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  • 152. Paraguay seconde partie

    152. Paraguay seconde partie

    De la capitale Asunción à la ville d’Encarnacion, nous poursuivons notre découverte du Paraguay, un pays qui nous plaît beaucoup pour l’instant. On espère rester sur cette impression favorable !

    Paraguay seconde partie
Carte du parcours
    Parcours décrit dans cet article, zoomable pour plus de précision sur les étapes en cliquant ici

    Asunción

    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay
    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay

    La découverte du pays se poursuit par la visite de sa capitale Asunción, peu connue sur le plan mondial (j’aurais été incapable de la citer). À parcourir le quadrillage parfait de ses rues, à l’américaine, on comprend vite pourquoi elle ne fait pas de vagues. La grande majorité des bâtiments sont des immeubles sans charme, aussi bétonnés que peu entretenus, la circulation est dense et polluante surtout avec les vieux bus antédiluviens qui crachent leur fumée noire à tout va. Les rares édifices historiques sont assez dispersés et rien n’indique qu’à un moment vous êtes au centre-ville. Nos téléphones, peu enclins à capturer la désolation, restent dans nos poches. Les occasions de les sortir seront assez rares, mais nous avons tout de même trouvé quelques zones d’intérêt ou de nature insolite. À voir dans les 5 séries ci-dessous dont la dernière est consacrée à la cuisine paraguayenne.

    voir plus bas pour le lien manquant et les réponses aux quizz

    Le lien pour la paréidolie c’est ici, et les bonnes réponses aux deux quiz sont 1c et 2b


    La plus belle église du pays

    C’est dans la petite ville de Yaguarón que fut fondée en 1586 l’une des premières missions franciscaines du Paraguay. L’église datant du XVIIIe siècle, bâtie sur le modèle des grandes maisons des Guarani, en bois et en pisé avec un toit descendant bas et de grandes colonnades tout autour, est remarquablement bien conservée. La richesse de la décoration intérieure tranche avec la sobriété extérieure. C’est probablement le plus bel exemple de l’art baroque hispano-guarani et la plus belle église du pays. Le domaine de la mission initiale a été préservé en espace vert. Au long des grilles, une dizaine de personnages dorés semblent attendre sur autant de bancs. Il s’agit de personnalités importantes de la ville ou de la région, aussi bien politiques que artistiques. Insolite.


    Sapucaí et son musée ferroviaire

    En 1890, la gare de Sapucaí était la plus importante de la ligne Asuncion–Encarnation, une des premières lignes ferroviaires de l’Amérique latine. Avec une voie unique de 376 km reliant la capitale du Paraguay à l’Argentine. C’est à Sapucaí que se trouvaient les ateliers de réparation des trains. Ils ont cessé leur activité en 1999 avec la disparition des locomotives à vapeur et du trafic passagers. Mais ils se visitent toujours et c’est un beau moment d’histoire et de mécanique. Avec encore quelques locos les entrailles ouvertes dans le hangar ou d’autres encore rouillant dans le cimetière improvisé des champs alentour.


    Un château médiéval au Paraguay !

    Ça n’a l’air de rien, mais en y réfléchissant deux secondes, il est évident que le Moyen-Âge tel qu’on le connait n’a pas existé en Amérique. C’était alors la grande époque des Mayas, Aztèques et autres Incas à qui il n’était pas venu l’idée de construire des châteaux. Pourtant, le Castillo Echauri, près de Villa Rica, a bien l’allure d’un château médiéval, avec sa situation au sommet d’une colline, ses mur épais, son donjon et ses tours crénelées. Il a juste été construit … entre 1995 et 2000 par l’architecte Guillermo Echauri en hommage à ses ancêtres venus d’Espagne s’installer au Paraguay. Il y a habité avec sa famille pendant 20 ans avant de l’ouvrir au public. Non sans avoir ajouté quelques attractions pour les locaux à qui le Moyen-Âge européen parle moins que les séries télévisées. On trouve ainsi quelques reliques de Game of Thrones, Harry Potter ou encore du Seigneur des Anneaux, de quoi faire d’amusants selfies.


    La zone des 3 frontières et les chutes du Lundi

    Ciudad del Este, la 2ème ville du pays a été construite de toutes pièces en 1950 pour commercer avec le Brésil et l’Argentine à l’endroit stratégique où les frontières des 3 pays se rejoignent. De fait, nombre de visiteurs frontaliers viennent encore faire leurs courses dans les marchés et les grands centres commerciaux situés juste après le pont de l’Amitié qui relie le Brésil au Paraguay, entraînant un intense trafic au niveau des douanes. Si les locaux passent quasi-librement en raison du Mercosur, nous sommes obligés pour notre part d’effectuer les formalités de passage de frontières, même pour une journée. Car oui, nous allons bientôt passer là pour nous rendre aux chutes d’Iguaçu côté brésilien. Mais en attendant, nous profitons des quelques parcs de la ville, offrant des campings et quelques attractions culturelles gratuitement. Le hic, c’est qu’il faut réserver au préalable et que le procédé est loin d’être simple. Nous nous sommes contentés du joli camping et sommes allés visiter, en préalable à Iguaçu, les chutes du Lundi. C’était un mardi mais elles étaient toujours là…


    Des pneus pour Roberto

    Dans cette ville au commerce intense, nous avons profité du grand nombre de vendeurs de pneumatiques – ça s’appelle des gomerias – pour faire remplacer les pneus avant de Roberto. Une première tentative chez un revendeur Michelin nous a fait demander un délai de réflexion : 316 € le pneu tout de même ! Un peu plus loin, on nous a proposé des pneus chinois qui nous ont semblé de bonne facture tout en répondant aux normes techniques de nos pneumatiques et en étant agréé pour la neige et la boue. Montant du devis ? 112 € les deux pneus, montage équilibrage et remplacement des valves compris. Accepté !

    Roberto à la gomeria
    Roberto à la gomeria

    Escapade aux chutes d’Iguaçú

    Le plus long a été de franchir la frontière pour aller à Foz do Iguaçú, la ville brésilienne à partir de laquelle on rejoint les chutes. Partis pourtant de bonne heure, nous n’arrivons qu’en fin de matinée au parking des chutes, distant pourtant de seulement 25 kilomètres de notre point de départ. Nous déjeunons rapidement et rejoignons la station des bus du parc qui nous emmèneront au début du sentier qui longe les chutes. Et là, la magie commence à opérer. Certes nous avions déjà vu des photos de ces chutes géantes de 50 à 84m de hauteur, étalées sur près de 3 kilomètres, déversant jusqu’à 6 millions de litres chaque seconde (étonnamment, leur débit est régulé par les Brésiliens qui possèdent les barrages en amont sur le Rio Iguaçú), mais le bruit et le panorama grandiose du lieu ne peuvent être appréciés que vécus. Le sentier en corniche offre un panorama sur l’ensemble des chutes, qui se découvre peu à peu, avec les brumes et arcs-en-ciel s’élevant du fond du fleuve. Au passage on rencontre quelques singes et coatis, ce qui ne gâte rien. La progression se termine en apothéose avec d’une part une passerelle qui s’avance jusqu’à un point de vue magnifique sur la « gorge du diable », la plus haute chute du parc, et d’autre part jusqu’à presque toucher une impressionnante cascade, à condition d’accepter quelques embruns. Il faut savoir se mouiller !


    Le parc des oiseaux

    Installé non loin du départ des bus pour les chutes, ce parc héberge environ 600 oiseaux de 150 espèces, majoritairement locales. On passe de volière en volière pour bien s’immerger dans ce monde particulier. Même si beaucoup de ces volières sont immenses, les oiseaux restent en captivité, posant l’éternel dilemme du zoo : faut-il enfermer les animaux pour permettre à la population d’en voir au moins un de chaque espèce dans sa vie ? Cela dit, plusieurs espèces présentes ici sont en voie d’extinction et ce genre d’établissement permet aussi d’en sauvegarder quelques-unes, tout en ayant un programme de réintroduction dans un milieu naturel protégé dès lors que c’est possible. À noter enfin qu’un certain nombre d’oiseaux circulent librement ici hors des volières, peut-être parce qu’ils sont nourris. Mais on peut imaginer aussi que cela les intéresse de voir des humains.


    Que dire des photos ci-dessous : arbre génétiquement modifié ? messages colorés aux extra-terrestres ? La réponse est dans la dernière diapo.


    On file

    Après nous être remis de nos émotions et après discussion, nous décidons de ne pas aller visiter le côté argentin, nous économisant ainsi deux passages de frontières supplémentaires. Les sentiers argentins sont plus proches des chutes mais n’en permettent pas une vue d’ensemble. Nous estimons que le côté brésilien nous a donné une plus grande diversité de vues, aussi bien éloignées que très rapprochées, et que s’il fallait en visiter un seul ce devait être celui-là. Alors nous voilà repartis sur les routes toujours aussi charmantes du Paraguay.

    La capitale du maté

    L’arrêt à Bella Vista était indispensable quand on connaît l’importance du maté au Paraguay. Car la yerba maté, la plante à partir de laquelle est fabriqué le breuvage national, voire sud-américo-sous-continental (?), est originaire du Paraguay. Son nom scientifique est d’ailleurs Ilex paraguayense. Elle était bien connue des Guaranis qui la consommaient d’une façon différente d’aujourd’hui, en laissant infuser les feuilles fraîches et broyées dans de l’eau. Ils maîtrisaient la culture, mais lorsqu’ils ont été quasi exterminés, ils ont emporté leur secret avec eux. Car la graine de yerba maté que l’on récolte sur l’arbuste ne germe pas si elle est plantée directement dans le sol. Les Espagnols ont dû s’en passer pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce qu’un immigré allemand, après avoir observé que les graines que rejetaient les oiseaux après les avoir consommées germaient bien, trouvât le procédé pour reproduire les effets du passage dans le tube digestif des volatiles avant de distribuer ses plants dans le pays et ses voisins. C’est en tout cas ce que l’on nous a expliqué lors de la visite en VIP de la plantation Selecta, l’une des nombreuses qui officient dans la région. Toutes les étapes de la fabrication du maté nous ont été détaillées par un passionné qui a fait des efforts pour bien articuler pour que l’on comprenne bien son Espagnol. Une fois la graine traitée comme il faut, il faut attendre 2 ans avant qu’un rameau d’une dizaine de feuilles se forme. Replanté en pleine terre, taillé régulièrement pour ne pas monter trop haut, ce rameau devra encore attendre 5 ans avant de s’être suffisamment étoffé pour permettre la première récolte, toujours effectuée pendant l’hiver austral. Les rameaux qui contiennent 70% d’eau sont chauffés au bois à plusieurs reprises pour que l’humidité descende autour des 3%. Les feuilles et les tiges qui sont devenues craquantes sont ensuite stockées pendant 2 ans pour permettre leur maturation avant le traitement final : un broyage plus ou moins fin selon la demande des consommateurs. La visite se termine bien entendu par une dégustation au Maté Bar (établissement unique en son genre au Paraguay), accompagnée de spécialités culinaires à base de maté également. Notre guide nous a expliqué que les enfants commençaient à en consommer entre 2 et 5 ans, que les adultes, en fonction du moment de la journée, le prenaient soit en maté, infusé dans de l’eau chaude, soit en tereré, avec alors de l’eau fraîche. Les pays étrangers n’apprécient pas toujours la saveur amère du produit et commandent volontiers des versions aromatisées, tout en y ajoutant un peu de sucre et/ou de lait. Mais les Paraguayens le boivent généralement pur.

    (suite)


    Une mission pour le prix de trois

    Nous avions visité quelques-uns des restes de ces missions jésuites au Sud du Brésil, le Paraguay en possède également. C’est la même histoire : une évangélisation bienveillante des indiens Guaranis par les Jésuites, manifestement trop bienveillante pour la couronne d’Espagne qui les a fait cesser en 1767. La plupart ne s’en sont pas remises et les Guaranis totalement désemparés se sont dispersés avant d’être opprimés (le mot est faible) par les conquistadores. La communauté actuelle est d’un peu plus de 100 000 âmes, à comparer aux 6 millions d’habitants du pays. La restauration et la conservation de ce patrimoine participe au devoir de mémoire. Les explications sur place aident à comprendre l’organisation solide de ces missions. Nous avions prévu d’en voir deux dans le Sud-Est du Paraguay, celle de Jesús de Tavarangüe dont la construction de l’église n’était pas terminée au moment de l’éviction des Jésuites (les colonnes centrales de l’église s’arrêtent à mi-hauteur) et celle de Trinidad, la mieux conservée du pays, mais dont l’accès nous a été refusé pour cause d’évènement privé ! Alors que le billet d’entrée de la précédente était censé la couvrir ainsi qu’une troisième. Scandaleux, nous avons tout de même perdu 4 euros dans l’affaire. Je blague quant au prix bien sûr, mais nous étions fâchés de ne pouvoir faire cette visite alors que la veille au soir le gardien nous avait affirmé que ce serait ouvert.

    Cette visite est l’occasion de se poser la question « Que sont devenus le peuple et la culture Guarani dans le Paraguay d’aujourd’hui ? ». Eh bien pendant la période des Jésuites et des Franciscains, il y a d’abord eu un métissage important. Une fois les Jésuites chassés du Paraguay par le roi d’Espagne, les Guarani se sont dispersés, avant d’être sévèrement opprimés par les Espagnols devenant largement majoritaires au fil des vagues d’immigration, et leur nombre n’a cessé de diminuer au fil des années. Quand la guerre de la Triple Alliance a été déclarée (voir plus bas), tous les Paraguayens ou presque se sont retrouvés à la même enseigne, perdant 85 à 90% de leur population masculine et 2/3 de leur population totale. On aurait pu croire la culture Guarani oubliée mais il n’en est rien : outre le nom donné à la monnaie locale, 90% de la population parle aujourd’hui le Guarani, contre 70% pour l’Espagnol. Ces deux langues sont d’ailleurs les 2 langues officielles du Paraguay, un cas unique en Amérique. La langue elle-même, de tradition orale, a été heureusement été transcrite à l’écrit grâce aux frères missionnaires. Longue vie au Guarani !


    Encarnación, dernière étape paraguayenne

    C’est par cette ville tout au Sud du Paraguay que nous terminons la visite de ce pays. Il est trop tard pour profiter de son carnaval, le plus réputé du Paraguay, mais ayant lieu entre janvier et mars. Et il est trop tôt pour profiter des plages aménagées le long du fleuve Paraná, où accourent la majorité des estivants paraguayens entre décembre et février. En dehors de ces périodes, la ville est plutôt tranquille. Nous avons apprécié ses rues larges et peu encombrées, ses espaces verts, sa Plaza de Armas qui rassemble les monuments en hommage aux diasporas italienne, japonaise, ukrainienne et allemande entre autres. Et son sanctuaire de la Vierge d’Itacuá, la sainte-patronne des marins du Rio Paraná, perdu dans la forêt à la pointe d’une péninsule. Ce lieu rassemble les pèlerins chaque dimanche mais surtout une foule énorme le 8 décembre de chaque année. On se demande bien comment tout ce petit monde circule dans un endroit aussi réduit. Tout au long de la route, de petits abris qui pourraient être pris pour des arrêts de bus présentent chacun une illustration en mosaïque d’une Vierge de chacun des pays sud-américains.


    Enfin, nous avons été attirés par le mini-zoo d’Encarnación, intrigués par son droit d’entrée concurrentiel à 1 euro. Il fallait y jeter un œil pour vérifier qu’avec une bonne gestion, on pouvait présenter de façon honorable les animaux du pays (pas que des oiseaux donc, comme à Iguaçu).


    La guerre de la Triple Alliance

    On ne peut pas traverser le Paraguay sans connaître la partie la plus terrible de son histoire, la guerre de la Triple Alliance, qui a d’ailleurs commencé comme certains conflits mondiaux actuels, peut-être une leçon à méditer. Dans les années 1860, le Paraguay était l’un des pays les plus avancés d’Amérique, gouverné par la dynastie des Lopez, de quasi-dictateurs. Mais cinq années d’une guerre terrible vont tout anéantir. À cette époque l’Argentine et le Brésil, déjà géants, rêvaient encore de s’agrandir. Le géant Brésil occupa soudain à cet effet une province du modeste Uruguay (la référence contemporaine c’est ici). Le problème, c’est que le dirigeant de l’Uruguay était un copain du dernier des Lopez, Francisco, lequel rêvait de se voir accorder un droit de passage vers l’océan. Alors ce Francisco Lopez, un rien égocentrique et sanguin, surestimant sans aucun doute ses forces, déclara purement et simplement la guerre au Brésil. Le pays attaqué fut rapidement soutenu par l’Argentine, et comble de malchance aussi par l’Uruguay, dont l’opposant au copain de Lopez venait de prendre le pouvoir. C’est cette triple alliance qui va répondre à la déclaration de guerre du Paraguay. Avec un rapport des forces d’à peu près 1000 contre 1 (j’exagère sans doute, mais peut-être pas tant que ça), Francisco Lopez s’obstinera tout de même 5 ans avant de perdre la guerre en mourant sur un champ de bataille (le fameux Cerro Mora de notre première visite). Le problème, c’est qu’il entraînera avec lui dans la mort 85 à 90% des hommes du pays en âge de se battre. C’est tout simplement énorme (plus de 3 fois les pertes masculines françaises au cours de la 1ère guerre mondiale). Le plus étonnant, c’est que le pays n’ait pas été absorbé par ses 3 adversaires au décours de la guerre. Le fort sentiment de nationalisme de la population restante, la mésentente des pays gagnants sur la part éventuelle du Paraguay qui leur reviendrait, le coût afférent de l’occupation, la pression internationale, et finalement le bon sens l’ont emporté : il était plus avantageux pour les gagnants de permettre au Paraguay de se reconstruire et de se stabiliser. À méditer pour les tentatives d’occupation contemporaines…

    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance - photo site www.larepublica.pe
    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance – photo site www.larepublica.pe

    Le Paraguay c’est fini !

    Le grand pont qui relie le pays à la ville argentine de Posadas nous fait de l’œil. Nous allons l’emprunter sur le champ, en espérant que les formalités de passage de la frontière seront plus courtes que celles de notre excursion au Brésil. A très bientôt !

  • 94. Au Belize et compagnie

    Nous n’aurons passé qu’une petite semaine au Bélize, mais ce pays n’est pas très grand. Et nous avons volontairement omis sa partie Sud qui n’était pas sur notre route pour entrer au Guatemala. Mais ce fut une agréable découverte d’un pays dont nous ignorions tout, s’avérant très attachant, se différenciant du Mexique à bien des égards, et malgré le titre n’ayant rien à voir avec Goscinny et Uderzo. C’est juste que chez moi ça part comme ça, comme un syndrome de Gilles de la Tourette.

    Arrivee au Belize
    Quelques voiles de lasers en arrière-plan de ces lettres du pays. J’avoue que l’envie m’a démangé…

    Passage de frontière

    Bien que se décrivant souvent aventuriers, la plupart des voyageurs n’aiment pas cette part d’incertitude qui justement définit l’aventure et cherchent des informations préalables sur les réseaux sociaux ou sur les applications qui leurs sont dédiées. Ainsi va pour le passage de frontière de chaque pays et nous connaissions le détail de la procédure avant même de passer le premier contrôle. Et quand bien même nous serions arrivés sans information, il y a toujours une bonne âme pour vous guider au fil des formalités.

    Notre propre passage a vu s’enchaîner les étapes suivantes : tampon de sortie du Mexique sur chacun de nos passeports, annulation du permis d’importation de Roberto au Mexique (il était pourtant valable 10 ans, mais dans le cas où nous devrions le vendre, l’acheteur ne pourrait obtenir à son tour de permis, et dans le cas où nous souhaiterions importer un autre véhicule, nous ne le pourrions pas non plus), passage sous un portique hors d’usage pour un simulacre de fumigation (le terme fumisterie serait plus approprié), passage à la caisse pour payer tout de même cette opération fumeuse, obtention d’un visa d’immigration de 30 jours pour chacun de nous et d’un permis d’importation temporaire pour Roberto, passage express à la douane sans fouille aucune contrairement à d’autres voyageurs (le fait d’être des compatriotes de M’Bappé a apparemment impressionné les agents).

    Une fois entrés légalement dans le pays, nous avons de suite rejoint un bureau où nous avons acquis une assurance pour Roberto, avec une couverture minimale (au tiers) pour 8 jours. Les visas et permis sont gratuits, nous avons payé un droit de circulation de 15 € et l’assurance auto a coûté 20 € pour 8 jours. Les « formalités » d’arrivée se sont terminées dans la première ville rencontrée, Corozal, où nous avons retiré quelques dollars béliziens au distributeur (il y avait la queue, les habitants doivent être comme au Mexique payés le vendredi et viennent donc ce jour là en nombre en retirer tout ou partie) et acheté des cartes SIM locales. Car Free, c’est fini, et dire que c’était la SIM de mon premier amour…

    Nouvelles plaques sur les voitures
    Nouvelles plaques sur les voitures
    Nouveau drapeau
    Nouveau drapeau… le seul dans le monde à faire figurer des êtres humains ; l’un métis et l’autre créole avec les « armes » du pays : de quoi exploiter les ressources forestières (hache, acajou…) et marines (pagaie, bateau 3 mâts). Et la devise : Je fleuris à l’ombre
    AEt eme pays pour Roberto
    …et le 17ème pays visité pour Roberto !

    L’autoroute du bon air

    Après une nuit tranquille à Corozal, dans un joli parc en bord de mer, nous reprenons la route. La première que nous empruntons, s’appelle autoroute. Mais rien à voir avec nos standards européens, il s’agit d’une route à double sens de circulation avec un nombre de voies indéterminé en l’absence de tout marquage au sol. Ajouté à l’absence de tout contrôle de vitesse, cela donne une conduite assez libre mais qui se passe plutôt bien. Cette autoroute traverse volontiers des villages, protégés alors des chauffards par des ralentisseurs en forme de passages piétons surélevés tous les 50m. Une dernière caractéristique et pas des moindres est le revêtement d’asphalte, en relativement bon état, qui a au moins l’avantage de ne pas faire soulever de poussière par les véhicules.

    Car oui, c’est le problème majeur dès lors que l’on aborde les routes secondaires : elles sont la plupart du temps en terre et/ou en cailloux, parsemées d’ornières profondes et de nids-de-poule, et surtout génératrices de gros nuages de poussière au passage des véhicules. Les habitations et la végétation en bordure de ces routes sont toutes blanches. Tout comme Roberto après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sur ces pistes avant d’atteindre notre nouvelle destination.

    Ces routes un peu difficile nous ont permis tout de même d’entrer sur les terres des mennonites, une communauté proche des Amish, se préservant du monde moderne en refusant l’électricité. Vêtus « à l’ancienne », ils sont nombreux à circuler en calèche, mangeant davantage de poussière que nous alors qu’ils n’en soulèvent pas : un comble !

    P.S. La dernière photo = piste en gazon à l’arrivée, idéale pour dépoussiérer le bas de caisse…

    Un joli parking en herbe en front de mer
    sur un joli parking en herbe en front de mer, gratuit, aéré, calme, parfait quoi. On y discute volontiers avec les locaux qui viennent vous aborder spontanément


    Un p’tit tour chez l’épicier

    A l’arrivée dans un nouveau pays, il est toujours intéressant de parcourir les rayonnages des supermarchés (on parlera plutôt ici de supérette) car cela est souvent indicateur de la culture locale. Voici quelques trouvailles lors de notre premier passage. Les prix apparaissant éventuellement sont en dollars béliziens, à diviser par deux pour convertir en euros.

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    Un petit restau de bord de rue juste en face de la supérette

    Un site mayo-bélizien

    L’empire maya couvrait l’actuel Belize (ce jeune état n’est né qu’en 1981) et il est donc normal d’en retrouver quelques vestiges ici. Nous avons rejoint le site archéologique de Lamanai, en bordure de rivière, découvert en 1970, et très lentement mis à jour depuis. On y apprend qu’il a été occupé de 1500 av. J.-C. jusqu’au XIXe siècle, soit une longévité exceptionnelle. La forêt tropicale a ensuite repris ses droits et reste encore bien présente malgré les passages dégagés pour les touristes, c’est ce qui fait le charme du lieu. Il est de plus assez peu visité, compte-tenu des difficultés d’accès (55 km en bateau ou 60 km en voiture dont 30 sur une route extrêmement poussiéreuse). Arrivés en début d’après-midi, nous avons eu le site pour nous seuls, le petit groupe de touristes déjà sur place regagnant son bateau. Un petit musée à l’entrée retrace l’histoire de la découverte de Lamanai et de la civilisation Maya. Puis nous entrons dans la jungle sous des allées de palmiers et d’arbres géants, sous les cris des oiseaux et des singes hurleurs, et découvrons peu à peu ces ruines couvertes de mousses multicolores et d’arbres qui prennent racine. Entre le temple des jaguars, le palais royal, le terrain de jeu de balle, le temple haut (une pyramide de 33m) et le temple des masques avec son petit air d’Angkor, nous avons été conquis par l’atmosphère du lieu.

    Lamanai des temples perdus dans la jungle
    Lamanai, des temples perdus dans la jungle et juste pour nous. Ça change avec le Mexique !
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    Le fameux temple des masques avec ses ttes sculptes
    Au détour d’un sentier, on découvre le fameux Temple des Masques avec ses têtes sculptées. Un petit air d’Angkor Wat avec cette végétation

    Pour rester dans l’ambiance, nous sommes allés nous stationner pour la nuit à deux pas de là, sur un petit terrain plat immédiatement au bord de la rivière. Il y passe parfois des lamentins, mais nous n’avons pas eu l’honneur de leur visite. La nuit a été néanmoins des plus calmes et le lever de soleil magnifique.

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    Au petit matin, on profite du lever de soleil et du départ des pêcheurs

    L’ancienne capitale

    Belize City fut un temps capitale du Belize, à l’époque où le pays s’appelait encore Honduras Britannique. Malheureusement, sa situation en bord de mer l’expose régulièrement aux ouragans, dont Hattie en 1961 qui détruisit la ville aux trois quart, poussant le gouvernement à déplacer sa capitale dans un lieu plus sûr. C’est ainsi que naquit Belmopan. Le pays acquit son indépendance en 1981, et Belize City, malgré les ouragans à répétition, en reste la capitale économique et la ville la plus peuplée.

    Belize city a un caractere creole bien marque
    Belize City possède un caractère créole bien marqué
    Les traces de louragan Earl de sont encore visibles
    Les traces de l’ouragan Earl de 2016 sont encore visibles. Un passant tient spontanément à le faire remarquer à Claudie. Mais on trouve aussi heureusement des bâtiments récents
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    Bien qu’encore très abimée par le passage de Earl en 2016, Belize City mérite la visite pour ses grandes maisons créoles, ses peintures murales et son agréable front de mer. Les rues étaient un peu désertes le jour de notre passage, pour cause de dimanche, aussi n’avons-nous guère pu profiter de l’ambiance du centre-ville. A la place nous avons visité le petit musée qui raconte bien l’histoire de l’esclavage au Belize et l’arrivée de la culture garifuna (métissage entre les esclaves africains et les indiens caraïbes autochtones) tout en faisant la part belle aux peintures d’un artiste local renommé : Pen Cayetano. Nous avons aussi jeté un œil à la cathédrale construite avec des briques venue d’Angleterre et qui servaient au ballast des bateaux d’esclaves, ainsi qu’à l’étonnant phare construit en l’honneur d’un navigateur anglais admirateur du pays depuis son bateau ancré dans le port et qui, sans y avoir jamais accosté, a légué une partie de sa fortune au gouvernement juste avant de mourir 2 mois après son arrivée. Sa tombe est au pied du phare…

    Le port de peche est peu actif ce dimanche
    Le port de pêche est peu actif ce dimanche. Même les pélicans sont au repos !
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    il y a eu un artefact étrange au moment de la composition de la photo… finalement je le laisse…
    Un petit lot de peintures murales prs de lembarcadre des ferries
    Nous avons déniché un petit lot de peintures murales près de l’embarcadère des ferries
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    Ce musée consacre aussi une exposition permanente à l’esclavagisme local, développé au XVIIIème siècle par les colons britanniques pour l’exploitation de la forêt, mais très particulier en ce sens qu’une sorte de solidarité entre les esclaves et de leurs maîtres a permis de repousser les tentatives de récupération espagnoles et finalement d’amorcer la fondation du pays au début du siècle suivant. Il faudra attendre encore 150 ans avant qu’il ne deviennent indépendant. Malgré la précession par les Mayas et l’arrivée ultérieure d’Espagnols et de Garifunas, les descendants d’esclaves et de colons britanniques présents au moment de cette bataille victorieuse contre l’Espagne, dénommés Créoles, n’hésitent pas à faire valoir que sans eux le Belize n’existerait pas. Ce qui est évidemment contesté par les autres populations.

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    La visite se poursuit par les extérieurs de la cathédrale. Construite avec des briques venues d’Angleterre et servant comme ballast dans les bateaux négriers. Sur le panneau ils disent juste « venues d’Angleterre »…

    Le Grand Trou Bleu

    C’est une merveille de la nature, une grotte formée il y a plus de 150 000 ans et dont le toit a fini par s’effondrer lorsque le niveau de la mer est monté. Si l’on reste au niveau de l’eau, c’est paraît-il un paradis pour les plongeurs avec des fonds descendant jusqu’à 120 m. Nous avons choisi pour notre part de l’observer du ciel. Un cadeau que nous nous offrons pour notre récent anniversaire de mariage.

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    Des cartes d’embaquement originales…

    Nous choisissons la compagnie Tropik Air, qui promet une place hublot systématique et un maximum de 11 passagers. Mais comme nous sommes les seuls passagers du jour, on nous octroie un avion privé, un petit Cessna 182, rien que nous, et je suis en place copilote !

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    Un petit Cessna rien que pour nous ! Et le pilote avec bien sûr…
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    Nous survolons les îles qui bordent le continent, puis la barrière de corail, la seconde plus longue du monde après sa sœur australienne. Les couleurs sont magnifiques, même si le ciel est un rien voilé. Après 30 mn de vol, nous parvenons au-dessus de cet œil géant, un disque bleu sombre parfait qui tranche avec les couleurs plus claires du petit récif corallien qui l’entoure. Un bateau est au mouillage, attendant probablement des plongeurs. Un autre arrivera un peu plus tard. Le pilote fait 3 fois le tour du Grand Trou Bleu, nous laissant le temps de bien l’admirer, avant de longer la barrière de corail jusqu’à une épave puis de reprendre la route du retour.

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    Et voilà la merveille ! Nous avons tourné plusieurs fois autour
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    Passage au dessus d’une épave sur la route du retour

    Vraiment une expérience exceptionnelle !


    Le Zoo du Bélize

    Si nous ne sommes pas fans des zoos classiques, préférant voir les animaux dans la nature que dans des cages, nous aimons bien ceux qui hébergent les animaux blessés ou orphelins avec l’idée de les remettre dans le milieu naturel si c’est possible. Et c’est bien le cas ici. De plus, s’il y a bien des cages grillagées, la plupart des enclos sont larges et laissés avec la végétation d’origine que le climat tropical n’a aucun mal à entretenir. Comme dans un refuge que nous avions vu au Canada, une pancarte raconte l’histoire de chaque hôte et donne des conseils pour que la situation ne se reproduise pas, comme par exemple éviter d’accueillir comme animaux de compagnie des espèces qui ne s’y habitueront pas.

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    Coatis, jaguarundi et tapir
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    Ara, pélican brun et aigle harpie

    Nous avons pu avoir ainsi une idée plus précise de la faune du Belize, et même de sa flore avec quelques arbres impressionnants comme ce ceiba (alias kapok) de 30 m de haut et tout cela dans un environnement agréable et bienveillant.


    Camping Paradis ?

    Depuis le Yucatan, nous ne bénéficions plus de la fraîcheur des montagnes et il est quasi impossible de dormir les fenêtres latérales fermées. Pour des raisons de sécurité, nous allons plus souvent qu’auparavant passer la nuit dans des campings, ce qui nous permet de tout laisser ouvert en grand. Les prix sont modiques, mais le confort est en rapport…


    La capitale de béton

    Puisqu’elle était sur notre route, nous avons traversé la capitale du pays, Belmopan. Ce n’est qu’une petite ville de 30 000 habitants, construite de toutes pièces entre 1964 et 1970 après que Belize City ait été ravagée par un ouragan en 1961. Belmopan est à 35 km des côtes, le risque est bien moindre. Le problème est que le gouvernement britannique qui détenait la colonie à l’époque (le Honduras Britannique) n’a versé que la moitié des fonds promis, et la ville a un petit air d’inachevé, surtout concernant les bâtiments administratifs. Mais elle fait des efforts, et l’installation récente de l’Université du Belize devrait relancer l’économie.

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    Le parlement entouré de bâtiments administratifs. Théoriquement il est en forme de temple maya. Théoriquement.

    Conserve d’iguanes

    Nous l’avons découvert à un carrefour où un jeune homme brandissait, au lieu des habituelles boissons rafraîchissantes, des iguanes aux automobilistes de passage : les béliziens mangent ces reptiles ! Aussi, quand nous avons vu à San Ignacio ce petit conservatoire des iguanes, nous n’avons pas hésité. Une intéressante visite qui nous en a beaucoup appris sur les 2 espèces locales : les iguanes verts (qui deviennent gris en grandissant) qui sont plutôt arboricoles et en voie d’extinction, leur chair ayant malheureusement meilleur goût (surtout les femelles en gestation) que l’autre espèce, les iguanes noirs, vivant plus près du sol et consommant toutes les espèces peu ragoutantes qui y traînent. Ici vous l’avez compris on protège surtout les iguanes verts, recueillant et protégeant leurs œufs et les juvéniles qui en naissent, améliorant ainsi fortement le taux de survie qui est de moins de 10% dans la nature. La visite se termine par quelques photos de famille avec ces iguanes peu farouches, avec tout de même le message de prudence que ceux-là sont l’exception : dans la nature, les morsures et les violents coups de queues peuvent entraîner des blessures sévères.

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    Ça se passe à San Ignacio, près de la frontière guatémaltèque

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    Ensuite nous sommes invités à prendre la pose avec les habitants du lieu

    Haricots-riz-coco !

    Ce presque chant-du-coq n’annonce pas l’heure du petit-déj mais celle du déjeuner. Loin de nous l’idée de consommer des iguanes en voie d’extinction, mais nous avons tout de même envie de goûter à la cuisine locale. Un doux mélange d’influences mexicaine, guatémaltèque et caraïbe. Les tortillas de maïs côtoient ici les galettes de manioc (kassav, vous connaissez ?). Le poisson fraîchement pêché est facilement accessible. L’accompagnement comporte toujours une part de riz et haricots rouges cuits dans du lait de coco. Simple et savoureux. La bière locale Belikis est sur toutes les tables et excellente. Et pour le dessert un petit gâteau au chocolat s’impose : le pays aurait été le premier à produire du cacao. Descendance maya oblige.

    Cuisine bélizienne

    Vous reprendrez bien un peu de maya ?

    Dans la même ville se trouve le site maya de Cahal Pech. Sa particularité est d’avoir le joli prénom du fils de notre grand copain, et des portes partout. Peut-être cherchait-on ici les courants d’air ? Les architectes mayas construisaient toutes leurs portes sur le principe de l’encorbellement : chaque pierre repose sur la précédente, en dépassant un peu, donnant cet aspect triangulaire à leur sommet et aux plafonds des couloirs. L’intérêt est l’absence de clé de voûte et donc une plus grande facilité de réalisation. L’inconvénient est que les portes sont assez étroites. Mais à l’époque où les sacrifices humains étaient monnaie courante, on n’en menait pas large…

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    Le site maya de Cahal Pech avec toutes ses portes

    Rencontre avec un artiste de Beliwood

    Après quelques routes bien poussiéreuses, Roberto avait besoin d’un bon lavage. Nous sommes allés dans un « car wash » et, le temps que l’opération se fasse, nous avons fait une pause dans la boutique-bar autour d’une Belikin bien fraîche. Le barman, un beau jeune homme bodybuildé au crâne rasé, engage la conversation. Très jovial et charismatique, il nous apprend qu’il est chanteur et acteur, ayant joué dans plusieurs films comme Jurassic Attack (2013) ou Les 7 aventures de Sindbad. Naturalisé américain, il est natif du Belize et n’en a pas oublié ses racines, chantant notamment du punta rock, la musique des Garifundas (voir plus haut). Il a manifestement du talent et nous lui souhaitons une belle carrière. Vous pouvez retrouver quelques unes de ses œuvres ici ou .


    C’est déjà fini… Un peu moins d’une semaine après notre arrivée, nous quittons déjà le Belize, conquis par ce petit pays qui donne envie d’y revenir. Destination le Guatemala pour d’autres découvertes et un émouvant retour en arrière de 25 ans. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, vous en saurez davantage dans le prochain article. A très bientôt !

    Parcours au Belize
    Parcours au Belize, en version zoomable ici

  • 69. Bonjour (au revoir) Québec

    Du zoo sauvage de St Félicien aux rives du lac Témiscamingue, des mines d’or aux mines de cuivre, des longues forestières du nord aux zones agricoles colorées du sud, nous profitons jusqu’au bout de cette fin de parcours au Québec dont la francophonie si particulière et la gentillesse des gens nous auront enchanté. Nous laisserons le qualificatif « libre » à De Gaulle mais nous pouvons dire sans hésiter : vive le Québec !

    Des humains pour distraire les animaux

    C’est un peu la philosophie de ce « zoo sauvage de St Félicien ». Préserver un gros bout de nature avec forêts, prairies, rivières, etc. pour y placer en demi-pension (certains repas sont fournis, d’autre pas) des animaux adaptés au climat du coin. Et pour que les animaux ne s’ennuient pas, on met des grappes d’humains dans des cages et on fait circuler ces cages pas trop loin d’eux. Certes, le concept n’est pas unique, mais il correspond bien à notre façon d’aller à la rencontre des animaux. Si un gorille me tendait une banane, j’en serais ravi… Alors nous sommes montés dans la cage et avons suivi le parcours imposé en guettant la faune qui décide ou pas de se montrer. Les bisons et les ours, peu farouches, longeaient volontiers notre petit train sur roues. Les chiens de prairie, très curieux, semblaient guetter notre passage debout sur leurs terriers. Les autres animaux aperçus (loups gris, cerfs de Virginie, caribous, semblaient quant à eux indifférents, poursuivant leur sieste ou leur rumination, y compris à ma grande déception ce grand orignal se désaltérant au bord du lac, cachant ainsi ses bois typiques et magnifiques. Une partie du zoo, plus classique mais avec tout de même de grands enclos, nous a permis d’observer d’autres espèces de la région boréale. Je vous en mets quelques-unes en photos et vous propose après un petit quiz. Oui oui, déjà !

    Et voici donc le quiz :

    1°) Comment appelle-t-on le petit du bison ? A. un bisonneau ? B. un bisonnet ? C. un bisounours ?

    2°) Comment dit-on « bison, iciparvient » en verlan ?

    3°) De ces 3 affirmations sur le castor, laquelle est juste ? A. son petit s’appelle le castor junior ; B. l’huile de castor provient de sa glande anale ; C. il mange ses excréments

    4°) Comment appelle-t-on le petit du chameau ? A. un chamelet ? B. un chamelon ? C. un chamaleau ?

    5°) Comment appelle-t-on autrement le carcajou ? A. le glouton ? B. le gulo gulo ? C. la belette boréale ?

    Réponses à la fin du paragraphe suivant


    La grande traversée

    A la sortie de St Félicien, le panneau est clair : prochaines stations-services à 1 puis 249 km. Nous vérifions la jauge, respirons un bon coup puis nous nous engageons dans cette traversée des régions du nord du Québec qui nous fera monter un peu au-dessus du 49ème parallèle. Un peu plus de 600 km prévus jusqu’à Val d’Or, pas forcément dans la journée car nous sommes autonomes. Une route au revêtement tout à fait honorable – je m’attendais éventuellement à de la terre, peu fréquentée, bordée de jolies fleurs multicolores, qui fend un paysage de type taïga avec forêt dense et nombreux lacs. Deux ours noirs nous feront l’honneur de leur brève apparition. Deux petites villes rompront la monotonie du paysage, ainsi que de rares maisons isolées qui interrogent sur les motivations de leurs occupants. Les zones d’habitation représentent 0,5% de la surface de la région administrative du Québec dans laquelle nous venons d’arriver, et qui porte le nom tout simple d’Abitibi-Temiscamingue. Je vous laisse le soin de dénicher sur Internet le gentilé tout aussi savoureux. Après 500 km, nous trouvons une petite aire aménagée – parking + toilettes sèches + rampe à bateaux – au bord d’un lac et décidons de nous y arrêter pour la nuit. Tout au long de cette belle route tranquille, nous avons écouté les 8 épisodes d’un balado relatant l’histoire d’un québécois ayant, à l’aide de son petit avion, saboté les lignes haute-tension et plongé dans le noir une grande partie de la région. Si comme nous vous avec envie de vous immerger dans la langue québécoise, le lien est ici. Au fait, un balado est l’appellation locale d’un podcast.

    Réponses au quiz du paragraphe précédent : 1.A ; 2.Zombi, vient par ici ; 3.C ; 4.B ; 5.AB


    Un ménage juteux

    Nous sommes ici à Val d’Or, célèbre pour sa mine aurifère exploitée de 1935 à 1985, ce qui est plutôt long pour une mine d’or. C’est parce que le minerai était particulièrement riche, permettant d’extraire 6,3g du précieux métal par tonne. Tout le processus de fabrication, de l’extraction au coulage des lingots est expliqué de façon démonstrative. On entre d’abord dans les entrailles de la mine après avoir décroché sa tenue de la « salle des pendus » et s’être équipé de casque, lampe et ceinture. D’abord dans un chariot motorisé d’époque circulant dans des boyaux étroits où il faut régulièrement baisser la tête pour ne pas accrocher le plafond, puis à pied dans les galeries sombres et humides. Tout est bien sûr émaillé de petites anecdotes, notamment sur la façon dont les ouvriers tentaient de ramener quelques morceaux de minerai en les cachant dans le seul objet qu’ils avaient le droit d’emmener et de ramener : leur savon. Mais le meilleur est pour la fin : à la fermeture de l’usine, une entreprise spécialisée a été chargée de faire le ménage en récupérant entre autres la moindre particule de poussière piégée dans les coins ou derrière les radiateurs de la salle de broyage. Un ménage qui a rapporté gros une fois l’or extrait de cette poussière : pas loin de 900 000 dollars canadiens, soit près de 670 300 euros !


    Le zoo paralympique

    Rien à voir avec le zoo sauvage évoqué précédemment : ce refuge accueille bien des animaux sauvages, mais pas ceux genre le petit panda roux tout mignon qui attire les enfants et augmente les ventes de peluches dans la boutique. Il est destiné aux éclopés, aux tombés du nid, aux victimes de chauffards, aux amputés d’une patte ou d’une aile, aux bébés devenus orphelins grâce au chasseur qui a tiré sur leur mère. Tous les pensionnaires ici ont une histoire, décrite sur la pancarte devant leur cage ou leur enclos. Certains sont là temporairement, le temps de se retaper ou de se sevrer avant d’être relâchés dans la nature. D’autres sont hébergés au long cours, incapables de vivre sans assistance humaine, parfois à cause des premiers contacts humains justement (si vous rencontrez un animal en difficulté dans la nature, prévenez les autorités mais surtout n’y touchez pas). ). Ce fut en tout cas une visite touchante, dont nous vous rapportons quelques portraits.


    Dyn-Amos

    Nous étions venus à Amos pour le Refuge Pageau et ses animaux handicapés. Quitte à être là, nous avons poussé jusqu’au centre-ville pour en respirer l’ambiance. Nous nous sommes présentés à l’office du tourisme, aussi fleuri qu’accueillant et riche en renseignements. De nombreuses activités insoupçonnées sont proposées par la ville, si dynamique que je leur aurais bien proposé le slogan ci-dessus, mais qui n’est pas de si bon goût. Le seul vrai bon goût est celui de l’eau de la ville, qui serait la plus pure du monde grâce à son système de filtration naturel par des moraines glaciaires qui contiendrait parait-il aussi des diamants. Jetez un œil si vous voulez sur les multiples attractions de la ville. Limités par le temps pluvieux, nous nous sommes contentés de la cathédrale, de la maison Hector-Authier (un notable qui a quasiment mis en place toute la région), et le centre d’exposition tout aussi moderne que gratuit où nous avons visionné des documentaires sur l’histoire de la région en réalité virtuelle et une exposition sur le thème du voyage en réalité augmentée. Dynamique je vous dis !


    Mauvaise mine

    Rouyn-Noranda est la capitale de la région de l’Abitibi-Témiscamingue. Désolé pour les noms, mais je peux tout expliquer. Rouyn et Noranda sont deux villages fondés en 1926 sur le site d’une mine de cuivre fraîchement découverte. Rouyn est le nom d’un militaire lorrain s’étant illustré lors de la dernière bataille des franco-canadiens contre les anglais. Noranda résulte …d’une erreur d’imprimerie : elle devait s’appeler NordCanada. Les 2 villes ont fusionné, tout comme le cuivre qu’elles produisent, en 1986.

    Abitibi et Témiscamingue, c’est à cause des Cris. Désolé pour les noms mais je peux tout expliquer. Les Cris font partie des premières nations du Canada, et à ce titre ils ont eu le loisir d’appeler les montagnes, les forêts et les lacs comme ils voulaient. Et justement, Abitibi et Témiscamingue sont les noms de deux importants lacs de la région, le « lac du milieu » et le « lac sans fond » en langue crie, vous devinez pourquoi.

    Quant aux Cris, leur nom est le diminutif de l’appellation française du village Kenisteniwuik. Désolé pour le nom mais je peux tout expliquer, mais plus tard parce que ce n’est pas le sujet.

    A Rouyn-Noranda se trouve donc une importante mine, qui produisait principalement du cuivre, mais aussi de l’or et de l’argent. Aujourd’hui l’extraction a cessé, seule la fonderie fonctionne, notamment en recyclage. Le problème c’est qu’elle laisse échapper de l’arsenic par ses grandes cheminées. Une étude récente, qui retrouve un taux plus élevé qu’attendu de cancers du poumon dans la ville, fait actuellement polémique dans les médias. L’usine serait menacée de fermer si elle ne réduit pas ses taux.

    Je me demandais aussi pourquoi la visite était gratuite… En fait nous avons tout de même tenté d’y aller, mais, selon les agents d’accueil qui n’avaient pas si mauvaise mine, ça reste fermé aux visiteurs depuis la crise sanitaire. Oui mais laquelle ?

    Rouyn-Noranda possède tout de même quelques atouts :


    Pause magasinage

    En guise de trou normand, entre deux chapitres, voici quelques trouvailles repérées en allant « magasiner », c’est-à-dire faire nos courses. D’abord une sélection de fromages un peu surprenants, puis quelques boissons qui ne gagnent probablement pas à être bues. Enfin à vous de voir !


    Au temps de la traite des brunes

    Oui des brunes, parce que les fourrures d’ours blancs ne faisaient pas partie a priori de ce commerce appelé « la traite » aux 17è et 18è siècle. C’est au Fort Témiscamingue, bâti au bord du lac éponyme par les Français en 1720 que tout cela se passait.

    La position géographique était idéale. Les indiens Algonquins y venaient depuis la baie d’Hudson vendre les peaux de phoques, de loutres, de visons et de castors que les « voyageurs » d’origine européenne transportaient ensuite à Montréal. Dans les deux cas, le transport se faisait sur des canoés en écorce de bouleau, lors de navigations exténuantes de 25 jours sur des rivières tumultueuses.

    Le site très pédagogique montre en détail la fabrication de ces embarcations, la vie des gens dans ce fort qui n’avait rien de militaire. De nombreuses maquettes et personnages à l’échelle permettent de mieux se rendre compte, et des animateurs, le plus souvent des jeunes en job d’été, sont là pour répondre aux questions.

    J’ai eu l’occasion d’essayer un chapeau haut de forme en fourrure de castor. Nous avons apprécié aussi la balade dans la « forêt enchantée », où après l’abattage de presque tous les pins pour la construction des maisons du fort, des jeunes pousses de cèdres les ont remplacés, en prenant cet aspect tordu encore inexpliqué.

    Un seul bémol : la rareté des visiteurs alors que nous sommes en haute saison touristique. Ce n’est pourtant pas le prix d’entrée qui freine les visiteurs (3,50€), alors où sont-ils ? Et cela concerne la totalité de notre parcours récent : alors que nous nous attendions depuis le début des vacances scolaires à rencontrer des difficultés pour accéder aux lieux touristiques ou pour nous garer, il n’en est rien : les attractions ne sont guère plus fréquentées qu’en juin, les parkings sont facilement accessibles le jour et nous sommes la plupart du temps seuls sur nos lieux de stationnement nocturnes. C’est tant mieux pour notre tranquillité, mais cela pose question.


    Bonjour le Québec

    Autant vous dire tout de suite, si vous avez bien suivi, « bonjour » en québécois s’emploie pour dire « au revoir ». Nous venons donc de terminer notre parcours québécois et quittons la province avec regret. Nous y avons été particulièrement bien accueillis, et nul doute que la francophonie a beaucoup aidé. Et puis quelle francophonie ! Nous avons adoré entendre parler les Québécois. Un langage coloré, imagé, avec des tournures dont certaines rappellent le passé tandis que d’autres au contraire apparaissent terriblement modernes dans leur lutte active contre la dominance de l’anglais. Les meilleurs exemples sont la francisation des enseignes KFC et Starbucks Coffee, devenues respectivement PFC (Poulet Frit du Kentucky) et Starbucks Café. Mais nous en avons découvert beaucoup d’autres, qui nous font réaliser que nous autres Français nous nous sommes complètement laissés envahir. C’est ainsi que nous avons écouté des balados, déjà évoqués au début de l’article, que nous ne nous étonnons plus lorsqu’on nous propose de taper notre code NIP (1), lorsque des sites Internet nous demandent d’accepter des témoins de navigation (2) ou quand un préposé d’accueil veut nous remettre un pamphlet (3). Nous savons maintenant ce qu’il y a derrière les portes des salles de bains (4) ou des vidanges (5), et ce que récoltent régulièrement les gens à la cueillette (6) des supermarchés. Nous disons désormais « pour dîner (7) » en nous présentant à un restaurant vers 13h, nous demandons la facture (8) à la fin du repas et nous ne prendrons surtout pas le risque de choquer quelqu’un lui demandant s’il (elle) emmène ses gosses (9) en vacances.

    Pour ceux qui aimeraient en savoir plus, ou pour notre ami Yann qui vient de s’installer à Montréal, vous pourrez trouver ici un lexique assez détaillé des mots ou expressions québécoises les plus usitées.

    (1) code PIN, (2) cookies, (3) dépliant ou flyer, (4) WC, (5) poubelles, (6) pick-up, (7) petit-déjeuner, car à midi au Québec on dîne et le soir on soupe, (8) addition, (9) testicules


    En franchissant la rivière des Outaouais, nous sommes passés dans la province de l’Ontario. Même si le Français reste l’une des deux langues officielles, il n’est plus parlé ici que par une minorité de la population. Autant nous remettre à l’Anglais, qui va maintenant nous accompagner jusqu’au sud des États-Unis.

    Alors, see you soon !

    Ci-dessous la carte du parcours correspondant à cet article et les boutons pour commenter ou vous abonner