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  • 151. Paraguay première partie

    Ce petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre les géants que sont l’Argentine et le Brésil semble assez méconnu et peu visité. Nous avons d’ailleurs eu du mal à trouver un guide dédié. La version disponible la plus récente était de 2016. Nous allons devoir nous faire notre propre opinion, ce que nous adorons bien sûr.

    Paraguay première partie
    Paraguay première partie – Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Passage de la frontière

    Les informations sur Google Maps étaient heureusement erronées, et le bureau d’immigration paraguayen de Pedro Juan Caballero était encore ouvert quand nous y sommes arrivés vers 16 heures (heure de l’iPhone de Claudie, mon Samsung refusant le changement) et nous avons pu faire tamponner nos passeports. L’obtention du permis d’importation pour Roberto a été assez rapide une fois que nous avons trouvé le bon endroit, un petit local en parpaings de 2 mètres sur 3 dans un terrain vague envahi de poids-lourds. Une fois tous les précieux sésames obtenus, nous nous mettons en quête d’un bureau de change ouvert pour avoir un peu de monnaie locale, des Guaranis (bel hommage aux natifs précolombiens du pays). En changeant 2 petits billets de 20 dollars, Claudie a obtenu 158 000 Guaranis tout en ayant l’impression d’avoir gagné au loto ! Toutes formalités faites, nous partons libres comme l’air sur les routes du Paraguay.


    Premier parc national

    Une trentaine de kilomètres après la frontière, nous quittons la route nationale en parfait état pour atteindre le parc national de Cerro Cora. La route jusqu’à l’accueil est faite de pierres tassées, irrégulières et coupantes, il faut rouler doucement. 2 personnes discutent devant une grande maison en bois. Nous demandons si nous pouvons passer la nuit dans le parc (nos applis nous parlent d’un camping). « Oui pas de problème, vous pouvez y aller, vous passerez régler demain en revenant », nous répond-on dans un Espagnol que nous avons plaisir à comprendre ! Et nous voilà repartis sur la route de pierre, qui se transforme à un moment en route de terre avec ornières et un couvrant végétal de plus en plus proche de la carrosserie de Roberto. Nous passons quand même pour aboutir à un petit espace herbeux désert peu lumineux qui est censé être le camping. Un mur de béton garni de prises de courant (dont nous n’avons pas besoin), d’un robinet d’eau mentionnée non potable et aucun sanitaire. Bizarre bizarre. Nous préférons rebrousser chemin jusqu’à un immense parking que nous avions repéré à l’aller, tout aussi désert mais bien plus lumineux. Nous sommes manifestement les seuls dans ce parc, ce qui est étonnant pour un week-end. Le lendemain, balade de 4 kilomètres dans le parc, d’abord en suivant un chemin bordé de statues de personnages importants pour le pays, tous des militaires. Nous apprendrons plus tard que l’indépendance du pays en 1811 a été douloureuse à obtenir et à maintenir. Notamment, un général a perdu une bataille et la vie ici, sur le Cerro Cora, une petite montagne qui culmine à 640m d’altitude. Côté nature, nous n’observerons pas grand-chose à part quelques oiseaux, quelques papillons, pas mal de termitières et quelques fleurs inhabituelles. Assez décevant au final, mais nous aurons pris le grand air dans une nature préservée. Ce qui est plus significatif que ça en a l’air dans un pays où 90% de la couverture forestière initiale a été détruite (c’est le pays le plus touché d’Amérique du Sud).


    Où l’on fait connaissance avec la route

    Nous trouvons d’emblée le pays très vert, et la météo va rapidement nous donner l’explication. Averses et orages vont nous rendre temporairement la vie un peu plus difficile, notamment au niveau de la circulation. La bonne route a fait long feu, et les trous dans la chaussée se multiplient. En temps de pluie, leur profondeur et donc leur dangerosité sont masquées par l’eau qui les remplit. Pour la première fois depuis nos débuts à Paris (relire si besoin La poule du bois de Boulogne), nous déclenchons la sécurité blocage de carburant après choc inhabituel. Le moteur s’arrête et ne redémarre plus. Pas d’angoisse, nous avons déjà vécu la situation, il nous faut juste ressortir le manuel de Roberto pour retrouver l’emplacement du contacteur afin de réarmer la sécurité et refaire circuler le carburant. Roberto repart tandis que la pluie redouble d’intensité. Nous décidons de ne pas aller beaucoup plus loin et nous stoppons dans la première (petite) ville rencontrée, d’abord au niveau d’une supérette acheter ce qu’il nous faut pour le dîner. L’établissement est petit et les rayonnages nous semblent d’un autre âge. Et accessoirement peu fournis, à l’image du rayon boucherie où un seul morceau de viande est pendu sur un crochet, juste à côté d’une effigie de la Vierge, que les clients remercient peut-être d’avoir permis que le présentoir ne soit pas totalement vide. Comme c’est le premier magasin d’alimentation que nous rencontrons au Paraguay, nous craignons un instant que ce soit comme ça dans tout le pays, mais heureusement la suite nous prouvera le contraire (voir un peu plus bas). Nous trouvons un parking pour la nuit devant une école (c’est toujours un bon plan les week-ends, à l’inverse des églises et des stades) et pas très loin d’une gare routière.

    Extrait du manuel de bord du Fiat Ducato

    La Laguna Blanca pas trop blanca

    Le soleil fait timidement son apparition lorsque nous reprenons la route le lendemain. La circulation est très peu dense. Il faut dire que le pays a une densité de population plutôt faible, de l’ordre de 15 habitants au km². La route principale est encore bitumée, mais dès que l’on s’en écarte, c’est la terre rouge qui domine. Par beau temps, ces routes secondaires génèrent au pire pas mal de poussière – qui arrive à s’infiltrer on ne sait comment dans Roberto, à l’arrière surtout – mais par temps de pluie la circulation peut vite devenir très compliquée, le sol devenant boueux et glissant. Lorsque nous avons pris la route de la Laguna Blanca, la pluie de la veille n’avait pas encore séché, et il a fallu une bonne concentration de conduite pour éviter de s’embourber. Nous sommes arrivés au bord de ce lac. La propriété était fermée mais quelqu’un est venu assez rapidement pour nous ouvrir. Nous y avons passé la journée complète et la nuit, seuls la plupart du temps. Pourtant, cette Laguna Blanca est un lieu réputé au Paraguay et attire beaucoup de monde au cœur de l’été austral (décembre à février). Ce lac naturel est alimenté par des sources profondes, ce qui lui donnerait en saison une transparence unique dans ce pays où la plupart des rivières et étendues d’eau sont boueuses. Lors de notre passage, ce n’était pas tout à fait ça, l’eau était plutôt verdâtre et, bien qu’on lise parfois qu’elle est potable, nous n’avions aucune envie d’en boire. Nous nous sommes plutôt promenés le long de la plage de sable blanc garnie de parasols en paille, entourés d’oiseaux et de papillons d’une belle couleur orangée. J’ai pu faire voler le drone, ce qui n’était pas arrivé depuis un moment, et faire quelques prises de vue depuis le ciel.


    Petites courses du quotidien

    Le pays est l’un des moins chers d’Amérique du Sud, vous en verrez des exemples dans les photos ci-dessous. La plupart des musées sont gratuits. Dans le cas contraire, le droit d’entrée est modique, de l’ordre d’un à trois euros. Le carburant est plutôt bon marché, au-dessous d’un euro le litre de gazole Euro 6 pour ce qui nous concerne, descendant jusqu’à 0,75 € le litre d’essence ordinaire. Comme dans les autres pays d’Amérique, quelqu’un vient vous servir à la pompe. Dans les supérettes de villages, les rayons sont parfois peu garnis et il est difficile de trouver ce que l’on cherche sauf à manger purement local. Dans les grandes villes, des supermarchés modernes sont plus proches des nôtres, avec des choix d’aliments différents bien entendu. Dans les deux cas, l’achat de marchandises en vrac est disponible, aussi bien pour les aliments que pour les lessives. Même le pain, qui se vend parfois sous forme de petites boules de la taille d’une noix, peut s’acheter en vrac.


    Tobati, ville d’amour ?

    Elle n’a pourtant rien de Venise ou de Paris cette petite ville de province dominée par le rouge de ses routes en terre et de ses briquèteries enfumées. Mais son côté campagnard nous a charmé tout comme son mirador offrant une vue à 360° sur les collines environnantes. Nous avons passé la nuit en plein cœur de la ville, sur le parking de l’église et flâné dans les rues de Tobati jusqu’à la Villa de l’artisanat.

    La Vierge au manteau bleu

    La Vierge de Caacupé, une ville paraguayenne de 20 000 habitants, est considérée comme la sainte patronne du Paraguay, et fait l’objet d’une dévotion particulière dans cette ville. Son histoire remonte au XVIe siècle, lorsqu’un indigène Guarani récemment converti par les Franciscains se trouva poursuivi par des tribus hostiles. Caché dans un arbre, il pria la Vierge Marie pour sa survie, avec succès. Il en sculpta alors en remerciement une effigie dans l’écorce de l’arbre sous lequel il s’était abrité et la plaça dans la petite chapelle du bourg naissant voisin, Caacupé. Quand plus tard une inondation emporta toute la ville en épargnant la statue, le caractère miraculeux fut définitivement reconnu. Y compris par les papes Jean-Paul II et François qui visitèrent les lieux respectivement en 1988 et 2015. Et cette histoire est peinte en une vingtaine de tableaux sur les murs de l’escalier qui mène au mirador de la Cathédrale Basilique. Dans le mois qui entoure le 8 décembre de chaque année, un million de pèlerins (un paraguayen sur sept !) viennent se recueillir au sanctuaire, avançant sur plusieurs kilomètres à genoux pour certains d’entre eux ! Difficile de me plaindre des marches raides de l’escalier du mirador. Et encore moins de son droit de passage de 2 000 Gs. Une somme énorme ? Euh non, 20 centimes d’euro…


    San-Bernardino-pas-les-bains

    Aménagée comme une station balnéaire avec plages équipées, clubs sportifs, port de plaisance, résidences hôtelières, grandes maisons luxueuses, restaurants et bars de nuit, San Bernardino laisse toutefois le goût amer de l’eau de son lac qu’il ne faut pas boire et dans laquelle il est interdit de se baigner. C’est la conséquence désastreuse d’une absence de gestion des eaux usées des villes riveraines. Depuis 2012, le bleu du lac est devenu glauque (un ton verdâtre) et la turbidité s’accentue. Le site elmundolindo.com (le monde merveilleux…) la décrit pourtant comme « perle du Paraguay », « destination pittoresque offrant un mélange parfait de beauté naturelle, d’activités aquatiques excitantes et d’histoire … » Oui, j’oubliais l’histoire : la ville porte le nom de Bernardino Caballero, un ancien président du Paraguay ayant obtenu le pouvoir par un coup d’état…


    Les dentelles d’Itauguá

    Eh bien pour l’occasion je ne vais pas faire dans la dentelle, je vous livre brutes les photos de cette spécialité de la ville paraguayenne d’Itauguá et leurs commentaires, ainsi que les étapes de fabrication dans le carrousel suivant.

    Et les étapes de fabrication, à partir d’une toile tendue sur un cadre. Tout se fait à la main !


    Où l’on reparle de l’hexagone

    Rassurez-vous, il n’est pas question de rentrer en France métropolitaine mais d’aborder une formation géologique étonnante qui n’est présente que dans 2 autres endroits au monde : le Canada et l’Afrique du Sud. Nous sommes ici au Cerro Koi, une colline dont le sol sableux se délite sous forme de barrettes hexagonales. On connaissait le phénomène avec le basalte, comme dans la Chaussée des Géants irlandaise ou les formations hexagonales hexagonales (mais oui) de Bort-les-Orgues, mais ici la lave qui s’est lentement refroidie en se rétractant était plus superficielle et riche en silice, d’où l’aspect plus proche des briques que des pavés.


    Areguá, de la fraise au nain de jardin

    À 45mn en voiture de la capitale du Paraguay, Asunción, la ville tranquille d’Areguá en est l’échappatoire. Les Asunceños (qu’on pourrait traduire par Assomptionnais en Français) viennent y flâner dans ses petites rues pavées entourées d’arbres, contempler les belles maisons de leurs ancêtres, acheter des poteries pour garnir leur jardin et surtout des fraises sous toutes leurs formes. Car c’est une spécialité de la ville depuis 1920. « À Rome, fais comme les Romains font » dit-on, alors nous avons flâné dans les petites rues pavées entourées d’arbres, nous avons contemplé les belles maisons de leurs ancêtres, nous n’avons pas acheté de poterie faute de jardin mais nous avons acheté des fraises ! Sous forme de fruits bien entendu (pour rappel nous sommes en plein hiver ici), mais aussi en fourrage de petits gâteaux et en « liqueur » (en fait un sirop de fruit peu sucré mais très parfumé). Roberto a dormi pour la première fois de sa vie sur une voie ferrée (la quantité d’herbe rendait peu probable le passage d’un convoi) et dans la propriété des pompiers (nous nous étions d’abord garés à côté, mais le gardien a insisté pour que nous soyons dans leur cour…) Et nous nous sommes amusés à observer les vieux bus, ceux en service étant très difficiles à distinguer de ceux mis au rebut sur le terrain près des pompiers.

    Et un bonus spécial fraises !


    En route avec Azulito

    En venant nous garer pour la nuit sur un parking tout près de la capitale, nous sommes tombés sur un sosie de Roberto. Un fourgon de la même couleur, de la même morphologie – bien qu’un rien plus court, et porteur de plaques françaises.

    Nous communiquons rapidement, et d’autres points de convergence apparaissent rapidement. Guillaume et Lise habitent dans une île ultramarine comme nous (Nouvelle-Calédonie dans leur cas), Guillaume a fait le transsibérien comme Claudie, et Lise est infirmière comme elle. Leurs choix de véhicule et d’aménagement ressemblent beaucoup aux nôtres : discrétion du véhicule expliquant le choix de la couleur bleu nuit et, pour Guillaume et Lise, d’un minimum d’ouvertures pour ressembler à un utilitaire. Volonté de miser sur une autonomie maximum avec l’absence de gaz comblée par des panneaux solaires puissants (nos compatriotes ont pour la cuisine une plaque induction, un choix que j’avais envisagé avant de m’arrêter sur la plaque gazole). Et bien entendu stationnement par défaut hors des campings. Jeunes actifs, ils sont partis pour un an ou deux en Amérique du Sud, y compris le temps d’aménagement de leur Azulito (le petit bleu, pas si loin du grand bleu qui a inspiré Roberto) qu’ils ont totalement réalisé eux-mêmes, bravo ! Ils vont partir vers le Nord alors que nous allons plutôt descendre, mais nos routes devraient se retrouver à un moment dans le Sud de l’Argentine. Désormais, nous suivrons leur parcours sur Polarsteps, très utile dans ce but.


    La visite de la capitale du Paraguay, Asunción, s’annonce pour demain. Espérons que le mauvais temps annoncé ne gâchera pas la donne. Vous saurez cela dans le prochain épisode. A très bientôt !

  • 150. De São Paulo à la frontière paraguayenne

    Notre parcours de São Paulo à la frontière paraguayenne
    Notre parcours de São Paulo à la frontière paraguayenne en version zoomable ici

    La méga-mégapole

    Vue générale d'une toute petite partie de Sao Paulo
    Vue générale d’une toute petite partie de Sao Paulo – Image de Joel santana Joelfotos de Pixabay

    São Paulo détient beaucoup de records, dont celui de la plus grande ville du Brésil, de l’Amérique du Sud, et même de l’Hémisphère Sud. Toujours en termes de population, elle est la 5ème métropole mondiale avec 22 millions d’habitants, après Tokyo, New Delhi, Shanghai et Dhaka, respectivement 38, 32, 29 et 23 millions d’habitants. Elle serait la ville ayant le meilleur PIB de l’Hémisphère Sud, ce qui pourrait présumer d’une population riche et en sécurité, mais il n’en est rien. Côté « richesse », dans l’état de São Paulo, 1 personne sur 5 vit avec moins de 3,65$ par jour (seuil d’extrême pauvreté) et presque 1 personne sur 2 vit avec moins de 6,85$ par jour (seuil de pauvreté). Côté sécurité, si l’on compare l’indice de criminalité, Sao Paulo est au 23ème rang mondial sur 383 villes derrière Salvador, Fortaleza, Recife, Porto Alegre et Rio, ce qui fait tout de même 6 villes brésiliennes dans les 23 premières. À noter que la première ville française n’est pas si loin (Marseille 43e/383). Le site de notre ministère des affaires étrangères est d’ailleurs très alarmiste sur le pays et pas mal d’internautes préviennent que tenir son téléphone à la main en ville est quasi synonyme de vol à l’arraché. Par ailleurs, il se dit que les véhicules ayant une plaque étrangère sont particulièrement ciblés pour les vols avec effraction, éventuellement lors d’un accident provoqué volontairement. D’un autre côté, très peu de voyageurs nomades comme nous décrivent ce genre de fait sur les réseaux. Nous décidons de garder notre habitude de visite des grandes villes : stationner Roberto dans un parking sécurité ou un camping en grande banlieue et de rejoindre le centre en transport en commun pour la visite. Et puis de faire un peu plus attention à nos téléphones et choisir des rues fréquentées pour marcher.

    Côté sécurité, tout s’est bien passé. Nous ne nous sommes jamais sentis en danger, mais nous avons été impressionnés par le nombre de sans-abri qui jonchent les trottoirs et vivent dans les espaces verts de la ville, y compris en plein centre. Des endroits qui ne doivent pas être trop fréquentables à la nuit tombée.

    Pour prendre le pouls de São Paulo, nous avons commencé par visiter son centre, ce qui est en général assez significatif du reste. Difficile de dire si c’est vraiment le cas, mais nous avons trouvé ce centre-ville très mal entretenu, très tagué – y compris très haut sur les façades des immeubles – très pauvre dans les commerces et dans l’architecture des bâtiments. Difficile de croire à cette notion de croissance économique forte, ou alors ils sont vraiment partis de très bas. Côté transports en commun, nous avons pris le métro et plusieurs bus. Si le premier est relativement facile à utiliser, les seconds se sont avérés plus compliqués : fréquence faible, horaires non respectés, coût variable selon le parcours, tourniquet à l’entrée ralentissant la montée des voyageurs, etc. Dans cette situation, on ne s’étonne guère que, malgré le coût relativement bas (0,80€ avec correspondances et gratuité à partir de 65 ans), les voitures restent très utilisées et que les embouteillages soient aussi nombreux.


    Nous avons tout de même trouvé quelques points positifs à cette ville. Quelques rares bâtiments sortant de l’ordinaire, comme cette gare centrale, quelques sculptures dans des jardins, quelques jolis muraux, quelques églises aux façades aussi tristes que les bâtiments alentour mais aux intérieurs richement décorés. São Paulo possède aussi une cinquantaine de mosaïques Space Invaders. Beaucoup sont endommagées, beaucoup sont peu accessibles car trop éloignées du centre, mais Claudie a pu en flasher quelques-unes. Potosi et São Paulo sont les seules villes de toute l’Amérique du Sud qui ont été « envahies » par notre artiste national. Nous avons pu tester une nouvelle formule de restauration qui existe aussi dans tout le Brésil : le rodizio. C’est un repas à volonté qui se compose d’un buffet en self-service pour les accompagnements, et de diverses viandes cuites au feu de bois que le cuisinier-serveur amène une par une à votre table jusqu’à ce que vous finissiez par dire stop ! Une formule étonnamment peu chère puisqu’avec une bière locale, nous en avons eu pour environ 6 € chacun.


    On termine par notre visite préférée : le marché central. Imposant et bien plus animé et coloré que le centre-ville, on peut y trouver pratiquement de tout. La grande halle couverte centrale est dédiée à l’alimentation : fruits et légumes magnifiquement rangés, fromages, charcuteries dont les saucisses défilent en continu sur un rail accroché au plafond, bouteilles de vin ou de condiments accrochées en grappes au-dessus des étals, et pas mal de petits restaurants. Le plat-phare ici est le sandwich à la mortadelle, que l’on présente volontiers coupé en deux afin que les multiples couches donnent de l’appétit aux passants.


    La campagne enfin

    Nous quittons sans regret la mégapole pour nous diriger vers l’intérieur du pays. Notre prochaine destination est à plus de 1000 km de là et nous mettrons 3 jours pour y arriver. Nous longeons d’immenses champs de canne à sucre (base de la cachaça) et des pâturages aux troupeaux clairsemés. Nous admirons cette belle terre rouge qui teinte les routes et aussi la carrosserie de Roberto. Aux arrêts, j’ai souvent l’impression de me garer sur un court de tennis en terre battue !


    Un stop rapides

    À notre premier bivouac, sur un terrain mis à disposition par la petite ville de Piraju, outre le stationnement, l’eau, les toilettes, la wifi et éventuellement l’électricité sont proposés gratuitement. Malgré ces avantages, nous restons seuls sur le parking. Nous allons nous balader sur un sentier juste à côté, fait de passerelles aménagées le long d’un torrent. On peut y voir quelques rapides (d’où le titre de ce paragraphe) et, en saison, des canoës-kayakistes s’entraînant ou concourant sur un parcours aménagé.

    Malgré tous les avantages du lieu, nous resterons les seuls à stationner ici
    Malgré tous les avantages du lieu, nous resterons les seuls à stationner ici

    Rencontre humano-aviaire

    Au bivouac suivant, à Caiuà, derrière une gare routière quasi déserte, nous apercevons un groupe de toucans qui passe d’un arbre à un autre au-dessus de Roberto. Alors que nous les observons aux jumelles, un monsieur sorti de la gare vient nous trouver et nous indique un trou dans un arbre mort. Il nous explique que là se trouve un nid d’aras, et que le matin vers 7 heures les parents viennent nourrir leur(s) rejeton(s). Plus tard, il viendra nous apporter des beignets fourrés à la viande. Le lendemain matin, je suis levé de bonne heure pour les aras, mais la pluie tombe dru. Le monsieur de la gare routière est toujours là et me dit qu’ils ne viendront pas avec la pluie mais que peut-être vers 10 heures… Il va encore nous amener du café puis nous donner ses coordonnées au cas où nous aurions besoin de quoi que ce soit. Une nouvelle fois les qualités d’accueil des Brésiliens se confirment ! Bon, nous repartirons avant 10 heures sans voir les aras, mais nous avons de la route à faire.


    Un jour aux courses

    Sur notre parcours, nous allons nous approvisionner dans un petit supermarché appelé, pourquoi pas, la Sagrada Familia. J’y ai encore déniché quelques aliments insolites.


    Campo Grande

    Nous sommes passés dans l’état du Mato Grosso do Sul, la « brousse épaisse du Sud », séparatiste en 1977 de la brousse épaisse tout court, juste au nord, jugée trop humide. Le Mato Grosso (tout court donc) possède en effet rien de moins que la plus grande zone humide de la planète (50 000 km²) soit quasiment la surface de la Slovaquie ou du Costa Rica. Il y pleut en moyenne 1m d’eau par an et 3 routes sur 4 sont en terre. Or, ce qui fait fuir les humains attire toutes les autres espèces, et cette zone appelée Pantanal est l’une des plus riches du monde en termes de biodiversité. Rien que dans la ville, où nous nous sommes garés au bord d’un grand parc, nous allons découvrir quelques espèces jamais rencontrées jusque-là, comme ce Cariama huppé, un oiseau qui se laisse d’abord courser avant de s’envoler lorsque la vitesse de ses poursuivants dépasse 25 km/h, ce tamanoir que nous n’avions rencontré que dans des zoos. Et puis nous avons croisé la route d’un grand nombre de capybaras, ces sympathiques rongeurs qui allaient prendre possession du parc peu avant la fermeture pour les humains. Une traversée nocturne que nous n’aurions pas faite si nous n’avions pas retrouvé Raoul et Sylvie, nos colocataires de conteneur pour la traversée Anvers-Montevideo. Nous ne les avions pas revus depuis la réception de nos véhicules respectifs. Nous avons échangé sur nos parcours depuis la capitale uruguayenne autour d’un rodizio de pizza, encore une formule que nous n’avions pas testée !


    Le parc rassemble, outre sa faune et sa flore intéressante, plusieurs musées de valeur, comme ce Bioparque Pantanal à l’architecture très moderne, abritant entre autres un magnifique aquarium dédié aux espèces locales, ou ce musée YY présentant une exposition naturaliste d’une façon peu commune et une autre tout aussi soignée sur la culture amérindienne précolombienne.


    Bonito, le hub écotouristique

    Curieusement, plus notre départ du Brésil approche, plus les régions que nous découvrons deviennent intéressantes. Avec Bonito, nous sommes aux portes du Pantanal évoqué ci-dessus, dans une région karstique où grottes et rivières transparentes sont légion. La ville a su développer intelligemment ses richesses naturelles, en les préservant du surtourisme et de la dégradation par des mesures strictes (activités accessibles uniquement avec guides naturalistes, nombre de visiteurs limités, etc.), encouragée en cela par des aides gouvernementales. Mais, et c’est plus rare, elle a su prévenir sa dépendance au tourisme : la plupart des activités se font sur des fermes privées où l’agriculture et l’élevage sont maintenus. Dans des situations comme celle de la pandémie, cela est vital. Bonito propose de nombreuses activités, comme la visite de grottes avec ou non descente en rappel et sans éclairage, la plongée dans des lacs souterrains, la descente avec masque et tuba de rivières étonnamment transparentes (la plupart des cours d’eau brésiliens sont boueux) et riches en poissons, l’observation d’aras dans les falaises, etc. Nous avons opté avec bonheur pour les deux dernières, profitant au passage de magnifiques paysages et de routes en terre bien poussiéreuses pour parvenir à ces sites un peu à l’écart de la route principale.


    C’est ainsi sur une bonne impression que nous terminons notre parcours brésilien. La sortie du pays sera un peu chaotique pour des raisons – et c’est un comble – de perméabilité excessive des villes frontières avec le Paraguay. Nous découvrons en effet au dernier moment que l’endroit choisi initialement ne comporte aucun poste de douane. Si ça n’est pas un problème pour les nationaux des deux pays qui circulent librement, Mercosur oblige, c’en est un pour nous autres étrangers qui devons valider notre sortie, autant pour nous-mêmes que pour notre véhicule. Il va nous falloir rejoindre la ville-frontière suivante, à 130 km de là… Et trouver le bon bureau car, pour faciliter les choses, rien ne se trouve au niveau de la frontière même. Pour pimenter les choses, nous traversons un vendredi et certains bureaux, dont celui des véhicules, ferment à 15 heures jusqu’au lundi matin. Il est 14h15 quand nous arrivons au premier bureau, ça paraît jouable, jusqu’à ce que Claudie découvre avec effroi que son téléphone affiche soudain 1 heure de plus. Eh oui, le Paraguay n’a pas le même fuseau horaire que le Brésil. Donc il est là-bas 15h15 et le bureau devrait déjà être fermé, hélas.

    Allons-nous devoir rester tout le week-end dans cette ville-frontière tout sauf touristique ? Qui plus est avec une sortie de territoire validée pour le Brésil ?? Vous saurez tout ça dans le prochain article… Il faut bien un peu de suspense que diable !

  • 148. Rio Grande do Sul

    Nous amorçons notre découverte du Brésil par son état le plus au Sud, le Rio Grande do Sul, un territoire dont l’histoire a été mouvementée. Initialement destiné aux Espagnols qui avaient alors lancé le grand programme des Missions pour évangéliser les « indiens » Guaranis, principaux occupants, le Rio Grande do Sul a ensuite été réattribué aux Portugais puis au Brésil. Il est théoriquement le territoire des gauchos, métis blancs-indiens, connus pour maîtriser les immenses troupeaux de bétail qui paissent dans les pampas, mais nous n’en avons guère vu à l’œuvre. Le Rio Grande do Sul s’est ensuite spécialisé dans la culture de la vigne avec l’arrivée des colons italiens. Il est aujourd’hui la principale région productrice de vins brésiliens. Voilà pour les présentations…

    Rio Grande do Sul
    Le parcours décrit dans cet article. Une version zoomable est disponible ici

    Passage de la frontière

    Nous nous attendions à avoir un peu d’attente au passage de la frontière entre l’Uruguay et le Brésil, mais il n’en a pas été ainsi. Car les deux pays font partie du Mercosur, une zone de libre-échange à la manière de notre espace Schengen, qui fait que la grande majorité des véhicules ne font que ralentir. Bien entendu, il nous faut pour notre part effectuer les formalités de sortie de l’Uruguay et d’entrée au Brésil aussi bien pour Roberto que pour nous même. Les douanes des deux pays sont situées dans le même bâtiment, ce qui nous simplifie les choses, et grâce au Mercosur, les guichets étaient vides. Tout cela nous a pris un petit quart d’heure. Et Roberto n’a pas été contrôlé, alors que nous avions fait notre maximum pour ne pas avoir d’aliments frais dans le frigo. A noter que nous aurions pu, en effectuant une déclaration, importer 10 kg de viande et 12 litres d’alcool chacun !

    Comme à l’arrivée dans chaque pays, il nous faut un forfait de téléphone, un peu d’argent liquide et faire les courses. Pour le téléphone, pas de souci, nous retrouvons notre forfait Free avec ses 35 gigas octets de données mensuelles. Pour l’argent liquide, c’est plus compliqué : aucune des banques de notre ville d’arrivée brésilienne ne pratique le change et leurs distributeurs automatiques n’acceptent que les cartes de leurs clients. Et nous ne trouvons aucun bureau de change. Il nous faudra nous contenter de nos cartes pour l’instant. Enfin, pour les courses, un petit supermarché avec un petit parking nous permettra de faire de petites courses…

    Dès la sortie de ville, nous sommes brusquement à la campagne. D’immenses pâturages comme en Uruguay, mais aussi pas mal de terrains en friche. La végétation borde directement la route, fini les larges bas-côtés tondus à ras. Mais les premières routes sont plutôt en bon état, espérons que cela dure ! Les distances sont grandes entre deux villes, souvent plusieurs dizaines de kilomètres pendant lesquels aucune maison même isolée n’est perçue à l’horizon. Comme en Uruguay, la circulation est très peu dense.

    Quand nous envisageons de nous arrêter pour la nuit après plusieurs heures de route, notre application nous suggère un camping au bord d’une rivière. A notre arrivée, il est désert et la réception est fermée. Aucun occupant non plus pour nous renseigner. Bah nous nous installons quand même et passerons une très bonne nuit. Un robinet d’eau resté accessible nous permettra en outre de refaire le plein d’un de nos réservoirs.


    Les Missions

    Nos missions – que nous avons acceptées – étaient au nombre de 4.

    -> La première était de nous rendre dans le large secteur des missions jésuites qui, aux XVIe et XVIIe siècle, avaient pour objectif de créer avec les amérindiens une société avec les avantages et les qualités de la société chrétienne européenne, mais libre de ses vices et de ses maux. On sait comment cela s’est terminé et aujourd’hui les missions ne sont plus que des vestiges historiques. La mieux conservée du Brésil est celle de St Michel Archange, et nous avons pu nous y rendre.

    Carte des missions jésuites du Brésil
    Carte des missions jésuites du Brésil

    -> La seconde mission était, désolé de la transition abrupte, de trouver de l’argent liquide. Mais pas davantage qu’à la ville frontière les banques ne font le change et comme là-bas, les distributeurs automatiques n’acceptent que les cartes de leurs clients. Il faudra chercher plus loin.

    -> La troisième mission est de faire coïncider dès que c’est possible, le visionnage d’un film ou documentaire en rapport avec le sujet du jour. Le film La Mission, de Roland Joffé et avec Robert de Niro, s’imposait. Il raconte précisément l’action des jésuites respectant scrupuleusement l’objectif évoqué ci-dessus avec les indiens Guarani et le désastre causé par les conquistadores. Une partie de ce film poignant se déroule dans la mission de St Michel Archange que nous allions visiter. Idéal donc.

    Captures d'écran du film La Mission
    Captures d’écran du film La Mission

    -> Notre dernière mission a été bien entendu la visite de ce lieu historique, classé à l’Unesco. Le visionnage du film la veille nous a beaucoup aidés dans la compréhension. A noter que, le guichet d’entrée n’acceptant que les espèces, on nous a permis d’entrer gratuitement. A noter aussi que, et c’est la première fois que ça nous arrive depuis le début de notre périple, des places du parking étaient réservées aux seniors (60 ans et +). Ça donne un coup de vieux mais nous n’avons pas résisté à nous garer là, pour le principe !


    Donner le change

    Au sens figuré, cette expression correspond bien à la construction de la Cathédrale « Angelopolitaine » de Santo Angelo, construite sur le modèle de la mission de St Michel Archange. Si l’on se place devant la façade, c’est la même mais en mieux, du moins si l’on oublie que cet édifice a été construit 2 siècles après l’autre. Au-dessus du portique, on trouve les Saints Patrons des 7 missions jésuites du Brésil. À l’intérieur, rénové en 1990, se trouve une image grandeur nature du Christ crucifié, d’origine missionnaire, datant de 1740 et réalisée en bois de cèdre sculpté.

    À noter une polémique intéressante à propos d’une peinture commandée à un artiste local, Tadeu Martins, sur le thème de la christianisation par les jésuites. Dans un souci de conformité avec l’histoire, les enfants Guaranis étaient représentés à moitié nus aux côtés des missionnaires. Une bonne partie des fidèles s’en est offusquée, au point que la peinture était recouverte d’un tissu lors des messes et des mariages. Au décours de la rénovation suivante en 2008, les enfants Guarani avaient (miraculeusement ?) disparu de l’œuvre. Il paraît qu’un accord a été trouvé avec l’artiste… De notre côté nous n’avons trouvé cette « Saga Missioneira » ni derrière l’autel ni sur Internet, que ce soit dans sa version originale ou corrigée. Mystère…

    Quant au sens propre, c’est l’histoire de cette improbable station-service qui en relève. Rappelez-vous notre insuccès depuis notre arrivée au Brésil à trouver une banque ou un distributeur de billets capable de nous donner quelques reais – le pluriel du real brésilien – à partir de nos cartes bancaires ou des rares devises que nous avons emportées. Claudie essaiera sans succès trois banques de San Angelo et leurs DAB. C’est l’agent de sécurité de la dernière qui suggéra que peut-être dans telle station-service une borne rouge pourrait accepter les cartes étrangères. Une station-service ? Pourquoi pas une boucherie ou un salon de toilettage pour chiens ! Enfin nous allons voir et effectivement, l’un des deux distributeurs de billets situé dans la boutique, le rouge bien sûr, a été à même de nous délivrer nos précieux dinheiro – nom des espèces en portugais.


    Le cœur violet du Brésil

    Que trouve-t-on dans une ville qui s’appelle Ametista do Sul ? Des améthystes bien sûr ! Apparues il y a 130 millions d’années suite à des bulles formées dans des coulées de lave. Les minéraux qui s’y sont infiltrés ont formé avec le temps de magnifiques cristaux, que l’on découvre en ouvrant les géodes trouvées dans le sol. L’activité est aussi dense que prospère à Ametista, aussi bien par des entreprises familiales qui exposent leurs trouvailles devant leur maison que par des firmes plus conséquentes, dont les galeries sont désormais suffisamment profondes pour en ouvrir une partie aux touristes. Nous avons visité l’une de ces mines à bord d’un petit camion aux parois grillagées afin que nos têtes ne soient pas rabotées par les rochers très proches, pour découvrir quelques éléments mis en scène du travail des mineurs et surtout quelques géodes ouvertes mais laissées en place dans la roche. Malheureusement, les commentaires n’étaient qu’en Portugais et nous n’avons rien compris. Il va falloir que nous fassions des progrès rapidement ! Le plus intéressant a été la visite du musée, exposant une incroyable collection de pièces magnifiques, récoltées au fil des années.


    Les spots de la liberté

    Nos lieux de bivouacs sont éminemment variés. Si nous préférons habituellement les coins nature, les nécessités de nos visitent nous rapprochent alors des villes. La veille, dans Ametista do Sul, nous avons dormi sur le parking en terre du musée du bambou que nous avions prévu de visiter le lendemain. Un musée totalement inintéressant, concocté pour soutirer quelques reais aux touristes en bus qui viennent surtout visiter les mines. Cette fois, c’est la présence d’une laverie automatique dans la ville de Passo Fundo qui nous a conduit à trouver un endroit adapté proche de la ville. Nous avons jeté notre dévolu sur le parking d’un grand magasin spécialiste de l’équipement de la maison (Havan pour ceux qui connaissent). Cette chaîne a l’habitude de dresser une effigie de la statue de la liberté devant ses établissements. C’est donc à proximité de l’une d’entre elles que nous avons garé Roberto pour la nuit, nous (vous) offrant quelques images insolites.


    Little Italy

    Nous voici à Bento Gonçalves, une ville qui a été choisie par les autorités brésiliennes pour recevoir les émigrants européens. Ce sont les Italiens qui sont arrivés en nombre dans les années 1870, fuyant les impôts élevés et la pauvreté entraînée par les guerres d’unification à cette époque. Ils ont amené avec eux leur savoir faire en matière vinicole, peinture des maisons en vert-blanc-rouge et cuisson des pâtes. Grâce à eux, Bento Gonçalves est la première région productrice de vin au Brésil, et produit notamment d’excellents vins pétillants.


    Manger au kilo

    Nous avons testé la Cantina Del Piero, une cantine tenue par une famille d’origine italienne depuis 1992 qui sert des plats faits maison d’excellente qualité, vendus au kilo. C’est la première fois que nous testons une telle formule. Il s’agit d’un self-service classique où l’on compose donc soi-même son assiette, laquelle est ensuite pesée. Les boissons sont en supplément mais un petit dessert et le café sont offerts. Ce qui différencie cette « cantine » des Flunch ou autres, outre peut-être la qualité de la nourriture, c’est le service attentionné que nous avons reçu, le serveur déployant un maximum d’efforts pour nous présenter le mode d’emploi, nous guider dans le choix du vin et nous offrir un dessert supplémentaire que nous ne devions pas rater. Coût de l’opération : un peu moins de 15 euros à deux, (pleins) verres de vin, desserts et cafés compris. Le kilo de plats était à 13 euros.


    Geisse what ?

    De Bento Gonçalves, nous avons pris la route des vignes, celle qui mène vers le village de Pinto Bandeira, où les émigrés italiens sont arrivés en 1876. Après de nombreuses péripéties, 3 changements de nom, une élévation au rang de municipalité en 2010, annulée en 2013 puis réattribuée en 2020, la petite commune est maintenant un ensemble d’établissements vinicoles plus ou moins renommés. Après avoir traversé le village, sillonné au travers des vignes, nous avons voulu visiter l’une des exploitations les plus célèbres à l’étranger, la maison Geisse. Impossible de visiter les installations, mais possible de déguster le vin dans un environnement agréable et avec de petits en-cas sympathiques. Vins pétillants méthode champenoise testés et approuvés !

    Pour en savoir plus sur les péripéties de Pinto Bandeira : https://www.pintobandeira.rs.gov.br/secao.php?id=2


    Changement de décor

    Plus rien d’italien dans notre nouvelle ville-étape de Gramado, ou alors en cherchant du côté des Alpes. Ce sont plutôt des Allemands et des Autrichiens qui se sont installés là, dans un décor de station de sports d’hiver mais sans domaine skiable. Nous sommes à 800 m d’altitude et la neige est rare, même si des reliefs blancs en plastique sur les toits essaient de nous faire croire le contraire. Par contre, dans les vitrines, ce ne sont que horloges à coucous, coutellerie, vêtements chauds, restaurants à fondue et accessoires de Noël. Tout ça vendu toute l’année bien sûr, car ici Noël tombe en plein été, en haute saison touristique. On aime manifestement le kitsch à Gramado, vu le bon nombre de parcs à thème que possède la ville, facilement repérables par leur façade exubérante avec personnages géants. Sans être dupes de tout ça, très amusant finalement, nous nous sommes laissés tenter par un chocolat chaud tellement épais qu’il se déguste à la cuiller.


    Attractions

    Gramado et sa ville-soeur Canela en font un maximum pour attirer les touristes, manifestement l’économie principale de la région. Outre leur architecture calquée sur les stations de sports d’hiver alpines, ces deux villes semblent concourir sur le nombre d’attractions, parfois appelées parcs à thème. Un peu abusivement sans doute, nous sommes loin du gigantisme des parcs d’Orlando ou du parc Astérix par exemple. Le thème choisi (les possibilités sont nombreuses) est décliné ensuite à grand renfort de carton-pâte et de plastique, surtout pour les façades en guise de publicité. Les attractions de départ et j’espère les plus visitées sont celles ayant trait à la nature, comme la seconde cascade la plus visitée au Brésil après les chutes d’Iguaçu ou sa plate-forme de verre au-dessus du vide, maintenant un grand classique. Mais on trouve tout aussi bien des attractions recréant un petit monde égyptien, gelé, à vapeur, automobile classique ou hollywoodien, en cire, géant, spatial, ou encore ayant trait aux Beatles, au basket, aux machines à bonbons, aux cavernes de l’âge du feu dans lesquelles on déguste des fondues, etc. La liste semble infinie et évolue chaque année, de vieilles façades décrépites en cours de rénovation en témoignent. Les activités extérieures étant malheureusement exclues en raison d’un temps froid et continuellement pluvieux, nous nous sommes rabattus sur un musée et une chocolaterie. Le premier, le « monde de la vapeur » nous avait attiré par sa façade d’où une locomotive à vapeur semble tombée du 1er étage, malheureusement il était fermé. Nous avons eu davantage de succès avec la chocolaterie, surtout avec la dégustation !


    Retrouvailles

    Voici plusieurs jours que le beau temps nous faisait défaut, alors nous quittons prématurément les collines de Gramado et Canela pour rejoindre le littoral. Bien nous en a pris car, si le vent reste bien présent, le soleil est de retour et c’est bien appréciable. Comme en Uruguay, nous nous garons assez facilement près des plages, le seul problème étant de trouver une rue qui ne soit pas trop circulante. Maintenant, nous sommes en basse saison, et en période d’été austral (décembre à février) cela doit être plus compliqué. Nous allons continuer pendant quelque temps de longer la côte du Brésil qui compte tout de même 7 491 km (à peu près 2 fois et demi celles de la France métropolitaine). Si nous sommes loin du record pour la longueur du littoral – le Canada est très loin devant avec plus de 200 000 km – le Brésil détient le record mondial de la plage la plus longue avec 254 km de sable ininterrompu. Dans l’état du Rio Grande do Sul justement.


    Nuit en montagne

    Approchant en fin d’après-midi la ville de Gravatal, de nouveau dans l’intérieur du pays, nous cherchons un endroit pour passer la nuit. Ni les options proposées par nos applications ni ce que nous avons pu repérer ne nous conviennent, toutes proches de l’animation de la ville et d’autres véhicules. Il fait encore jour, nous avons donc un peu de temps, alors nous nous engageons sur un petit chemin de terre bien tassée qui grimpe vers les collines. Après plusieurs kilomètres, aucun dégagement à peu près plat n’est visible. Nous repérons à un croisement un panneau « Igreja de Sao Geraldo ». Cela vaut la peine de tenter l’aventure, les églises possédant souvent un petit parking. A voir si en montagne c’est pareil. Le second chemin est plus étroit, plus orniéré et parfois moins bien tassé, ce qui m’oblige à utiliser la fonction Traction+ de Roberto, qui sur sol glissant, transfère le couple à la roue motrice qui adhère le mieux. Ça fonctionne plutôt bien et nous finissons par arriver au pied de cette petite église en bois. La seule place disponible est devant le bâtiment adjacent, peut-être un presbytère. Il est fermé, alors nous nous y installons. Nous passerons une nuit au grand calme et nous réveillerons le lendemain au-dessus d’une belle mer de nuages qui envahit la vallée. Rien que pour ça, cela valait le coup de grimper !


    Une rencontre d’exception

    « Quand vous serez du côté de Florianópolis, prévenez-moi » nous avait dit Elisa, l’une des amies d’Achille et Jordanne, notre fils et notre belle-fille. Brésilienne de naissance, Elisa tenait à ce que nous rencontrions ses parents, habitant Sao Bonifacio, une charmante petite bourgade dans l’intérieur des terres. Alors nous y sommes allés et avons vécu un excellent moment avec Cintia et Jose Carlos, un couple adorable qui nous a transmis d’emblée sa bonne humeur et le plaisir d’être venu habiter à la campagne trois ans auparavant. Converser n’a pas été des plus facile, notre niveau de Portugais en étant au stade de grands débutants, mais en intégrant des efforts de prononciation de la part de nos interlocuteurs avec un joyeux mélange d’Anglais, de Français, d’Espagnol et de Google Traduction, nous sommes parvenus à nous comprendre pour l’essentiel et passer un bon moment ensemble. Nous espérons vivement les revoir lorsqu’ils viendront prochainement en France voir Elisa et son mari Antoine.


    En arrivant à Sao Bonifacio, nous avons quitté le Rio Grande do Sul pour l’état de Santa Catarina, du nom de la grande île reliée au continent par la ville de Florianópolis. Ce sera notre prochaine étape. Nous nous y retrouverons très bientôt !