Étiquette : plage

  • 168. Toujours dans le désert

    168. Toujours dans le désert

    Nous n’en sommes qu’au début du désert d’Atacama qui n’est pas loin de couvrir le quart du nord du Chili avec plus de 1000 km de longueur. 105 000 km² de sable et de roches, 4 000 km² de lacs salés asséchés. On trouve tout de même ça et là quelques oasis, dont celle de l’une des villes les plus touristiques du Chili : San Pedro de Atacama.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Dernière plage

    Nous quittons la côte avant de nous enfoncer dans l’intérieur du pays. L’occasion de confirmer que les plages – du moins celles que nous avons vues – n’attirent pas les foules, même en période de vacances scolaires. Il faut dire qu’avec le courant de Humbolt (l’inverse de notre Gulf Stream) venu de l’Antarctique, l’océan Pacifique est plutôt frais tout le long de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. A Valparaiso, l’eau de mer atteint au grand maximum 18°C au cœur de l’été, alors qu’à Casablanca, ville de latitude équivalente dans l’hémisphère Nord, on est plus proche des 23°C. A notre niveau, Caldera, de même latitude équivalente que Nassau, c’est 21°C maximum contre 29°C pour la capitale bahaméenne. Nous nous contenterons donc d’un joli lieu de bivouac.

    Au cours de notre progression dans le désert d’Atacama, nous croisons de nombreux chemins de traverses menant à des mines. Voire même lors d’une pause déjeuner au milieu de nulle part, nous trouvons dans des tas de cailloux de jolies pierres aux reflets verts. Difficiles à identifier, même avec Google Lens qui me propose au moins 10 minéraux différents. Le secteur minier est le secteur-phare de l’économie chilienne. Il est le premier employeur du pays (11% des emplois) et représente 60% de ses exportations, ce qui le rend sensible aux variations de cours et freine la diversification. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, le second en lithium, le 3ème en molybdène et le 7ème en argent. La première entreprise minière mondiale est la société Codelco, détenue à 100% par l’état chilien et dont deux de ses engins géants sont exposés à l’entrée de la ville de Calama.


    Les yeux et la main du désert

    Le désert d’Atacama, c’est connu, est propice à l’observation du ciel, grâce à une altitude élevée (2500 à plus de 5000m), une pluviosité rare (moins de 100 mm par an) qui associée à une faible humidité de l’air donne un ciel dégagé plus de 300 nuits par an, et puis une faible pollution lumineuse. Normal, c’est le désert ! Conséquemment, 70% des observatoires du monde s’y sont installés, dont beaucoup sont plurinationaux. Nous avons fait un léger détour pour passer voir les installations du Very Large Telescope du Cerro Paranal, à 2635 m d’altitude. C’est en fait un ensemble de 4 télescopes de 8,20 m de diamètre qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément, géré par l’Observatoire Européen Austral (ESO). Des visites sont organisées pour le public mais seulement de jour et le week-end, et il faut s’inscrire longtemps à l’avance. Un voisin est presque fini de construire à 20 km de là, très prometteur avec son miroir de 39 m de diamètre. Nous le verrons briller de loin, mais sans possibilité de s’approcher. Grâce à nos bivouacs en nature, nous nous contentons d’apprécier les magnifiques ciels étoilés de la région. Peut-être que nous pourrons participer à une expédition nocturne dans une prochaine étape, mais tout est souvent verrouillé pas mal de temps à l’avance et nous n’avons pas envie de casser notre liberté avec des rendez-vous précis.

    Après 400 km de route ce jour-là, nous sommes toujours dans le désert. Et nous décidons de nous laisser prendre par la main pour y passer la nuit. La main du désert, c’est une sculpture au milieu de nulle part, une main géante qui semble sortir du sable pour nous faire un signe désespéré. Ce serait d’ailleurs la signification voulue par l’auteur, montrer la vulnérabilité et l’impuissance humaine. Malgré l’isolement, le lieu est assez visité car visible de l’autoroute à 450 m de là. Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à y passer la nuit, entre un groupe de motards venus planter leur tente assez loin et un poids-lourd venu se reposer tout près. Cette main surgissant du sable nous en a rappelé une autre, vue sur une plage d’Uruguay il y a de cela 7 ou 8 mois, et ça n’est pas une coïncidence : elle est du même artiste chilien, Mario Irarrazabal. Et puis encore une autre, plus récemment à Puerto Natales au sud du Chili. Mais là c’est une tentative de copie.


    Les deux faces d’Antofagasta

    L’arrivée dans cette grande ville minière de la côte Pacifique n’est pas des plus réjouissantes : montagnes de résidus de minerais, alignements de camions-bennes à n’en plus finir et larges bas-côtés couverts de baraques de tôle, de pneus et de poussière donnent envie de vite poursuivre la route vers une autre destination. Mais il faut savoir gagner le centre historique et le port. La vieille gare, les bâtiments de style colonial, la place centrale avec sa tour de l’horloge qui carillonne sur les mêmes notes que Big Ben toutes les heures (normal, elle a été offerte par les Anglais) et la jetée en bois avec ses lions de mer ont un charme certain, même si le trafic routier est un peu trop envahissant. Nous déjeunerons au restaurant pour la première fois depuis notre retour, d’une bonne viande chilienne pour Claudie et d’un excellent ceviche pour moi. Le seul malheureux était Roberto, garé très en pente à l’entrée d’un parking couvert dont la limite de hauteur à 2,15m n’était pas signalée. C’était la seule place possible, mais il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il se renverse !


    Les fantômes du salpêtre

    Au XIXe siècle, l’extraction du salpêtre battait son plein au Chili dans le désert d’Atacama, et de nombreux villages poussaient comme des champignons pour héberger tous ceux qui venaient profiter de ce que l’on pourrait appeler la fièvre du nitrate ou encore la ruée vers l’or blanc. Au début du XXe siècle, on trouva le moyen de synthétiser le salpêtre, ce qui fit péricliter toute cette activité. Ce ne fut pas forcément une mauvaise chose pour les mineurs qui perdaient leur santé dans ce travail harassant, mais forcément, ce la les obligea à quitter les lieux. C’est ainsi que l’on trouve dans la région de nombreux villages fantômes. Nous nous sommes arrêtés pour jeter un œil à celui appelé Pampa Union. Il ne reste guère que les murs des bâtiments, dont la faible résistance au temps semble montrer qu’ils ont été construits à la hâte. Le mieux conservé, si l’on peut dire, c’est le cimetière, empli de petites tombes en terre entourées d’une grille de bois ou de métal. Le long d’un mur, des caveaux contiennent encore des cercueils dont le contenu a manifestement été transposé ailleurs. Mais les âmes sont peut-être restées, de nombreuses histoires circulent sur des fantômes se promenant et hurlant la nuit dans ces villages…

    Nous prévoyons de visiter d’autres villages abandonnés sur notre route, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. C’est d’importance majeure dans la région.


    San Pedro de Atacama

    C’est l’une des destinations touristiques phares du Chili, alors il y a du monde. D’autant que le village, charmant avec ses rues en terre et ses murs en adobe, n’est pas très grand. Deux ou trois rues principales concentrent l’essentiel des besoins des touristes : hôtels, bars, restaurants, boutiques de souvenirs, et surtout agences de voyage car on vient ici principalement pour découvrir l’environnement. Si le paysage visible depuis San Pedro de Atacama est déjà superbe, avec ses montagnes lunaires, sa coulée verte et son arrière-plan de volcans, la plupart des sites à visiter nécessitent d’être véhiculés. Certaines excursions durent même plusieurs jours, notamment celles qui vont au Salar d’Uyuni en Bolivie. Arrivés dans l’après-midi, nous commençons par nous trouver un joli coin dégagé pour passer la nuit. Nous visitons le centre-ville le lendemain, avant de nous éloigner un peu vers une réserve de flamants roses qui, complètement asséchée, n’en comportera aucun. Nous passons la nuit dans une petite forêt.

    Certaines photos ont une histoire particulière. En voilà une où le hasard a transformé un cliché ordinaire en image insolite :

    Le lendemain, nous réfléchissons à la suite potentielle des visites, mais, à lire les commentaires des autres voyageurs sur notre application, rien ne nous tente. Les geysers d’El Tatio ne se réveillent qu’entre 6 et 7 heures du matin, il faut dormir à plus de 4000 m d’altitude et faire la queue le matin derrière une longue colonne de minibus. Comment cela peut-il être mieux que le merveilleux site de Yellowstone, accessible le jour entier et avec des températures clémentes ? Différents bassins d’eau thermale ou très salée nous tentaient, mais les commentaires font état de températures plutôt basses, genre 11°C le matin. Brrr ! Quand aux montagnes colorées finalement sans couleurs et au « bus magique » qui attire les foules alors que ce n’est qu’une épave taguée de bus rouillé en plein désert, bof. Nous aurions bien participé à une sortie nocturne pour voir les étoiles, mais le ciel habituellement clair s’est mis à se couvrir la nuit pendant notre séjour. Alors nous décidons de quitter la ville et de reprendre notre route vers le nord. Mais cela ne va pas se passer comme prévu…


    Mon permis confisqué !

    Nous quittons San Pedro de Atacama par la route principale. Très vite, les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans le désert. Nous sommes toujours pourtant dans les limites administratives de la ville (qui ne sont indiquées par aucun panneau) avec une vitesse limitée à 50km/h. Malheureusement, un policier de brigade mobile me flashe à 69 km/h. Je ne conteste pas, il remplit les papiers et je m’attends à ce qu’il m’indique le montant de l’amende. Mais à la place, il conserve mon permis de conduire et me tend un papier qu’il faudra présenter au Tribunal de Police 4 jours plus tard afin de récupérer mon précieux document. En échange sans doute du paiement de l’amende. Le terme de Tribunal de Police fait un peu peur, mais il s’agit probablement d’un simple guichet administratif. Manifestement, il s’agit à la fois d’un système anticorruption en interdisant aux policiers de percevoir de l’argent et d’une garantie de paiement pour le gouvernement en obligeant à se présenter pour récupérer son permis, à l’instar des policiers mexicains qui dévissaient les plaques d’immatriculation des véhicules qu’ils verbalisaient. Il ne s’agit pas d’une suspension de permis, puisque je suis autorisé à circuler avec le papier qu’ls m’ont donné, mais c’est tout de même pénalisant.


    Changement de plans

    Cette immobilisation nous force à changer nos plans. Nous avions prévu de partir vers le nord du Chili et de quitter le pays avant l’expiration de l’autorisation de circuler de Roberto (ATV) 6 jours plus tard. Mais là, avec les 4 jours pour récupérer le permis, ça sera trop juste. Soit il nous faut demander une prolongation de l’ATV en cours, soit faire un aller-retour en Bolivie pour obtenir une ATV toute neuve. Nous avions déjà demandé pour la prolongation : celle-ci ne peut se faire qu’au bureau de douane qui nous a délivré le papier, celui de Patagonie. Mais il n’est pas obligatoire de retourner là-bas (heureusement !) cela peut se faire par courriel. Sauf qu’ils n’ont jamais répondu à aucune de nos 2 demandes. Il nous reste donc la solution de l’aller-retour en Bolivie. Le problème est que la frontière la plus proche, à 35 km de là, mais à 4500 m d’altitude, est fermée pour plusieurs jours en raison d’une tempête de neige annoncée. L’alternative est d’aller à celle d’Ollaguë, à 300 km de là, dans un secteur que nous n’avions pas prévu de visiter. Nous prenons la journée pour y réfléchir et nous remettre de nos émotions. Nous allons visiter le matin la forteresse de Quitor, datant du XIIe siècle, à l’époque où les Atacamas (premiers habitants) devaient se protéger des agressions extérieures avant d’être finalement envahis par les Incas au XVe siècle. C’est à l’état de ruines, mais le panorama vaut largement les efforts.

    L’après-midi, nous allons nous installer près d’une ancienne mine de soufre. Du jaune partout et une odeur familière certes, mais beaucoup d’immondices autour de nous et bientôt du vent fort, de la pluie et des éclairs : la tempête annoncée arrive ! Nous nous déplaçons de dessous notre arbre en attendant l’accalmie.

    La nuit ayant porté conseil, nous confirmons notre décision d’aller faire un bref saut en Bolivie pour renouveler l’ATV de Roberto. Cela nous redonnera beaucoup de liberté pour la fin de notre parcours chilien.


    Vers la Bolivie

    Nous partons vers le Nord-Est, nous rapprochant peu à peu de la frontière avec la Bolivie. La route ne cesse de monter mais s’avère spectaculaire : à droite une chaîne de volcans enneigés qui disparaissent peu à peu sous les nuages qui s’accumulent en noircissant peu à peu. A gauche, des plateaux arides dont la végétation rousse s’assortit à la couleur de la roche qui l’accueille. La circulation est très peu dense. Nous allons droit vers le mauvais temps, et une forte pluie s’abat bientôt sur nous. Générant aussi de grosses flaques sur la route assez irrégulière, qui nous font soulever de belles gerbes d’eau argilo-boueuse. Je ne vous dis pas l’état de Roberto à l’arrivée ! Nous parvenons en fin d’après-midi à Ollaguë, 3 660 m d’altitude, le poste frontière côté chilien. Une ville minière de style très far-west avec sa gare envahissante, ses maisons de bois, ses commerces quasi-inexistants. Mais du charme malgré tout. Nous décidons d’y passer la nuit et de franchir la frontière le lendemain matin. Il est prévu qu’elle ouvre à 8h30.


    Le chaos total de la frontière

    A 8h30 tapantes, nous nous présentons à la douane, nous étonnant au passage d’être seuls. Le douanier nous annonce que, en raison des conditions météorologiques, le côté bolivien n’ouvrira qu’à midi, et qu’eux vont en faire de même. Nous retournons en ville pour attendre et faire quelques photos, le soleil étant revenu. Cela dit, nous apprenons sur les réseaux que des torrents de boue ont traversé San Pedro de Atacama, que de nombreuses maisons ont été inondées. Nous avons bien fait de nous en échapper ! Nous déjeunons de bonne heure pour nous présenter à midi précis à la frontière. Mais l’ambiance n’est plus la même que ce matin : une file d’une soixantaine, peut-être d’une centaine de véhicules fait déjà la queue sur la route. Nous nous en voulons d’être restés tranquillement en ville alors que tout ce petit monde arrivait peu à peu dans la matinée. Nous aurions mieux fait de rester stationnés à la douane ! Bon, c’est fait, nous remontons l’immense file de camions jusqu’au dernier. Tout en apercevant au passage, à mi-distance, des minibus en double file à côté des camions. Nous faisons alors demi-tour, doublons la moitié des camions et allons nous installer derrière un pick-up arrivé entre temps. Une longue attente va commencer. Déjà nous n’allons pas bouger avant deux ou trois heures. La frontière est opérationnelle, mais pour les piétons seulement, et essentiellement ceux descendant des bus venant de Bolivie. De temps en temps, les poids-lourds à notre droite avancent aussi, par groupes de quatre ou cinq. Et puis c’est enfin notre tour. En fait c’est ce que nous croyions : seuls des gros 4×4 conduits par un seul chauffeur passent. Au bout de 3 heures, c’est enfin le tour des véhicules particuliers. Nous sommes envoyés 5 par 5 sous l’auvent de la douane. Autant dire que ça avance plutôt lentement. Là, nous nous retrouvons dans une queue impressionnante, mal organisée, avec 3 pauvres guichets pour tout ce monde. On nous fait changer de file plusieurs fois, c’est incompréhensible. Nous finissons tout de même par en sortir, avec le coup de tampon qu’il faut sur nos passeports, et allons déposer l’ATV de Roberto au bureau de la circulation. Nous quittons enfin le Chili. La douane Bolivienne est à 5 km de là, mais sera tout autant chaotique et désordonnée. Si la validation de nos passeports est plutôt rapide, l’établissement du permis de circuler pour Roberto va prendre 20 mn. Tout ça pour l’annuler le lendemain matin ! Nous entrons en Bolivie épuisés, après 6 heures de démarches au total pour franchir cette frontière qui avait plutôt réputation de simplicité. Peut-être ont-ils été débordés par une affluence inhabituelle liée aux intempéries, les deux autres points de passage étant fermés ? Le retour le lendemain va-t-il se faire dans les mêmes conditions ?


    Roberto libéré

    Tôt réveillés par un petit mal de crâne sans doute lié à l’altitude, nous nous insérons de bonne heure dans la file d’attente de la douane bolivienne. 1 heure avant l’ouverture en fait. Nous prenons tranquillement le petit déjeuner en observant la file de voitures s’allonger derrière nous. Des 4×4 tous couverts de boue, témoignant de la piètre qualité des routes boliviennes dans ce secteur. Et puis ça démarre. Les véhicules venant du Chili n’étant pas encore arrivés, les formalités vont aller assez vite. Nous quittons assez rapidement la Bolivie, après avoir annulé tout ce que nous avions péniblement obtenu la veille ! Il ne reste plus qu’à se reconstruire côté Chili. Là aussi, finalement, ça passe bien. Et, environ 1h30 après le début des formalités, nous voilà munis du précieux sésame pour Roberto, autorisé à circuler au Chili jusqu’à fin avril, largement plus qu’il n’en faut. Tout ça pour ça, pourrait-on penser, mais la pression qui retombe et la sensation de liberté qui la remplace font que nous ne regrettons déjà aucunement cette aventure. D’autant plus que nous allons, grâce au retour du beau temps, profiter encore mieux le fabuleux paysage de ce secteur.

    Nous nous arrêterons au bord d’un grand lac pour photographier des vigognes et des flamants roses. Et puis nous referons des courses dans un supermarché ouvert un dimanche après-midi (pour la douane il fallait que le frigo soit vide…). Et puis nous finirons au milieu du désert à une trentaine de kilomètres de San Pedro de Atacama. Où je devrais pouvoir récupérer mon permis le lendemain après-midi. En théorie…


    Delayed

    Arrivés à San Pedro, nous nous installons sur un petit parking à proximité du Tribunal de Police. Je m’y rends à l’ouverture à 14h30 (c’est un lundi). Alors que je m’attendais à une longue attente – un a priori sur la bureaucratie chilienne ? – je suis pris presque tout de suite. Je tends les papiers au guichet. On m’annonce le montant de l’amende avec d’après ce que je comprends un « discount » mais que le seul moyen de paiement du jour est un transfert bancaire. Autant dire la galère à partir d’un compte français. Mais on me dit aussi que le lendemain matin, tous les moyens de paiement seront disponibles… Qu’à cela ne tienne, Roberto est autorisé jusqu’en avril, je peux revenir demain ! De toutes façons, nous avons rendez-vous dans l’après-midi avec une famille française (un couple et 2 garçons de 5 et 8 ans) qui traverse en 2 ans l’Amérique du Nord au Sud dans un camion aménagé. Nous les suivions depuis un moment sur les réseaux et attendions le moment de les rencontrer à l’endroit où nous allions nous croiser puisque nous allions en sens inverse. Et ça c’est trouvé justement ici, à San Pedro de Atacama. Nous échangeons un bon moment sur nos aventures respectives et plus largement nos vies. La passion des voyages en famille cumulée avec la vie nomade est toujours agréable à partager entre initiés. Nous les quittons en fin de journée après l’apéro. Chacun de nous a réservé une soirée d’observation des étoiles avec une agence différente. Mais le ciel semble bien couvert ce soir. Parfois ça se dégage, parfois pas, nous verrons bien.

    Vous pouvez suivre le parcours de notre petite famille sur Polarsteps ou encore Facebook en cliquant sur les liens correspondants.


    La récup

    Retour sur la nuit d’hier soir : le ciel est resté couvert et la sortie a été annulée, pour nos amis comme pour nous. Ce sera pour une prochaine fois, en Bolivie peut-être. Dommage car les ciels étoilés exceptionnels de la région permettent normalement de belles observations, dans des ambiances souvent conviviales : pour compenser le froid nocturne on vous offre couramment Pisco Sour ou chocolat chaud… Allez, me revoilà au Tribunal de Police. Cette fois devrait être la bonne ! Je présente mes papiers. Il est possible de payer en carte aujourd’hui, mais pas ici… On me renvoie vers la mairie, à 500 m de là. Je m’y rends, je paye en carte, je retourne avec le reçu au Tribunal et l’on me rend enfin mon permis. Yesss ! Bilan de l’opération : 5 jours d’attente, 77 euros d’amende, mais un voyage libre dans le Nord du Chili grâce au nouveau permis de circuler de Roberto. Nous passons dire au revoir à nos amis français et reprenons la route du Nord.


    Du vert de gris à la coulée verte

    C’est reparti pour le plaisir de prendre son temps sur la route. Cela dit, à cause de nombreux travaux et des circulations alternées d’une longueur impensable en Europe (parfois plus d’une heure voire une demi-journée entre chaque sens de circulation), nous ne ferons que la moitié du parcours prévu. Un premier arrêt est pour la mine de Chuquicamata, inratable dans le paysage. Fierté du Chili, et pilier de son économie, elle a été la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, phagocytant tout lors de son expansion sur plus de 5 kilomètres de longueur et 3 de largeur, même la ville qui l’a vue naître. La montagne des résidus de traitement du minerai qui en résulte est aussi gigantesque que multicolore. Contrairement à l’univers, elle n’est plus en expansion, l’exploitation se poursuivant désormais en souterrain pour cesser de polluer le voisinage, dont la toute proche ville de Calama, 165 000 habitants. Tout en consommant beaucoup d’eau dans l’une des régions les plus arides du monde. Paradoxalement, le cuivre produit participe à la transition écologique, où l’utilisation des éoliennes, de l’énergie solaire et des voitures électriques nécessite beaucoup plus de cuivre que lors de l’utilisation des énergies fossiles ou des véhicules thermiques…

    Après avoir parcouru plus d’une centaine de kilomètres sans voir la moindre végétation, nous jetons notre dévolu pour la nuit sur la coulée verte de l’une des très rares rivières qui traversent le désert d’Atacama : le rio Loa. L’eau est foncée, peu incitative à la baignade, mais le paysage et la fraîcheur qui en résultent rendent l’endroit apaisant et propice à un repos réparateur. Comme d’habitude, nous serons seuls sur le lieu.

    Et vous l’avez compris, ça n’est toujours pas la fin du désert, il nous reste à découvrir l’extrême nord du Chili, rarement visité par les touristes européens lambda. C’est-à-dire pas nous ! Alors à très bientôt !

  • 133. Turquie du Sud-Ouest

    Après l’Est peu fréquenté et donc authentique, nous nous rapprochons des grands sites touristiques du centre et du Sud-Ouest, comme la Cappadoce, la Riviera turque et Pamukkale. Ces endroits plus visités seront-ils à la hauteur de nos attentes ?

    Turquie du Sud-Ouest
    Et pourquoi pas la carte du parcours en début d’article ? Toujours en version zoomable ici

    Traversée vers la Cappadoce

    Il nous faudra deux bonnes journées pour rejoindre la région de la Cappadoce, avec de beaux paysages et de tranquilles spots nature pour seules attractions touristiques. Il est toujours assez difficile de photographier des paysages en roulant, alors que cela représente somme toute une partie importante de notre voyage. A part quelques clichés glanés aux arrêts, le reste restera fixé uniquement dans nos yeux. Il faut bien garder un peu d’intimité ! Nous ferons une halte nocturne intéressante pour la suite devant le Mont Erciyes. C’est l’éruption de ce volcan aujourd’hui endormi qui a permis de former les paysages de la Cappadoce, recouvrant toute la région de diverses couches dont certaines vont donner de la couleur, et d’autres comme le tuf du relief. Cet agglomérat volcanique tendre va permettre à la nature de créer de jolis paysages (canyons, falaises, cheminées de fées, etc.) et aux humains de creuser à peu près n’importe où des abris, des églises voire des villes souterraines complètes pour se protéger des assaillants.


    Kayseri

    Kayseri est la grande ville la plus proche de la Cappadoce. Nous trouvons la ville plutôt agréable et étonnamment propre comparé au reste du pays. C’est un sujet dont j’ai peu parlé, mais, alors que nous trouvons en Turquie le plus grand nombre de poubelles à disposition de tout notre voyage (en ville c’est quelquefois une tous les cinquante mètres), le pays est jonché de détritus, lingettes canettes et bouteilles de verre loin devant le reste. On ne sait pas si le secret des espaces publics assez nets tient à une politique municipale ou bien à une éducation particulière dans les écoles, mais la preuve est là : quand on veut on peut ! Cette parenthèse mise à part, nous dénichons quelques curiosités dans la ville, comme un mausolée tournant (c’est sa construction en spirale qui donne cet effet mais rien à voir avec le restaurant panoramique de la Tour Montparnasse) dédié à une princesse, la reproduction au milieu d’un rond-point d’une tablette en argile écrite en cunéiforme reprenant le texte d’une lettre de commerce Assyrienne, un bazar animé sans le moindre touriste occidental, pas mal de magasins de tapis (la ville est la capitale turque du tapis) et quelques magasins intéressants de par leur contenu. Nous avons fait aussi un petit stop dans une concession Fiat (présent partout en Turquie) pour faire changer des balais d’essuie-glaces et compléter le niveau du liquide de refroidissement qui baissait, tout ça en quelques minutes sans rendez-vous, à peine le temps de boire le thé offert.


    Ozkonak

    Le sous-sol de la Cappadoce est un vrai gruyère. La nature y est pour une part, mais l’homme a largement profité de la tendreté du tuff volcanique pour creuser des villes souterraines afin de se protéger de ses agresseurs, et cela a commencé plusieurs siècles avant notre ère. Environ 200 villes sont présentes dans la région, nous avons choisi celle-ci, la première sur notre route. On y trouve diverses cavités correspondant à des habitations, mais aussi des écoles, des églises, des cuisines communes, reliées entre elles par de tout petits couloirs où il faut marcher courbé. Des portes à roue isolent les passages stratégiques. 4 niveaux sont visitables sur les 10 que comporte la ville, et c’est déjà pas mal. Difficile tout de même d’imaginer vivre longtemps là-dedans. A quelques kilomètres de là, le Monastère de Belha (Ve siècle) est totalement creusé dans la roche, sur le même principe. Il comporte même une chambre secrète source d’énergie positive (ce serait la raison de l’installation de moines ici) que nous avons rejointe en nous faufilant dans un couloir à l’obscurité totale. A la lueur près de nos smartphones. Un petit air d’Indiana Jones…


    Avanos

    A l’entrée nord de la Cappadoce, cette petite ville est renommée pour ses potiers (le fleuve qui la traverse serait riche en argile à certaines saisons) dont la production est affichée à tous les coins de rues et même aux intersections, ainsi que pour son vin (elle est jumelée avec Nuits-Saint-Georges). Nous n’avons acheté ni grande jarre émaillée ni caisse de rouge pour raison de place dans Roberto, nous contentant de flâner dans la ville.


    La Vallée de l’Amour

    Les cheminées des fées sont légion en Cappadoce. Parmi les plus visitées on trouve celles de la Vallée de l’Amour, dont vous trouverez aisément la signification en regardant les photos. Les fées étaient bien gâtées… En arrière-plan de cette belle randonnée, on aperçoit de grandes falaises aux couleurs roses, blanches ou rouges, qui donnent leur nom à autant de belles balades, nécessitant parfois la journée.


    Göreme

    C’est le cœur de la zone touristique. Tout ce dont ont besoin (ou pas) les visiteurs y est concentré : distributeurs de billets, marchands de glaces, cireurs de chaussures, pour commencer par les plus indispensables, et bien sûr bars, restaurants et magasins de souvenirs. La particularité, c’est que tout a été intégré dans une zone hérissée de formations plus ou moins coniques. Il a suffi d’y creuser directement les hôtels et les boutiques. Les touristes en redemandent, mais nous avons préféré la nature autour. Il est vrai que nous avons notre maison avec nous et que nous pouvons la déplacer presque partout.


    Boycott raté

    Difficile d’imaginer la Cappadoce sans montgolfières. L’aspect trop prégnant de l’invasion humaine de ce décor naturel et le paradoxe de photographier d’autres personnes qui photographient ce que vous êtes venus voir me gênait suffisamment pour que je décide a priori de ne pendre aucun cliché de montgolfière. Et puis le matin quand nous nous sommes réveillés avec une multitude de ces engins volant juste au-dessus de Roberto, j’ai craqué. J’ai tout de même réussi au cours de ce bref séjour à éviter toute intrusion de quad dans le champ de mon objectif. Ce qui est un exploit, car à l’approche de l’aube et du crépuscule, de longues files de ces engins bruyants et générateurs de poussière se forment partout. On n’ose à peine imaginer l’ambiance sur les lieux où ils se rejoignent tous. Et encore moins le nombre incalculable de selfies publiés au même moment sur les réseaux sociaux. Oui je sais, moi aussi je publie. Mais pas trop de selfies, hein ?


    Concentré de troglodytisme

    Dès les 1ers siècles de notre ère, les chrétiens arrivent nombreux dans la région et fondent monastères et églises. Pour le bâti c’est facile, il suffit de creuser dans le tuf qui est en surabondance ici. C’est ainsi que sont concentrées près de Göreme une dizaine de ces lieux de culte, protégés dans ce qui est appelé un « musée à ciel ouvert ». Les portes souvent étroites et parfois au sommet d’escaliers raides et sans rambarde ouvrent sur des salles parfois étonnamment grandes et structurées comme chez nous (nef, autel, chapelles, etc.). Les murs sont volontiers couverts de fresques dont l’état de conservation est variable mais parfois excellent. Dans plusieurs cas, les yeux de tous les personnages ont disparu. On pourrait croire à un vandalisme de la part des Ottomans qui sont arrivés plus tard, mais ce sont en fait les Grecs qui sont responsables de ces énucléations, croyant à un pouvoir miraculeux de la peinture des yeux diluée dans une boisson. Les photos étant interdites à l’intérieur des bâtiments, toutes les fresques que vous verrez ont été « empruntées » sur le net.

    Dans la même journée, nous avons gravi le rocher central de la ville d’Uçhisar, tout autant gruyèrisé que les églises précédentes. La différence est dans la laïcité, ce piton ayant abrité une grande partie de la population jusqu’à il y a peu, avant d’être livré à la foule et et à la manne touristique.

    Et pour terminer en beauté, nous sommes allés visiter 40 km plus loin la vallée de Soganli, un melting pot d’habitations et d’édifices religieux creusés dans des falaises et des reliefs rocheux. Là encore, nous jouons aux explorateurs dans des lieux abandonnés, aussi bien les habitations initiales évacuées suite au tremblement de terre de 1998 que les maisons construites par le gouvernement pour reloger les habitants qui n’en ont pas voulu. Les lieux sont aussi beaux que peu visités, l’équation étant plutôt rare.


    Le caravansérail du sultan

    C’est exactement comme cela que se traduit le nom de la ville de Sultanhani, qui comporte pourtant bien d’autres bâtiments. Mais celui-là est d’exception. D’abord parce qu’il est le plus grand caravansérail de Turquie. Dans ce pays, tout au long de la route de la soie, on en trouve un tous les 30 à 40 km, ce qui correspond à une journée de marche. Après quoi, il fallait bien que les caravaniers se reposent et pratiquent leur commerce. Ils étaient, comme leurs animaux de transport, reçus ici gratuitement, nourris et logés, et disposaient même de la mosquée au centre. Du all inclusive en quelque sorte. Aujourd’hui, les touristes sont moins bien traités, puisqu’il leur faut s’acquitter d’un droit d’entrée et payer leurs consommations au bar. Néanmoins, l’architecture vaut le coup d’œil, tout comme les femmes qui se relaient pour tisser un immense tapis, et l’exposition de tapis anciens très bien mise en scène.


    Konya, la ville sainte

    Cette grande ville de 2 millions d’habitants est à la fois l’un des plus grands centres religieux du pays, respectant les valeurs traditionnelles de l’islam via ses 3000 mosquées, et le lieu de naissance du fondateur d’un ordre dérivé de l’islam, les derviches tourneurs. Nous visiterons en premier le mausolée qui leur est dédié, mais raterons de peu la démonstration hebdomadaire de la fameuse danse au centre culturel. Mais vous n’aurez aucun mal à trouver une vidéo sur le net. Naturellement, nous visiterons quelques mosquées, découvrant au passage les magnifiques céramiques bleu turquoise* seldjoukides (une dynastie turco-persane qui domina l’empire musulman d’Orient du Xie au XIIIe siècle) et finirons par le musée ethnographique, centré sur l’artisanat ottoman. La pause restaurant n’aura pas été exceptionnelle quant aux entrées et plats de résistance dont nous commençons à nous lasser, mais nous aura encore appris 2 ou 3 choses sur les desserts.

    * Turquoise signifie « pierre de Turquie ». J’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’ici !



    Au musée ethnographique, en autres, cette arme hydride associant pistolet et hache (deux précautions valent mieux qu’une !) et ce joli set en bois pour la préparation du café turc.


    Alanya : les affres du tourisme de masse

    Nous rejoignons la Méditerranée à Alanya, en pleine « Riviera turque ». Nous n’avions pas vu la mer depuis que nous avons quitté les rivages de la Mer Noire. Eh bien ça n’est pas folichon. D’Antalya à Antioche, ce sont près de 800 km de littoral qui ont été bétonisés et livrés au tourisme de masse, principalement des Russes et des Allemands en plus des nationaux. Hotels, piscines, plages couvertes de parasols et clubs de loisirs se succèdent sans fin autour d’une 2 fois 2 voies où l’on roule à 110 km/h en pilant tous les 500m à cause des feux rouges. Nous grimpons au sommet d’une péninsule qui domine la ville et gaspillons 12 euros chacun à visiter une citadelle qui ne comporte que des murs. Nous étions sans étonnement les seuls, même les Turcs qui ne paient pourtant que dix fois moins semblaient avoir eu vent de l’arnaque. S’il fallait trouver un point positif, gardons le panorama. Revenus sur les quais en bas, nous longeons une armada de bateaux de pirates amarrés côte à côte, que tentent de remplir les vendeurs en hélant le chaland. Pourquoi des pirates ? Peut-être parce que les sirènes et leurs seins nus sont plutôt mal vues ici ?  


    Aspendos : un bel amphithéâtre mais pas que

    Nous nous éloignons de la côte de quelques kilomètres, c’est fou comme on retrouve du beau rapidement : nous sommes sur le site archéologique d’Aspendos. La majorité des visiteurs se limitent au théâtre, l’un des mieux conservés d’Asie mineure, au point d’être couramment utilisé aujourd’hui pour des représentations, dont un festival d’opéra et de ballet. 20 000 places seraient disponibles. Nous étions très peu le jour de notre passage à grimper le petit chemin qui mène à la ville haute, avec de beaux vestiges d’une agora, d’un marché couvert, d’une basilique, d’une fontaine monumentale, d’un aqueduc. Dommage.


    Antalya : les affres bis

    On se demande ce que trouvent à cette ville les 10 millions de visiteurs annuels. Certes le petit port est mignon, la vieille ville pourrait être charmante si toutes ses maisons anciennes n’étaient pas reconverties en boutiques qui vendent toutes les mêmes souvenirs. Mais le reste n’est qu’un alignement de voitures devant un alignement d’hôtels all-inclusive devant un alignement de parasols sur une longue plage de 18 km au sable douteux. Le pire c’est que beaucoup de ces touristes n’iront pas plus loin que ce séjour balnéaire artificiel et n’auront que cette image de la Turquie.

    Nous quittons rapidement cette ville étouffante à bien des égards pour gravir de jolies montagnes, traverser des prairies aux belles couleurs, laisser passer des troupeaux de chèvres. Ça change des moutons de la ville !


    Pamukkale : une merveille de la nature

    On pourrait se croire en haute montagne, proche d’un domaine skiable, en voyant surgir devant notre pare-brise ces collines d’un blanc éclatant qui tranchent sur celles plus vertes alentour. Mais la vallée dans laquelle nous roulons n’est qu’à 250 m d’altitude et les fameuses collines ne dépassent pas 600, il ne peut donc s’agir de neige à cette saison, d’autant plus qu’en ce milieu d’après-midi, la température ambiante avoisine les 32°C. Nous sommes en fait face à un extraordinaire phénomène naturel : des sources saturées en bicarbonate de calcium déposent depuis plusieurs milliers d’année du calcaire sur le sol. Petit à petit se forment de petits barrages, les travertins, qui retiennent l’eau dans de jolies piscines aux teintes bleu vert. L’afflux non contrôlé des touristes a failli dégrader totalement le site, mais les autorités ont mis un peu d’ordre dans tout ça : interdiction de se baigner (des bassins artificiels ont été créés pour les irréductibles et les selfimaniaques), interdiction de marcher en chaussures, interdiction de gravir les travertins. Une gestion complexe de l’eau est aussi nécessaire pour entretenir la belle couleur blanche et éviter les algues à certaines saisons.

    Comme pour la Cappadoce, des montgolfières survolent le site (et Roberto) le matin de bonne heure. Ce n’était pas spécialement anticipé, et cette fois nous étions les seuls à cet endroit.


    La visite est couplée avec celle de la station thermale antique de Hiérapolis, perchée juste au-dessus, qui exploitait les fameuses sources entre le IIe siècle av. J-C. et le IVe siècle ap. J.-C., pendant la période gréco-romaine. Encore un joli théâtre, un musée archéologique dans les anciens thermes, la mystérieuse porte de Pluton d’où sort un gaz mortel qui tue les oiseaux et les taureaux mais curieusement pas les prêtres eunuques, et une nécropole qui rassemble les tombes de tous ceux qui espéraient repartir guéris après avoir « pris les eaux ». Au final c’est plutôt la station qui leur a pris les os.

    La visite s’est terminée par les Bains de Cléopâtre, une piscine thermale à 36°C d’où s’échappent quelques bulles. La photo aux jolis reflets verts masque une réalité moins reluisante. D’abord rien ne prouve que Cléopâtre soit venue se baigner là. Ensuite une horrible zone commerciale a été construite autour de la piscine, où déambule une foule de touristes occidentaux dont certains en maillots de bain échancrés ou strings assez mal venus dans un pays musulman même tolérant. Les prix y sont exorbitants, le simple thé turc y coûte par exemple 6 fois plus cher que dans la ville à côté, tout en étant servi dans un gobelet en carton au lieu du joli verre tulipe habituel. Bien que plutôt fans des piscines d’eau thermale, nous avons rapidement fui cet endroit pour nous dérangeant.


    Boycott réussi !

    Le site d’Éphèse avait l’apparence d’un énième site archéologique sur notre route. Les commentaires du guide et les photos ne nous ont pas convaincus, notamment la foule qui traîne dans l’allée principale. Et puis s’est rajouté le ras-le-bol de la taxation des touristes-étrangers-vaches-à-lait. Certes l’inflation galopante que connaît le pays depuis 2022 (ça tourne à environ 50% par an avec des pics dépassant les 80% !) justifiait l’instauration d’un prix en euros qui assurerait la stabilité, mais on observe au contraire une encore plus forte inflation sur les prix en euros : de 11 € en 2022, le prix d’entrée est passé à 23 € en 2023 et 40 € en 2024, hors suppléments ! Alors que les Turcs paieront moins de 2 €. Alors que le gouvernement turc refuse l’inscription d’élèves turcs aux lycées français du pays, prétextant la non réciprocité (refus de la France d’ouvrir des écoles turques pour élèves français) j’aimerais bien voir cette réciprocité appliquée aux musées français exigeant des touristes turcs un droit d’entrée 20 fois supérieur. Agacés par tout ça, nous avons boycotté et pris le chemin de la plage…


    La plage

    Les plages ne sont pas si attirantes que ne le laissent supposer les guides, principalement en raison de la présence d’innombrables déchets, du moins pour les plages publiques ou sauvages. Il est à espérer que celles quadrillées de parasols à n’en plus finir sont un minimum entretenues, mais ce n’est pas le genre d’endroit que nous avons envie de fréquenter. Nous nous trouvons tout de même une grande plage pas trop abimée, dont le sable à l’arrière est suffisamment tassé pour que Roberto puisse rouler dessus. Une bonne brise compense l’absence d’ombre, et l’eau à peu près claire encourage à la baignade. Nous allons finalement rester deux jours ici, une sorte de week-end de vacances dans notre voyage. Nous en avons besoin régulièrement. Nous observons au passage un joyeux pêle-mêle d’occupants, des pêcheurs assis toute la journée devant leur ligne aux familles entières se baignant en burqa en passant par les couples venant faire faire leurs photos de mariage devant le coucher du soleil. Les chiens sont nombreux sur les plages, comme dans tout le pays d’ailleurs, mais absolument pas agressifs.


    Après une nouvelle pause baignade dans un autre port, nous arrivons à Izmir, la ville de tous les Danger. Le plus difficile, c’est qu’il va vous falloir attendre le prochain article pour savoir pourquoi je l’ai appelée comme ça. À bientôt !

  • 50. Anne ma soeur Anne

    Anne, ce pourrait être notre ami néerlandais Kilian, idéalement logé dans un hôtel avec vue sur le port, et chargé par nous en conséquent de nous prévenir dès que notre navire tant attendu est en vue, cet évènement étant annoncé par la compagnie le jour même.

    En ce début de matinée, à l’instar de la sœur de l’héroïne du conte de Perrault, il ne voit rien que le soleil qui poudroie (et encore assez peu car le ciel grisoie aussi pas mal) et l’herbe qui verdoie. Enfin pas trop non plus, car ça pousse assez mal sur la mer, laquelle grisoie autant que le ciel ce jour-là, mais vous l’avez compris, il ne voit rien venir. Alors nous partons tranquillement prendre notre petit déjeuner. Entre deux tartines, Anne-Kilian nous informe apercevoir au loin un navire dont la forme est compatible avec un transporteur de véhicules, c’est à dire une sorte de grosse boîte flottante bien carrée.

    Un peu plus tard, il nous envoie une première photo, celle d’un transporteur de véhicules quittant son quai, laissant donc une place libre pour le nôtre, une bonne nouvelle en soi. Notre guetteur pense que le navire à l’approche pourrait entrer dans le port dans le quart d’heure qui vient. Mais à peine cinq minutes plus tard, une nouvelle photo arrive et Kilian nous invite cette fois à carrément venir accueillir le Yokohama

    Anne ma soeur Anne ne vois tu rien venir ?

    Nous finissons notre petit déjeuner à la hâte, réglons le serveur et fonçons vers le quai le plus proche de l’entrée du port. Le transporteur de véhicules, flanqué de ses bateaux pilotes, avance majestueusement sous nos yeux émerveillés. Les appareils photos crépitent. Je filme aussi l’évènement, suggérant d’envoyer la vidéo en direct à l’amie de Kilian restée à Cancun. Nous échangeons, admiratifs, sur la ponctualité de la compagnie maritime devant cette arrivée presque à l’heure exacte après plus de trois semaines de voyage. Nous arrivons même à trouver presque belle cette grosse boîte de sardines flottante qui franchit maintenant les phares rouge et vert marquant l’entrée du chenal. Quelques minutes passent encore avant que le navire devienne suffisamment proche pour que nous puissions lire les inscriptions sur la coque. Nous y regardons à deux fois, comparons avec les photos en notre possession, et devons nous rendre à l’évidence. Ô cruelle déception : il ne s’agit pas du Yokohama !


    Aqua bon

    Nous quittons le port de dépit en suivant le Malecón, nous disant qu’en longeant la mer, nous aurions une chance d’apercevoir notre navire s’il daignait s’approcher. Après une rencontre sympa avec un pélican, nos pas nous amènent devant l’aquarium de la ville, réputé pour être le plus grand d’Amérique latine, ce qui nous incite à une petite visite. Quitte à noyer notre chagrin dans quelque chose, immergeons-nous avec les poissons ! Bon, l’aquarium n’est pas si grand, il est plutôt bruyant, la faune est assez dense dans les bassins, mais globalement tout semble bien entretenu. Le point d’orgue est un grand aquarium en forme d’anneau, au centre duquel on peut se placer pour observer requins, raies, barracudas et autres espèces capables de côtoyer les premières sans se faire croquer ou électrocuter circuler majestueusement en montrant l’exemple d’une parfaite mixité sociale. Les méduses illuminées de couleurs ultraviolettes changeantes ne sont pas mal non plus et c’est la première fois que nous observions une tortue-alligator.


    Le marchand de sable est passé (avec ses copains)

    En sortant, nous avons une petite faim, pas forcément de poisson d’ailleurs, aussi nous arrêtons-nous manger un morceau dans un petit restaurant de plage où l’on déjeune les pieds dans l’eau. Ah ça n’est pas le Nikki Beach, c’est sûr, c’en est même très loin. La toile cirée des tables est déchirée et poussiéreuse, la peinture des chaises ternie et écaillée, les parasols défraichis. Quant au sable et à la mer, ils se confondent dans une même teinte gris sale. Mais l’ambiance est là. La musique latino donne le rythme, les consommateurs sont joyeux, les gens se baignent tout habillés, parfois avec d’énormes bouées-canards. Assis à notre table, nous observons amusés le balai incessant des vendeurs ambulants qui, circulant aussi bien à vélo dans l’eau qu’à pied entre les parasols, nous proposant à tout bout de champ des babioles invraisemblables ainsi que des plats à ajouter à notre menu (plateaux d’huîtres, tacos, desserts) sans sembler gêner le restaurateur. En fait ce n’est en rien spécifique au lieu, c’est partout comme ça au Mexique ! Nous prolongeons la balade comme pour nous épuiser volontairement, et c’est avec plus d’une dizaine de kilomètres dans les jambes que nous regagnons notre hôtel. Aucune difficulté le soir pour nous endormir, nous n’aurons pas besoin de l’autre marchand de sable.


    Histoire vraie

    D’après les informations sur Internet, le Yokohama est toujours en attente au large et risque d’y rester toute la journée en raison d’un vent assez violent (rafales à 95 km/h). Nous jetons notre dévolu sur le musée de la ville de Veracruz. Au moins nous serons à l’abri. Bien qu’à peine évoqué dans les guides, il mérite tout à fait la visite qui nous prendra trois heures. Toute l’histoire de la ville est expliquée depuis les premiers Olmèques, 1800 avant JC, jusqu’à l’arrivée ratée du Yokohama hier matin. Non je blague, mais je n’arrive pas à chasser ça de mon esprit. Plus sérieusement, la ville serait née le jour où les Espagnols y ont débarqué la première fois, le 22 avril 1519, un vendredi saint, soit le jour de la vraie croix, de la crucifixion de Jésus Christ. Vraie croix, vera cruz, vous l’avez ? Initialement limitée à quelques pâtés de maisons en bois la « ville des planches » a pu se développer grâce à une île en face qui pouvait servir de refuge aux bateaux de passage. Le succès commercial attirant les pirates et les puissances ennemies, la ville et son île se sont fortifiées, devenant « la ville des remparts. Et puis vous connaissez le reste : la machine à vapeur, l’électricité, le train et l’avion sont arrivés. L’Espagne a été virée. La France et les USA qui tentaient leur chance aussi. Mais ces derniers, malins, ont réussi à implanter une usine Coca-Cola. Le ver était dans le fruit. Le pays était contaminé à jamais.




    Encore (pire) raté !

    Nous sommes maintenant lundi, le vent s’est calmé et le soleil est de retour. Des conditions qui devraient être favorables à notre transporteur de véhicules, que nous allons finir par appeler Godot en désespoir de cause. Toujours ce point fixe dans la rade sur le site de tracking. Et très peu d’activité dans le port. Les quais censés accueillir le Yokohama sont de toutes façons occupés par d’autres bateaux. Nous repartons flâner dans les rues commerçantes en attendant que ça se libère. Pas une heure sans que je jette un œil sur mon téléphone.

    Vers 15 h une mauvaise et une bonne nouvelle arrivent de Kilian. C’est la même en fait : « Maybe we missed the vessel ». La bonne nouvelle, c’est que le Yokohama est enfin arrivé dans le port de Veracruz. La mauvaise, c’est que nous avons de nouveau raté son entrée. Mais on se contentera de la première ! Allez, les choses avancent.

    Une nouvelle phase démarre où nous allons devoir attendre le déchargement des véhicules, le rendez-vous pour l’inspection des douanes puis le rendez-vous pour sortir Roberto du port. On tient le bon bout, mais qu’est-ce que c’est long !