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  • 182. Quito et la Mitad del Mundo : dernières découvertes avant la frontière colombienne

    182. Quito et la Mitad del Mundo : dernières découvertes avant la frontière colombienne

    Après avoir quitté la côte de l’Équateur, nous retrouvons Quito pour explorer plusieurs lieux emblématiques encore inconnus de notre précédent passage : le TelefériQo, la Mitad del Mundo, le Museo Intiñan et le Temple du Soleil. Avant de rejoindre la frontière colombienne, cette dernière étape de notre road trip équatorien nous réserve encore quelques belles surprises.

    De Quito à la frontière colombienne : fin du road trip équatorien
    De Quito à la frontière colombienne : fin du road trip équatorien. Parcours correspondant à cet article en version zoomable ici

    Retour à Quito

    Le passage par la capitale de l’Équateur est incontournable pour aller vers le Nord du pays, et puis, même si nous l’avons déjà visitée avant notre parenthèse française, il nous restait quelques lieux à découvrir.

    1. Le Centre d’Art Contemporain

    Assez esthétique en lui-même, ce qui est étonnant pour un ancien hôpital militaire, ce lieu culturel n’offre que 4 expositions d’artistes contemporains latino-américains. Pas assez à notre goût hélas : nous ne garderons de souvenir que l’architecture des locaux. Et peut-être cette sculpture originale à découvrir dans les photos ci-dessous.


    2. Le Jardin Botanique

    Pas au niveau d’entretien qu’on attendrait d’une capitale, le Jardin Botanique de Quito possède tout de même une belle serre d’orchidées, une collection de cactus originaux et un jardin de bonsaïs bien mis en valeur.


    3. Le TelefériQo

    Le c du mot Espagnol teleferico a été remplacé ici par le Q de Quito mais il n’empêche que cette télécabine est de construction française. Elle va nous mener de 2650 à 4000m d’altitude pour observer à quel point la capitale de l’Équateur semble étendue à l’infini du Nord au Sud, comprimée par les chaînes de volcans qui l’entourent. Le sommet comporte quelques sentiers de randonnées, plutôt réservés aux personnes bien acclimatées à l’altitude. Nous nous sommes contentés d’aller voir une petite chapelle (fermée) et de grimper jusqu’à un point de vue à moins d’un kilomètre de là. Joli panorama tout de même.


    La Mitad del Mundo

    Le « Milieu du Monde » est un lieu éminemment touristique qui s’est construit autour d’une pyramide en pierre surmontée d’un globe terrestre, placée là en 1979 pour commémorer la mission géodésique française du XVIIIe siècle (1736-1744) qui a permis à l’équipe de scientifiques menée par Charles-Marie de la Condamine de confirmer que la Terre était bien aplatie aux pôles (à l’époque il y avait des « aplato-sceptiques »). Et de déterminer avec précision la position de l’équateur. Du moins avec la précision des instruments purement mécaniques de l’époque, ce qui était déjà un travail remarquable. Avec l’arrivée du premier GPS en 1970, l’équateur fut repositionné 240m plus au Nord. On n’a pas déplacé la pyramide pour autant, et les visiteurs continuent de se faire photographier « un pied dans chaque hémisphère » sur la ligne de l’ex-équateur dessinée au sol. En réalité ils ont encore les 2 pieds dans l’hémisphère Sud !


    L’art du tricot-graffiti

    Je ne sais pas si vous vous rappelez avoir aperçu dans les photos de la Mitad del Mundo un tronc d’arbre emmailloté de tricot. Ayant déjà vu ça à plusieurs reprises dans les pays que nous avons traversés et connaissant l’affinité pour les petits personnages en laine des populations latino-américaines (amigurumis andins, poupées-soucis guatémaltèques ou mexicaines, etc.), j’imaginais cet habillage des arbres typique de l’Amérique du Sud. Eh bien après recherche il n’en est rien ! C’est apparemment l’artiste texane (et propriétaire d’une mercerie !) Magda Sayeg qui a inventé en 2005 le concept de yarn bombing, traduisible par tricot–graffiti. Un art urbain visant comme les autres à colorer, humaniser et vitaliser l’espace public. Magda Sayeg a commencé par habiller de tricot la poignée de porte de sa boutique, puis, encouragée par la réaction positive des passants, le mobilier urbain de son voisinage. Le succès grandissant, le monde a fini par s’en emparer et ce sont une multitude d’arbres, de ponts, de cabines téléphoniques, de statues ou encore de véhicules qui ont été habillés de tricot ou de crochet. J’en ai rassemblé quelques exemplaires dans le carrousel d’images ci-dessus. Seules les 3 premières et la dernière sont des photos personnelles, avec l’aide de l’IA pour le yarn bombing de Roberto.


    Et un petit bonus pour rester dans le thème du fil : l’état du réseau électrique et téléphonique des villes équatorienne qui fait un peu peur quant à la maintenance…


    Le Museo Intiñan

    Profitant de l’inexactitude de l’emplacement précédent, ce « Musée de la voie du soleil » s’est installé opportunément sur la nouvelle ligne de l’équateur et organise des visites mélangeant allègrement des informations culturelles sur les peuples autochtones de l’Équateur et des démonstrations censées être scientifiques, illustrant les phénomènes physiques liés à l’équateur. Assez ludique, mais il faut parfois démêler le vrai du faux. Ainsi on nous affirme que sur la ligne de l’équateur :

    – la force de Coriolis ne s’applique pas

    Due à la rotation de la Terre, cette force fait dévier les objets en mouvement vers la droite dans l’hémisphère Nord et vers la gauche dans l’hémisphère Sud, ce qui explique notamment l’orientation différente des perturbations atmosphériques et des courants marins entre les deux hémisphères. A l’aide d’un évier déplaçable, on essaie ici de nous démontrer que l’eau se vide verticalement sur l’équateur, dans le sens horaire à 2m au nord et dans le sens antihoraire à 2m au sud. Mais quand on sait que la force de Coriolis est trop faible pour produire cet effet, qu’elle n’est significative que pour des masses énormes et que de toutes façons la vraie ligne de l’équateur est 100m plus au nord que celle de la « démonstration », le trucage est avéré.

    – la gravité est légèrement plus faible

    C’est dû au double effet de l’éloignement plus grand du centre de la Terre à cet endroit, notre planète étant aplatie aux pôles et « renflée » à l’équateur, et à une plus grande force centrifuge puisque le diamètre de la Terre est au maximum. La conséquence la plus évidente pour nous selon notre guide, c’est que l’on pèse 1 kg de moins sur la balance. La vérité est plus proche des 200g pour un humain de 70kg et à condition de comparer au poids que l’on ferait aux pôles. Il faut quand même y aller !

    – la gravité et la force centrifuge sont à l’exact opposé

    On peut faire tenir ici en équilibre un œuf sur la tête d’un clou. Ça n’est pas impossible ailleurs, mais il paraît que c’est moins difficile ici (seules 2 personnes sur notre groupe ont réussi…)

    – le jour et la nuit durent chacun 12 heures toute l’année et il n’y a pas de saison

    – en traversant d’un pas l’équateur, on peut passer en moins d’une seconde de l’été à l’hiver ou du printemps à l’automne

    – le soleil est parfaitement à la verticale (ne générant aucune ombre) 2 fois par an, aux équinoxes

    C’est vrai aussi pour tous les autres lieux de la zone intertropicale mais à des dates qui leur sont propres (exemple vers le 1er avril et vers le 12 septembre pour la lagune du Quilotoa). Pour les tropiques eux-mêmes, ça n’arrive qu’une fois par an, au moment du solstice correspondant. Et ça n’arrive jamais ailleurs.

    – la vitesse de rotation de la Terre est maximale (1670 km/h contre 0 aux pôles)

    C’est pour ça qu’on lance les fusées le plus proche possible de l’équateur : ça leur donne de l’élan !

    – le champ magnétique terrestre est horizontal

    En tout cas au niveau de l’équateur magnétique, qui n’est pas superposé à l’équateur géographique. Ça veut dire que l’aiguille d’une boussole est parfaitement horizontale alors qu’au niveau des pôles magnétiques elle se dirige droit vers le sol. Aussi, avec ce champ magnétique horizontal, aucun phénomène de type aurore boréale n’est possible.

    – la pression atmosphérique au niveau du sol est plus basse

    En effet, avec le soleil arrivant verticalement, l’océan et le sol chauffent beaucoup plus qu’ailleurs : l’air réchauffé qui en résulte monte et se dilate, créant la basse pression permanente appelée pot-au-noir. À ne pas confondre avec le pot-aux-roses que nous avons découvert dans les commentaires du musée.


    Le Temple du Soleil

    Dans cette région de la ligne équatoriale, le soleil a une signification particulière pour les populations qui y vivent ou qui y ont vécu. Il est aussi source d’inspiration pour les artistes, dont le peintre et sculpteur local Ortega Maila qui a bâti ici en 2000 son lieu d’expression et l’a baptisé Temple du Soleil. Nous avons pu admirer dans plusieurs bâtiments et jardins une multitude de tableaux et sculptures reflétant une fusion entre tradition et modernité, avec des motifs et des couleurs vives typiques de l’art andin. L’artiste est d’ailleurs issu de la communauté Kitu Kara. Il a développé son talent en utilisant des graines et du fusain, seuls outils disponibles sur le moment. Enfin, Ortega Maila est réputé pour sa rapidité d’exécution, capable de réaliser des œuvres d’art et des paysages andins en quelques minutes, voire quelques secondes, en utilisant uniquement le bout de ses doigts et la paume de ses mains. A Los Angeles, après avoir réalisé 100 tableaux en une heure, il a obtenu le titre de peintre le plus rapide du monde. Pas étonnant que sa maison-musée soit aussi grande et en permanente évolution !


    Le cratère du volcan Pululahua

    Étonnamment, c’est avec Yellowstone le seul autre cratère volcanique peuplé : une trentaine de familles y vivent en permanence tandis qu’une centaine d’agriculteurs viennent y travailler une terre très fertile. La brume qui vient s’installer chaque après-midi dans ce cratère de 12 km de diamètre et 300 m de profondeur crée en outre un microclimat favorable aussi bien aux cultures qu’à la biodiversité. Le site est d’ailleurs devenu réserve naturelle en 1966. Plusieurs sentiers de randonnée y sont aménagés, mais la plus belle vue reste celle du bord du cratère. On espère pour les familles que l’activité du volcan, éteint provisoirement depuis 2300 ans, ne reprendra pas de sitôt.

    Le cratère du volcan Pululahua, près de Quito, Equateur : l'un des deux cratères habités au monde avec Yellowstone
    Le cratère du volcan Pululahua, près de Quito, Equateur : l’un des deux cratères habités au monde avec Yellowstone

    La plus ancienne hacienda d’Équateur, près de Cayambe

    Les plus vieux bâtiments de l’Hacienda Guachalá datent en effet de 1580, hébergeant à l’époque les encomenderos, ces colons espagnols chargés par Couronne d’administrer les régions conquises et de collecter les tributs versés par les chefs amérindiens. À la fin du XVIIe siècle, la propriété devient une immense exploitation agricole et pastorale. Elle eut aussi des hôtes célèbres, comme les géographes de la mission géodésique française en 1736 (l’hacienda n’est qu’à 2km de l’équateur), Gabriel Garcia Moreno, dirigeant autoritaire de l’Équateur de 1858 à 1875, puis Neptali Bonifaz, le premier président de la banque centrale du pays, à la famille duquel l’hacienda appartient désormais. C’est aujourd’hui un lieu touristique offrant hôtellerie, restauration et randonnées à cheval. Nous avons profité de la seconde option dans ce lieu empreint de charme et d’histoire, déjeunant dans un magnifique patio fleuri inchangé depuis le XVIe siècle, avec en toile de fond la vielle chapelle construite sur un temple inca, l’église de 1938 et l’allée des premiers eucalyptus que Garcia Moreno fit importer d’Australie dans tout le pays pendant son règne. Peut-être avons-nous déjeuné à la même table que La Condamine, qui sait ?

    L'Hacienda Guachalá en vue aérienne
    L’Hacienda Guachalá en vue aérienne

    Le Museo Solar de Cayambe, le vrai équateur ?

    Cette fois, nous nous rapprochons de la vérité, comme en atteste le tracé GPS de tous les points situés à la latitude 0°0’0″ que j’ai installé sur ma carte. Ce Museo Solar inauguré le 21 juin 2007 (forcément un jour de solstice d’été pour que l’ombre du pilier central du grand quadrant solaire de 54m de diamètre disparaisse complètement à midi) tient un discours un peu plus authentique que le site précédent. N’hésitant pas au passage à démonter les pseudo-démonstrations effectuées là-bas. Un rien engagés envers la culture amérindienne, ils prônent l’utilisation de planisphères orientés Est-Ouest et non pas Nord-Sud comme imposé par les occidentaux qui considèreraient le Nord comme supérieur et désirable et le Sud comme inférieur et sous-développé. La longue diatribe sur leur site me parait néanmoins excessive. Et puis, une fois sur place, j’ai de nouveau vérifié si l’équateur marqué au sol par une ligne de galets était bien à la bonne place. Eh bien le GPS la trouve encore trente centimètres trop au Sud. On nous explique que cela est dû à la dérive des continents. Vous me connaissez, j’ai vérifié un peu plus tard. Si le sous-continent sud-américain poursuit effectivement sa dérive de 3 à 4 cm par an, c’est en direction du Nord-Ouest, ce qui contredit l’affirmation du guide. Mais bonne nouvelle, c’est que d’ici 10 à 20 ans, la ligne de galets sera pile à la bonne place !


    Cayambe et ses biscuits

    La ville de Cayambe est connue auprès des Équatoriens pour sa production de fleurs et principalement de roses (le paysage alentour est parsemé de serres) mais aussi pour être la capitale du bizcocho, traduisez biscuit. Une tradition centenaire entretenue par encore 80 entreprises familiales aujourd’hui, qui non seulement fabriquent mais servent leurs biscuits lors des classiques pauses-café du matin ou de l’après-midi. Nous n’avons pas résisté à tester l’une d’entre elles, la plus ancienne paraît-il, les Bizcochos San Pedro. Pittoresque à souhait et très achalandée. Les biscuits, à base de farine de blé, de beurre, de jaune d’œuf et d’anis, sont cuits dans des fours à bois d’eucalyptus, ce qui leur donne une saveur particulière. D’abord 20 mn à four chaud, puis 3 h à basse température. Ils sont servis encore chauds avec un petit bâtonnet de mozzarella et la boisson de votre choix. Miam !  


    Bivouac au Lago San Pablo

    Nos lieux de bivouac ne ressemblent que rarement à l’horrible station-service de la ville de Quevedo avec ses sonos et supporters bruyants. Celui-ci est plus proche des endroits que nous recherchons : calme, nature, jolie vue et un peu de faune si possible. Près de ce Lago San Pablo, tout était réuni !


    Le marché d’Otavalo

    A deux heures de route au nord de Quito, cette ville doit son nom aux amérindiens Otavalo qui représentent encore 70% de sa population. Et ça se voit car beaucoup portent encore des habits traditionnels. Bien avant l’arrivée des colons espagnols, les Otavalo étaient déjà des commerçants réputés et tenaient un marché hebdomadaire, devenu aujourd’hui quotidien même si le nombre de vendeurs est au maximum le samedi. C’est surtout le marché artisanal qui attire les chalands, aussi bien locaux que touristes. On y trouve des tapis, des nappes ou des vêtements brodés, des hamacs, des ponchos, des peluches, des bijoux, des pierres semi-précieuses, des instruments de musique et de petits objets en tagua, l’ivoire végétal. Les couleurs sont évidemment chatoyantes. On trouve encore à Otavalo quelques bâtiments coloniaux, des places animées comme cette classique place centrale bordée comme partout en Amérique latine par une mairie et une église. Nous y avons trouvé des supporters de l’équipe nationale de football qui se prenaient en photo devant un masque de carnaval géant. C’était juste avant la défaite de l’Équateur en 16èmes de finale du Mundial. Depuis, la ferveur est bien retombée.


    La cascade de Peguche

    En périphérie d’Otavalo, la rivière Peguche qui prend sa source dans le lac San Pablo au bord duquel nous avons passé la nuit forme une belle cascade de 18 m de hauteur. Sacrée pour la communauté Facha Llacta, elle n’est accessible qu’avec leur accord et une petite donation. Un sentier bien aménagé traversant une forêt d’eucalyptus la rejoint en 20 mn. Une distraction dominicale bien agréable.


    Les sculpteurs sur bois de San Antonio de Ibarra

    Stimulée par son inscription sur la liste des « villages magiques » par le ministère de la culture équatorien en 2020, San Antonio de Ibarra, déjà connue pour ses nombreux sculpteurs sur bois, a poursuivi son embellissement en rajoutant des statues et des fresques un peu partout dans le centre-ville. De nombreux ateliers sont actifs. Nous avons visité en détail celui du sculpteur le plus célèbre du village, Luis Potosi, qui nous a reçu en personne et manifestement toujours actif à 89 ans. Nous avons beaucoup aimé ses œuvres axées sur la représentation fidèle du peuple équatorien, racines et coutumes comprises. Nous avons été moins sensibles à ses sculptures religieuses ou abstraites tout en reconnaissant un travail de qualité.

    Et une ville axée sur l’art se doit de posséder quelques fresques murales. En voici en bonus une petite sélection.


    Les glaces à la poêle d’Ibarra

    Cette ville peu touristique attire quelques randonneurs prêts à ascensionner les volcans qui la dominent. Cela nécessite une bonne condition physique en raison de l’altitude élevée. Et dans l’idéal un ciel dégagé. Aucune des conditions n’étant réunies (nous aurions quand même bien aimé apercevoir les sommets enneigés de ces volcans) nous nous sommes contentés de visiter le centre-ville animé et pittoresque. C’est un quadrillage de petites rues aux murs blanchis par la chaux – sur instruction de la municipalité pour assainir et unifier la ville après l’important séisme de 1868 – entrecoupé de carrés de verdure bordés d’églises aux plafonds peints et autels dorés. Joli mais rien d’extraordinaire en Amérique latine. Nous nous sommes mis alors à la recherche de la spécialité locale : les helados de paila, ou « glaces à la poêle ». Des sorbets à base de jus de fruits frais, préparés dans une bassine en cuivre mise en rotation à la main sur de la glace. Excellents et pas chimiques pour un sou.

    Si vous voulez voir une petite vidéo YouTube sur la préparation des helados de paila, cliquez sur ce lien.


    Salinas et le train de la liberté

    Un train semi-touristique fait normalement le parcours entre les villes d’Ibarra et de Salinas. Il est réputé pour les jolis paysages qu’il traverse, mais à la gare d’Ibarra on nous a dit qu’il fallait revenir en haute saison… Ce Train de la Liberté est ainsi dénommé parce qu’il emmena les esclaves affranchis jusqu’à Salinas, où ils se sont installés, développant là une culture africaine peu commune en Amérique du Sud. Faute de pouvoir faire la traversée, nous nous contentons de voir un peu des deux gares, d’abord à Ibarra où persistent quelques vieux wagons, et puis à Salinas, un village qui vit au ralenti lorsque le train ne s’y arrête pas. Nous avons tenté de passer la nuit près de la gare, pour marquer le coup, mais la police est venue nous dire à la nuit tombée que ce n’était pas raisonnable et nous a renvoyé …devant leurs bureaux. Nous ne pouvions pas être mieux gardés, mais franchement, nous n’étions pas inquiets.


    Pause véhicules

    Ce train me permet une transition vers quelques véhicules insolites rencontrés dernièrement en Équateur. Légendes sur les photos.


    Le cimetière de Tulcán

    Nous avions déjà fait connaissance avec l’art topiaire à plusieurs reprises, la dernière fois du côté d’Ambato également en Équateur, mais ici à Tulcán il est poussé au maximum. De célébrité mondiale même. Nous ne pouvions rater ce lieu, opportunément placé sur notre lieu de passage obligé pour gagner la Colombie. C’est en 1936 que José María Azael Franco, le jardinier en chef du cimetière, entreprend de tailler les cyprès qui y poussent vigoureusement grâce au climat et au terrain calcaire. La reconnaissance aidant, il va y consacrer toute sa vie et ce sont plus de 300 sculptures végétales vivantes qui décorent aujourd’hui le cimetière, à la place des traditionnelles statues de marbre ou de pierre. Les thèmes variés abordent aussi bien les divinités précolombiennes que la faune équatorienne et mondiale ou encore l’architecture romaine ou mauresque. Grandiose. Pour la petite histoire, à sa mort en 1985, José María Azael Franco a été enterré ici, au milieu de son œuvre.  Avec sur sa tombe l’épitaphe qu’il s’est choisie : « À Tulcán, un cimetière si beau qu’il invite à mourir. Émouvant, non ?


    L’Équateur c’est fini !

    Tulcán était notre dernière étape en Équateur. Nous nous préparons à franchir demain la frontière vers la Colombie. Nous nous réjouissons à l’avance des découvertes à venir !

  • 181. La côte de l’Équateur

    181. La côte de l’Équateur

    Après Guayaquil, nous partons découvrir la côte de l’Équateur. De Salinas à Puerto López en passant par la route du Spondylus, nous observons baleines, fous à pattes bleues et villages de pêcheurs avant de rejoindre la spectaculaire lagune du Quilotoa au cœur des Andes.

    La côte équatorienne représente pas moins de 59% des frontières du pays, en étant desservie par cette route qui porte le nom d’une sorte de coquille St Jacques à épines typique des eaux chaudes du Pacifique. Le littoral est d’une grande richesse économique pour le pays, lui permettant d’exporter massivement crevettes, bananes, café, cacao et produits de la pêche industrielle. Le tourisme balnéaire est en plein développement. Nous quitterons la la côte un peu avant la ville portuaire de Manta et retrouverons la fraîcheur des montagnes en atteignant l’un des must touristiques de l’Équateur : la lagune du Quilotoa.

    De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, , le parcours décrit dans cet article
    De la côte pacifique à la lagune du Quilotoa, le parcours décrit dans cet article. En version zoomable ici

    Voir fleurir le béton à Salinas

    Nous quittons Guayaquil et rejoignons la côte équatorienne à Salinas, la principale station balnéaire du pays. Comme on pouvait s’y attendre, les grandes plages de la ville sont bordées d’immeubles en béton. Mais là ou l’on ne s’y attendait pas, c’est que l’aménagement paysager soigné et forcément tropical de ces bâtiments arrive à les rendre beaux. Enfin à vous de juger. Les goûts et les couleurs… (il y en a beaucoup, de couleurs)


    Observer des fous à pattes bleues près de Salinas

    La pointe de terre qui s’avance à l’Ouest de Salinas possède la double particularité d’être une réserve naturelle et un terrain militaire. Avec un accès contrôlé pour le public. Notre première tentative s’est d’ailleurs soldée par un échec, un exercice était prévu et l’accès était interdit pendant 2 heures. Et après il ne restait plus qu’une heure avant la fermeture alors nous avons reporté au lendemain. Cette fois nous avons pu entrer, avec la condition de ne pas rouler à plus de 30 km/h et de mettre les warnings en permanence. 3 points de chute et pas 1 de plus sont prévus dans la visite : une pointe rocheuse où niche la seule colonie de lions de mer de toute la côte équatorienne (il y en a aussi sur les îles) ; une colline qui permet d’admirer le panorama sur le site (le temps était moyen, alors bof) ; et une plus grande pointe rocheuse appelée La Chocolaterie, à cause parait-il de la couleur de la mer qui y est très remuante.

    Nous avons trouvé la mer plutôt normale, à la limite c’étaient les rochers, de nature manifestement volcanique, qui avaient cette couleur. Mais ne pinaillons pas, l’intérêt n’était pas là. D’abord cette pointe rocheuse est l’endroit le plus à l’Ouest de l’Équateur, et le second endroit le plus à l’Ouest de toute l’Amérique du Sud (dans quel pays est le premier à votre avis ?). Et puis surtout nous avons pu y observer plusieurs colonies de fous à pattes bleues, que nous n’avions jamais revus depuis notre visite des Iles Galapagos il y a 23 ans. Pour info, les bébés fous naissent avec des pattes grises. La couleur bleue apparait au cours de l’enfance (jeunes fous, va !) grâce à l’apport en caroténoïdes de l’alimentation (poissons, poulpes) et sera d’autant plus vive que les oiseaux sont en bonne santé. Il parait qu’en période d’accouplement, tout le monde se regarde les pieds… Allez, on remercie les militaires de nous avoir laissé voir ça !


    Trouver des œufs d’évêque à Ayangue

    Ayangue est théoriquement un mignon village de pêcheurs au fond d’une baie suffisamment échancrée pour que seules des vaguelettes arrivent sur la plage. Un havre de paix pour les familles avec jeunes enfants ? Nous sommes allés jeter un œil, dans l’éventualité même d’y passer la nuit. Mais nous avons trouvé une plage avec beaucoup de détritus, une eau marron peu encline à la baignade (personne ne se baignait d’ailleurs), des ados avec une grosse sono (peu compatible avec les jeunes enfants), et comble du comble, pas moyen de trouver un vendeur de glaces autres que des bâtonnets dans des congélateurs. De la théorie à la pratique, il y a souvent un grand pas pour l’homme comme pour l’humanité. Une seule chose réjouissante à se mettre sous la dent, si j’ose dire : en regagnant Roberto nous sommes tombés sur ces petits fruits rouge vif qui pendaient d’un arbre un peu à la manière d’organes génitaux masculins. Google Lens confirme en une seconde : ce sont des œufs d’évêque, l’arbre s’appelant plus scientifiquement et sobrement Thevetia ahouai. Ah ouais ? En tout cas c’est très toxique, on n’y touche pas, hein les enfants ?


    Admirer les maisons colorées de La Entrada

    Il y a quelques années tombait en ruines l’église de ce petit village dénommé sommairement La Entrada. Elle n’intéressait personne, pas même les cardinaux de Rome, alors la municipalité joua la carte du crowdfunding. Et ça a plutôt bien marché, au point qu’après la rénovation de cette superbe église donnant directement sur la mer, ce qui est plutôt rare, il restait quelques dollars. Poursuivant alors sa démarche de revitalisation du village, les édiles distribuèrent les fonds restants à des artistes équatoriens pour qu’ils recouvrent de fresques les murs vierges. Le résultat est plutôt réussi et les gens s’arrêtent pour admirer ces façades aux couleurs vives. Le temps gris ne rendant pas justice à ses œuvres, j’ai triché un peu et demandé à l’IA d’ensoleiller mes clichés. C’est à la limite du criard, mais ça rend peut-être exactement l’aspect que ça avait lorsque la peinture était encore fraîche. Un petit saut dans le temps.


    Assister au retour des bateaux de pêche à Salango

    Un peu plus loin, Salango est un autre village de pêcheurs. En fait l’activité est incroyable tout le long de la côte où s’alignent des centaines de bateaux de pêche de toutes tailles, de la grande barque à moteur au petit chalutier, jamais rien de géant. Nous nous sommes garés près de la plage pour la nuit, ce qui nous a permis le lendemain matin d’aller observer le retour de pêche. Une animation hors du commun ou des adultes comme des enfants viennent accueillir les bateaux et les stabiliser – ils abordent à même la plage – pendant le déchargement. Un autre comité d’accueil se forme parallèlement au dessus des bateaux : les oiseaux de mer. Mouettes, pélicans, fous et autres goélands tournoient de plus en plus nombreux, guettant le moindre poisson qui tombe à l’eau lors du transvasement de la cargaison dans les cagettes, et poursuivant les porteurs de celles-ci jusqu’aux camions, essayant tant bien que mal de prélever leur part. Le spectacle évoquerait presque un film du maître du suspense bien connu.


    Observer les baleines et le marché aux poissons à Puerto Lopez

    Quelques kilomètres plus loin, à Puerto Lopez, encore un (gros) village de pêcheurs, on assiste à peu près au même spectacle, mais s’y ajoute celui du marché au poisson, particulièrement coloré et actif. Le poisson tout frais débarqué des bateaux arrive soit sur les étals pour y être vendu, soit dans les cuisines du grand restaurant couvert. De simples tables avec bancs en fait où, alors qu’il est à peine 10h du matin, des gens sont attablés pour déguster des ceviches, du poisson frit ou de l’encebollado (une soupe de poisson) accompagnés de riz, de lentilles, de maïs, de bananes plantains, de frites, de yucca, mais quasiment jamais de légumes. Mais nous sommes venus à Puerto Lopez pour une autre raison : l’observation des baleines.

    C’est avec une agence qui nous avait été recommandée que nous partons pour une expédition en bateau de 3 heures. Les baleines commencent à arriver depuis le début du mois, depuis l’Antarctique, et nous devrions en voir. Effectivement, après 45 mn de trajet en compagnie de 22 autres touristes, en majorité équatoriens, nous apercevons notre premier souffle puis notre première nageoire dorsale : une baleine à bosse, qui se dépêche de plonger lorsque le bateau fonce sur elle, les 2 moteurs de 150 CV à toute puissance. Une maladresse pour être sûrs d’apercevoir la première ? Il n’en est hélas rien, chacune des 7 à 8 rencontres ultérieures fera l’objet du même scénario, voire pire lorsque d’autres bateaux nous reviendrons. Partout ailleurs, du moins dans les lieux que nous avons expérimentés, la règle est au contraire de mettre le moteur au ralenti ou mieux de l’arrêter et de laisser ces paisibles animaux nager tranquillement. J’espère que ce n’est pas comme ça partout en Équateur, parce que les baleines vont finir par se donner le mot. En tout cas une expérience décevante. La fin du programme n’était pas fantastique non plus. Nous sommes passés vite devant une colonie de lions de mer, nous nous sommes mis à l’eau à peine 20 mn pour une séance de snorkeling dans une eau trouble, le principal du temps restant étant consacré à tirer les occupants du bateau 3 par 3 sur une grosse bouée et les rares volontaires – dont moi je l’avoue – 1 par 1 à s’essayer aux « ailes de nages », 2 petites planches que l’on oriente pour plonger plus ou moins profond sous la surface. Au final la sortie a duré 4 heures et nous sommes retournés un peu dépités retrouver un moment de tranquillité sur notre plage de la veille, observant au passage un joli coucher de soleil.


    Repartir de la côte pacifique vers la lagune du Quilotoa

    C’en est assez pour le littoral équatorien, nous repartons en direction du centre du pays. Une traversée de 2 jours dans de jolis paysages très verts et des températures qui restent élevées. Et nous ne pourrons même pas profiter d’un arrêt nature rafraichissant. En effet, le gouvernement vient de décréter l’état d’exception dans plusieurs régions dont celle que nous traversons pour lutter contre le narcotrafic. Un stationnement sécurisé est chaudement recommandé pour la nuit, et comme aucun camping ou parking fermé ne se trouve à proximité, nous passons la nuit dans une station-service ouverte 24h/24 en plein centre-ville. Nous allons à la fois avoir très chaud, ne pouvant ouvrir largement les fenêtres de Roberto et n’ayant pas l’autonomie suffisante pour avoir la clim, mais surtout subir un vacarme sonore important toute la nuit. Non seulement c’est samedi soir, mais en plus c’est le second match de la coupe du monde de foot pour l’Équateur. Indépendamment de cela, un certain nombre de voitures équipées de haut-parleurs énormes installées dans un coffre qui reste ouvert ou sur l’arrière d’un pick-up se baladent dans la ville. Volontairement, le son n’est pas pour les occupants mais pour les autres ! Toute une culture qui n’est pas la nôtre…

    Alors que nous commençons enfin à prendre un peu d’altitude et perdre quelques degrés, nous faisons une pause aux Cascades Miraculeuses, un enchaînement de quelques cascades dont la plus haute fait 74m et de bassins dans lesquels le public vient se baigner. Le nom « miraculeuses » tiendrait de quelques guérisons spectaculaires rapportées par des locaux. Pour nous ça s’est résumé à une courte balade dans une nature exubérante et quelques photos. La cascade de 74 m est assez impressionnante.

    Et puis nous dormirons dans un petit village tranquille à 2500 m d’altitude, avec la fraîcheur qui va avec, et surtout un calme royal !


    Grimper jusqu’à la lagune du Quilotoa

    Lagune du Quilotoa, Équateur

    C’était un must de notre voyage de 2003 et nous tenions à y retourner. Il y a 800 ans, une puissante éruption a entraîné l’effondrement du volcan Quilotoa, laissant un cratère de 3 km de diamètre dans lequel s’est formé un lac de 250 m de profondeur d’une belle couleur émeraude. Un lieu d’une grande beauté qui permet quelques randonnées, dont une de 11 km autour du cratère, à 4000 m d’altitude, et une autre de 2 km qui permet de descendre au niveau du lac à 3500m d’altitude. Le seul problème est qu’il faut remonter ! Hésitant entre les deux, j’ai tranché : j’ai fait un petit bout de chaque…


    10 faits insolites sur l’Équateur

    Ce sont les plaisirs du voyage que de découvrir de nouvelles coutumes ou des faits insolites comparés à chez nous. En voici une petite sélection. Les commentaires sont sous les photos.


    Nous voici maintenant parvenus à nouveau dans la Sierra équatorienne, des hauts plateaux avoisinant les 3000m d’altitude entourés de volcans qui peuvent eux dépasser les 6000. Le plus significatif est le retour de la fraîcheur. Désolé de vous parler de ça en pleine période de canicule en Europe. Sans rancune ? Alors à bientôt !

  • 180. Cuenca, le parc national Cajas et Guayaquil

    180. Cuenca, le parc national Cajas et Guayaquil

    Entre patrimoine colonial, paysages d’altitude et ambiance portuaire, notre itinéraire nous emmène à la découverte de Cuenca, du parc national Cajas et de Guayaquil. Cette étape du sud de l’Équateur nous a permis d’explorer l’une des plus belles villes du pays, de randonner dans les paysages sauvages du páramo et de découvrir la plus grande métropole équatorienne.

    Parcours Loja-Cuenca-Guayaquil, Équateur
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Visiter Cuenca, l’Athènes de l’Équateur

    Oui, pourquoi ne pas appeler ainsi Cuenca, la 3ème ville du pays ? A l’instar des « Venise de … » (au moins 12 occurrences dont 3 Venise du Nord – lesquelles ?), le surnom n’est pas exclusif. « L’Athènes de … » est attribué en général à des villes réputées pour leur savoir, leur art ou leur philosophie. Comme Bogota, Édimbourg, Nashville, Madrid ou encore Alexandrie. Outre son cœur colonial bien conservé inscrit à l’UNESCO, véritable musée à ciel ouvert, Cuenca a vu naître de nombreux écrivains, poètes et intellectuels. Ses débats et salons littéraires l’ont mise en première place pour construire l’indépendance du pays. Son université est l’une des plus importantes d’Équateur. Ses festivals sont nombreux, dont celui du meilleur film féministe.


    Parking devant l'école d'infirmières à Cuenca
    Ça a été notre parking à Cuenca, juste devant l’école d’infirmières, un gros flash back pour Claudie

    Le musée Pumapungo de Cuenca et les têtes réduites Shuar

    Cuenca possède aussi plusieurs musées de qualité, dont le Museo Pumapongo, situé sur les ruines de la ville initiale, appelée alors Tomebamba, et seconde ville de l’empire Inca après Cuzco. Nous avons apprécié les sections archéologie, avec de nombreux artefacts précolombiens présentés de façon pédagogique (des reproductions sont faites pour être manipulées, soupesées, décrites par les élèves) et surtout la section ethnographie, consacrée aux cultures traditionnelles de l’Équateur, avec des dioramas représentant les costumes, les maisons typiques et les modes de vie des peuples de la côte, de la Sierra et de l’Amazonie. Le clou du spectacle étant les fameuses têtes réduites de la culture Shuar. Ces têtes étaient celles de leurs ennemis, traitées pour que leur esprit ne se venge pas et aussi pour pouvoir les porter en trophée. On en décollait la peau après avoir cousu les paupières et la bouche (pour que l’esprit ne s’échappe pas) puis on la faisait cuire modelée sur une forme végétale jusqu’à ce qu’elle atteigne la taille d’un poing. Le processus qui durait jusqu’à 7 jours faisait aussi partie du rite de passage à l’âge adulte des jeunes Shuars. Il est encore poursuivi aujourd’hui avec des têtes de paresseux, la réduction de têtes humaines étant interdite depuis 1950…


    Le véritable chapeau Panama est né à Cuenca

    Pour terminer, l’artisanat de Cuenca est réputé. En particulier c’est dans et autour de la ville qu’est né le chapeau de paille de toquilla, plus largement connu sous le nom usurpé de Panama. Pour rappel, les caisses d’expédition vers le monde entier passaient par le canal de Panama et étaient pour cette raison estampillées « Panama » quelle que soit leur origine, ce qui a créé la confusion chez les destinataires. Lors de notre visite de Cuenca, nous avons découvert l’une des plus anciennes fabriques de véritables chapeaux Panama équatoriens, en place depuis 1950, celle d’Homero Ortega, toujours tenue par la même famille. On nous a expliqué le processus de fabrication, de la récolte des feuilles de toquilla (un palmier) sur la côte équatorienne à l’adjonction finale des rubans, en passant par la sélection des jeunes pousses, leur effilochage en lanières fines, l’ébouillantage destiné à les assouplir, le séchage au soleil après récolte, le tressage qui débute toujours par la calotte (l’absence de calotte indique toujours un faux panama), le façonnage sur des moules sculptés, la finition des bords et fréquemment le blanchiment et le repassage. Selon la qualité du tissage, la fabrication peut prendre entre 3 semaines et 6 mois. On nous a présenté aussi les différentes formes, parfois créées pour tel ou tel artiste (Madonna, Johnny Depp, Ben Affleck ou encore Bryan Cranston). Et puis forcément j’ai craqué lors du passage à la boutique, pour un panama plutôt classique mais avec le ruban aux couleurs de l’Équateur, un édition spéciale pour la coupe du monde de football qui vient de débuter.


    J’ai oublié de préciser un détail important : tout ce que nous avons visité à Cuenca était totalement gratuit. Les décisions politiques intelligentes, ça existe. Quoi de mieux que de mettre la culture à la portée de tous ?


    Randonnées dans le parc national Cajas

    Il faut grimper plus de 1000 m sur la route à l’Est de Cuenca, ce qui nous amène à près de 3850 m d’altitude, pour rejoindre le parc national Cajas, une ancienne vallée glaciaire entourée de collines culminant à près de 4500m et où le retrait des glaciers a laissé plus de 4200 étendues d’eau, dont 180 supérieures à 1 hectare, qu’on pourrait donc qualifier de lacs. Le terrain autour est humide, mousseux et parsemé de plantes rases. Un genre de toundra qu’on appelle ici le páramo. De nombreux sentiers parcourent ce parc de 285 km² (la surface du département du Val de Marne !), sans être toujours bien entretenus ni délimités, à l’exception des sections en planches.

    Nous en avons parcouru 2 : une boucle de 2 km autour du lac proche du parking du centre des visiteurs le jour de notre arrivée. Puis, après une nuit sur place (c’est gratuit, il faut juste accepter de se faire enfermer dans le parc qui n’ouvre ses accès qu’entre 8h et 16h30) une autre boucle nettement plus longue (8 km) et surtout avec davantage de dénivelé, ce qui s’est avéré difficile en raison de l’altitude. Autour de 4000 m, nos poumons de sexagénaires se sont révélés un peu limites…

    Mais globalement le paysage s’est révélé très beau, sauvage à souhait, et porteur d’une végétation unique, à l’image de cette gentiane hirculus qui n’existe dans le monde qu’à cet endroit, comme 70 autres plantes du parc. Nous avons eu l’occasion d’observer aussi de nombreux « arbres de papier », dénommés ainsi en raison de leur tronc qui pèle abondamment. Cette espèce, appelée en réalité Polylepis, ou encore localement Quinua, est la seule de la planète qui puisse encore pousser au-delà de 4000m. Dans ces conditions extrêmes, la croissance est très lente : il faut près de 160 ans pour que la circonférence du tronc s’accroisse d’un centimètre ! Chi va piano va sano…


    Guayaquil, la ville de tous les dangers ?

    Guayaquil est la plus grande ville d’Équateur et le principal moteur économique du pays, notamment grâce à son port. Elle est malheureusement aussi réputée pour sa violence et son insécurité et le Ministère des Affaires Étrangères déconseille formellement sa visite. Cela dit, la moitié Ouest de l’Équateur est dans ce cas, et si nous suivions ces conseils à la lettre nous ne pourrions plus voir grand-chose et puis Guayaquil est un point de passage obligé pour aller vers la côte. Alors nous allons redoubler de prudence, nous garer dans un parking sécurisé, ne pas sortir à la nuit tombée et nous limiter aux quartiers bien achalandés. Ça tombe bien, le gouvernement rénove et sécurise depuis l’an 2000 le Malecón, cette promenade de 2,5 km le long du fleuve, et met beaucoup de policiers dans les rues et places touristiques du centre-ville. C’est ainsi que nous parcourrons avec amusement le Parc des Iguanes, situé juste devant la cathédrale, où des dizaines de ces reptiles descendent de leur arbre à l’heure du déjeuner pour grignoter ce que les passants leurs donnent en pâture. C’est-à-dire des fruits, des légumes et des enfants. Je dis ça sur le ton de la blague bien sûr, mais j’ai trouvé que les parents laissaient leurs rejetons s’approcher bien près de ces animaux qui peuvent infliger de graves blessures avec les écailles de leur queue. Heureusement, rien de tel ne s’est produit au moment de notre passage. Et puis nous avons complété notre parcours touristique en empruntant l’Aerovia, une télécabine qui traverse non seulement la ville mais aussi le fleuve. 1,40 € l’aller-retour, ça fait une promenade pas chère.

    En fait l’élément le plus marquant a concerné les préparatifs de la coupe du monde de football, l’entrée en lice de l’Équateur étant pour le soir même. Un bon quart de la population portait le tee-shirt jaune de l’équipe nationale tandis qu’un autre quart leur en vendait… Le tout à grands coups de trompettes et autres klaxons. A l’heure du match, la ville est devenue instantanément silencieuse, la circulation s’est presque totalement arrêtée. On entendait bien quelques clameurs de temps en temps, tout en sentant une certaine fébrilité ambiante. Alors que nous nous attendions à une reprise de tout cela à la fin du match, cela a été exactement l’inverse. Il faut dire que l’Équateur ayant perdu, plus personne n’avait envie de faire la fête…


    Nous quittons maintenant Guayaquil pour gagner la côte. Des plages, des ports de pêche et des animaux marins à voir, a priori. À très bientôt !