Étiquette : Amérique du Sud

  • 167. Al Norte

    167. Al Norte

    Ces fêtes sont passées tellement vite que nous sommes déjà repartis sur les routes du Chili, direction plein Nord comme l’indique le titre. Lequel nous a été inspirés par un panneau à l’entrée de l’autoroute n’indiquant que deux directions : Santiago et Al Norte. Cette orientation vague laisse à penser qu’aucune destination là-haut ne mérite d’être mentionnée plus qu’une autre. Nous allons nous faire un devoir de confirmer ou pas.

    Al Norte
Parcours décrit dans cet article
    Parcours décrit dans cet article, accessible en version zoomable ici

    Retour chez nous

    Depuis que nous sommes sur les routes depuis voilà bientôt cinq ans, la sensation est la même à chacun de nos retours de France : nous rentrons chez nous. Dans notre maison. Dans Roberto. Et le plaisir est le même de s’y retrouver, d’y retrouver ses affaires, son lit, son petit environnement douillet. Pourvu que ça dure ! Cela dit, ce voyage a été plutôt pénible. L’avancée de notre premier vol nous a conduit à partir plus tôt, le grand vol de Paris à Santiago est parti en retard, et après 14 heures de vol nous n’avions qu’une idée en tête, c’est sauter dans le taxi qui nous ramènerait à Roberto. Mais le débarquement de l’avion a été lent, surtout dans notre allée où un voyageur ne parvenait pas à rassembler ses bagages. Mais l’attente a été longue à l’immigration, essentiellement en raison de la lenteur de LA file d’attente que j’avais choisie, l’agent qui la gérait traitait une personne pendant que ses voisins en passaient dix. Mais évidemment au franchissement de la douane, nous avons été sélectionnés pour contrôle des bagages et donc dirigés vers une file d’attente supplémentaire tandis que beaucoup d’autres passagers sortaient librement, tout ça pour juste faire passer le sac-valise de Claudie aux rayons X mais pas ma valise ni nous bagages à main. Et il a fallu attendre un bon quart d’heure avant qu’un taxi se présente à la sortie. A la vue de Roberto notre énervement s’est vite estompé. Il a démarré au quart de tour et nous sommes vite partis faire quelques courses pour pouvoir déjeûner avant de nous poser sur un terrain ombragé afin de défaire nos bagages et tout ranger dans notre petit espace. Oui à l’ombre car nous avions dans les 28°C l’après-midi, au moins 15°C d’écart avec notre lieu de départ !


    Un peu de route

    Nous sommes réveillés de bonne heure grâce au décalage horaire et sommes prêts dès 9h pour reprendre la route, profitant des 20°C de ce début de matinée ensoleillée. Nous circulons d’abord sur des petites routes, dans un environnement semi-aride. Des collines jaunâtres parsemées de petits buissons. Nous suivons une vallée étroite un peu plus verte au milieu de laquelle se sont installés de petits hameaux, voire des fermes. Depuis notre route, aucun accès n’y mène, la petite ligne de chemin de fer et la rivière presque asséchée ayant sans doute rebuté les autorités. On devine des chemins de terre de l’autre côté, c’est de toutes façons la majorité des voies de circulation dans ce pays. Et d’ailleurs c’est pour cette raison que nous allons rapidement prendre l’autoroute, la seule voie asphaltée dans notre direction. Ça ressemble assez à chez nous, à l’exception des voies de retournement tous les 10 km, des péages à tarif fixe (environ 3 € pour nous) tous les 30 km environ, et des traversées possibles de piétons lorsqu’une station-service ou des petits commerces se trouvent d’un seul côté. Les conducteurs dans l’autre sens n’hésitent pas alors à se garer sur le bas-côté et traverser l’autoroute à pied pour aller acheter leurs empanadas ou leurs fruits ! Après 250 à 300 km (quand on aime on ne compte pas !) nous nous arrêtons pour la nuit sur la presqu’île de Tongoy. Nous filons de suite au sommet de la petite colline pour nous trouver un petit coin tranquille avec une vue magnifique sur la ville et l’océan Pacifique. Je profite de la pause pour installer le nouveau lanterneau que nous avons ramené de France. Pour rappel, le nôtre avait été arraché par le vent en Patagonie argentine. Nous avions pu le récupérer et le remettre en place, ce qui nous assurait heureusement la protection contre la pluie, mais plus question de l’ouvrir à cause des charnières cassées et des ficelles qui le maintenaient.


    Matin d’été

    Encore du beau temps au réveil, qui nous frappe encore après une période assez froide et couverte en France. Après le petit déjeûner, je pars en exploration dans le maquis environnant pendant que Claudie émerge doucement. Je vais faire une petite visite à la statue de la Vierge qui domine ce belvédère avant d’aller faire quelques découvertes botaniques, dont une curieuse plante endémique que nous ne reverrons plus en quittant le Chili, par définition. Les détails sont dans les images ci-dessous. Et puis nous reprenons Roberto pour la destination suivante, nous arrêtant au passage jeter un œil au pittoresque port de pêche de Tongoy. Étonnamment, alors que nous sommes l’équivalent du 15 juillet en France et en pleines vacances scolaires, les touristes sont très peu nombreux, sur le port comme sur les plages avoisinantes.


    De fer à béton

    Nous avons rejoint Coquimbo, une cité balnéaire. Notre première visite est pour une église étonnante loin du centre-ville. Toute en métal et en rivets, elle nous rappelle vaguement quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Mais oui, c’est bien Gustave Eiffel qui en a dessiné les plans. L’église a été préfabriquée en France à une époque où les colonies françaises en avaient besoin en grand nombre. Elle a fini par être assemblée ici en 1889. Malgré une restauration en 1960 et un classement aux monuments nationaux, elle ne semble guère être entretenue, ce qui attriste nos cœurs hexagonaux. Nous partons alors à la recherche d’une autre église, celle qui fait la fierté de la ville. Pas besoin de la chercher bien longtemps, le monument qui la recouvre, un édifice cruciforme de 93 mètres de haut perché au sommet d’une colline, est visible à des kilomètres à la ronde. Cette fois c’est le béton qui domine, et ça n’est pas plus heureux que ça. Notamment dans l’église où le plafond suinte déjà alors que la construction ne date que de l’an 2000. Cette année d’inauguration n’est pas le fruit du hasard, ce monument a été bâti pour célébrer le 2000e anniversaire de la naissance du Christ et l’entrée dans le 3e millénaire de ses fidèles. Et accessoirement procurer quelque notoriété à la ville. Mais le style brutaliste n’a pas forcément convaincu. La France a bien fait de miser sur Gustave Eiffel !


    Une dent contre la France

    Rencontrer un problème de santé en voyage apparait toujours comme une crainte, notamment celle de pas trouver les mêmes standards de qualité qu’en France. Mais avec la dégradation générale du service dans l’Hexagone, le rapport peut s’inverser du tout au tout et je viens d’en faire l’expérience. En plein repas de midi à Coquimbo, je perds brutalement un groupe de 3 couronnes. Le premier réflexe est de se dire que ça tombe mal moins d’une semaine après notre retour de France. Mais aurais-je pu me faire soigner rapidement ? Je teste les éventuels rendez-vous disponibles dans la région d’Agen : rien avant plusieurs mois et la plupart des praticiens ne prennent plus de nouveaux patients. C’est malheureusement devenu la règle en France, la dernière fois où j’ai eu besoin d’un dentiste, j’ai du attendre 3 semaines et faire 200 km ! Pas le choix de toutes façons que de trouver une solution locale. Nous cherchons un cabinet dentaire près de l’endroit où nous sommes. Il y en a un à 9 mn. Le temps de ranger après le repas, il est 13h30 et nous nous y rendons. J’explique mon cas à la secrétaire et j’obtiens un rendez-vous le jour même à 15h ! Je redoutais l’absence de possibilité de résoudre mon problème, mais le dentiste en 1 heure de travail m’a tout assaini la zone concernée et m’a recollé mes couronnes. Je n’en espérais pas tant ! Un praticien agréable de surcroît et dans un cabinet tout ce qu’il y a de plus moderne. Et pour un coût modique compte-tenu du temps passé. Vive le service de santé chilien !


    La Serena

    C’est la grande ville à côté de la précédente. Seconde plus ancienne ville du Chili, elle conserve encore de beaux restes dans son centre historique malgré un incendie qui a fait de gros ravages au XIXe siècle. Les touristes y viendraient plutôt pour ses 6 km de sable fin, mais ça n’est pas notre truc, surtout en période de vacances scolaires. Nous avons simplement parcouru les rues du centre, admiré les belles églises en pierre, la façade similaire du musée d’histoire (nous n’y sommes pas entrés), le palais de justice dans le plus pur style hispanique, le paisible jardin japonais au travers de ses grilles car il était fermé, et les bâtiments néo-coloniaux autour de la classique place des armes, plutôt paisible aujourd’hui. On pourrait dire sereine, comme la ville.

    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)
    Le Palais de Justice et son style hispanique (La Serena, Chili)

    Spot de rêve

    C’est ainsi que les vanlifers décrivent habituellement leur lieu de bivouac, pour peu qu’il se situe en zone naturelle, ou même sur un parking en bord de mer du moment que l’on puisse ouvrir les portes arrière face à l’eau et faire une jolie photo instagrammable, peu importe la présence de voisins. Nous préférons pour notre part le terme de spot nature, l’absence de construction, de voisins et de bruit étant nos principaux critères de choix. Oui, nous reconnaissons volontiers être asociaux, surtout la nuit ! Cet endroit un peu perdu sur les falaises à une quinzaine de kilomètres au nord de La Serena remplissait en tout cas toutes nos attentes, si ce n’est un accès délicat par des chemins orniérés. C’était peut-être le prix à payer pour la tranquillité. En prime quelques découvertes botaniques, dont ce Solanum crispum (📷 3 & 4) endémique du Chili. Quant à la plante aux tiges renflées (📷 5 à 7) je cherche encore ce que c’est !


    Quand t’es dans le désert

    Roberto dans le désert d'Atacama (Chili)
    Roberto dans le désert d’Atacama (Chili)

    Ah qui se souvient de ce tube de Jean-Patrick Capdevielle datant de 1979 ? Et comment est-il stocké dans mon cerveau pour qu’il me revienne au moment où nous entrons dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde ? Après être devenue rase, la végétation disparaît au fil des kilomètres tandis que le paysage devient jaune puis ocre. Étonnamment, la bande de bitume est en excellent état, même si par endroits le sable semble vouloir en reprendre possession. Et puis toute forme de vie n’a pas disparu pour autant : de temps en temps, de multiples petits buissons tout ronds parsèment les collines, voire même de petites fleurs jaunes sur des massifs assez verts pour qu’on se demande où ils ont puisé leur eau. Les lézards semblent la seule forme de vie animale apparente, mais des trous dans le sol en laissent présager d’autres. Pas question d’y mettre la main pour vérifier !


    Combo #33

    Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous adorons faire coïncider le visionnage d’un film relatant un évènement particulier et la visite du lieu où il s’est produit. Alors juste avant de nous rendre à la mine San José près de la ville de Copiapo, en plein désert d’Atacama, nous avons regardé le film « Les 33 ». Il raconte la terrible mésaventure survenue en 2010 à 33 mineurs coincés à 700m de profondeur dans leur mine après effondrement du tunnel d’accès principal. Réfugiés dans une cavité de secours, ils n’avaient que 2 à 3 jours de réserves en eau et en nourriture et aucun moyen de faire savoir à la surface qu’ils étaient encore en vie. La ténacité des secouristes et surtout celle des familles qui ont fait pression auprès du gouvernement et des médias ont permis une heureuse issue, si l’on peut dire, après un suspense qui a tenu le monde entier en haleine. Je ne vais pas vous donner les détails dans ce texte afin de ne pas vous gâcher le film si vous aviez envie de le voir, ce que je vous conseille vivement, mais vous en saurez un peu plus en regardant les photos ci-dessous. surtout à partir de la n°6. Claudie a fait par ailleurs un excellent reportage sur notre groupe Facebook. Le lendemain du visionnage du film, nous nous sommes rendus sur place, nous avons rencontré l’un des survivants, nous avons concrétisé notre image des lieux et appris moult détails supplémentaires sur le sauvetage. Un beau moment d’émotion.


    Concurrence déloyale

    La Grotte du Père Noir est un petit bâtiment insolite sur une placette de la ville de Caldera. Malgré sa forme de parallélépipède rectangle, il s’agit bien d’une grotte, posée au sommet d’un petit promontoire. Elle a été bâtie en 1934 à l’initiative d’un père franciscain d’origine colombienne qui débordait parait-il d’empathie et d’humour. L’idée initiale était de reproduire la grotte de Notre-Dame de Lourdes. Mais si effectivement un décor évocateur a été placé à un bout de l’unique pièce, c’est à l’autre bout que vont d’emblée les fidèles, là où se trouvent plusieurs effigies du père franciscain appelé Padre Negro, entourées d’une multitude d’ex-voto. En comparaison, la Vierge de la grotte n’en a aucun ! Comme quoi l’empathie et l’humour payent ! A signaler par ailleurs de jolies fresques religieuses très expressives sur les murs et le plafond.


    À deux doigts du cénozoïque

    Il y a 8 millions d’années, la région du Chili ou nous sommes était recouverte par la mer. Les sédiments qui s’y sont déposés recèlent nombre de fossiles des animaux marins qui vivaient à cette époque (le cénozoïque) : dauphins, gavials, grands requins blancs, marlins, phoques, paresseux marins, oiseaux de haute-mer et aussi mégalodons, ces requins géants capables de dévorer des baleines. Un parcours d’un kilomètre dans la zone fouillée expose des répliques de ces bestioles, accompagnées de panneaux informatifs. Le rôle est surtout pédagogique, le site n’ayant manifestement pas misé sur la qualité des répliques, mais les amateurs d’authenticité peuvent se rattraper en examinant les quelques vrais fossiles rassemblés autour des faux : on découvre ainsi des dents de requin incluses dans la pierre, des morceaux d’arbres pétrifiés et des os de je-ne-sais-pas-quoi (oui, il y en avait aussi au cénozoïque). Un intéressant voyage dans le passé, totalement gratuit qui plus est. Ah, j’oubliais, ce parc paléontologique s’appelle Los Dedos, les doigts en Français. Les zones en relief du site représenteraient vu d’en haut les doigts d’une main. Ça ne m’a pas paru évident, mais ça m’a permis de trouver un titre à ce paragraphe !


    Voilà pour cette fois. Nous avons adoré cette reprise de notre périple sudaméricain, découvrir tant de nouveautés que nous ne voyons pas chez nous, et profiter de températures et d’un temps cléments. La suite est prometteuse. Hâte de la découvrir et de vous la partager.

  • 163. Option Chiloé

    163. Option Chiloé

    Nous avions prévu initialement de remonter la route australe jusqu’à son terminus Puerto Montt. Ce trajet nécessitait 2 traversées en ferry et surtout beaucoup de kilomètres sur des routes de terre. Visiter l’archipel de Chiloé était en option à partir de Puerto Montt, au cas où nous aurions suffisamment de temps avant de rejoindre l’aéroport de Santiago début décembre pour notre parenthèse familiale de Noël. Et puis 2 sentiers fermés dans un parc vont changer la donne…

    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    Le glacier suspendu

    Il ne s’agit pas ici d’un artisan interdit d’exercer pour avoir utilisé des mélanges de poudres chimiques et les avoir vendus sous l’appellation « glaces artisanales », ce qui est hélas permis par la législation actuelle, mais bien d’un vrai glacier de montagne dont la course se termine en haut d’une falaise de 200 mètre de hauteur : mieux vaut ne pas être en bas lorsque les séracs se rompent ! D’ailleurs pas de risque aujourd’hui, puisque les deux sentiers qui se rapprochent du glacier sont fermés pour cause de maintenance. Le prix de l’entrée au parc (Parque Nacional Queulat) n’a d’ailleurs pas diminué pour autant. Nous nous contentons des petites balades dans une forêt humide, à observer un nombre impressionnant de mousses, de lichens et de fougères, menant à deux points de vue relativement éloignés (désolé pour la piètre qualité des photos !). Mais au moins nous aurons vu le glacier. Ce qui n’était même pas évident a priori compte tenu de la couverture nuageuse tenace du jour. Un fait intéressant, le parc comme beaucoup d’autres sera fermé demain pour cause …d’élections. Il est carrément dit sur le site de la gestion des parcs que les élections augmentent le risque d’incendie. Les Chiliens ont le sang chaud !


    On part aux îles

    a) Le contexte

    En raison de la maintenance des sentiers principaux du parc au glacier suspendu, notre visite n’aura duré qu’une petite matinée au lieu de la journée entière. La conséquence est que nous avons le temps de rouler tout l’après-midi pour rejoindre à Chaíten l’embarcadère pour la grande île de Chiloé. Et prendre à temps le lendemain matin le ferry qui s’y rend chaque dimanche (et pas les autres jours !). Cette visite n’était initialement qu’une option, mais après réflexion, elle va nous permettre de rejoindre Puerto Montt, la fin de la route australe, en évitant sa fin de trajet toute en terre. Oui, nous commençons à saturer de toute cette poussière et on ne parle pas des pneus de Roberto ! Et puis Chiloé, ça n’est pas tout à fait le Chili. Les Espagnols y sont restés plus longtemps qu’ailleurs grâce au caractère assez docile des autochtones Huilliches, l’archipel de 40 îles a d’ailleurs été le dernier territoire à être intégré (par la force) au reste du Chili devenu indépendant. On nous promet outre le charme des îles une certaines authenticité, des maisons typiques, des églises en bois et quelques plats originaux. Ça donne envie, non ?

    b) La traversée

    Alors nous voilà embarqués sur le ferry Agios pour 5 heures de navigation par un temps superbe. Le départ a un peu traîné et nous accusons 2 heures de retard à l’arrivée à Castro, la ville principale de la grande île de Chiloé. Mais nous n’avons guère senti les 5 heures de traversée, entre l’observation des îles alentour et du trafic maritime, le rattrapage du retard dans le classement des photos, la rédaction du blog et la pause goûter dans Roberto. Un petit flashback pas désagréable de notre croisière dans les fjords !

    Dès l’arrivée au port de Castro, nous apercevons nos premiers palafitos, ces maisons sur pilotis caractéristiques de l’architecture chilote. Nous en retrouverons même un autre groupe près du petit parking où nous avons choisi de passer la nuit. Ces maisons de pêcheurs bien adaptées aux marées et au temps breton de l’archipel sont hélas de moins en moins nombreuses, une grosse partie ayant été détruites par les gros séismes et les tsunamis de 1960 et 2010. Nous profitons du bel éclairage du soleil couchant pour prendre le pouls du quartier : les maisons terrestres ne sont pas mal non plus, construites comme les palafitos en bois – la ressource est plus abondante dans la région que le béton – et peintes de couleurs vives. Il parait que c’est nécessaire pour le moral dans cette région où le ciel s’assombrit quand même très souvent. Le temps breton je vous dis !


    c) Un matin de pluie

    Nous nous réveillons le lendemain sous la pluie. C’est particulièrement rageant pour la visite d’une ville parmi les plus colorées du globe. La météo s’annonçant un peu plus clémente pour l’après-midi, nous commençons notre visite par quelques activités en intérieur : courses au supermarché, exploration du musée de la ville et repas au restaurant où nous allons goûter à LA spécialité chilote : le curanto. En théorie cuit dans un trou dans le sol sur des pierres chaudes selon la tradition huilliche (peu probable pour ce qui nous a été servi), ce plat associe des fruits de mer (grosses moules, palourdes, clams, …), des viandes (saucisse fumée, poulet, travers de porc, …), des pommes de terre volontiers en galettes et quelques légumes. Un petit bouillon est servi à côté. Difficile d’avoir faim en sortant ! Bon, nous n’avons pas trouvé cela extraordinaire, mais avec le trou dans la terre et les pierres chaudes, l’expérience aurait peut-être été différente.


    d) Un après-midi breton

    Le ciel de l’après-midi alterne entre éclaircies et passages nuageux, ce qui est éprouvant en terme de photographie. En ce qui me concerne en tout cas. Il m’arrive volontiers de retourner faire la même photo si le soleil est apparu entre temps. Ce qui agace Claudie qui pense que les photos avec ciel gris sont plus authentiques. J’ai fini l’après-midi tout seul en randonnée photo lorsque le soleil a daigné se montrer un peu plus souvent. Et encore !


    Les églises en bois

    La colonisation par les Espagnols s’est accompagnée d’une évangélisation massive, notamment par les Jésuites puis par les Franciscains. Chaque paroisse devait avoir son église et, compte tenu de l’accès difficile et du nombre d’îles, il y en a eu beaucoup. L’abondance d’espèces de bois résistantes à l’humidité élevée de la région (cyprès, mélèze, coigüe, canelo, etc.), la résistance supérieure à la brique aux séismes fréquents et les bonnes connaissances des charpentiers – souvent de marine – dans l’assemblage sans cheville a conduit à élever quasi exclusivement des édifices en bois. Le mélange des styles européens (baroque, néoclassique, etc.) et locaux (motifs amérindiens et multitude de couleurs) en ont fait des ouvrages remarquables. La fréquentation élevée, l’arrivée des touristes et le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO pour 16 d’entre elles ont favorisé une bonne conservation de ces églises, effectivement spectaculaires pour celles que nous avons visitées.


    À part les églises

    Pour le reste, nous avons trouvé dans Chiloé d’adorables petits villages, avec toujours ces maisons colorées, mais aussi des ports de pêche très actifs, des boutiques aux vitrines amusantes, un fleurissement abondant, une population qui ne fait pas attention à nous mais qui est prête à nous aider à la moindre requête.


    Encore des églises

    En guise de conclusion, nous avons trouvé à Ancud, pratiquement la dernière ville avant de quitter Chiloé, l’étonnante exposition d’une association qui œuvre pour la préservation des églises chilotes. On retrouve beaucoup d’éléments architecturaux anciens, sans doute récupérés avant restauration et parfaitement mis en scène, pas mal d’informations sur les différentes églises de l’archipel, et surtout une impressionnante collection de maquettes et de tableaux en reliefs. Qui semble exhaustive qui plus est. Nous avons bien évidemment reconnu celles que nous avions visitées.


    C’est encore en ferry que nous quittons l’archipel de Chiloé. Une belle découverte. C’est toujours réconfortant de trouver des populations qui ne se laissent pas envahir plus que ça par l’uniformité occidentale et parviennent à conserver une grande part de leurs traditions. À bientôt pour la prochaine étape !

  • 159. Sans tête mais avec mains et jambes

    159. Sans tête mais avec mains et jambes

    Ce parcours commence par une petite mésaventure liée aux vents violents de la pampa argentine, qui ne nous empêchera heureusement pas de poursuivre notre voyage. Nous découvrirons des mains de 15 000 ans, la silhouette d’une montagne qui a inspiré un logo célèbre, un glacier qui avance alors que tous les autres reculent, un navire civil servant de cible aux avions de chasse et un lac mal nommé.

    Sans tête mais avec mains et jambes
    Le parcours décrit dans cet article, en version zoomable ici

    À ciel ouvert

    Panneau cocotier soufflé par le vent
    Les cocotiers sont plutôt rares dans le coin mais semblent un bon exemple pour démontrer la force du vent !

    Le vent est un problème en Patagonie. Ça souffle plus que de raison, presque en permanence, et Roberto est souvent bousculé par les rafales. Aux arrêts, nous devons nous garer précautionneusement face au vent pour en subir le moins d’influence, ou alors à couvert, notamment pour la nuit. Aujourd’hui, nous sommes en vigilance jaune pour vent fort, avec des pointes annoncées à 65 km/h. Après une longue série de lignes droites en plein désert, nous décidons de nous arrêter sur un petit décrochement de la route pour la pause déjeûner. Le vent souffle mais raisonnablement. Des nuages gris sombre approchent néanmoins de nous. Pour avoir un peu d’Internet dans cette zone plus blanche que blanche, je sors l’antenne Starlink sur le toit, par le lanterneau, et referme celui-ci au plus petit cran, pour ne pas avoir de prise au vent. L’antenne elle-même semble assez lourde pour ne pas pouvoir s’envoler. Mais lorsque le nuage est au-dessus de nous, le vent forcit brusquement, s’engouffre par la fine ouverture du lanterneau et libère le cran qui le maintenait en position basse. Nous n’avons rien vu venir. Un grand crac et … plus de lanterneau ! Claudie part à sa recherche et le retrouve 30 mètres plus loin. La paroi interne est partiellement cassée, la charnière aussi, mais l’extérieur semble intact. Ce qui nous permet de nous abriter temporairement de la pluie qui commence à tomber, un malheur ne venant jamais seul. Mais il faut maintenir le lanterneau à la main, ce qui n’est pas une solution pour rouler. Une fois l’averse passée, je prends plus d’une heure pour refaire une fixation temporaire en perçant des petits trous dans la paroi intérieure afin d’y passer une ficelle et solidariser le tout avec le socle du lanterneau. Avec un peu de chance, ça tiendra trois mois, le temps de revenir de notre prochain séjour en France avec la pièce de rechange, introuvable ici. La réparation n’aurait pas été possible, nous aurions du faire fabriquer une couverture provisoire par un artisan local, comme c’est arrivé à d’autres voyageurs que nous avons croisés. D’ici là, le lanterneau est condamné. S’il nous donne encore de la lumière et peut s’occulter la nuit, il ne peut plus s’ouvrir. On fera avec. Ou plutôt sans. Et puis nous avons trouvé une solution pour notre antenne Starlink : à condition de se garer face au Nord, elle fournit un signal tout à fait correct en la plaçant derrière le pare-brise.

    Les dégâts, après remise en place et fixation sommaire : pourvu que ça tienne !

    Haut les mains

    C’est dans les années 1960 qu’ont été découvertes sous des surplombs rocheux granitiques des centaines d’empreintes de mains réalisées il y a 15 000 à 11 500 ans par des tribus nomades de cette région isolée d’Argentine. La technique utilisée aux Cuevas de los Manos, projetant à la bouche ou avec une paille un mélange de pigments minéraux et d’eau sur une main posée sur la paroi, alliée au climat très sec de la région et à son isolement, ont permis une conservation exceptionnelle des œuvres malgré ces millénaires d’exposition au soleil. On retrouve également des scènes de chasse au guanaco, une sorte de lama sauvage, la proie favorite de ces tribus. Enfin quelques rares humains ou animaux stylisés complètent le tableau. Le site en lui-même est d’une grande beauté, avec d’impressionnantes parois rocheuses encadrant une véritable coulée verte au fond d’un canyon où coule la « Rivière Peinte ». Pour ceux qui voudraient faire un parallèle avec nos grottes Chauvet ou de Lascaux, l’art rupestre de ces dernières est encore plus ancien (-15 à -30 000 ans), mais comporte davantage de figures animales qu’humaines. En plus – j’avoue en pas y être allé – je suis à peu près certain qu’il n’y figure aucun guanaco.


    Le logo Patagonia en vrai

    La silhouette caractéristique du Mont Fitz Roy et le logo qui s’en est inspiré

    Nous voici arrivés à El Chaltén, la capitale argentine de la randonnée. Cette petite ville isolée au fond d’une vallée de 90 km de profondeur a tout d’abord été créée pour « occuper le terrain » en raison de la proximité avec la frontière chilienne. Mais, située aux pied d’une splendide chaîne de montagnes dont l’emblématique Mont Fitz Roy, elle a rapidement connu un succès touristique, au point d’accueillir chaque année 40 000 visiteurs alors qu’elle ne compte que 2 500 habitants. Et ce succès a été renforcé par la création par l’alpiniste français Yvon Chouinard de la marque Patagonia dont le logo représente le Fitz Roy. Ne croyez surtout pas d’ailleurs que la firme soit argentine ou chilienne. Elle est tout aussi américaine que Neutrogéna, dont les produits ont pourtant longtemps affiché une formule et un drapeau norvégiens. Sinon une fois là-bas nous avons fait comme tout le monde : de la randonnée. 4 heures de marche jusqu’au Lac Capri, dont le nom avait attiré Claudie mais qui ne s’est pas révélé à la hauteur. Partis sous un grand soleil, nous y sommes arrivés sous des rafales de pluie. Avant de retrouver le soleil à la descente. Il parait que c’est comme ça à El Chalten : on peut avoir les 4 saisons dans une même journée !

    Anecdote : Robert Fitz Roy était le capitaine du HMS Beagle lors du célèbre voyage scientifique qui a emmené Charles Darwin autour du monde entre 1831 et 1836. Il était lui-même un scientifique et a participé à cartographier la Patagonie. Pour autant, il n’a jamais vu la montagne qui a été baptisée en son honneur, 12 ans après sa mort, par l’explorateur argentin Francisco (Perito) Moreno. Ce dernier, bien qu’également cartographe renommé de la Patagonie, n’aurait jamais vu le glacier qui a été baptisé en son honneur et de son vivant… Ce qui nous amène au sujet suivant


    Le glacier qui continuait de grandir

    S’il n’y avait qu’un glacier à voir dans toute sa vie, ce serait le Perito Moreno, affirme le panneau d’informations au Glaciarium, le musée dédié aux glaciers à El Calafate, base logistique de la visite. C’est vrai que nous l’avions sur notre to do list (je préfère cette expression à l’inquiétante « à voir avant de mourir »…). Il a d’abord cette caractéristique exceptionnelle de continuer à grandir, alors que la grande majorité des glaciers de la planète reculent. Il peut avancer jusqu’à 2 mètres par jour lorsqu’il est en pleine forme. Cette avancée finit le plus souvent par l’effondrement spectaculaire de séracs dans la mer, mais parfois le glacier avance jusqu’à toucher la péninsule en face, formant alors un barrage naturel pour les rivières qui l’entourent, avec la montée des eaux qui va avec. Les dimensions nous laissent rêveurs, nous les ex-voisins de la Mer de Glace : 30 km de long, 5 km de large, 60 mètres au-dessus du niveau de l’eau et … encore une centaine de mètres au-dessous ! Nous avons été étonnés par ailleurs par la facilité d’accès : une route bien entretenue mène, en longeant une rivière qui charrie de gros blocs de glace bleutés, à un réseau de passerelles qui permettent d’approcher davantage le glacier que les bateaux qui circulent à distance raisonnable, craignant l’éventuel tsunami déclenché par une chute de sérac. Et de bien entendre les craquements et les chutes de glace qui ponctuent régulièrement le silence du lieu, du moins quand les touristes se comportent respectueusement comme cela a été le cas pendant notre visite.


    Le Glaciobar

    Au sous-sol de l’intéressant musée de la glace dont on vient de parler se niche un endroit très spécial : le Glaciobar. Dans une véritable chambre froide où l’on accède munis d’une cape à capuche fourrée et de gants, où l’on ne reste pas plus de 20 minutes parce qu’il y fait -18°C se trouve un véritable bar dont l’ensemble du mobilier est en glace véritable, avec un igloo, une sculpture de rapace et tout ce qu’il faut pour servir des cocktails dans des verres … en glace aussi. Pas besoin de glaçons, donc. Certes, le concept n’est pas unique, mais ici, c’est le seul bar de ce type au monde ou la glace provient d’un glacier. Facile, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin !


    Ne m’appelez plus jamais Marjory Glenn

    Ce navire écossais construit en 1892 était très moderne pour l’époque et pourrait l’être encore aujourd’hui : avec une solide structure en métal, il ne disposait d’aucun moteur et se déplaçait à la voile. Une merveille sur le plan écologique. Paradoxalement, c’est une cargaison de charbon qu’il transportait en 1911 de Newcastle à Rio Gallegos en Argentine. Et c’est cela qui l’a perdu. Le charbon a pris feu, l’incendie n’a pu être maîtrisé et l’équipage a du faire échouer le bateau pas loin du port d’arrivée avant d’être secouru. Rouillant tranquillement sur la plage, le Marjory Glenn a connu un second choc inattendu en 1982 au moment de la guerre des Malouines : il a servi de cible d’entraînement aux avions de chasse de l’armée argentine avant d’aller se confronter aux Anglais. Ses flancs portent encore aujourd’hui les impacts de ces tirs effectués en rase-motte (les avions volaient à 5 mètres au-dessus du niveau de la mer pour échapper aux radars). Une drôle de vie pour ce bateau, ce qui ne nous aura pas empêché de dormir à ses côtés.


    Argentine insolite

    Je vous livre trois petites vidéos sur des situations insolites rencontrées sur notre parcours. Bon visionnage !


    Le lac de couleur

    Tout près de la frontière chilienne, une petite route mène à un massif volcanique qui héberge dans son cratère un lac renommé pour sa couleur bleue, à tel point qu’il a été baptisé Lago Azul (lac bleu, donc). Nous nous garons au centre des visiteurs en cours de construction, ce qu’il faut traduire par « bientôt ce sera payant », et empruntons le sentier qui mène à la crête du volcan. La caldera se découvre peu à peu et là, surprise, le lac bleu a disparu ! Enfin à la place c’est un lac d’un beau vert émeraude qui ne reflète ni le ciel, ni les parois basaltiques, ni la végétation rase et plutôt grise du cratère. Bon, j’imagine que c’est le même lac, qu’on n’a quand même pas remplacé toute l’eau juste pour faire une farce. Il est plutôt joli ce lac, mais je m’estime trompé sur la couleur. Et vu que nous n’avons rien payé, je ne peux même pas demander à être remboursé !


    Nous déjeunons sur place, histoire de consommer nos derniers aliments frais, car à la frontière chilienne que nous allons franchir tout à l’heure, la viande, les laitages, les fruits et légumes ne sont pas autorisés à l’importation. Et puis nous préparons tous les papiers nécessaires pour l’immigration, la douane, et le bureau de la circulation pour Roberto. Nous vous raconterons ça très bientôt, promis !