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  • 170. Roberto en Bolivie

    170. Roberto en Bolivie

    Nous rêvions depuis longtemps de visiter ce pays, surtout après l’avoir approché de près lorsque nous étions sur la rive péruvienne du Lac Titicaca avec nos enfants en 2002. Quelquefois, la concrétisation des images que l’on se fait d’un pays n’est pas à la hauteur de l’idée qu’on s’en faisait. Les pénuries d’essence, les barrages routiers et l’état des routes (seulement 10% sont asphaltées) nous inquiètent aussi un peu. Alors la Bolivie va-t-elle nous séduire ou nous décevoir ? Nous allons bientôt le savoir.

    Carte du parcours correspondant à cet article
    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Sortir avant d’entrer

    Le poste frontière de Tambo Quemado semble d’emblée bien mieux organisé que celui qui nous avait tenu 6 heures deux semaines plus tôt. Les flux des camionneurs, des bus et des voitures particulières sont séparés dans des bâtiments différents. Une petite fiche en 6 étapes nous est remise au début, il suffit de valider chacune d’elles pour compléter le process. Et nous complèterons tout ça en 50 minutes, dont 30 pour le seul permis de circuler de Roberto en Bolivie. Nous entrons ainsi dans le pays 10 minutes AVANT d’avoir quitté le Chili, un miracle dû à la différence de fuseau horaire entre les deux pays.

    Document de passage de la frontière du Chili à la Bolivie
    Le document qui nous guide étape par étape à recueillir tous les coups de tampons nécessaires…

    Premières impressions

    Nous gagnons rapidement le village situé juste après la frontière pour tenter (en vain) d’y acquérir quelques fruits et légumes et acheter (avec succès) une carte SIM locale pour mon téléphone, SOSH ne couvrant pas la Bolivie. La puce me coûte 5 € (50 bob, la monnaie bolivienne au nom sympathique) et autant pour un forfait illimité de 12 jours que je pourrai renouveler si besoin. Plutôt pas cher. Déjà autour de nous, nous voyons circuler de nombreuses femmes en tenue traditionnelle avec chapeau rond, tresses et ample jupe plissée multicolore. Ça promet ! Côté paysage, bien que nous n’ayons fait que franchir un col, le changement est important aussi. Nous sommes dans l’altiplano, de grandes étendues planes entourées de superbes montagnes. Sur parfois un gazon vert tendre ou plus souvent des petits buissons en forme de flamme à perte de vue paissent tranquillement des centaines de lamas, vigognes ou alpagas. Avec beaucoup de petits qu’on aurait envie de prendre dans ses bras si ce n’était une certaine appréhension de la réaction haddockienne des parents. Et puis cet autre volcan majestueux, encore plus haut que le précédent avec ses 6 542m. Le Sajama est d’ailleurs le point culminant de la Bolivie. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un autre petit village appelé Lagunas, charmant avec son église de style andin sur sa place centrale. Et puis nous roulons vers notre prochaine destination : Oruro. La route est plutôt bonne et la portion qui n’était pas asphaltée s’avère cimentée. Nous ne sommes interrompus que par deux péages (environ 1 € à chaque fois) et un points de contrôle où il faudra montrer les tickets de péage. Heureusement que nous les avions gardés ! Nous terminons la journée sur un petit chemin de traverse dans une zone riche en cactus et en chullpas, les tours funéraires que construisaient les Aymaras pour abriter les restes momifiés de certains membres de leur communauté. Curieux petits édifices en adobe munis d’une porte triangulaire sur leur façade Est. Encore du typique. Au total de premières impressions trèèès favorables !


    Le soufflet retombe

    Nous arrivons à Oruro, la première grande ville depuis la frontière. Difficile d’ouvrir un guide ou un article qui ne parle pas majoritairement de son carnaval, un évènement majeur en Bolivie qui attire chaque année plus de 400 000 visiteurs. Et qui tombe la semaine prochaine. Ce qui pourrait paraître une bonne nouvelle n’en est pas une : la ville est en pleins préparatifs, avec installation en cours de nombreuses tribunes et échoppes qui prennent toutes les places de parking et rendent les rues du centre aussi bouchonnées que peu circulables, d’autant que beaucoup de monde est déjà arrivé. Après avoir tourné une bonne heure dans les embouteillages sans pouvoir nous stationner, nous avons renoncé à visiter Oruro. Les principales attractions de la ville sont inaccessibles et nous n’avons pas l’intention d’attendre 1 semaine pour voir ce carnaval. Si le côté pittoresque et culturel est indéniable, nous goûtons peu aux bains de foule et craignons les débordements et autres batailles d’eau qui accompagnent les festivités. Nous nous échappons du centre pour remplir le frigo et le réservoir de Roberto. Pas de supermarché ici, rien que des petites supérettes où manquent beaucoup des produits que nous consommons habituellement comme les yaourts et les fruits par exemple. Quant au carburant, nous n’en trouverons qu’à la 4ème station-service testée, les précédentes, outre une file d’attente impressionnante, n’avaient pas ou plus de diesel. Mais la dernière a été la bonne, ouf !

    Nous prenons la direction de Potosi, au Sud du pays. Et là encore, ça ne se passe pas très bien, une longue portion de route (30 km peut-être) s’avère être une déviation en terre suivant en parallèle la nationale en cours de réfection. Pour couronner le tout, le ciel est gris et fréquemment pluvieux. Demain sera un autre jour ?


    Notre premier marché

    Découvert par hasard dans la petite ville de Challapata où nous avons fait étape pour la nuit, il nous réconcilie d’emblée avec le pays. Pittoresque, coloré, animé, c’est un enchantement et un dépaysement total, grâce notamment aux cholitas, ces femmes boliviennes qui ont su garder leur tenue traditionnelle : petit chapeau rond, tresses, vêtements multicolores tissés et triple ou quadruple jupon de laine qui leur donne une allure inimitable. Cela nous rappelle un peu le Guatemala, où les tenues permettaient d’identifier, sinon l’ethnie, le village d’origine de ces femmes, et ceci hors de toute pression touristique.


    La feuille de coca en symbole national

    Dans ce marché et dans d’autres après, un commerce insolite est très répandu : celui de la feuille de coca disponible dans de gros sacs en toile de jute parfois ornés de tissus aux motifs autochtones, que les vendeurs détaillent en sacs plastiques comme ceux que l’on trouve de moins en moins dans nos supermarchés. La production, la vente et l’usage de la coca sont autorisés en Bolivie, mentionnés dans la constitution et encadrés par une loi de 2017 sous l’impulsion du président d’alors Evo Morales, lui-même président du puissant syndicat des producteurs de coca. Outre le côté traditionnel et culturel qui remonte aux Incas, mastiquer des feuilles de coca aide les travailleurs à trouver le surplus l’énergie nécessaire dans les environnements de haute altitude où l’oxygène est raréfié. Accessoirement, les tourismes en consomment pour prévenir ou soigner le mal des montagnes ou plus simplement pour donner l’air de s’encanailler. La tradition c’est tout à fait honorable, d’autant que la plante à l’état naturel ne crée apparemment pas de dépendance. Le seul problème est que 2/3 de la production est transformé en cocaïne.

    On trouve parallèlement sur les marchés des vendeurs de lepta, une pâte de chaux et de cendres présentée en petits bâtonnets ou galettes séchées, qui aide à donner une consistance plus homogène à la chique de feuilles de coca.

    NB. La boisson Coca Cola ne contient plus de cocaïne depuis 1929. La Bolivie en consommerait curieusement moins que les Européens alors que plusieurs pays d’Amérique latine sont dans le peloton de tête. Le premier consommateur mondial est le Mexique avec 200 litres par habitant et par an, devant le Chili et l’Argentine (130 l), les États-Unis (100l). À côté, la France est plutôt sobre en Coca (23 l) mais ça reste énorme.


    Encore un environnement spectaculaire

    À partir de Challapata, la route s’embellit de kilomètre en kilomètre. Les montagnes prennent de jolies couleurs. Les lamas nous saluent du bord des routes où ils se rassemblent comme si la végétation avait précisément là bien meilleur goût que quelques mètres en retrait, au point de justifier le danger de se faire renverser à tout moment. Des murets de pierres dessinent de jolis motifs géométriques sur les reliefs, sans doute placés là pour délimiter des parcs à animaux d’élevage, ce que nous n’avons pu confirmer qu’une seule fois malgré la multitude des emplacements observés. Peut-être qu’ils étaient davantage utilisés par les autochtones avant qu’ils ne subissent la pression espagnole ? Et puis nous voyons pas mal de petites maisons en adobe, la construction par excellence à la campagne. Beaucoup semblent inhabitées d’ailleurs, mais il est vrai qu’une maison en adobe, soit ça s’entretient, soit ça se jette… Dans certains villages traversés, nous avons pu observer des danses traditionnelles animées par quelques musiciens. Ce serait assez courant. Ambiance typique garantie en tout cas.


    L’œil était dans la tombe…

    Toujours dans cette région aux superbes montagnes multicolores, nous approchons d’un lieu un peu particulier appelé « l’œil de l’Inca ». Il s’agit d’un tout petit lac circulaire d’à peine 100 m de diamètre au fond duquel jaillit une source chaude. Un chef Inca aurait découvert le lieu au XIVe siècle et s’y serait baigné pour soulager quelque problème de santé. C’est après cette visite qu’il aurait fait retravailler les berges du lac pour qu’elles forment un cercle presque parfait, digne de convertir l’endroit en lieu de culte de la Pachamama et autres divinités inca. Voilà pourquoi l’œil de l’Inca surveille maintenant tous ceux qui passent. C’est peut-être lui qui génère régulièrement des tourbillons qui aspirent régulièrement des touristes venus profiter de l’eau à 30°C. Après quelques décès par noyade, le lieu est désormais interdit à la baignade et le gardien se targue d’un diplôme de maître-nageur sauveteur. Deux précautions valent mieux qu’une !


    Potosi, première ville du capitalisme

    Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un professeur d’anthropologie qui a qualifié ainsi la plus célèbre ville minière de Bolivie. Car dès la fin du XVIe siècle, ce qui était alors le plus grand gisement d’argent du monde, exploité par l’Espagne impériale grâce au travail forcé des esclaves Quechua et africains, a financé la conquête du Nouveau Monde et alimenté la Renaissance européenne. Dès 1600, l’argent bolivien avait multiplié par 8 la masse monétaire en circulation en Europe. Cet afflux massif a malheureusement (pour la ville et pour les Espagnols) entraîné un déclin économique rapide au XVIIe siècle, aggravé par le fait que l’épuisement des filons de surface, les plus accessibles, rendait l’exploitation plus compliquée. La mine est toujours en activité bien que de façon moins effrénée qu’auparavant et curieusement exploitée par des Quechua malgré les millions de leurs ancêtres engloutis dans les entrailles du Cerro Rico (la montagne riche). Après avoir lu les conditions difficiles et dangereuses de la visite, appréhendé le côté voyeur et intrusif dès lors que l’on s’introduit dans une entreprise en activité, nous avons renoncé à visiter la mine. Mais Potosi a beaucoup d’autres attraits. Le déclin économique a figé la ville dans son architecture coloniale espagnole avec les beaux bâtiments construits par tout ceux qui vivaient de la ruée vers l’argent et les 33 couvents et églises dans lesquels ils venaient prier pour que ça continue. Tout ça est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Le minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosi, de l’Europe et des USA

    La Casa de la Moneda

    La Casa de la Moneda est un incontournable de la visite de Potosi. Un quart de la production de la mine d’argent, soit environ 10 000 tonnes par an, y était dirigé pour y être frappé en monnaie. Une visite guidée, aussi encadrée que s’il s’agissait de la Casa de Papel madrilène, nous montre les différentes étapes de la fabrication des pièces au cours des siècles. À commencer par les gigantesques fours aux plafonds encore tout noircis par le traitement du minerai et tous les moules qui servaient à couler les lingots. Et puis les ateliers, où jusqu’en 1773, les pièces étaient frappées une par une à coup de marteau (c’est de là que vient l’expression…). Et encore les imposants laminoirs qui transformaient les lingots en feuilles d’argent d’1 mm d’épaisseur grâce à des engrenages en bois de chêne entraînés par des chevaux en sous-sol. On nous montre bien entendu la progression technologique de la fabrication avec l’avènement de la vapeur puis de l’électricité. Aujourd’hui, c’est toujours à Potosi qu’est fabriquée la monnaie bolivienne, mais dans un autre lieu. La Casa de la Moneda en tant que musée expose aussi des peintres locaux, une salle de numismatique et une autre de minéralogie.


    Quand l’actualité nous rattrape…

    En 2026, la production des pièces de monnaie boliviennes est toujours localisée à Potosi, mais dans un autre endroit. Les billets de banque quant à eux sont imprimés à Santa Cruz, une autre grande ville du pays. Et l’on vient d’en entendre parler avec cet avion militaire qui, lors de sa livraison à la banque centrale de La Paz, s’est crashé à l’atterrissage, éparpillant son chargement de billets. Inutile de dire que la police a eu un peu de mal à disperser les curieux !


    Balade en ville

    Nous flânons bien sûr dans les rues de la ville, appréciant les façades blanches, les portails baroques, les balcons et fenêtres en encorbellement, les multiples églises et le marché. Au-delà du centre historique, on aperçoit les maisons en briques et couvertes de tôle des mineurs et du « petit peuple », ainsi que les sommets environnants dont le célèbre Cerro Rico qui contiendrait encore suffisamment d’argent pour assurer 6 ans de PIB à la Bolivie. Faut-il aller le chercher.


    Un privilège partagé avec Sao Paulo

    Dans toute l’Amérique du Sud, seules deux villes partagent un privilège très spécial : Potosi et Sao Paulo. Toutes deux et seulement elles ont été « envahies » par notre artiste français Invader. C’est-à-dire qu’il y a apposé un certain nombre de mosaïques dans les rues sur le thème de base des Space Invaders mais généralement personnalisé pour chaque ville. Si vous êtes lecteur(trice) régulier(ère) du blog, vous savez que Claudie et moi faisons partie des chasseurs de ces œuvres d’art, utilisant notamment l’application dédiée. C’est en 2022 que Invader s’est rendu à Potosi pour y installer 53 de ses œuvres, dont la 4000ème de sa carrière, un symbole pour une ville située à 4000m d’altitude. Nous nous sommes contentés d’en flasher une douzaine, ce qui n’est pas si mal. Nous avons apprécié d’y retrouver les éléments caractéristiques de Potosi : Cerro Rico, condors, cholitas, mineurs, lamas, etc.


    Sucre

    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale
    La ville de Sucre vue des toits de la cathédrale

    Voilà une ville considérée par beaucoup comme la plus belle de Bolivie, et la pompiste avec qui j’ai causé un peu pendant mon plein de diesel n’a pas démenti. Mais elle était peut-être d’ici… Sucre (prononcer soucré) a été la première capitale du pays, ayant été la première ville à obtenir son indépendance de l’empire espagnol. Devenue riche grâce à sa voisine Potosi, grand centre intellectuel et culturel, elle était le lieu idéal pour que les révolutionnaires développent leur idéaux d’émancipation. Ce qui fut obtenu le 25 mai 1809, grâce notamment aux actions guerrières du maréchal …Sucre. La capitale fut transférée à La Paz 90 ans plus tard, mais Sucre a gardé un statut de capitale constitutionnelle et juridique. La ville a gardé de cette période faste tout le charme de l’architecture coloniale espagnole mélangée à des styles empruntés aux européens et aux nord-américains. Nous avons consacré plusieurs jours à la visite, profitant par ailleurs d’un climat idéal, chaud et ensoleillé le jour, frais la nuit grâce aux 2700m d’altitude. Ci-dessous quelques photos commentées d’une partie de nos découvertes.

    La ville blanche


    Sucre d’art


    Un cimetière touristique

    On met un peu à part la visite du cimetière général de Sucre, une sorte de ville dans la ville qui en reproduit toutes les particularités, souvent même en mieux : rues et avenues tracées au cordeau, végétation abondante et bien entretenue, chapelles et mausolées plus somptueux que la plupart des habitations de la ville. De la ville on reproduit ici hélas aussi les inégalités criantes : les défunts riches sommeillent pour toujours à l’aise dans de larges et beaux bâtiments, tandis que les pauvres sont entassés dans des caveaux familiaux disposés dans des sortes d’HLM en béton bordant des ruelles étroites. Même dans la pauvreté on fait des distinctions avec le coffre vitré apposé en façade, au cadre zingué à doré en fonction des revenus et dont le contenu censé évoquer la mémoire du défunt varie énormément selon le niveau social antérieur de celui-ci. A noter que les Boliviens procèdent en 2 étapes pour les sépultures : d’abord un enterrement comme en majorité chez nous, puis une exhumation du corps 10 jours après pour une incinération. Les urnes peuvent se retrouver dans les petits coffres mais pas toujours.


    C’en est terminé pour la visite de la capitale administrative de la Bolivie. Nous avons bien apprécié ces quelques jours de visite. Nous allons repartir maintenant vers le Nord du pays, tout en restant dans l’Altiplano. Nous n’envisageons pas à ce point d’aller du côté de l’Amazonie. Mais tout peut toujours changer !

    Hasta luego !

  • 168. Toujours dans le désert

    168. Toujours dans le désert

    Nous n’en sommes qu’au début du désert d’Atacama qui n’est pas loin de couvrir le quart du nord du Chili avec plus de 1000 km de longueur. 105 000 km² de sable et de roches, 4 000 km² de lacs salés asséchés. On trouve tout de même ça et là quelques oasis, dont celle de l’une des villes les plus touristiques du Chili : San Pedro de Atacama.

    Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Dernière plage

    Nous quittons la côte avant de nous enfoncer dans l’intérieur du pays. L’occasion de confirmer que les plages – du moins celles que nous avons vues – n’attirent pas les foules, même en période de vacances scolaires. Il faut dire qu’avec le courant de Humbolt (l’inverse de notre Gulf Stream) venu de l’Antarctique, l’océan Pacifique est plutôt frais tout le long de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. A Valparaiso, l’eau de mer atteint au grand maximum 18°C au cœur de l’été, alors qu’à Casablanca, ville de latitude équivalente dans l’hémisphère Nord, on est plus proche des 23°C. A notre niveau, Caldera, de même latitude équivalente que Nassau, c’est 21°C maximum contre 29°C pour la capitale bahaméenne. Nous nous contenterons donc d’un joli lieu de bivouac.

    Au cours de notre progression dans le désert d’Atacama, nous croisons de nombreux chemins de traverses menant à des mines. Voire même lors d’une pause déjeuner au milieu de nulle part, nous trouvons dans des tas de cailloux de jolies pierres aux reflets verts. Difficiles à identifier, même avec Google Lens qui me propose au moins 10 minéraux différents. Le secteur minier est le secteur-phare de l’économie chilienne. Il est le premier employeur du pays (11% des emplois) et représente 60% de ses exportations, ce qui le rend sensible aux variations de cours et freine la diversification. Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, le second en lithium, le 3ème en molybdène et le 7ème en argent. La première entreprise minière mondiale est la société Codelco, détenue à 100% par l’état chilien et dont deux de ses engins géants sont exposés à l’entrée de la ville de Calama.


    Les yeux et la main du désert

    Le désert d’Atacama, c’est connu, est propice à l’observation du ciel, grâce à une altitude élevée (2500 à plus de 5000m), une pluviosité rare (moins de 100 mm par an) qui associée à une faible humidité de l’air donne un ciel dégagé plus de 300 nuits par an, et puis une faible pollution lumineuse. Normal, c’est le désert ! Conséquemment, 70% des observatoires du monde s’y sont installés, dont beaucoup sont plurinationaux. Nous avons fait un léger détour pour passer voir les installations du Very Large Telescope du Cerro Paranal, à 2635 m d’altitude. C’est en fait un ensemble de 4 télescopes de 8,20 m de diamètre qui peuvent fonctionner ensemble ou séparément, géré par l’Observatoire Européen Austral (ESO). Des visites sont organisées pour le public mais seulement de jour et le week-end, et il faut s’inscrire longtemps à l’avance. Un voisin est presque fini de construire à 20 km de là, très prometteur avec son miroir de 39 m de diamètre. Nous le verrons briller de loin, mais sans possibilité de s’approcher. Grâce à nos bivouacs en nature, nous nous contentons d’apprécier les magnifiques ciels étoilés de la région. Peut-être que nous pourrons participer à une expédition nocturne dans une prochaine étape, mais tout est souvent verrouillé pas mal de temps à l’avance et nous n’avons pas envie de casser notre liberté avec des rendez-vous précis.

    Après 400 km de route ce jour-là, nous sommes toujours dans le désert. Et nous décidons de nous laisser prendre par la main pour y passer la nuit. La main du désert, c’est une sculpture au milieu de nulle part, une main géante qui semble sortir du sable pour nous faire un signe désespéré. Ce serait d’ailleurs la signification voulue par l’auteur, montrer la vulnérabilité et l’impuissance humaine. Malgré l’isolement, le lieu est assez visité car visible de l’autoroute à 450 m de là. Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à y passer la nuit, entre un groupe de motards venus planter leur tente assez loin et un poids-lourd venu se reposer tout près. Cette main surgissant du sable nous en a rappelé une autre, vue sur une plage d’Uruguay il y a de cela 7 ou 8 mois, et ça n’est pas une coïncidence : elle est du même artiste chilien, Mario Irarrazabal. Et puis encore une autre, plus récemment à Puerto Natales au sud du Chili. Mais là c’est une tentative de copie.


    Les deux faces d’Antofagasta

    L’arrivée dans cette grande ville minière de la côte Pacifique n’est pas des plus réjouissantes : montagnes de résidus de minerais, alignements de camions-bennes à n’en plus finir et larges bas-côtés couverts de baraques de tôle, de pneus et de poussière donnent envie de vite poursuivre la route vers une autre destination. Mais il faut savoir gagner le centre historique et le port. La vieille gare, les bâtiments de style colonial, la place centrale avec sa tour de l’horloge qui carillonne sur les mêmes notes que Big Ben toutes les heures (normal, elle a été offerte par les Anglais) et la jetée en bois avec ses lions de mer ont un charme certain, même si le trafic routier est un peu trop envahissant. Nous déjeunerons au restaurant pour la première fois depuis notre retour, d’une bonne viande chilienne pour Claudie et d’un excellent ceviche pour moi. Le seul malheureux était Roberto, garé très en pente à l’entrée d’un parking couvert dont la limite de hauteur à 2,15m n’était pas signalée. C’était la seule place possible, mais il n’aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu’il se renverse !


    Les fantômes du salpêtre

    Au XIXe siècle, l’extraction du salpêtre battait son plein au Chili dans le désert d’Atacama, et de nombreux villages poussaient comme des champignons pour héberger tous ceux qui venaient profiter de ce que l’on pourrait appeler la fièvre du nitrate ou encore la ruée vers l’or blanc. Au début du XXe siècle, on trouva le moyen de synthétiser le salpêtre, ce qui fit péricliter toute cette activité. Ce ne fut pas forcément une mauvaise chose pour les mineurs qui perdaient leur santé dans ce travail harassant, mais forcément, ce la les obligea à quitter les lieux. C’est ainsi que l’on trouve dans la région de nombreux villages fantômes. Nous nous sommes arrêtés pour jeter un œil à celui appelé Pampa Union. Il ne reste guère que les murs des bâtiments, dont la faible résistance au temps semble montrer qu’ils ont été construits à la hâte. Le mieux conservé, si l’on peut dire, c’est le cimetière, empli de petites tombes en terre entourées d’une grille de bois ou de métal. Le long d’un mur, des caveaux contiennent encore des cercueils dont le contenu a manifestement été transposé ailleurs. Mais les âmes sont peut-être restées, de nombreuses histoires circulent sur des fantômes se promenant et hurlant la nuit dans ces villages…

    Nous prévoyons de visiter d’autres villages abandonnés sur notre route, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. C’est d’importance majeure dans la région.


    San Pedro de Atacama

    C’est l’une des destinations touristiques phares du Chili, alors il y a du monde. D’autant que le village, charmant avec ses rues en terre et ses murs en adobe, n’est pas très grand. Deux ou trois rues principales concentrent l’essentiel des besoins des touristes : hôtels, bars, restaurants, boutiques de souvenirs, et surtout agences de voyage car on vient ici principalement pour découvrir l’environnement. Si le paysage visible depuis San Pedro de Atacama est déjà superbe, avec ses montagnes lunaires, sa coulée verte et son arrière-plan de volcans, la plupart des sites à visiter nécessitent d’être véhiculés. Certaines excursions durent même plusieurs jours, notamment celles qui vont au Salar d’Uyuni en Bolivie. Arrivés dans l’après-midi, nous commençons par nous trouver un joli coin dégagé pour passer la nuit. Nous visitons le centre-ville le lendemain, avant de nous éloigner un peu vers une réserve de flamants roses qui, complètement asséchée, n’en comportera aucun. Nous passons la nuit dans une petite forêt.

    Certaines photos ont une histoire particulière. En voilà une où le hasard a transformé un cliché ordinaire en image insolite :

    Le lendemain, nous réfléchissons à la suite potentielle des visites, mais, à lire les commentaires des autres voyageurs sur notre application, rien ne nous tente. Les geysers d’El Tatio ne se réveillent qu’entre 6 et 7 heures du matin, il faut dormir à plus de 4000 m d’altitude et faire la queue le matin derrière une longue colonne de minibus. Comment cela peut-il être mieux que le merveilleux site de Yellowstone, accessible le jour entier et avec des températures clémentes ? Différents bassins d’eau thermale ou très salée nous tentaient, mais les commentaires font état de températures plutôt basses, genre 11°C le matin. Brrr ! Quand aux montagnes colorées finalement sans couleurs et au « bus magique » qui attire les foules alors que ce n’est qu’une épave taguée de bus rouillé en plein désert, bof. Nous aurions bien participé à une sortie nocturne pour voir les étoiles, mais le ciel habituellement clair s’est mis à se couvrir la nuit pendant notre séjour. Alors nous décidons de quitter la ville et de reprendre notre route vers le nord. Mais cela ne va pas se passer comme prévu…


    Mon permis confisqué !

    Nous quittons San Pedro de Atacama par la route principale. Très vite, les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans le désert. Nous sommes toujours pourtant dans les limites administratives de la ville (qui ne sont indiquées par aucun panneau) avec une vitesse limitée à 50km/h. Malheureusement, un policier de brigade mobile me flashe à 69 km/h. Je ne conteste pas, il remplit les papiers et je m’attends à ce qu’il m’indique le montant de l’amende. Mais à la place, il conserve mon permis de conduire et me tend un papier qu’il faudra présenter au Tribunal de Police 4 jours plus tard afin de récupérer mon précieux document. En échange sans doute du paiement de l’amende. Le terme de Tribunal de Police fait un peu peur, mais il s’agit probablement d’un simple guichet administratif. Manifestement, il s’agit à la fois d’un système anticorruption en interdisant aux policiers de percevoir de l’argent et d’une garantie de paiement pour le gouvernement en obligeant à se présenter pour récupérer son permis, à l’instar des policiers mexicains qui dévissaient les plaques d’immatriculation des véhicules qu’ils verbalisaient. Il ne s’agit pas d’une suspension de permis, puisque je suis autorisé à circuler avec le papier qu’ls m’ont donné, mais c’est tout de même pénalisant.


    Changement de plans

    Cette immobilisation nous force à changer nos plans. Nous avions prévu de partir vers le nord du Chili et de quitter le pays avant l’expiration de l’autorisation de circuler de Roberto (ATV) 6 jours plus tard. Mais là, avec les 4 jours pour récupérer le permis, ça sera trop juste. Soit il nous faut demander une prolongation de l’ATV en cours, soit faire un aller-retour en Bolivie pour obtenir une ATV toute neuve. Nous avions déjà demandé pour la prolongation : celle-ci ne peut se faire qu’au bureau de douane qui nous a délivré le papier, celui de Patagonie. Mais il n’est pas obligatoire de retourner là-bas (heureusement !) cela peut se faire par courriel. Sauf qu’ils n’ont jamais répondu à aucune de nos 2 demandes. Il nous reste donc la solution de l’aller-retour en Bolivie. Le problème est que la frontière la plus proche, à 35 km de là, mais à 4500 m d’altitude, est fermée pour plusieurs jours en raison d’une tempête de neige annoncée. L’alternative est d’aller à celle d’Ollaguë, à 300 km de là, dans un secteur que nous n’avions pas prévu de visiter. Nous prenons la journée pour y réfléchir et nous remettre de nos émotions. Nous allons visiter le matin la forteresse de Quitor, datant du XIIe siècle, à l’époque où les Atacamas (premiers habitants) devaient se protéger des agressions extérieures avant d’être finalement envahis par les Incas au XVe siècle. C’est à l’état de ruines, mais le panorama vaut largement les efforts.

    L’après-midi, nous allons nous installer près d’une ancienne mine de soufre. Du jaune partout et une odeur familière certes, mais beaucoup d’immondices autour de nous et bientôt du vent fort, de la pluie et des éclairs : la tempête annoncée arrive ! Nous nous déplaçons de dessous notre arbre en attendant l’accalmie.

    La nuit ayant porté conseil, nous confirmons notre décision d’aller faire un bref saut en Bolivie pour renouveler l’ATV de Roberto. Cela nous redonnera beaucoup de liberté pour la fin de notre parcours chilien.


    Vers la Bolivie

    Nous partons vers le Nord-Est, nous rapprochant peu à peu de la frontière avec la Bolivie. La route ne cesse de monter mais s’avère spectaculaire : à droite une chaîne de volcans enneigés qui disparaissent peu à peu sous les nuages qui s’accumulent en noircissant peu à peu. A gauche, des plateaux arides dont la végétation rousse s’assortit à la couleur de la roche qui l’accueille. La circulation est très peu dense. Nous allons droit vers le mauvais temps, et une forte pluie s’abat bientôt sur nous. Générant aussi de grosses flaques sur la route assez irrégulière, qui nous font soulever de belles gerbes d’eau argilo-boueuse. Je ne vous dis pas l’état de Roberto à l’arrivée ! Nous parvenons en fin d’après-midi à Ollaguë, 3 660 m d’altitude, le poste frontière côté chilien. Une ville minière de style très far-west avec sa gare envahissante, ses maisons de bois, ses commerces quasi-inexistants. Mais du charme malgré tout. Nous décidons d’y passer la nuit et de franchir la frontière le lendemain matin. Il est prévu qu’elle ouvre à 8h30.


    Le chaos total de la frontière

    A 8h30 tapantes, nous nous présentons à la douane, nous étonnant au passage d’être seuls. Le douanier nous annonce que, en raison des conditions météorologiques, le côté bolivien n’ouvrira qu’à midi, et qu’eux vont en faire de même. Nous retournons en ville pour attendre et faire quelques photos, le soleil étant revenu. Cela dit, nous apprenons sur les réseaux que des torrents de boue ont traversé San Pedro de Atacama, que de nombreuses maisons ont été inondées. Nous avons bien fait de nous en échapper ! Nous déjeunons de bonne heure pour nous présenter à midi précis à la frontière. Mais l’ambiance n’est plus la même que ce matin : une file d’une soixantaine, peut-être d’une centaine de véhicules fait déjà la queue sur la route. Nous nous en voulons d’être restés tranquillement en ville alors que tout ce petit monde arrivait peu à peu dans la matinée. Nous aurions mieux fait de rester stationnés à la douane ! Bon, c’est fait, nous remontons l’immense file de camions jusqu’au dernier. Tout en apercevant au passage, à mi-distance, des minibus en double file à côté des camions. Nous faisons alors demi-tour, doublons la moitié des camions et allons nous installer derrière un pick-up arrivé entre temps. Une longue attente va commencer. Déjà nous n’allons pas bouger avant deux ou trois heures. La frontière est opérationnelle, mais pour les piétons seulement, et essentiellement ceux descendant des bus venant de Bolivie. De temps en temps, les poids-lourds à notre droite avancent aussi, par groupes de quatre ou cinq. Et puis c’est enfin notre tour. En fait c’est ce que nous croyions : seuls des gros 4×4 conduits par un seul chauffeur passent. Au bout de 3 heures, c’est enfin le tour des véhicules particuliers. Nous sommes envoyés 5 par 5 sous l’auvent de la douane. Autant dire que ça avance plutôt lentement. Là, nous nous retrouvons dans une queue impressionnante, mal organisée, avec 3 pauvres guichets pour tout ce monde. On nous fait changer de file plusieurs fois, c’est incompréhensible. Nous finissons tout de même par en sortir, avec le coup de tampon qu’il faut sur nos passeports, et allons déposer l’ATV de Roberto au bureau de la circulation. Nous quittons enfin le Chili. La douane Bolivienne est à 5 km de là, mais sera tout autant chaotique et désordonnée. Si la validation de nos passeports est plutôt rapide, l’établissement du permis de circuler pour Roberto va prendre 20 mn. Tout ça pour l’annuler le lendemain matin ! Nous entrons en Bolivie épuisés, après 6 heures de démarches au total pour franchir cette frontière qui avait plutôt réputation de simplicité. Peut-être ont-ils été débordés par une affluence inhabituelle liée aux intempéries, les deux autres points de passage étant fermés ? Le retour le lendemain va-t-il se faire dans les mêmes conditions ?


    Roberto libéré

    Tôt réveillés par un petit mal de crâne sans doute lié à l’altitude, nous nous insérons de bonne heure dans la file d’attente de la douane bolivienne. 1 heure avant l’ouverture en fait. Nous prenons tranquillement le petit déjeuner en observant la file de voitures s’allonger derrière nous. Des 4×4 tous couverts de boue, témoignant de la piètre qualité des routes boliviennes dans ce secteur. Et puis ça démarre. Les véhicules venant du Chili n’étant pas encore arrivés, les formalités vont aller assez vite. Nous quittons assez rapidement la Bolivie, après avoir annulé tout ce que nous avions péniblement obtenu la veille ! Il ne reste plus qu’à se reconstruire côté Chili. Là aussi, finalement, ça passe bien. Et, environ 1h30 après le début des formalités, nous voilà munis du précieux sésame pour Roberto, autorisé à circuler au Chili jusqu’à fin avril, largement plus qu’il n’en faut. Tout ça pour ça, pourrait-on penser, mais la pression qui retombe et la sensation de liberté qui la remplace font que nous ne regrettons déjà aucunement cette aventure. D’autant plus que nous allons, grâce au retour du beau temps, profiter encore mieux le fabuleux paysage de ce secteur.

    Nous nous arrêterons au bord d’un grand lac pour photographier des vigognes et des flamants roses. Et puis nous referons des courses dans un supermarché ouvert un dimanche après-midi (pour la douane il fallait que le frigo soit vide…). Et puis nous finirons au milieu du désert à une trentaine de kilomètres de San Pedro de Atacama. Où je devrais pouvoir récupérer mon permis le lendemain après-midi. En théorie…


    Delayed

    Arrivés à San Pedro, nous nous installons sur un petit parking à proximité du Tribunal de Police. Je m’y rends à l’ouverture à 14h30 (c’est un lundi). Alors que je m’attendais à une longue attente – un a priori sur la bureaucratie chilienne ? – je suis pris presque tout de suite. Je tends les papiers au guichet. On m’annonce le montant de l’amende avec d’après ce que je comprends un « discount » mais que le seul moyen de paiement du jour est un transfert bancaire. Autant dire la galère à partir d’un compte français. Mais on me dit aussi que le lendemain matin, tous les moyens de paiement seront disponibles… Qu’à cela ne tienne, Roberto est autorisé jusqu’en avril, je peux revenir demain ! De toutes façons, nous avons rendez-vous dans l’après-midi avec une famille française (un couple et 2 garçons de 5 et 8 ans) qui traverse en 2 ans l’Amérique du Nord au Sud dans un camion aménagé. Nous les suivions depuis un moment sur les réseaux et attendions le moment de les rencontrer à l’endroit où nous allions nous croiser puisque nous allions en sens inverse. Et ça c’est trouvé justement ici, à San Pedro de Atacama. Nous échangeons un bon moment sur nos aventures respectives et plus largement nos vies. La passion des voyages en famille cumulée avec la vie nomade est toujours agréable à partager entre initiés. Nous les quittons en fin de journée après l’apéro. Chacun de nous a réservé une soirée d’observation des étoiles avec une agence différente. Mais le ciel semble bien couvert ce soir. Parfois ça se dégage, parfois pas, nous verrons bien.

    Vous pouvez suivre le parcours de notre petite famille sur Polarsteps ou encore Facebook en cliquant sur les liens correspondants.


    La récup

    Retour sur la nuit d’hier soir : le ciel est resté couvert et la sortie a été annulée, pour nos amis comme pour nous. Ce sera pour une prochaine fois, en Bolivie peut-être. Dommage car les ciels étoilés exceptionnels de la région permettent normalement de belles observations, dans des ambiances souvent conviviales : pour compenser le froid nocturne on vous offre couramment Pisco Sour ou chocolat chaud… Allez, me revoilà au Tribunal de Police. Cette fois devrait être la bonne ! Je présente mes papiers. Il est possible de payer en carte aujourd’hui, mais pas ici… On me renvoie vers la mairie, à 500 m de là. Je m’y rends, je paye en carte, je retourne avec le reçu au Tribunal et l’on me rend enfin mon permis. Yesss ! Bilan de l’opération : 5 jours d’attente, 77 euros d’amende, mais un voyage libre dans le Nord du Chili grâce au nouveau permis de circuler de Roberto. Nous passons dire au revoir à nos amis français et reprenons la route du Nord.


    Du vert de gris à la coulée verte

    C’est reparti pour le plaisir de prendre son temps sur la route. Cela dit, à cause de nombreux travaux et des circulations alternées d’une longueur impensable en Europe (parfois plus d’une heure voire une demi-journée entre chaque sens de circulation), nous ne ferons que la moitié du parcours prévu. Un premier arrêt est pour la mine de Chuquicamata, inratable dans le paysage. Fierté du Chili, et pilier de son économie, elle a été la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, phagocytant tout lors de son expansion sur plus de 5 kilomètres de longueur et 3 de largeur, même la ville qui l’a vue naître. La montagne des résidus de traitement du minerai qui en résulte est aussi gigantesque que multicolore. Contrairement à l’univers, elle n’est plus en expansion, l’exploitation se poursuivant désormais en souterrain pour cesser de polluer le voisinage, dont la toute proche ville de Calama, 165 000 habitants. Tout en consommant beaucoup d’eau dans l’une des régions les plus arides du monde. Paradoxalement, le cuivre produit participe à la transition écologique, où l’utilisation des éoliennes, de l’énergie solaire et des voitures électriques nécessite beaucoup plus de cuivre que lors de l’utilisation des énergies fossiles ou des véhicules thermiques…

    Après avoir parcouru plus d’une centaine de kilomètres sans voir la moindre végétation, nous jetons notre dévolu pour la nuit sur la coulée verte de l’une des très rares rivières qui traversent le désert d’Atacama : le rio Loa. L’eau est foncée, peu incitative à la baignade, mais le paysage et la fraîcheur qui en résultent rendent l’endroit apaisant et propice à un repos réparateur. Comme d’habitude, nous serons seuls sur le lieu.

    Et vous l’avez compris, ça n’est toujours pas la fin du désert, il nous reste à découvrir l’extrême nord du Chili, rarement visité par les touristes européens lambda. C’est-à-dire pas nous ! Alors à très bientôt !

  • 151. Paraguay première partie

    Ce petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre les géants que sont l’Argentine et le Brésil semble assez méconnu et peu visité. Nous avons d’ailleurs eu du mal à trouver un guide dédié. La version disponible la plus récente était de 2016. Nous allons devoir nous faire notre propre opinion, ce que nous adorons bien sûr.

    Paraguay première partie
    Paraguay première partie – Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Passage de la frontière

    Les informations sur Google Maps étaient heureusement erronées, et le bureau d’immigration paraguayen de Pedro Juan Caballero était encore ouvert quand nous y sommes arrivés vers 16 heures (heure de l’iPhone de Claudie, mon Samsung refusant le changement) et nous avons pu faire tamponner nos passeports. L’obtention du permis d’importation pour Roberto a été assez rapide une fois que nous avons trouvé le bon endroit, un petit local en parpaings de 2 mètres sur 3 dans un terrain vague envahi de poids-lourds. Une fois tous les précieux sésames obtenus, nous nous mettons en quête d’un bureau de change ouvert pour avoir un peu de monnaie locale, des Guaranis (bel hommage aux natifs précolombiens du pays). En changeant 2 petits billets de 20 dollars, Claudie a obtenu 158 000 Guaranis tout en ayant l’impression d’avoir gagné au loto ! Toutes formalités faites, nous partons libres comme l’air sur les routes du Paraguay.


    Premier parc national

    Une trentaine de kilomètres après la frontière, nous quittons la route nationale en parfait état pour atteindre le parc national de Cerro Cora. La route jusqu’à l’accueil est faite de pierres tassées, irrégulières et coupantes, il faut rouler doucement. 2 personnes discutent devant une grande maison en bois. Nous demandons si nous pouvons passer la nuit dans le parc (nos applis nous parlent d’un camping). « Oui pas de problème, vous pouvez y aller, vous passerez régler demain en revenant », nous répond-on dans un Espagnol que nous avons plaisir à comprendre ! Et nous voilà repartis sur la route de pierre, qui se transforme à un moment en route de terre avec ornières et un couvrant végétal de plus en plus proche de la carrosserie de Roberto. Nous passons quand même pour aboutir à un petit espace herbeux désert peu lumineux qui est censé être le camping. Un mur de béton garni de prises de courant (dont nous n’avons pas besoin), d’un robinet d’eau mentionnée non potable et aucun sanitaire. Bizarre bizarre. Nous préférons rebrousser chemin jusqu’à un immense parking que nous avions repéré à l’aller, tout aussi désert mais bien plus lumineux. Nous sommes manifestement les seuls dans ce parc, ce qui est étonnant pour un week-end. Le lendemain, balade de 4 kilomètres dans le parc, d’abord en suivant un chemin bordé de statues de personnages importants pour le pays, tous des militaires. Nous apprendrons plus tard que l’indépendance du pays en 1811 a été douloureuse à obtenir et à maintenir. Notamment, un général a perdu une bataille et la vie ici, sur le Cerro Cora, une petite montagne qui culmine à 640m d’altitude. Côté nature, nous n’observerons pas grand-chose à part quelques oiseaux, quelques papillons, pas mal de termitières et quelques fleurs inhabituelles. Assez décevant au final, mais nous aurons pris le grand air dans une nature préservée. Ce qui est plus significatif que ça en a l’air dans un pays où 90% de la couverture forestière initiale a été détruite (c’est le pays le plus touché d’Amérique du Sud).


    Où l’on fait connaissance avec la route

    Nous trouvons d’emblée le pays très vert, et la météo va rapidement nous donner l’explication. Averses et orages vont nous rendre temporairement la vie un peu plus difficile, notamment au niveau de la circulation. La bonne route a fait long feu, et les trous dans la chaussée se multiplient. En temps de pluie, leur profondeur et donc leur dangerosité sont masquées par l’eau qui les remplit. Pour la première fois depuis nos débuts à Paris (relire si besoin La poule du bois de Boulogne), nous déclenchons la sécurité blocage de carburant après choc inhabituel. Le moteur s’arrête et ne redémarre plus. Pas d’angoisse, nous avons déjà vécu la situation, il nous faut juste ressortir le manuel de Roberto pour retrouver l’emplacement du contacteur afin de réarmer la sécurité et refaire circuler le carburant. Roberto repart tandis que la pluie redouble d’intensité. Nous décidons de ne pas aller beaucoup plus loin et nous stoppons dans la première (petite) ville rencontrée, d’abord au niveau d’une supérette acheter ce qu’il nous faut pour le dîner. L’établissement est petit et les rayonnages nous semblent d’un autre âge. Et accessoirement peu fournis, à l’image du rayon boucherie où un seul morceau de viande est pendu sur un crochet, juste à côté d’une effigie de la Vierge, que les clients remercient peut-être d’avoir permis que le présentoir ne soit pas totalement vide. Comme c’est le premier magasin d’alimentation que nous rencontrons au Paraguay, nous craignons un instant que ce soit comme ça dans tout le pays, mais heureusement la suite nous prouvera le contraire (voir un peu plus bas). Nous trouvons un parking pour la nuit devant une école (c’est toujours un bon plan les week-ends, à l’inverse des églises et des stades) et pas très loin d’une gare routière.

    Extrait du manuel de bord du Fiat Ducato

    La Laguna Blanca pas trop blanca

    Le soleil fait timidement son apparition lorsque nous reprenons la route le lendemain. La circulation est très peu dense. Il faut dire que le pays a une densité de population plutôt faible, de l’ordre de 15 habitants au km². La route principale est encore bitumée, mais dès que l’on s’en écarte, c’est la terre rouge qui domine. Par beau temps, ces routes secondaires génèrent au pire pas mal de poussière – qui arrive à s’infiltrer on ne sait comment dans Roberto, à l’arrière surtout – mais par temps de pluie la circulation peut vite devenir très compliquée, le sol devenant boueux et glissant. Lorsque nous avons pris la route de la Laguna Blanca, la pluie de la veille n’avait pas encore séché, et il a fallu une bonne concentration de conduite pour éviter de s’embourber. Nous sommes arrivés au bord de ce lac. La propriété était fermée mais quelqu’un est venu assez rapidement pour nous ouvrir. Nous y avons passé la journée complète et la nuit, seuls la plupart du temps. Pourtant, cette Laguna Blanca est un lieu réputé au Paraguay et attire beaucoup de monde au cœur de l’été austral (décembre à février). Ce lac naturel est alimenté par des sources profondes, ce qui lui donnerait en saison une transparence unique dans ce pays où la plupart des rivières et étendues d’eau sont boueuses. Lors de notre passage, ce n’était pas tout à fait ça, l’eau était plutôt verdâtre et, bien qu’on lise parfois qu’elle est potable, nous n’avions aucune envie d’en boire. Nous nous sommes plutôt promenés le long de la plage de sable blanc garnie de parasols en paille, entourés d’oiseaux et de papillons d’une belle couleur orangée. J’ai pu faire voler le drone, ce qui n’était pas arrivé depuis un moment, et faire quelques prises de vue depuis le ciel.


    Petites courses du quotidien

    Le pays est l’un des moins chers d’Amérique du Sud, vous en verrez des exemples dans les photos ci-dessous. La plupart des musées sont gratuits. Dans le cas contraire, le droit d’entrée est modique, de l’ordre d’un à trois euros. Le carburant est plutôt bon marché, au-dessous d’un euro le litre de gazole Euro 6 pour ce qui nous concerne, descendant jusqu’à 0,75 € le litre d’essence ordinaire. Comme dans les autres pays d’Amérique, quelqu’un vient vous servir à la pompe. Dans les supérettes de villages, les rayons sont parfois peu garnis et il est difficile de trouver ce que l’on cherche sauf à manger purement local. Dans les grandes villes, des supermarchés modernes sont plus proches des nôtres, avec des choix d’aliments différents bien entendu. Dans les deux cas, l’achat de marchandises en vrac est disponible, aussi bien pour les aliments que pour les lessives. Même le pain, qui se vend parfois sous forme de petites boules de la taille d’une noix, peut s’acheter en vrac.


    Tobati, ville d’amour ?

    Elle n’a pourtant rien de Venise ou de Paris cette petite ville de province dominée par le rouge de ses routes en terre et de ses briquèteries enfumées. Mais son côté campagnard nous a charmé tout comme son mirador offrant une vue à 360° sur les collines environnantes. Nous avons passé la nuit en plein cœur de la ville, sur le parking de l’église et flâné dans les rues de Tobati jusqu’à la Villa de l’artisanat.

    La Vierge au manteau bleu

    La Vierge de Caacupé, une ville paraguayenne de 20 000 habitants, est considérée comme la sainte patronne du Paraguay, et fait l’objet d’une dévotion particulière dans cette ville. Son histoire remonte au XVIe siècle, lorsqu’un indigène Guarani récemment converti par les Franciscains se trouva poursuivi par des tribus hostiles. Caché dans un arbre, il pria la Vierge Marie pour sa survie, avec succès. Il en sculpta alors en remerciement une effigie dans l’écorce de l’arbre sous lequel il s’était abrité et la plaça dans la petite chapelle du bourg naissant voisin, Caacupé. Quand plus tard une inondation emporta toute la ville en épargnant la statue, le caractère miraculeux fut définitivement reconnu. Y compris par les papes Jean-Paul II et François qui visitèrent les lieux respectivement en 1988 et 2015. Et cette histoire est peinte en une vingtaine de tableaux sur les murs de l’escalier qui mène au mirador de la Cathédrale Basilique. Dans le mois qui entoure le 8 décembre de chaque année, un million de pèlerins (un paraguayen sur sept !) viennent se recueillir au sanctuaire, avançant sur plusieurs kilomètres à genoux pour certains d’entre eux ! Difficile de me plaindre des marches raides de l’escalier du mirador. Et encore moins de son droit de passage de 2 000 Gs. Une somme énorme ? Euh non, 20 centimes d’euro…


    San-Bernardino-pas-les-bains

    Aménagée comme une station balnéaire avec plages équipées, clubs sportifs, port de plaisance, résidences hôtelières, grandes maisons luxueuses, restaurants et bars de nuit, San Bernardino laisse toutefois le goût amer de l’eau de son lac qu’il ne faut pas boire et dans laquelle il est interdit de se baigner. C’est la conséquence désastreuse d’une absence de gestion des eaux usées des villes riveraines. Depuis 2012, le bleu du lac est devenu glauque (un ton verdâtre) et la turbidité s’accentue. Le site elmundolindo.com (le monde merveilleux…) la décrit pourtant comme « perle du Paraguay », « destination pittoresque offrant un mélange parfait de beauté naturelle, d’activités aquatiques excitantes et d’histoire … » Oui, j’oubliais l’histoire : la ville porte le nom de Bernardino Caballero, un ancien président du Paraguay ayant obtenu le pouvoir par un coup d’état…


    Les dentelles d’Itauguá

    Eh bien pour l’occasion je ne vais pas faire dans la dentelle, je vous livre brutes les photos de cette spécialité de la ville paraguayenne d’Itauguá et leurs commentaires, ainsi que les étapes de fabrication dans le carrousel suivant.

    Et les étapes de fabrication, à partir d’une toile tendue sur un cadre. Tout se fait à la main !


    Où l’on reparle de l’hexagone

    Rassurez-vous, il n’est pas question de rentrer en France métropolitaine mais d’aborder une formation géologique étonnante qui n’est présente que dans 2 autres endroits au monde : le Canada et l’Afrique du Sud. Nous sommes ici au Cerro Koi, une colline dont le sol sableux se délite sous forme de barrettes hexagonales. On connaissait le phénomène avec le basalte, comme dans la Chaussée des Géants irlandaise ou les formations hexagonales hexagonales (mais oui) de Bort-les-Orgues, mais ici la lave qui s’est lentement refroidie en se rétractant était plus superficielle et riche en silice, d’où l’aspect plus proche des briques que des pavés.


    Areguá, de la fraise au nain de jardin

    À 45mn en voiture de la capitale du Paraguay, Asunción, la ville tranquille d’Areguá en est l’échappatoire. Les Asunceños (qu’on pourrait traduire par Assomptionnais en Français) viennent y flâner dans ses petites rues pavées entourées d’arbres, contempler les belles maisons de leurs ancêtres, acheter des poteries pour garnir leur jardin et surtout des fraises sous toutes leurs formes. Car c’est une spécialité de la ville depuis 1920. « À Rome, fais comme les Romains font » dit-on, alors nous avons flâné dans les petites rues pavées entourées d’arbres, nous avons contemplé les belles maisons de leurs ancêtres, nous n’avons pas acheté de poterie faute de jardin mais nous avons acheté des fraises ! Sous forme de fruits bien entendu (pour rappel nous sommes en plein hiver ici), mais aussi en fourrage de petits gâteaux et en « liqueur » (en fait un sirop de fruit peu sucré mais très parfumé). Roberto a dormi pour la première fois de sa vie sur une voie ferrée (la quantité d’herbe rendait peu probable le passage d’un convoi) et dans la propriété des pompiers (nous nous étions d’abord garés à côté, mais le gardien a insisté pour que nous soyons dans leur cour…) Et nous nous sommes amusés à observer les vieux bus, ceux en service étant très difficiles à distinguer de ceux mis au rebut sur le terrain près des pompiers.

    Et un bonus spécial fraises !


    En route avec Azulito

    En venant nous garer pour la nuit sur un parking tout près de la capitale, nous sommes tombés sur un sosie de Roberto. Un fourgon de la même couleur, de la même morphologie – bien qu’un rien plus court, et porteur de plaques françaises.

    Nous communiquons rapidement, et d’autres points de convergence apparaissent rapidement. Guillaume et Lise habitent dans une île ultramarine comme nous (Nouvelle-Calédonie dans leur cas), Guillaume a fait le transsibérien comme Claudie, et Lise est infirmière comme elle. Leurs choix de véhicule et d’aménagement ressemblent beaucoup aux nôtres : discrétion du véhicule expliquant le choix de la couleur bleu nuit et, pour Guillaume et Lise, d’un minimum d’ouvertures pour ressembler à un utilitaire. Volonté de miser sur une autonomie maximum avec l’absence de gaz comblée par des panneaux solaires puissants (nos compatriotes ont pour la cuisine une plaque induction, un choix que j’avais envisagé avant de m’arrêter sur la plaque gazole). Et bien entendu stationnement par défaut hors des campings. Jeunes actifs, ils sont partis pour un an ou deux en Amérique du Sud, y compris le temps d’aménagement de leur Azulito (le petit bleu, pas si loin du grand bleu qui a inspiré Roberto) qu’ils ont totalement réalisé eux-mêmes, bravo ! Ils vont partir vers le Nord alors que nous allons plutôt descendre, mais nos routes devraient se retrouver à un moment dans le Sud de l’Argentine. Désormais, nous suivrons leur parcours sur Polarsteps, très utile dans ce but.


    La visite de la capitale du Paraguay, Asunción, s’annonce pour demain. Espérons que le mauvais temps annoncé ne gâchera pas la donne. Vous saurez cela dans le prochain épisode. A très bientôt !