. Nous n’avons croisé qu’une dizaine de véhicules sur les 158 km ! Il faut être particulièrement attentifs. Nous nous félicitons d’avoir des pneus tout neufs « spécial boue » sur les roues motrices de Roberto. En contrepartie de ces efforts, le paysage est relativement sauvage, la plupart du temps de grandes plaines où d’immenses troupeaux de bovins sont dispersés. Pas mal d’animaux semblent en liberté le long de la route ou la traversant : vaches, chevaux, cochons, moutons, oies, oiseaux de proie, nous aurons un peu de tout. Même une sorte d’autruche – sans doute un nandu – qui a couru un instant dans le champ à nos côtés avant de s’éloigner.

    Quatre heures après notre départ, mais pause déjeuner comprise, nous arrivons au camping du Parque Ibera. Après nous être installés, nous débarrassons l’arrière de Roberto, intérieur comme extérieur, de l’épaisse couche de poussière rouge qui s’est infiltrée. Il va vraiment falloir que nous améliorions l’étanchéité de nos joints de carrosserie sur les portes arrière. Nous nous renseignons sur les possibilités d’excursions. Ce sera un tour en bateau de 2 heures dans les marais de la réserve naturelle et plusieurs randonnées sur des petits sentiers aménagés. En attendant, nous profitons du camping et de son bel environnement lacustre, observant tour à tour des capybaras qui traînent près de Roberto, un magnifique ciel embrasé après le coucher du soleil, et la plupart de nos voisins argentins dînant au barbecue sur les tables extérieures, anorak fermé et capuche sur la tête parce que la température descend vers les 10°C. De notre côté, le chauffage tourne déjà !


    Sortie bateau : encore des espèces pour nous inconnues !

    Nous sommes une dizaine sur cette petite embarcation menée par un guide naturaliste. Au moteur pour les plus grands déplacements, ou à la perche lorsque nous approchons des animaux. Nous rencontrons d’abord un « cerf des marais » qui broute les pieds dans l’eau la végétation flottante. Puis un nombre impressionnant de caïmans, pas énormes sauf quand le bateau s’en approche de quelques dizaines de centimètres. Nous ne devrions pas nous inquiéter puisque de petits palmipèdes rougeâtres tout comme des capybaras leur passent sous le nez sans les faire broncher. Apparemment, ce sont de jeunes caïmans Yacaré qui ne se nourriraient que d’invertébrés et de petits poissons. À l’âge adulte, le régime alimentaire s’élargit aux vertébrés, dont j’ose vous rappeler que nous faisons partie. Plus loin, une sorte de gros dindon noir couve ses œufs, le regard inquiet quand l’embarcation se rapproche. Et encore des cerfs des marais. Et encore plus de caïmans. Une véritable infestation de crocodiles, pour reprendre la formule qui fait sens ici.


    Sortie pédestre : savoir persévérer

    Notre guide papier était très enthousiaste sur les randonnées qui démarrent à l’entrée du parc, nous annonçant des paysages exceptionnels et une multitude d’animaux venant prendre la pose devant nos smartphones (plus smart que phones d’ailleurs en l’absence quasi-totale de réseau mobile). La première randonnée était un parcours d’une vingtaine de minutes dans un sous-bois aux arbres étiquetés, dans le silence total de l’absence de toute faune. Une déception. Le second sentier qui comportait plusieurs variantes démarrait de la même façon, nous incitant dans un premier temps à suivre le trajet le plus court pour rentrer. Après réflexion et parce que nous avions envie de bouger, nous nous engageons dans la boucle longue. A peine 2 minutes plus tard, un cerf des marais apparait au bout du chemin. Nous nous immobilisons. Loin de s’enfuir, le cerf nous observe attentivement puis marche vers nous. Incroyable. Les cerfs européens sont bien plus craintifs que cela, avec raison sans doute. Mais le nôtre poursuit son approche, jusqu’à près de 5 mètres de nous, avant de s’engager lentement dans la végétation pour nous contourner. Nous verrons plus loin d’autres animaux de la même espèce, et puis aussi un capybara et quelques oiseaux. Finalement la persévérance a payé.


    Retour à la civilisation

    Où nous quittons notre parc naturel pour retrouver la ville … et encore des animaux ! C’est tout en images ci-dessous.


    La grande traversée

    La répartition des ressources touristiques ne répond à aucune règle, et notre prochaine zone d’intérêt se situe aux pieds de la Cordillère des Andes, à plus de 800 km de Corrientes. Nous allons traverser pendant une dizaine d’heures, et sur deux journées, les grandes plaines du centre de l’Argentine correspondant au bassin du fleuve Paraná, le second plus grand fleuve d’Amérique du Sud après l’Amazone. La vision porte à l’infini sur d’immenses pâturages où les vaches et moutons sont très dispersés, en alternance avec des champs de soja ou de canne à sucre. Quelques villages rompent la monotonie de la route, mais ils restent très espacés. Les lieux pour se poser la nuit ne sont pas si fréquents, limités souvent dans notre application aux parkings pour poids-lourds aménagés derrière les stations-service. Des lieux peu réjouissants auxquels nous préférons des espaces verts en bordure de village ou des parkings de cimetière, calmes la plupart du temps.


    Les couleurs arrivent !

    Le petit village de Purmamarca devant la montagne aux 7 couleurs

    Nous entrons dans cette région du Nord de l’Argentine classée au patrimoine mondial de l’UNESCO à la fois pour son importance historique (culture indigène bien préservée) et naturelle (montagnes colorées spectaculaires). Le premier site sur notre route s’appelle La Montagne aux 7 Couleurs, sur la commune de Purmamarca à 2000 m d’altitude. Je vous dirais volontiers que les photos parlent d’elles-mêmes, mais c’est par simplification excessive. Les 3 dimensions sont indispensables pour percevoir le côté grandiose du paysage, et les couleurs sur les photos ne reflètent qu’un instantané d’un éclairage qui change en permanence, en raison de la perturbation de ces derniers jours qui s’éloigne peu à peu. Le ciel des prochains jours est annoncé dégagé, tant mieux !


    La Pucará de Tilcara

    Tilcara, c’est la ville suivante de notre périple nord-argentin. Sans charme excessif, elle est surtout une base logistique pour les touristes venus visiter la région. Roberto assurant notre restauration, notre hébergement et nos déplacements, nous n’aurons pas besoin de stationner ici autrement que pour la visite de la Pucará, une ancienne forteresse préhispanique et même pré-Inca. Elle a en effet été bâtie par les indiens Omaguacas au Xe siècle, sur une colline de 60 m de haut assurant leur sécurité. Puis oubliée, comme pas mal de sites précolombiens, avant d’être redécouverte au début du XXe siècle et en partie restaurée. Il est clairement expliqué que les techniques de restauration ne reflètent pas celles d’origine, mais les plans dessinés par les archéologues sont respectés et nous permettent de découvrir l’organisation civile et religieuse de la forteresse. La visite vaut aussi – j’allais dire surtout – pour le décor en arrière plan des chaînes de montagnes de la Quebrada de Humahuaca, la fameuse zone protégée par l’UNESCO.


    C’est l’histoire d’un Mec

    Le Museo En los Cerros est un lieu à part. Géographiquement d’abord, car pour y accéder, il faut s’éloigner de la route principale de près de 5 km sur un chemin de terre et de cailloux. Artistiquement ensuite car ce musée s’est donné pour projet de montrer les œuvres de photographes argentins à l’endroit même où ils ont puisé leur imagination. Est-ce la difficulté d’accès ou bien le peu d’intérêt des touristes pour le sujet, mais nous étions les seuls à visiter les lieux. Les photos présentées sous verres un peu réfléchissants étaient peu …photographiables, mais si vous êtes intéressés par l’histoire de ce Mec, n’hésitez pas à visiter son site internet.


    Humahuaca, 3000m d’altitude

    Poursuivant notre progression dans la vallée qui monte lentement mais sûrement, nous atteignons Humahuaca, dont le nom signifie en Quechua « la tête du taureau ». Cela ne correspond en rien au dessin du village ou de ses limites, mais peut-être est-ce lié au fait que Humahuaca est le village principal de la région et le dernier jusqu’à la frontière avec la Bolivie. Les maisons en adobe de style colonial et les petites rues pavées (pour les principales), le grand escalier et la place principale toujours très animés, donnent beaucoup de charme à ce lieu même s’il est assez fréquenté par les touristes principalement argentins. C’est notre étape la plus au nord de notre parcours dans le pays. Nous prenons un peu de temps pour la visite, mais ce n’est pas pour le village que nous sommes venus ici, mais pour une toute autre raison. Soyez patients, je vais y venir…


    Escalade dans les couleurs

    Toujours à Humahuaca, comme si nous ne nous contentions pas de ses 3000 m d’altitude, de ses nuits fraîches (il a fait -3°C) et de ses jolies chaînes montagneuses en arrière-plan, nous nous lançons sur une piste de 25 kilomètres qui va grimper jusqu’à 4350 m d’altitude, record absolu pour Roberto qui n’a pas bronché (tout au plus j’ai passé en manuel la boîte automatique qui gérait mal les changements de vitesse, ne tenant sans doute pas compte de la moindre puissance du moteur avec l’altitude). Nous aurions pu faire le trajet en bus, mais nous avons privilégié notre liberté de mouvement aux contraintes horaires des transports en commun. Arrivés là-haut, nous voilà estomaqués devant la Serrania del Hornocal, plus couramment appelée la montagne aux 14 couleurs (7 de plus que sur notre site précédent, d’où le titre), vous comprendrez pourquoi sur les photos. Un lieu magique, un des plus beaux spectacles de la nature que nous ayons vus dans notre voyage.


    Escalade dans les couleurs (suite)

    Nous rejoignons par une route encore pittoresque les Salinas Grandes, une mer intérieure asséchée de 525 km² formée par le soulèvement de massifs montagneux de part et d’autre il y a 10 millions d’années. Elle s’est d’ailleurs soulevée en même temps puisque se situant à 3350 m au-dessus du niveau des océans actuels. Il en résulte une croûte de sel de 30 cm d’épaisseur sur laquelle on peut rouler, accompagnés d’un guide amérindien qui connaît parfaitement les lieux car à certains endroits la couche est plus mince et l’on peut se retrouver embourbés. Le blanc éclatant est presque aveuglant – les lunettes de soleil sont largement conseillées – et ressort merveilleusement bien sur le bleu du ciel et la ligne des montagnes lointaines. A distance des pluies de l’été, le sol se craquelle en dalles polygonales. Par endroits, quelques bassins naturels tranchent en couleur et en transparence avec le blanc dominant, tout comme les bassins segmentés rectangulaires utilisés pour la récolte du sel. De l’autre côté du secteur touristique, une usine est en fonctionnement, traitant le sel récolté et aussi le lithium, encore plus demandé depuis les années 2000, notamment par les voyageurs nomades comme nous pour les batteries-cellules de nos véhicules.

    Une excursion aux Salinas Grandes ne serait pas complète sans profiter des caractéristiques du lieu pour prendre quelques photographies humoristiques. Le large fond blanc permet de jouer sur la perspective, tandis que la lumière intense permet de fermer le diaphragme à fond et obtenir de grandes profondeurs de champ. Les guides accompagnant les visiteurs sont formés à exploiter ces deux propriétés, et réalisent les clichés avec votre smartphone ou votre appareil photo. Appréciez !


    En route vers Salta

    Comme dirait un commandant de bord, nous amorçons notre descente vers Ushuaia, à 4 400 km de là comme le dit un panneau sur la route 40 qui relie le Nord et le Sud de l’Argentine. Nous allons repasser par Purmamarca, là où se trouvait la montagne aux 7 couleurs, avec un ciel bien dégagé et une atmosphère matinale transparente nous incitant à nous arrêter pour reprendre quelques clichés. En voici deux pour l’exemple, c’est tellement beau !


    Bien avant Ushuaia, que nous espérons rejoindre vers le mois de Novembre, notre première étape sera Salta qui, comme le dit notre guide, a les attraits d’une grande ville et le charme d’une petite. Mais notre première préoccupation, arrivant peu après midi, est le déjeûner. Et comme nous n’avons pas envie de faire la cuisine aujourd’hui, nous nous cherchons un restaurant. Pas de problème, il y a le choix !


    Une fois restaurés, nous partons visiter la ville. D’emblée nous apprécions le caractère colonial assez bien conservé de son architecture et l’absence d’immeubles élevés dans le centre. La place centrale, appelée ici Place du 9 Juillet, le jour de l’indépendance obtenue en 1816, est comme toujours le centre de l’animation tout en offrant le maximum de bâtiments des siècles derniers. D’abord la cathédrale-basilique à la façade rose et blanche, très (trop ?) richement décorée à l’intérieur, puis le Cabildo (ancienne mairie, fermée aujourd’hui) et le musée archéologique de haute-montagne. Ce dernier est consacré à l’univers des Andes incas, avec des expositions sur la vie dans les montagnes et sur les figures emblématiques de la religion à l’époque, et tout un étage dédié à des momies d’enfants sacrifiés, dont 3 retrouvés au sommet d’un volcan à 6 739 m d’altitude, dont le gel a permis l’étude et la conservation. Nous ferons un tour et quelques emplettes dans la belle boutique du musée. Plus loin, nous verrons l’église San Francisco, superbe dans ses couleurs terre cuite et ivoire et détentrice du record de hauteur de toute l’Amérique du Sud pour son clocher de 64 m. On termine cette balade historique par le couvent de San Bernardo datant du XVIe siècle. Sans pouvoir y pénétrer, on apprécie pourtant sa façade si typique et sa belle porte en bois sculpté. Dans un parc, nous discuterons un moment avec un voyageur nomade argentin qui nous donnera quelques tuyaux sur notre futur parcours. Et puis nous finirons dans un petit marché où la droguerie « La Reine de la coca » nous a intrigués. L’achat et la détention de feuilles de coca, vendues ici, ne sont autorisés que dans le Nord de l’Argentine pour ses propriétés contre le mal des montagnes.


    Se termine ici cette première étape en Argentine qui nous a ravis, principalement par les paysages extraordinaires de cette région, mais aussi par la culture andine que nous avons eu plaisir à redécouvrir depuis notre voyage en Équateur et au Pérou il y a de cela euh 22 ans. Mais que le temps passe vite ! Le pays a sûrement encore beaucoup à nous apporter. Attendons la suite.

  • 152. Paraguay seconde partie

    152. Paraguay seconde partie

    De la capitale Asunción à la ville d’Encarnacion, nous poursuivons notre découverte du Paraguay, un pays qui nous plaît beaucoup pour l’instant. On espère rester sur cette impression favorable !

    Paraguay seconde partie
Carte du parcours
    Parcours décrit dans cet article, zoomable pour plus de précision sur les étapes en cliquant ici

    Asunción

    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay
    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay

    La découverte du pays se poursuit par la visite de sa capitale Asunción, peu connue sur le plan mondial (j’aurais été incapable de la citer). À parcourir le quadrillage parfait de ses rues, à l’américaine, on comprend vite pourquoi elle ne fait pas de vagues. La grande majorité des bâtiments sont des immeubles sans charme, aussi bétonnés que peu entretenus, la circulation est dense et polluante surtout avec les vieux bus antédiluviens qui crachent leur fumée noire à tout va. Les rares édifices historiques sont assez dispersés et rien n’indique qu’à un moment vous êtes au centre-ville. Nos téléphones, peu enclins à capturer la désolation, restent dans nos poches. Les occasions de les sortir seront assez rares, mais nous avons tout de même trouvé quelques zones d’intérêt ou de nature insolite. À voir dans les 5 séries ci-dessous dont la dernière est consacrée à la cuisine paraguayenne.

    voir plus bas pour le lien manquant et les réponses aux quizz

    Le lien pour la paréidolie c’est ici, et les bonnes réponses aux deux quiz sont 1c et 2b


    La plus belle église du pays

    C’est dans la petite ville de Yaguarón que fut fondée en 1586 l’une des premières missions franciscaines du Paraguay. L’église datant du XVIIIe siècle, bâtie sur le modèle des grandes maisons des Guarani, en bois et en pisé avec un toit descendant bas et de grandes colonnades tout autour, est remarquablement bien conservée. La richesse de la décoration intérieure tranche avec la sobriété extérieure. C’est probablement le plus bel exemple de l’art baroque hispano-guarani et la plus belle église du pays. Le domaine de la mission initiale a été préservé en espace vert. Au long des grilles, une dizaine de personnages dorés semblent attendre sur autant de bancs. Il s’agit de personnalités importantes de la ville ou de la région, aussi bien politiques que artistiques. Insolite.


    Sapucaí et son musée ferroviaire

    En 1890, la gare de Sapucaí était la plus importante de la ligne Asuncion–Encarnation, une des premières lignes ferroviaires de l’Amérique latine. Avec une voie unique de 376 km reliant la capitale du Paraguay à l’Argentine. C’est à Sapucaí que se trouvaient les ateliers de réparation des trains. Ils ont cessé leur activité en 1999 avec la disparition des locomotives à vapeur et du trafic passagers. Mais ils se visitent toujours et c’est un beau moment d’histoire et de mécanique. Avec encore quelques locos les entrailles ouvertes dans le hangar ou d’autres encore rouillant dans le cimetière improvisé des champs alentour.


    Un château médiéval au Paraguay !

    Ça n’a l’air de rien, mais en y réfléchissant deux secondes, il est évident que le Moyen-Âge tel qu’on le connait n’a pas existé en Amérique. C’était alors la grande époque des Mayas, Aztèques et autres Incas à qui il n’était pas venu l’idée de construire des châteaux. Pourtant, le Castillo Echauri, près de Villa Rica, a bien l’allure d’un château médiéval, avec sa situation au sommet d’une colline, ses mur épais, son donjon et ses tours crénelées. Il a juste été construit … entre 1995 et 2000 par l’architecte Guillermo Echauri en hommage à ses ancêtres venus d’Espagne s’installer au Paraguay. Il y a habité avec sa famille pendant 20 ans avant de l’ouvrir au public. Non sans avoir ajouté quelques attractions pour les locaux à qui le Moyen-Âge européen parle moins que les séries télévisées. On trouve ainsi quelques reliques de Game of Thrones, Harry Potter ou encore du Seigneur des Anneaux, de quoi faire d’amusants selfies.


    La zone des 3 frontières et les chutes du Lundi

    Ciudad del Este, la 2ème ville du pays a été construite de toutes pièces en 1950 pour commercer avec le Brésil et l’Argentine à l’endroit stratégique où les frontières des 3 pays se rejoignent. De fait, nombre de visiteurs frontaliers viennent encore faire leurs courses dans les marchés et les grands centres commerciaux situés juste après le pont de l’Amitié qui relie le Brésil au Paraguay, entraînant un intense trafic au niveau des douanes. Si les locaux passent quasi-librement en raison du Mercosur, nous sommes obligés pour notre part d’effectuer les formalités de passage de frontières, même pour une journée. Car oui, nous allons bientôt passer là pour nous rendre aux chutes d’Iguaçu côté brésilien. Mais en attendant, nous profitons des quelques parcs de la ville, offrant des campings et quelques attractions culturelles gratuitement. Le hic, c’est qu’il faut réserver au préalable et que le procédé est loin d’être simple. Nous nous sommes contentés du joli camping et sommes allés visiter, en préalable à Iguaçu, les chutes du Lundi. C’était un mardi mais elles étaient toujours là…


    Des pneus pour Roberto

    Dans cette ville au commerce intense, nous avons profité du grand nombre de vendeurs de pneumatiques – ça s’appelle des gomerias – pour faire remplacer les pneus avant de Roberto. Une première tentative chez un revendeur Michelin nous a fait demander un délai de réflexion : 316 € le pneu tout de même ! Un peu plus loin, on nous a proposé des pneus chinois qui nous ont semblé de bonne facture tout en répondant aux normes techniques de nos pneumatiques et en étant agréé pour la neige et la boue. Montant du devis ? 112 € les deux pneus, montage équilibrage et remplacement des valves compris. Accepté !

    Roberto à la gomeria
    Roberto à la gomeria

    Escapade aux chutes d’Iguaçú

    Le plus long a été de franchir la frontière pour aller à Foz do Iguaçú, la ville brésilienne à partir de laquelle on rejoint les chutes. Partis pourtant de bonne heure, nous n’arrivons qu’en fin de matinée au parking des chutes, distant pourtant de seulement 25 kilomètres de notre point de départ. Nous déjeunons rapidement et rejoignons la station des bus du parc qui nous emmèneront au début du sentier qui longe les chutes. Et là, la magie commence à opérer. Certes nous avions déjà vu des photos de ces chutes géantes de 50 à 84m de hauteur, étalées sur près de 3 kilomètres, déversant jusqu’à 6 millions de litres chaque seconde (étonnamment, leur débit est régulé par les Brésiliens qui possèdent les barrages en amont sur le Rio Iguaçú), mais le bruit et le panorama grandiose du lieu ne peuvent être appréciés que vécus. Le sentier en corniche offre un panorama sur l’ensemble des chutes, qui se découvre peu à peu, avec les brumes et arcs-en-ciel s’élevant du fond du fleuve. Au passage on rencontre quelques singes et coatis, ce qui ne gâte rien. La progression se termine en apothéose avec d’une part une passerelle qui s’avance jusqu’à un point de vue magnifique sur la « gorge du diable », la plus haute chute du parc, et d’autre part jusqu’à presque toucher une impressionnante cascade, à condition d’accepter quelques embruns. Il faut savoir se mouiller !


    Le parc des oiseaux

    Installé non loin du départ des bus pour les chutes, ce parc héberge environ 600 oiseaux de 150 espèces, majoritairement locales. On passe de volière en volière pour bien s’immerger dans ce monde particulier. Même si beaucoup de ces volières sont immenses, les oiseaux restent en captivité, posant l’éternel dilemme du zoo : faut-il enfermer les animaux pour permettre à la population d’en voir au moins un de chaque espèce dans sa vie ? Cela dit, plusieurs espèces présentes ici sont en voie d’extinction et ce genre d’établissement permet aussi d’en sauvegarder quelques-unes, tout en ayant un programme de réintroduction dans un milieu naturel protégé dès lors que c’est possible. À noter enfin qu’un certain nombre d’oiseaux circulent librement ici hors des volières, peut-être parce qu’ils sont nourris. Mais on peut imaginer aussi que cela les intéresse de voir des humains.


    Que dire des photos ci-dessous : arbre génétiquement modifié ? messages colorés aux extra-terrestres ? La réponse est dans la dernière diapo.


    On file

    Après nous être remis de nos émotions et après discussion, nous décidons de ne pas aller visiter le côté argentin, nous économisant ainsi deux passages de frontières supplémentaires. Les sentiers argentins sont plus proches des chutes mais n’en permettent pas une vue d’ensemble. Nous estimons que le côté brésilien nous a donné une plus grande diversité de vues, aussi bien éloignées que très rapprochées, et que s’il fallait en visiter un seul ce devait être celui-là. Alors nous voilà repartis sur les routes toujours aussi charmantes du Paraguay.

    La capitale du maté

    L’arrêt à Bella Vista était indispensable quand on connaît l’importance du maté au Paraguay. Car la yerba maté, la plante à partir de laquelle est fabriqué le breuvage national, voire sud-américo-sous-continental (?), est originaire du Paraguay. Son nom scientifique est d’ailleurs Ilex paraguayense. Elle était bien connue des Guaranis qui la consommaient d’une façon différente d’aujourd’hui, en laissant infuser les feuilles fraîches et broyées dans de l’eau. Ils maîtrisaient la culture, mais lorsqu’ils ont été quasi exterminés, ils ont emporté leur secret avec eux. Car la graine de yerba maté que l’on récolte sur l’arbuste ne germe pas si elle est plantée directement dans le sol. Les Espagnols ont dû s’en passer pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce qu’un immigré allemand, après avoir observé que les graines que rejetaient les oiseaux après les avoir consommées germaient bien, trouvât le procédé pour reproduire les effets du passage dans le tube digestif des volatiles avant de distribuer ses plants dans le pays et ses voisins. C’est en tout cas ce que l’on nous a expliqué lors de la visite en VIP de la plantation Selecta, l’une des nombreuses qui officient dans la région. Toutes les étapes de la fabrication du maté nous ont été détaillées par un passionné qui a fait des efforts pour bien articuler pour que l’on comprenne bien son Espagnol. Une fois la graine traitée comme il faut, il faut attendre 2 ans avant qu’un rameau d’une dizaine de feuilles se forme. Replanté en pleine terre, taillé régulièrement pour ne pas monter trop haut, ce rameau devra encore attendre 5 ans avant de s’être suffisamment étoffé pour permettre la première récolte, toujours effectuée pendant l’hiver austral. Les rameaux qui contiennent 70% d’eau sont chauffés au bois à plusieurs reprises pour que l’humidité descende autour des 3%. Les feuilles et les tiges qui sont devenues craquantes sont ensuite stockées pendant 2 ans pour permettre leur maturation avant le traitement final : un broyage plus ou moins fin selon la demande des consommateurs. La visite se termine bien entendu par une dégustation au Maté Bar (établissement unique en son genre au Paraguay), accompagnée de spécialités culinaires à base de maté également. Notre guide nous a expliqué que les enfants commençaient à en consommer entre 2 et 5 ans, que les adultes, en fonction du moment de la journée, le prenaient soit en maté, infusé dans de l’eau chaude, soit en tereré, avec alors de l’eau fraîche. Les pays étrangers n’apprécient pas toujours la saveur amère du produit et commandent volontiers des versions aromatisées, tout en y ajoutant un peu de sucre et/ou de lait. Mais les Paraguayens le boivent généralement pur.

    (suite)


    Une mission pour le prix de trois

    Nous avions visité quelques-uns des restes de ces missions jésuites au Sud du Brésil, le Paraguay en possède également. C’est la même histoire : une évangélisation bienveillante des indiens Guaranis par les Jésuites, manifestement trop bienveillante pour la couronne d’Espagne qui les a fait cesser en 1767. La plupart ne s’en sont pas remises et les Guaranis totalement désemparés se sont dispersés avant d’être opprimés (le mot est faible) par les conquistadores. La communauté actuelle est d’un peu plus de 100 000 âmes, à comparer aux 6 millions d’habitants du pays. La restauration et la conservation de ce patrimoine participe au devoir de mémoire. Les explications sur place aident à comprendre l’organisation solide de ces missions. Nous avions prévu d’en voir deux dans le Sud-Est du Paraguay, celle de Jesús de Tavarangüe dont la construction de l’église n’était pas terminée au moment de l’éviction des Jésuites (les colonnes centrales de l’église s’arrêtent à mi-hauteur) et celle de Trinidad, la mieux conservée du pays, mais dont l’accès nous a été refusé pour cause d’évènement privé ! Alors que le billet d’entrée de la précédente était censé la couvrir ainsi qu’une troisième. Scandaleux, nous avons tout de même perdu 4 euros dans l’affaire. Je blague quant au prix bien sûr, mais nous étions fâchés de ne pouvoir faire cette visite alors que la veille au soir le gardien nous avait affirmé que ce serait ouvert.

    Cette visite est l’occasion de se poser la question « Que sont devenus le peuple et la culture Guarani dans le Paraguay d’aujourd’hui ? ». Eh bien pendant la période des Jésuites et des Franciscains, il y a d’abord eu un métissage important. Une fois les Jésuites chassés du Paraguay par le roi d’Espagne, les Guarani se sont dispersés, avant d’être sévèrement opprimés par les Espagnols devenant largement majoritaires au fil des vagues d’immigration, et leur nombre n’a cessé de diminuer au fil des années. Quand la guerre de la Triple Alliance a été déclarée (voir plus bas), tous les Paraguayens ou presque se sont retrouvés à la même enseigne, perdant 85 à 90% de leur population masculine et 2/3 de leur population totale. On aurait pu croire la culture Guarani oubliée mais il n’en est rien : outre le nom donné à la monnaie locale, 90% de la population parle aujourd’hui le Guarani, contre 70% pour l’Espagnol. Ces deux langues sont d’ailleurs les 2 langues officielles du Paraguay, un cas unique en Amérique. La langue elle-même, de tradition orale, a été heureusement été transcrite à l’écrit grâce aux frères missionnaires. Longue vie au Guarani !


    Encarnación, dernière étape paraguayenne

    C’est par cette ville tout au Sud du Paraguay que nous terminons la visite de ce pays. Il est trop tard pour profiter de son carnaval, le plus réputé du Paraguay, mais ayant lieu entre janvier et mars. Et il est trop tôt pour profiter des plages aménagées le long du fleuve Paraná, où accourent la majorité des estivants paraguayens entre décembre et février. En dehors de ces périodes, la ville est plutôt tranquille. Nous avons apprécié ses rues larges et peu encombrées, ses espaces verts, sa Plaza de Armas qui rassemble les monuments en hommage aux diasporas italienne, japonaise, ukrainienne et allemande entre autres. Et son sanctuaire de la Vierge d’Itacuá, la sainte-patronne des marins du Rio Paraná, perdu dans la forêt à la pointe d’une péninsule. Ce lieu rassemble les pèlerins chaque dimanche mais surtout une foule énorme le 8 décembre de chaque année. On se demande bien comment tout ce petit monde circule dans un endroit aussi réduit. Tout au long de la route, de petits abris qui pourraient être pris pour des arrêts de bus présentent chacun une illustration en mosaïque d’une Vierge de chacun des pays sud-américains.


    Enfin, nous avons été attirés par le mini-zoo d’Encarnación, intrigués par son droit d’entrée concurrentiel à 1 euro. Il fallait y jeter un œil pour vérifier qu’avec une bonne gestion, on pouvait présenter de façon honorable les animaux du pays (pas que des oiseaux donc, comme à Iguaçu).


    La guerre de la Triple Alliance

    On ne peut pas traverser le Paraguay sans connaître la partie la plus terrible de son histoire, la guerre de la Triple Alliance, qui a d’ailleurs commencé comme certains conflits mondiaux actuels, peut-être une leçon à méditer. Dans les années 1860, le Paraguay était l’un des pays les plus avancés d’Amérique, gouverné par la dynastie des Lopez, de quasi-dictateurs. Mais cinq années d’une guerre terrible vont tout anéantir. À cette époque l’Argentine et le Brésil, déjà géants, rêvaient encore de s’agrandir. Le géant Brésil occupa soudain à cet effet une province du modeste Uruguay (la référence contemporaine c’est ici). Le problème, c’est que le dirigeant de l’Uruguay était un copain du dernier des Lopez, Francisco, lequel rêvait de se voir accorder un droit de passage vers l’océan. Alors ce Francisco Lopez, un rien égocentrique et sanguin, surestimant sans aucun doute ses forces, déclara purement et simplement la guerre au Brésil. Le pays attaqué fut rapidement soutenu par l’Argentine, et comble de malchance aussi par l’Uruguay, dont l’opposant au copain de Lopez venait de prendre le pouvoir. C’est cette triple alliance qui va répondre à la déclaration de guerre du Paraguay. Avec un rapport des forces d’à peu près 1000 contre 1 (j’exagère sans doute, mais peut-être pas tant que ça), Francisco Lopez s’obstinera tout de même 5 ans avant de perdre la guerre en mourant sur un champ de bataille (le fameux Cerro Mora de notre première visite). Le problème, c’est qu’il entraînera avec lui dans la mort 85 à 90% des hommes du pays en âge de se battre. C’est tout simplement énorme (plus de 3 fois les pertes masculines françaises au cours de la 1ère guerre mondiale). Le plus étonnant, c’est que le pays n’ait pas été absorbé par ses 3 adversaires au décours de la guerre. Le fort sentiment de nationalisme de la population restante, la mésentente des pays gagnants sur la part éventuelle du Paraguay qui leur reviendrait, le coût afférent de l’occupation, la pression internationale, et finalement le bon sens l’ont emporté : il était plus avantageux pour les gagnants de permettre au Paraguay de se reconstruire et de se stabiliser. À méditer pour les tentatives d’occupation contemporaines…

    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance - photo site www.larepublica.pe
    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance – photo site www.larepublica.pe

    Le Paraguay c’est fini !

    Le grand pont qui relie le pays à la ville argentine de Posadas nous fait de l’œil. Nous allons l’emprunter sur le champ, en espérant que les formalités de passage de la frontière seront plus courtes que celles de notre excursion au Brésil. A très bientôt !

  • 151. Paraguay première partie

    Ce petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre les géants que sont l’Argentine et le Brésil semble assez méconnu et peu visité. Nous avons d’ailleurs eu du mal à trouver un guide dédié. La version disponible la plus récente était de 2016. Nous allons devoir nous faire notre propre opinion, ce que nous adorons bien sûr.

    Paraguay première partie
    Paraguay première partie – Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Passage de la frontière

    Les informations sur Google Maps étaient heureusement erronées, et le bureau d’immigration paraguayen de Pedro Juan Caballero était encore ouvert quand nous y sommes arrivés vers 16 heures (heure de l’iPhone de Claudie, mon Samsung refusant le changement) et nous avons pu faire tamponner nos passeports. L’obtention du permis d’importation pour Roberto a été assez rapide une fois que nous avons trouvé le bon endroit, un petit local en parpaings de 2 mètres sur 3 dans un terrain vague envahi de poids-lourds. Une fois tous les précieux sésames obtenus, nous nous mettons en quête d’un bureau de change ouvert pour avoir un peu de monnaie locale, des Guaranis (bel hommage aux natifs précolombiens du pays). En changeant 2 petits billets de 20 dollars, Claudie a obtenu 158 000 Guaranis tout en ayant l’impression d’avoir gagné au loto ! Toutes formalités faites, nous partons libres comme l’air sur les routes du Paraguay.


    Premier parc national

    Une trentaine de kilomètres après la frontière, nous quittons la route nationale en parfait état pour atteindre le parc national de Cerro Cora. La route jusqu’à l’accueil est faite de pierres tassées, irrégulières et coupantes, il faut rouler doucement. 2 personnes discutent devant une grande maison en bois. Nous demandons si nous pouvons passer la nuit dans le parc (nos applis nous parlent d’un camping). « Oui pas de problème, vous pouvez y aller, vous passerez régler demain en revenant », nous répond-on dans un Espagnol que nous avons plaisir à comprendre ! Et nous voilà repartis sur la route de pierre, qui se transforme à un moment en route de terre avec ornières et un couvrant végétal de plus en plus proche de la carrosserie de Roberto. Nous passons quand même pour aboutir à un petit espace herbeux désert peu lumineux qui est censé être le camping. Un mur de béton garni de prises de courant (dont nous n’avons pas besoin), d’un robinet d’eau mentionnée non potable et aucun sanitaire. Bizarre bizarre. Nous préférons rebrousser chemin jusqu’à un immense parking que nous avions repéré à l’aller, tout aussi désert mais bien plus lumineux. Nous sommes manifestement les seuls dans ce parc, ce qui est étonnant pour un week-end. Le lendemain, balade de 4 kilomètres dans le parc, d’abord en suivant un chemin bordé de statues de personnages importants pour le pays, tous des militaires. Nous apprendrons plus tard que l’indépendance du pays en 1811 a été douloureuse à obtenir et à maintenir. Notamment, un général a perdu une bataille et la vie ici, sur le Cerro Cora, une petite montagne qui culmine à 640m d’altitude. Côté nature, nous n’observerons pas grand-chose à part quelques oiseaux, quelques papillons, pas mal de termitières et quelques fleurs inhabituelles. Assez décevant au final, mais nous aurons pris le grand air dans une nature préservée. Ce qui est plus significatif que ça en a l’air dans un pays où 90% de la couverture forestière initiale a été détruite (c’est le pays le plus touché d’Amérique du Sud).


    Où l’on fait connaissance avec la route

    Nous trouvons d’emblée le pays très vert, et la météo va rapidement nous donner l’explication. Averses et orages vont nous rendre temporairement la vie un peu plus difficile, notamment au niveau de la circulation. La bonne route a fait long feu, et les trous dans la chaussée se multiplient. En temps de pluie, leur profondeur et donc leur dangerosité sont masquées par l’eau qui les remplit. Pour la première fois depuis nos débuts à Paris (relire si besoin La poule du bois de Boulogne), nous déclenchons la sécurité blocage de carburant après choc inhabituel. Le moteur s’arrête et ne redémarre plus. Pas d’angoisse, nous avons déjà vécu la situation, il nous faut juste ressortir le manuel de Roberto pour retrouver l’emplacement du contacteur afin de réarmer la sécurité et refaire circuler le carburant. Roberto repart tandis que la pluie redouble d’intensité. Nous décidons de ne pas aller beaucoup plus loin et nous stoppons dans la première (petite) ville rencontrée, d’abord au niveau d’une supérette acheter ce qu’il nous faut pour le dîner. L’établissement est petit et les rayonnages nous semblent d’un autre âge. Et accessoirement peu fournis, à l’image du rayon boucherie où un seul morceau de viande est pendu sur un crochet, juste à côté d’une effigie de la Vierge, que les clients remercient peut-être d’avoir permis que le présentoir ne soit pas totalement vide. Comme c’est le premier magasin d’alimentation que nous rencontrons au Paraguay, nous craignons un instant que ce soit comme ça dans tout le pays, mais heureusement la suite nous prouvera le contraire (voir un peu plus bas). Nous trouvons un parking pour la nuit devant une école (c’est toujours un bon plan les week-ends, à l’inverse des églises et des stades) et pas très loin d’une gare routière.

    Extrait du manuel de bord du Fiat Ducato

    La Laguna Blanca pas trop blanca

    Le soleil fait timidement son apparition lorsque nous reprenons la route le lendemain. La circulation est très peu dense. Il faut dire que le pays a une densité de population plutôt faible, de l’ordre de 15 habitants au km². La route principale est encore bitumée, mais dès que l’on s’en écarte, c’est la terre rouge qui domine. Par beau temps, ces routes secondaires génèrent au pire pas mal de poussière – qui arrive à s’infiltrer on ne sait comment dans Roberto, à l’arrière surtout – mais par temps de pluie la circulation peut vite devenir très compliquée, le sol devenant boueux et glissant. Lorsque nous avons pris la route de la Laguna Blanca, la pluie de la veille n’avait pas encore séché, et il a fallu une bonne concentration de conduite pour éviter de s’embourber. Nous sommes arrivés au bord de ce lac. La propriété était fermée mais quelqu’un est venu assez rapidement pour nous ouvrir. Nous y avons passé la journée complète et la nuit, seuls la plupart du temps. Pourtant, cette Laguna Blanca est un lieu réputé au Paraguay et attire beaucoup de monde au cœur de l’été austral (décembre à février). Ce lac naturel est alimenté par des sources profondes, ce qui lui donnerait en saison une transparence unique dans ce pays où la plupart des rivières et étendues d’eau sont boueuses. Lors de notre passage, ce n’était pas tout à fait ça, l’eau était plutôt verdâtre et, bien qu’on lise parfois qu’elle est potable, nous n’avions aucune envie d’en boire. Nous nous sommes plutôt promenés le long de la plage de sable blanc garnie de parasols en paille, entourés d’oiseaux et de papillons d’une belle couleur orangée. J’ai pu faire voler le drone, ce qui n’était pas arrivé depuis un moment, et faire quelques prises de vue depuis le ciel.


    Petites courses du quotidien

    Le pays est l’un des moins chers d’Amérique du Sud, vous en verrez des exemples dans les photos ci-dessous. La plupart des musées sont gratuits. Dans le cas contraire, le droit d’entrée est modique, de l’ordre d’un à trois euros. Le carburant est plutôt bon marché, au-dessous d’un euro le litre de gazole Euro 6 pour ce qui nous concerne, descendant jusqu’à 0,75 € le litre d’essence ordinaire. Comme dans les autres pays d’Amérique, quelqu’un vient vous servir à la pompe. Dans les supérettes de villages, les rayons sont parfois peu garnis et il est difficile de trouver ce que l’on cherche sauf à manger purement local. Dans les grandes villes, des supermarchés modernes sont plus proches des nôtres, avec des choix d’aliments différents bien entendu. Dans les deux cas, l’achat de marchandises en vrac est disponible, aussi bien pour les aliments que pour les lessives. Même le pain, qui se vend parfois sous forme de petites boules de la taille d’une noix, peut s’acheter en vrac.


    Tobati, ville d’amour ?

    Elle n’a pourtant rien de Venise ou de Paris cette petite ville de province dominée par le rouge de ses routes en terre et de ses briquèteries enfumées. Mais son côté campagnard nous a charmé tout comme son mirador offrant une vue à 360° sur les collines environnantes. Nous avons passé la nuit en plein cœur de la ville, sur le parking de l’église et flâné dans les rues de Tobati jusqu’à la Villa de l’artisanat.

    La Vierge au manteau bleu

    La Vierge de Caacupé, une ville paraguayenne de 20 000 habitants, est considérée comme la sainte patronne du Paraguay, et fait l’objet d’une dévotion particulière dans cette ville. Son histoire remonte au XVIe siècle, lorsqu’un indigène Guarani récemment converti par les Franciscains se trouva poursuivi par des tribus hostiles. Caché dans un arbre, il pria la Vierge Marie pour sa survie, avec succès. Il en sculpta alors en remerciement une effigie dans l’écorce de l’arbre sous lequel il s’était abrité et la plaça dans la petite chapelle du bourg naissant voisin, Caacupé. Quand plus tard une inondation emporta toute la ville en épargnant la statue, le caractère miraculeux fut définitivement reconnu. Y compris par les papes Jean-Paul II et François qui visitèrent les lieux respectivement en 1988 et 2015. Et cette histoire est peinte en une vingtaine de tableaux sur les murs de l’escalier qui mène au mirador de la Cathédrale Basilique. Dans le mois qui entoure le 8 décembre de chaque année, un million de pèlerins (un paraguayen sur sept !) viennent se recueillir au sanctuaire, avançant sur plusieurs kilomètres à genoux pour certains d’entre eux ! Difficile de me plaindre des marches raides de l’escalier du mirador. Et encore moins de son droit de passage de 2 000 Gs. Une somme énorme ? Euh non, 20 centimes d’euro…


    San-Bernardino-pas-les-bains

    Aménagée comme une station balnéaire avec plages équipées, clubs sportifs, port de plaisance, résidences hôtelières, grandes maisons luxueuses, restaurants et bars de nuit, San Bernardino laisse toutefois le goût amer de l’eau de son lac qu’il ne faut pas boire et dans laquelle il est interdit de se baigner. C’est la conséquence désastreuse d’une absence de gestion des eaux usées des villes riveraines. Depuis 2012, le bleu du lac est devenu glauque (un ton verdâtre) et la turbidité s’accentue. Le site elmundolindo.com (le monde merveilleux…) la décrit pourtant comme « perle du Paraguay », « destination pittoresque offrant un mélange parfait de beauté naturelle, d’activités aquatiques excitantes et d’histoire … » Oui, j’oubliais l’histoire : la ville porte le nom de Bernardino Caballero, un ancien président du Paraguay ayant obtenu le pouvoir par un coup d’état…


    Les dentelles d’Itauguá

    Eh bien pour l’occasion je ne vais pas faire dans la dentelle, je vous livre brutes les photos de cette spécialité de la ville paraguayenne d’Itauguá et leurs commentaires, ainsi que les étapes de fabrication dans le carrousel suivant.

    Et les étapes de fabrication, à partir d’une toile tendue sur un cadre. Tout se fait à la main !


    Où l’on reparle de l’hexagone

    Rassurez-vous, il n’est pas question de rentrer en France métropolitaine mais d’aborder une formation géologique étonnante qui n’est présente que dans 2 autres endroits au monde : le Canada et l’Afrique du Sud. Nous sommes ici au Cerro Koi, une colline dont le sol sableux se délite sous forme de barrettes hexagonales. On connaissait le phénomène avec le basalte, comme dans la Chaussée des Géants irlandaise ou les formations hexagonales hexagonales (mais oui) de Bort-les-Orgues, mais ici la lave qui s’est lentement refroidie en se rétractant était plus superficielle et riche en silice, d’où l’aspect plus proche des briques que des pavés.


    Areguá, de la fraise au nain de jardin

    À 45mn en voiture de la capitale du Paraguay, Asunción, la ville tranquille d’Areguá en est l’échappatoire. Les Asunceños (qu’on pourrait traduire par Assomptionnais en Français) viennent y flâner dans ses petites rues pavées entourées d’arbres, contempler les belles maisons de leurs ancêtres, acheter des poteries pour garnir leur jardin et surtout des fraises sous toutes leurs formes. Car c’est une spécialité de la ville depuis 1920. « À Rome, fais comme les Romains font » dit-on, alors nous avons flâné dans les petites rues pavées entourées d’arbres, nous avons contemplé les belles maisons de leurs ancêtres, nous n’avons pas acheté de poterie faute de jardin mais nous avons acheté des fraises ! Sous forme de fruits bien entendu (pour rappel nous sommes en plein hiver ici), mais aussi en fourrage de petits gâteaux et en « liqueur » (en fait un sirop de fruit peu sucré mais très parfumé). Roberto a dormi pour la première fois de sa vie sur une voie ferrée (la quantité d’herbe rendait peu probable le passage d’un convoi) et dans la propriété des pompiers (nous nous étions d’abord garés à côté, mais le gardien a insisté pour que nous soyons dans leur cour…) Et nous nous sommes amusés à observer les vieux bus, ceux en service étant très difficiles à distinguer de ceux mis au rebut sur le terrain près des pompiers.

    Et un bonus spécial fraises !


    En route avec Azulito

    En venant nous garer pour la nuit sur un parking tout près de la capitale, nous sommes tombés sur un sosie de Roberto. Un fourgon de la même couleur, de la même morphologie – bien qu’un rien plus court, et porteur de plaques françaises.

    Nous communiquons rapidement, et d’autres points de convergence apparaissent rapidement. Guillaume et Lise habitent dans une île ultramarine comme nous (Nouvelle-Calédonie dans leur cas), Guillaume a fait le transsibérien comme Claudie, et Lise est infirmière comme elle. Leurs choix de véhicule et d’aménagement ressemblent beaucoup aux nôtres : discrétion du véhicule expliquant le choix de la couleur bleu nuit et, pour Guillaume et Lise, d’un minimum d’ouvertures pour ressembler à un utilitaire. Volonté de miser sur une autonomie maximum avec l’absence de gaz comblée par des panneaux solaires puissants (nos compatriotes ont pour la cuisine une plaque induction, un choix que j’avais envisagé avant de m’arrêter sur la plaque gazole). Et bien entendu stationnement par défaut hors des campings. Jeunes actifs, ils sont partis pour un an ou deux en Amérique du Sud, y compris le temps d’aménagement de leur Azulito (le petit bleu, pas si loin du grand bleu qui a inspiré Roberto) qu’ils ont totalement réalisé eux-mêmes, bravo ! Ils vont partir vers le Nord alors que nous allons plutôt descendre, mais nos routes devraient se retrouver à un moment dans le Sud de l’Argentine. Désormais, nous suivrons leur parcours sur Polarsteps, très utile dans ce but.


    La visite de la capitale du Paraguay, Asunción, s’annonce pour demain. Espérons que le mauvais temps annoncé ne gâchera pas la donne. Vous saurez cela dans le prochain épisode. A très bientôt !