Auteur/autrice : jma

  • 154. De Salta à Fiambalá

    154. De Salta à Fiambalá

    Depuis Salta, nous longeons vers le Sud les contreforts de la Cordillère des Andes avant de nous y engager plus franchement jusqu’à apercevoir les sommets enneigés des plus hautes montagnes d’Amérique. Un superbe parcours à découvrir avec nous

    De Salta à Fiambala
Carte du parcours
    Parcours décrit dans cet article, zoomable en cliquant ici

    La ruée vers le rail

    De Salta, nous prenons une route Sud qui va se faufiler parfois dans des ravins, parfois dans des vallées plus larges, entre des montagnes où l’ocre et le rouge dominent. Notre premier arrêt est pour Alemanía, une ville presque fantôme qui a connu un destin proche des baraquements proches des mines d’or dans le Far West. Mais ici, ce n’est pas l’or qui a attiré les néo-habitants, c’est le chemin de fer qui venait de relier cet endroit perdu au reste de l’Argentine, voire du monde, via la ville de Salta. Le projet initial étant d’aller jusqu’à la région de Cafayate, productrice de vins et de chèvres, puis au Chili pour renforcer les échanges commerciaux. Sur une ligne pareille, il y avait forcément matière à ouvrir des commerces, et dans un premier temps à compléter la liaison ferroviaire. Plus de 1000 personnes seraient arrivées là entre 1916 et 1920, restées à Alemanía pendant quelques décennies tant que la gare était en activité, transitant les biens amenés de Cafayate en charrette. Mais la gare resta le terminus de la ligne qui ne se termina jamais, en raison des difficultés économiques liées aux différentes guerres et surtout en raison de l’arrivée d’une vraie route depuis Cafayate. Le vin et les chèvres transitèrent désormais par camion et l’activité de la gare cessa brusquement, entraînant le départ de presque tous les habitants. Ville et gare fantômes un temps, Alemanía voit revenir quelques familles venues profiter des touristes qui, comme nous, parcourent cette belle vallée.


    Le ravin des coquillages

    Ce nom sonnant bizarrement est pourtant celui de la route qui va d’Alemania jusqu’à Cafayate, la Quebrada de las Conchas en Espagnol. Cela est dû au fait que l’on retrouve dans les montagnes beaucoup de  coquillages, déposés au fond de la mer qui existait là au Crétacé. Le plissement montagneux qui s’est formé ensuite a ascensionné ces couches sédimentaires que l’érosion a alors rendu apparentes et formant de jolis feuilletages rocheux multicolores, dessinant parfois des amphithéâtres, ou encore des animaux, des obélisques, etc. La route est jalonnée de ces curiosités naturelles, tandis que les montagnes rouges en arrière-plan, très riches en oxyde de fer, constituent un décor fabuleux. Une fois de plus, nous nous sommes régalés de ce cadeau géologique de la nature.


    Cafayate, vin sur vin

    La route arrivant à Cafayate traversant des vignobles à perte de vue, il est facile d’imaginer l’activité dominante de la ville. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir de nombreux touristes, venus profiter non seulement de la route des vins mais aussi des magnifiques massifs montagneux environnants. Heureusement pour nous, la saison touristique est actuellement au ralenti, nous nous en rendrons compte en visitant la ville le lendemain matin de notre arrivée : les rues du centre-ville sont paisibles, les magasins n’attendent que vous. Nous prenons le pouls de la place centrale qui rassemble comme d’habitude les bâtiments historiques de la ville, et notamment une belle église dont la façade jaune ressort sur le plafond grisâtre qui cache encore un peu les montagnes. La particularité de l’édifice est d’avoir 5 nefs, ce qui n’est pas si fréquent et qui doit tout de même gêner les fidèles assis sur les rangées latérales pendant les messes, ne voyant pas l’autel. Dans la petite chapelle, les exvotos représentant des parties du corps sont nombreux dans l’armoire placée devant la Vierge Marie témoignant d’un taux de réussite élevé aux prières lui ayant été adressées. Quelques rues plus loin, une maison étrange affichant des animaux andins géants en façade attire l’œil. Nous n’avons guère trouvé d’explications sur les motivations de son propriétaire. Nous visiterons le musée du vin juste en face, donnant pas mal d’explications sur les facteurs climatiques qui expliquent pourquoi les vins de la région sont (bien sûr) exceptionnels : altitude de 1600 m, faible nébulosité, faible pluviosité et larges écarts de température entre le jour et la nuit (une vingtaine de degrés toute l’année) sans quasiment jamais subir de gel. On regrettera l’absence de dégustation, qui sera largement compensée dans la journée, comme vous le verrez.


    La suite au restaurant…


    Attendez l’autre suite …


    Le musée de la Pachamama

    C’est devant une forteresse de pierres que nous garons Roberto dans cette petite ville de 2000 habitants qu’est Amaichá. Ce Musée de la Pachamama est l’œuvre d’un seul homme, Héctor Cruz, un artiste d’origine amérindienne comme la majorité de la ville. Il a voulu créer ici à la fois un lieu de mémoire pour la religion de ses concitoyens et un territoire symbolique qui leur est réservé, très au-dessous bien entendu de l’étendue des territoires volés que la population amérindienne tente, sans beaucoup de succès, de se voir restituer. Un bâtiment est réservé à l’archéologie, un autre à l’ethnologie (le mode de vie des populations autochtones est restitué sous forme d’affiches informatives, de vitrines d’objets du quotidien et de dioramas) et les deux derniers aux peintures et tapis aux motifs ethniques réalisés par Héctor Cruz. Tout le reste, une multitude d’escaliers, de terrasses, de niches, de portes, de sculptures et de motifs au sol en hommage à la religion des Incas, Pachamama et dieux du soleil et de la lune inclus, a été réalisé par l’artiste lui-même, sans l’assistance d’un architecte. C’est un univers étrange et fabuleux, tout en ayant un sens tout à fait louable, dans lequel nous nous sommes promenés avec délectation. Sous le soleil bien sûr, qui brillerait ici entre 340 et 365 jours par an selon les sources.


    La fête du poncho

    Ou bien c’est le temps gris, ou bien c’est la ville elle-même, mais nous n’avons pas trouvé grand intérêt à la capitale régionale San Miguel de Tucuman. Si ce n’est l’intérêt historique d’avoir été l’endroit où l’indépendance du pays a été signée le 9 juillet 1816. La salle où a eu lieu cette signature est d’ailleurs la seule du bâtiment – une grande maison individuelle – qui a été préservée. Après destruction du reste des locaux, quelqu’un a fini par soulever l’idée qu’il avait peut-être un peu d’importance, et tout a été reconstruit selon les plans d’origine, autour de la fameuse salle. Nommé maintenant « maison de l’indépendance », le lieu est ouvert aux visiteurs qui se pressent nombreux à l’ouverture, groupes scolaires en premier, pour le visiter. C’est d’ailleurs gratuit. Quittant ce centre-ville peu clinquant, nous ne trouvons guère mieux dans la ville suivante San Fernando del Valle. Heureusement, nous tombons sur une affiche promouvant la « Fête du Poncho », l’évènement principal de la vie municipale après le jour de l’indépendance et le carnaval. Notre guide en parlait d’ailleurs, comme une fête folklorique à ne pas rater. Heureux d’être là le bon week-end, nous nous y rendons. C’est en périphérie de la ville. Les parkings improvisés (le moindre bord de route stationnable est privatisé et taxé par des gardiens en gilet fluo dont on ne sait pas s’ils sont légaux). Dès le début de la visite, c’est la déception. Ni folklore ni poncho dans ce qui est assimilable plutôt à une foire-exposition avec ses stands automobiles, ses food-trucks, ses vendeurs ambulants, ses stands d’artisanat et d’alimentation, sa fête foraine. Nous flânons dans les allées, achetons quelques friandises et repartons une vingtaine de kilomètres plus loin nous garer dans un coin tranquille, loin des foules et du bruit.


    La boisson mythique

    C’est en marge de cette Fête du Poncho que les stands de boisson me rappellent qu’il faut vous parler de cette boisson assez typique de l’Argentine alors qu’elle n’en est pas originaire : le Fernet-Branca. C’est tout de même la 3ème boisson alcoolisée la plus bue dans le pays après le vin et la bière, moins originaux. Elle a été introduite dans le pays « sous le manteau » par les immigrés italiens dans les années 1870 à 1920. Il s’agissait de se remémorer le pays d’origine ou bien de soigner quelques maux en raison des herbes médicinales incluses. Mais la demande a été telle que la maison-mère du côté de Milan décida d’ouvrir une usine de fabrication en Argentine. Avec raison car 70 à 75% de la production mondiale du Fernet-Branca est consommée dans ce pays, avec un effet de mode actuellement chez les jeunes adultes. La teneur en alcool étant assez élevée (39-40°) on dilue volontiers la boisson avec du soda (Fernet con Coca sur les menus) ou du vermouth. Personnellement, j’avais découvert l’existence du Fernet-Branca dans les années 80 non pas en en consommant mais en lisant l’excellente revue Fluide Glacial qui a accompagné mes années de fac. On y trouvait notamment la série de BD « Carmen Cru » dont l’auteur J.M. Lelong est malheureusement décédé en 2004. Il y est décrit le quotidien savoureux, dessiné en noir et blanc, d’une petite vieille acariâtre, consommatrice de Fernet-Branca, infâme avec son entourage mais pour qui paradoxalement on finit par avoir un peu de compassion. Je vous en recommande vivement la lecture.


    Chumbicha

    Inconnue de tous les guides touristiques, cette petite ville l’est presque aussi de Google Chrome qui ne propose aucune suggestion concordante lorsque l’on tape son nom dans la barre de recherche. C’est plutôt rare. Après validation, on tombe sur cette description de Wikipedia qui, comme on dit, vaut le jus : « Chumbicha est une localité argentine située dans la province de Catamarca et dans le département de Capayán, en Argentine. Le nom Chumbicha a ses racines dans la langue quichua où son nom signifie, « faire chumpi, la gaine ou la corde« . Aaah, « faire chumpi », tout un programme ! Nous avons choisi de nous y arrêter pour profiter du parking tranquille de sa gare routière toute neuve qui tranche avec les terrains vagues et les maisons décaties alentour. Il n’y passe pas plus de quelques bus par jour, nous n’avons pas vraiment été dérangés. Et puis une petite balade de voisinage nous a amenés à découvrir quelques trucs intéressants.


    La route de l’adobe

    Sur une cinquantaine de kilomètres, précisément de Tinogasta à Fiambalá, nous suivons la route de l’adobe, nommée ainsi pour son inhabituelle concentration en édifices bâtis sur ce mode. La terre rouge abondante de la région en est probablement la raison. Il suffit de la malaxer avec un peu d’eau et de paille pour en faire des briques qui sècheront simplement au soleil. Et le mélange servira encore à lier ces briques une fois assemblées en murs, et même à les recouvrir d’enduit. C’est encore l’adobe qui fera l’étanchéité des toits de paille disposée sur des traverses en bois d’eucalyptus ou de cactus. Le seul hic, c’est qu’il faut entretenir tout ça régulièrement, sinon tout tombe vite en ruines. Nous voyons ainsi beaucoup de constructions délabrées, mais aussi beaucoup qui semblent presque neuves et de belles églises construites sur ce principe (voir les photos).


    Rose de chez rose !

    L'église rose de Copacabana en Argentine (itinéraire de Salta à Fiambalá)

    L’une des églises sur la route, dans le petit village de Copacabana, attire le regard de loin de par sa couleur rose vif. Nous nous arrêtons y jeter un œil et découvrons étonnamment que l’intérieur est tout aussi rose bonbon que la façade. Avec quelques nuances de bleu du plus bel effet !


    Fiambalá, sa dune et ses thermes

    Petite ville au bout d’un long désert, Fiambalá n’a pas un charme fou. Après un rapide tour du centre-ville, nous gagnons la périphérie pour nous garer au pied d’une petite dune appelée La Baleine. Surtout nous sommes dans un environnement grandiose de montagnes à plus de 2500 m d’altitude. Que nous allons gagner dès le lendemain par une route pittoresque grimpant à 1750m au pied des Thermes de Fiambalá. Il y coule dans une sorte de ravin en pente une source bien chaude qui arrive par un ruisseau  au sommet et s’écoule dans 14 bassins étagés, où la température perd environ 1°C à chaque fois. On passe ainsi de 45°C pour le bassin supérieur à 30°C pour le plus bas situé. Chacun peut choisir ainsi de barboter dans le milieu qui lui convient le mieux, ou bien de suivre la progression recommandée d’aller du moins chaud au plus chaud. C’est la dernière solution que nous avons choisie, Claudie s’arrêtant vers 41°C tandis que je tente le bassin de 45°, en ressortant rouge comme un homard malgré le peu de temps passé dedans. Nous prendrons notre temps de relaxation dans le bassin à 40°C, tout à fait tenable et agréable dans la durée. Pour les plus intéressés par la chimie de l’eau, pas d’indication sur place mais on trouve sur Internet que ces eaux sont sulfatées, siliceuses, bicarbonatées alcalines et faiblement chlorées. Pas d’odeur de soufre en tout cas. Dommage, j’aime bien !


    Le Canyon de l’Indien

    Nous voici partis vers le Nord, sur la route dite « des 6000 », appelée ainsi car elle est surplombée (au loin) d’une série de sommets de plus de 6000 m d’altitude appartenant à la Cordillère des Andes. Cette route rejoint le Chili, avec une frontière qui n’ouvre que les mercredis, mais nous n’avons pas l’intention d’aller jusque là pour le moment. Une vingtaine de km après Fiambalá, nous nous arrêtons sur un parking improvisé en bord de route pour aller faire une petite randonnée de 2 kilomètres dans le Canyon de l’Indien. Une gorge creusée dans une immense coulée de lave par un torrent qui semble à sec depuis un bon moment. Les parois autour de nous, d’une vingtaine de mètres de hauteur, sont impressionnantes et offrent une multitude de formes. Le sentier se resserre peu à peu, nous devons franchir quelques éboulis et nous faufiler dans des passages parfois étroits, avant d’arriver devant une formation géologique qui a donné son nom au lieu : le visage d’un indien dessiné par la nature dans la roche, face à un autre visage juste en face, qui serait celui de sa compagne. Une légende raconte en effet qu’un village amérindien fut menacé un jour par les conquistadores. Deux de ses habitants entraînèrent toute la population vers une montagne proche pour échapper à leurs agresseurs, mais se retrouvèrent devant une paroi infranchissable. Le couple meneur invoqua les dieux, qui ouvrirent une tranchée dans la montagne, par laquelle les villageois purent s’échapper. Le couple fut ensuite immortalisé dans la pierre afin de continuer à surveiller le passage. Qui pour l’instant ne voit plus passer grand conquistador.


    La route des 6000

    On traverse ici des paysages multiples et grandioses loin, très loin de toute civilisation. Pour tout dire, arrivés à notre point de demi-tour – en poursuivant nous serions allés au Chili – après plus de 2h de route en ne rencontrant comme construction qu’un unique hôtel-restaurant au milieu du parcours, je ne me suis jamais senti autant isolé et distant du monde civilisé. La route, magnifique, serpente au travers de gorges escarpées bordées de montagnes toutes rouges avant de s’élever continuellement vers les larges et hautes plaines bordant la Cordillère. Si la végétation est toujours rase, quand elle n’est pas absente, le sol change sans cesse de couleur au fil des kilomètres. Une zone de marais héberge quelques canards sur une eau partiellement gelée, plus loin nous avons aperçu des vigognes sauvages et souhaitant le rester : elles fuient assez vite devant l’objectif du smartphone. Au loin, on finit par apercevoir les sommets enneigés des fameux 6000, dont le fameux Ojos del Salado, le plus haut volcan du monde et second sommet d’Amérique avec ses 6893 m. Nous interrompons notre grimpette au niveau d’un refuge placé dans un endroit où le vent souffle en fortes rafales. L’intérieur est accueillant avec de quoi faire un feu et préparer un repas. Il y a même la wifi grâce à un équipement Starlink. Inutile de dire qu’aucun réseau mobile n’a été perceptible tout au long de la route. Il ne nous restait plus qu’à redescendre. 2 bonnes heures de nouveau pour rejoindre notre dune baleinière à Fiambalá.


    À partir de là, nous allons tout doucettement prendre la direction de Mendoza, où nous espérons retrouver des amis de longue date qui tiennent un refuge là-bas. Cela fait presque une vingtaine d’années que nous ne nous sommes pas vus. Un moment qui s’annonce exceptionnel, vous en saurez davantage dans le prochain article !

  • 152. Paraguay seconde partie

    152. Paraguay seconde partie

    De la capitale Asunción à la ville d’Encarnacion, nous poursuivons notre découverte du Paraguay, un pays qui nous plaît beaucoup pour l’instant. On espère rester sur cette impression favorable !

    Paraguay seconde partie
Carte du parcours
    Parcours décrit dans cet article, zoomable pour plus de précision sur les étapes en cliquant ici

    Asunción

    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay
    Un (rare) joli mural dans la capitale du Paraguay

    La découverte du pays se poursuit par la visite de sa capitale Asunción, peu connue sur le plan mondial (j’aurais été incapable de la citer). À parcourir le quadrillage parfait de ses rues, à l’américaine, on comprend vite pourquoi elle ne fait pas de vagues. La grande majorité des bâtiments sont des immeubles sans charme, aussi bétonnés que peu entretenus, la circulation est dense et polluante surtout avec les vieux bus antédiluviens qui crachent leur fumée noire à tout va. Les rares édifices historiques sont assez dispersés et rien n’indique qu’à un moment vous êtes au centre-ville. Nos téléphones, peu enclins à capturer la désolation, restent dans nos poches. Les occasions de les sortir seront assez rares, mais nous avons tout de même trouvé quelques zones d’intérêt ou de nature insolite. À voir dans les 5 séries ci-dessous dont la dernière est consacrée à la cuisine paraguayenne.

    voir plus bas pour le lien manquant et les réponses aux quizz

    Le lien pour la paréidolie c’est ici, et les bonnes réponses aux deux quiz sont 1c et 2b


    La plus belle église du pays

    C’est dans la petite ville de Yaguarón que fut fondée en 1586 l’une des premières missions franciscaines du Paraguay. L’église datant du XVIIIe siècle, bâtie sur le modèle des grandes maisons des Guarani, en bois et en pisé avec un toit descendant bas et de grandes colonnades tout autour, est remarquablement bien conservée. La richesse de la décoration intérieure tranche avec la sobriété extérieure. C’est probablement le plus bel exemple de l’art baroque hispano-guarani et la plus belle église du pays. Le domaine de la mission initiale a été préservé en espace vert. Au long des grilles, une dizaine de personnages dorés semblent attendre sur autant de bancs. Il s’agit de personnalités importantes de la ville ou de la région, aussi bien politiques que artistiques. Insolite.


    Sapucaí et son musée ferroviaire

    En 1890, la gare de Sapucaí était la plus importante de la ligne Asuncion–Encarnation, une des premières lignes ferroviaires de l’Amérique latine. Avec une voie unique de 376 km reliant la capitale du Paraguay à l’Argentine. C’est à Sapucaí que se trouvaient les ateliers de réparation des trains. Ils ont cessé leur activité en 1999 avec la disparition des locomotives à vapeur et du trafic passagers. Mais ils se visitent toujours et c’est un beau moment d’histoire et de mécanique. Avec encore quelques locos les entrailles ouvertes dans le hangar ou d’autres encore rouillant dans le cimetière improvisé des champs alentour.


    Un château médiéval au Paraguay !

    Ça n’a l’air de rien, mais en y réfléchissant deux secondes, il est évident que le Moyen-Âge tel qu’on le connait n’a pas existé en Amérique. C’était alors la grande époque des Mayas, Aztèques et autres Incas à qui il n’était pas venu l’idée de construire des châteaux. Pourtant, le Castillo Echauri, près de Villa Rica, a bien l’allure d’un château médiéval, avec sa situation au sommet d’une colline, ses mur épais, son donjon et ses tours crénelées. Il a juste été construit … entre 1995 et 2000 par l’architecte Guillermo Echauri en hommage à ses ancêtres venus d’Espagne s’installer au Paraguay. Il y a habité avec sa famille pendant 20 ans avant de l’ouvrir au public. Non sans avoir ajouté quelques attractions pour les locaux à qui le Moyen-Âge européen parle moins que les séries télévisées. On trouve ainsi quelques reliques de Game of Thrones, Harry Potter ou encore du Seigneur des Anneaux, de quoi faire d’amusants selfies.


    La zone des 3 frontières et les chutes du Lundi

    Ciudad del Este, la 2ème ville du pays a été construite de toutes pièces en 1950 pour commercer avec le Brésil et l’Argentine à l’endroit stratégique où les frontières des 3 pays se rejoignent. De fait, nombre de visiteurs frontaliers viennent encore faire leurs courses dans les marchés et les grands centres commerciaux situés juste après le pont de l’Amitié qui relie le Brésil au Paraguay, entraînant un intense trafic au niveau des douanes. Si les locaux passent quasi-librement en raison du Mercosur, nous sommes obligés pour notre part d’effectuer les formalités de passage de frontières, même pour une journée. Car oui, nous allons bientôt passer là pour nous rendre aux chutes d’Iguaçu côté brésilien. Mais en attendant, nous profitons des quelques parcs de la ville, offrant des campings et quelques attractions culturelles gratuitement. Le hic, c’est qu’il faut réserver au préalable et que le procédé est loin d’être simple. Nous nous sommes contentés du joli camping et sommes allés visiter, en préalable à Iguaçu, les chutes du Lundi. C’était un mardi mais elles étaient toujours là…


    Des pneus pour Roberto

    Dans cette ville au commerce intense, nous avons profité du grand nombre de vendeurs de pneumatiques – ça s’appelle des gomerias – pour faire remplacer les pneus avant de Roberto. Une première tentative chez un revendeur Michelin nous a fait demander un délai de réflexion : 316 € le pneu tout de même ! Un peu plus loin, on nous a proposé des pneus chinois qui nous ont semblé de bonne facture tout en répondant aux normes techniques de nos pneumatiques et en étant agréé pour la neige et la boue. Montant du devis ? 112 € les deux pneus, montage équilibrage et remplacement des valves compris. Accepté !

    Roberto à la gomeria
    Roberto à la gomeria

    Escapade aux chutes d’Iguaçú

    Le plus long a été de franchir la frontière pour aller à Foz do Iguaçú, la ville brésilienne à partir de laquelle on rejoint les chutes. Partis pourtant de bonne heure, nous n’arrivons qu’en fin de matinée au parking des chutes, distant pourtant de seulement 25 kilomètres de notre point de départ. Nous déjeunons rapidement et rejoignons la station des bus du parc qui nous emmèneront au début du sentier qui longe les chutes. Et là, la magie commence à opérer. Certes nous avions déjà vu des photos de ces chutes géantes de 50 à 84m de hauteur, étalées sur près de 3 kilomètres, déversant jusqu’à 6 millions de litres chaque seconde (étonnamment, leur débit est régulé par les Brésiliens qui possèdent les barrages en amont sur le Rio Iguaçú), mais le bruit et le panorama grandiose du lieu ne peuvent être appréciés que vécus. Le sentier en corniche offre un panorama sur l’ensemble des chutes, qui se découvre peu à peu, avec les brumes et arcs-en-ciel s’élevant du fond du fleuve. Au passage on rencontre quelques singes et coatis, ce qui ne gâte rien. La progression se termine en apothéose avec d’une part une passerelle qui s’avance jusqu’à un point de vue magnifique sur la « gorge du diable », la plus haute chute du parc, et d’autre part jusqu’à presque toucher une impressionnante cascade, à condition d’accepter quelques embruns. Il faut savoir se mouiller !


    Le parc des oiseaux

    Installé non loin du départ des bus pour les chutes, ce parc héberge environ 600 oiseaux de 150 espèces, majoritairement locales. On passe de volière en volière pour bien s’immerger dans ce monde particulier. Même si beaucoup de ces volières sont immenses, les oiseaux restent en captivité, posant l’éternel dilemme du zoo : faut-il enfermer les animaux pour permettre à la population d’en voir au moins un de chaque espèce dans sa vie ? Cela dit, plusieurs espèces présentes ici sont en voie d’extinction et ce genre d’établissement permet aussi d’en sauvegarder quelques-unes, tout en ayant un programme de réintroduction dans un milieu naturel protégé dès lors que c’est possible. À noter enfin qu’un certain nombre d’oiseaux circulent librement ici hors des volières, peut-être parce qu’ils sont nourris. Mais on peut imaginer aussi que cela les intéresse de voir des humains.


    Que dire des photos ci-dessous : arbre génétiquement modifié ? messages colorés aux extra-terrestres ? La réponse est dans la dernière diapo.


    On file

    Après nous être remis de nos émotions et après discussion, nous décidons de ne pas aller visiter le côté argentin, nous économisant ainsi deux passages de frontières supplémentaires. Les sentiers argentins sont plus proches des chutes mais n’en permettent pas une vue d’ensemble. Nous estimons que le côté brésilien nous a donné une plus grande diversité de vues, aussi bien éloignées que très rapprochées, et que s’il fallait en visiter un seul ce devait être celui-là. Alors nous voilà repartis sur les routes toujours aussi charmantes du Paraguay.

    La capitale du maté

    L’arrêt à Bella Vista était indispensable quand on connaît l’importance du maté au Paraguay. Car la yerba maté, la plante à partir de laquelle est fabriqué le breuvage national, voire sud-américo-sous-continental (?), est originaire du Paraguay. Son nom scientifique est d’ailleurs Ilex paraguayense. Elle était bien connue des Guaranis qui la consommaient d’une façon différente d’aujourd’hui, en laissant infuser les feuilles fraîches et broyées dans de l’eau. Ils maîtrisaient la culture, mais lorsqu’ils ont été quasi exterminés, ils ont emporté leur secret avec eux. Car la graine de yerba maté que l’on récolte sur l’arbuste ne germe pas si elle est plantée directement dans le sol. Les Espagnols ont dû s’en passer pendant plus d’un siècle, jusqu’à ce qu’un immigré allemand, après avoir observé que les graines que rejetaient les oiseaux après les avoir consommées germaient bien, trouvât le procédé pour reproduire les effets du passage dans le tube digestif des volatiles avant de distribuer ses plants dans le pays et ses voisins. C’est en tout cas ce que l’on nous a expliqué lors de la visite en VIP de la plantation Selecta, l’une des nombreuses qui officient dans la région. Toutes les étapes de la fabrication du maté nous ont été détaillées par un passionné qui a fait des efforts pour bien articuler pour que l’on comprenne bien son Espagnol. Une fois la graine traitée comme il faut, il faut attendre 2 ans avant qu’un rameau d’une dizaine de feuilles se forme. Replanté en pleine terre, taillé régulièrement pour ne pas monter trop haut, ce rameau devra encore attendre 5 ans avant de s’être suffisamment étoffé pour permettre la première récolte, toujours effectuée pendant l’hiver austral. Les rameaux qui contiennent 70% d’eau sont chauffés au bois à plusieurs reprises pour que l’humidité descende autour des 3%. Les feuilles et les tiges qui sont devenues craquantes sont ensuite stockées pendant 2 ans pour permettre leur maturation avant le traitement final : un broyage plus ou moins fin selon la demande des consommateurs. La visite se termine bien entendu par une dégustation au Maté Bar (établissement unique en son genre au Paraguay), accompagnée de spécialités culinaires à base de maté également. Notre guide nous a expliqué que les enfants commençaient à en consommer entre 2 et 5 ans, que les adultes, en fonction du moment de la journée, le prenaient soit en maté, infusé dans de l’eau chaude, soit en tereré, avec alors de l’eau fraîche. Les pays étrangers n’apprécient pas toujours la saveur amère du produit et commandent volontiers des versions aromatisées, tout en y ajoutant un peu de sucre et/ou de lait. Mais les Paraguayens le boivent généralement pur.

    (suite)


    Une mission pour le prix de trois

    Nous avions visité quelques-uns des restes de ces missions jésuites au Sud du Brésil, le Paraguay en possède également. C’est la même histoire : une évangélisation bienveillante des indiens Guaranis par les Jésuites, manifestement trop bienveillante pour la couronne d’Espagne qui les a fait cesser en 1767. La plupart ne s’en sont pas remises et les Guaranis totalement désemparés se sont dispersés avant d’être opprimés (le mot est faible) par les conquistadores. La communauté actuelle est d’un peu plus de 100 000 âmes, à comparer aux 6 millions d’habitants du pays. La restauration et la conservation de ce patrimoine participe au devoir de mémoire. Les explications sur place aident à comprendre l’organisation solide de ces missions. Nous avions prévu d’en voir deux dans le Sud-Est du Paraguay, celle de Jesús de Tavarangüe dont la construction de l’église n’était pas terminée au moment de l’éviction des Jésuites (les colonnes centrales de l’église s’arrêtent à mi-hauteur) et celle de Trinidad, la mieux conservée du pays, mais dont l’accès nous a été refusé pour cause d’évènement privé ! Alors que le billet d’entrée de la précédente était censé la couvrir ainsi qu’une troisième. Scandaleux, nous avons tout de même perdu 4 euros dans l’affaire. Je blague quant au prix bien sûr, mais nous étions fâchés de ne pouvoir faire cette visite alors que la veille au soir le gardien nous avait affirmé que ce serait ouvert.

    Cette visite est l’occasion de se poser la question « Que sont devenus le peuple et la culture Guarani dans le Paraguay d’aujourd’hui ? ». Eh bien pendant la période des Jésuites et des Franciscains, il y a d’abord eu un métissage important. Une fois les Jésuites chassés du Paraguay par le roi d’Espagne, les Guarani se sont dispersés, avant d’être sévèrement opprimés par les Espagnols devenant largement majoritaires au fil des vagues d’immigration, et leur nombre n’a cessé de diminuer au fil des années. Quand la guerre de la Triple Alliance a été déclarée (voir plus bas), tous les Paraguayens ou presque se sont retrouvés à la même enseigne, perdant 85 à 90% de leur population masculine et 2/3 de leur population totale. On aurait pu croire la culture Guarani oubliée mais il n’en est rien : outre le nom donné à la monnaie locale, 90% de la population parle aujourd’hui le Guarani, contre 70% pour l’Espagnol. Ces deux langues sont d’ailleurs les 2 langues officielles du Paraguay, un cas unique en Amérique. La langue elle-même, de tradition orale, a été heureusement été transcrite à l’écrit grâce aux frères missionnaires. Longue vie au Guarani !


    Encarnación, dernière étape paraguayenne

    C’est par cette ville tout au Sud du Paraguay que nous terminons la visite de ce pays. Il est trop tard pour profiter de son carnaval, le plus réputé du Paraguay, mais ayant lieu entre janvier et mars. Et il est trop tôt pour profiter des plages aménagées le long du fleuve Paraná, où accourent la majorité des estivants paraguayens entre décembre et février. En dehors de ces périodes, la ville est plutôt tranquille. Nous avons apprécié ses rues larges et peu encombrées, ses espaces verts, sa Plaza de Armas qui rassemble les monuments en hommage aux diasporas italienne, japonaise, ukrainienne et allemande entre autres. Et son sanctuaire de la Vierge d’Itacuá, la sainte-patronne des marins du Rio Paraná, perdu dans la forêt à la pointe d’une péninsule. Ce lieu rassemble les pèlerins chaque dimanche mais surtout une foule énorme le 8 décembre de chaque année. On se demande bien comment tout ce petit monde circule dans un endroit aussi réduit. Tout au long de la route, de petits abris qui pourraient être pris pour des arrêts de bus présentent chacun une illustration en mosaïque d’une Vierge de chacun des pays sud-américains.


    Enfin, nous avons été attirés par le mini-zoo d’Encarnación, intrigués par son droit d’entrée concurrentiel à 1 euro. Il fallait y jeter un œil pour vérifier qu’avec une bonne gestion, on pouvait présenter de façon honorable les animaux du pays (pas que des oiseaux donc, comme à Iguaçu).


    La guerre de la Triple Alliance

    On ne peut pas traverser le Paraguay sans connaître la partie la plus terrible de son histoire, la guerre de la Triple Alliance, qui a d’ailleurs commencé comme certains conflits mondiaux actuels, peut-être une leçon à méditer. Dans les années 1860, le Paraguay était l’un des pays les plus avancés d’Amérique, gouverné par la dynastie des Lopez, de quasi-dictateurs. Mais cinq années d’une guerre terrible vont tout anéantir. À cette époque l’Argentine et le Brésil, déjà géants, rêvaient encore de s’agrandir. Le géant Brésil occupa soudain à cet effet une province du modeste Uruguay (la référence contemporaine c’est ici). Le problème, c’est que le dirigeant de l’Uruguay était un copain du dernier des Lopez, Francisco, lequel rêvait de se voir accorder un droit de passage vers l’océan. Alors ce Francisco Lopez, un rien égocentrique et sanguin, surestimant sans aucun doute ses forces, déclara purement et simplement la guerre au Brésil. Le pays attaqué fut rapidement soutenu par l’Argentine, et comble de malchance aussi par l’Uruguay, dont l’opposant au copain de Lopez venait de prendre le pouvoir. C’est cette triple alliance qui va répondre à la déclaration de guerre du Paraguay. Avec un rapport des forces d’à peu près 1000 contre 1 (j’exagère sans doute, mais peut-être pas tant que ça), Francisco Lopez s’obstinera tout de même 5 ans avant de perdre la guerre en mourant sur un champ de bataille (le fameux Cerro Mora de notre première visite). Le problème, c’est qu’il entraînera avec lui dans la mort 85 à 90% des hommes du pays en âge de se battre. C’est tout simplement énorme (plus de 3 fois les pertes masculines françaises au cours de la 1ère guerre mondiale). Le plus étonnant, c’est que le pays n’ait pas été absorbé par ses 3 adversaires au décours de la guerre. Le fort sentiment de nationalisme de la population restante, la mésentente des pays gagnants sur la part éventuelle du Paraguay qui leur reviendrait, le coût afférent de l’occupation, la pression internationale, et finalement le bon sens l’ont emporté : il était plus avantageux pour les gagnants de permettre au Paraguay de se reconstruire et de se stabiliser. À méditer pour les tentatives d’occupation contemporaines…

    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance - photo site www.larepublica.pe
    Illustration de la Guerre de la Triple Alliance – photo site www.larepublica.pe

    Le Paraguay c’est fini !

    Le grand pont qui relie le pays à la ville argentine de Posadas nous fait de l’œil. Nous allons l’emprunter sur le champ, en espérant que les formalités de passage de la frontière seront plus courtes que celles de notre excursion au Brésil. A très bientôt !

  • 151. Paraguay première partie

    Ce petit pays d’Amérique du Sud enclavé entre les géants que sont l’Argentine et le Brésil semble assez méconnu et peu visité. Nous avons d’ailleurs eu du mal à trouver un guide dédié. La version disponible la plus récente était de 2016. Nous allons devoir nous faire notre propre opinion, ce que nous adorons bien sûr.

    Paraguay première partie
    Paraguay première partie – Parcours correspondant à cet article, en version zoomable ici

    Passage de la frontière

    Les informations sur Google Maps étaient heureusement erronées, et le bureau d’immigration paraguayen de Pedro Juan Caballero était encore ouvert quand nous y sommes arrivés vers 16 heures (heure de l’iPhone de Claudie, mon Samsung refusant le changement) et nous avons pu faire tamponner nos passeports. L’obtention du permis d’importation pour Roberto a été assez rapide une fois que nous avons trouvé le bon endroit, un petit local en parpaings de 2 mètres sur 3 dans un terrain vague envahi de poids-lourds. Une fois tous les précieux sésames obtenus, nous nous mettons en quête d’un bureau de change ouvert pour avoir un peu de monnaie locale, des Guaranis (bel hommage aux natifs précolombiens du pays). En changeant 2 petits billets de 20 dollars, Claudie a obtenu 158 000 Guaranis tout en ayant l’impression d’avoir gagné au loto ! Toutes formalités faites, nous partons libres comme l’air sur les routes du Paraguay.


    Premier parc national

    Une trentaine de kilomètres après la frontière, nous quittons la route nationale en parfait état pour atteindre le parc national de Cerro Cora. La route jusqu’à l’accueil est faite de pierres tassées, irrégulières et coupantes, il faut rouler doucement. 2 personnes discutent devant une grande maison en bois. Nous demandons si nous pouvons passer la nuit dans le parc (nos applis nous parlent d’un camping). « Oui pas de problème, vous pouvez y aller, vous passerez régler demain en revenant », nous répond-on dans un Espagnol que nous avons plaisir à comprendre ! Et nous voilà repartis sur la route de pierre, qui se transforme à un moment en route de terre avec ornières et un couvrant végétal de plus en plus proche de la carrosserie de Roberto. Nous passons quand même pour aboutir à un petit espace herbeux désert peu lumineux qui est censé être le camping. Un mur de béton garni de prises de courant (dont nous n’avons pas besoin), d’un robinet d’eau mentionnée non potable et aucun sanitaire. Bizarre bizarre. Nous préférons rebrousser chemin jusqu’à un immense parking que nous avions repéré à l’aller, tout aussi désert mais bien plus lumineux. Nous sommes manifestement les seuls dans ce parc, ce qui est étonnant pour un week-end. Le lendemain, balade de 4 kilomètres dans le parc, d’abord en suivant un chemin bordé de statues de personnages importants pour le pays, tous des militaires. Nous apprendrons plus tard que l’indépendance du pays en 1811 a été douloureuse à obtenir et à maintenir. Notamment, un général a perdu une bataille et la vie ici, sur le Cerro Cora, une petite montagne qui culmine à 640m d’altitude. Côté nature, nous n’observerons pas grand-chose à part quelques oiseaux, quelques papillons, pas mal de termitières et quelques fleurs inhabituelles. Assez décevant au final, mais nous aurons pris le grand air dans une nature préservée. Ce qui est plus significatif que ça en a l’air dans un pays où 90% de la couverture forestière initiale a été détruite (c’est le pays le plus touché d’Amérique du Sud).


    Où l’on fait connaissance avec la route

    Nous trouvons d’emblée le pays très vert, et la météo va rapidement nous donner l’explication. Averses et orages vont nous rendre temporairement la vie un peu plus difficile, notamment au niveau de la circulation. La bonne route a fait long feu, et les trous dans la chaussée se multiplient. En temps de pluie, leur profondeur et donc leur dangerosité sont masquées par l’eau qui les remplit. Pour la première fois depuis nos débuts à Paris (relire si besoin La poule du bois de Boulogne), nous déclenchons la sécurité blocage de carburant après choc inhabituel. Le moteur s’arrête et ne redémarre plus. Pas d’angoisse, nous avons déjà vécu la situation, il nous faut juste ressortir le manuel de Roberto pour retrouver l’emplacement du contacteur afin de réarmer la sécurité et refaire circuler le carburant. Roberto repart tandis que la pluie redouble d’intensité. Nous décidons de ne pas aller beaucoup plus loin et nous stoppons dans la première (petite) ville rencontrée, d’abord au niveau d’une supérette acheter ce qu’il nous faut pour le dîner. L’établissement est petit et les rayonnages nous semblent d’un autre âge. Et accessoirement peu fournis, à l’image du rayon boucherie où un seul morceau de viande est pendu sur un crochet, juste à côté d’une effigie de la Vierge, que les clients remercient peut-être d’avoir permis que le présentoir ne soit pas totalement vide. Comme c’est le premier magasin d’alimentation que nous rencontrons au Paraguay, nous craignons un instant que ce soit comme ça dans tout le pays, mais heureusement la suite nous prouvera le contraire (voir un peu plus bas). Nous trouvons un parking pour la nuit devant une école (c’est toujours un bon plan les week-ends, à l’inverse des églises et des stades) et pas très loin d’une gare routière.

    Extrait du manuel de bord du Fiat Ducato

    La Laguna Blanca pas trop blanca

    Le soleil fait timidement son apparition lorsque nous reprenons la route le lendemain. La circulation est très peu dense. Il faut dire que le pays a une densité de population plutôt faible, de l’ordre de 15 habitants au km². La route principale est encore bitumée, mais dès que l’on s’en écarte, c’est la terre rouge qui domine. Par beau temps, ces routes secondaires génèrent au pire pas mal de poussière – qui arrive à s’infiltrer on ne sait comment dans Roberto, à l’arrière surtout – mais par temps de pluie la circulation peut vite devenir très compliquée, le sol devenant boueux et glissant. Lorsque nous avons pris la route de la Laguna Blanca, la pluie de la veille n’avait pas encore séché, et il a fallu une bonne concentration de conduite pour éviter de s’embourber. Nous sommes arrivés au bord de ce lac. La propriété était fermée mais quelqu’un est venu assez rapidement pour nous ouvrir. Nous y avons passé la journée complète et la nuit, seuls la plupart du temps. Pourtant, cette Laguna Blanca est un lieu réputé au Paraguay et attire beaucoup de monde au cœur de l’été austral (décembre à février). Ce lac naturel est alimenté par des sources profondes, ce qui lui donnerait en saison une transparence unique dans ce pays où la plupart des rivières et étendues d’eau sont boueuses. Lors de notre passage, ce n’était pas tout à fait ça, l’eau était plutôt verdâtre et, bien qu’on lise parfois qu’elle est potable, nous n’avions aucune envie d’en boire. Nous nous sommes plutôt promenés le long de la plage de sable blanc garnie de parasols en paille, entourés d’oiseaux et de papillons d’une belle couleur orangée. J’ai pu faire voler le drone, ce qui n’était pas arrivé depuis un moment, et faire quelques prises de vue depuis le ciel.


    Petites courses du quotidien

    Le pays est l’un des moins chers d’Amérique du Sud, vous en verrez des exemples dans les photos ci-dessous. La plupart des musées sont gratuits. Dans le cas contraire, le droit d’entrée est modique, de l’ordre d’un à trois euros. Le carburant est plutôt bon marché, au-dessous d’un euro le litre de gazole Euro 6 pour ce qui nous concerne, descendant jusqu’à 0,75 € le litre d’essence ordinaire. Comme dans les autres pays d’Amérique, quelqu’un vient vous servir à la pompe. Dans les supérettes de villages, les rayons sont parfois peu garnis et il est difficile de trouver ce que l’on cherche sauf à manger purement local. Dans les grandes villes, des supermarchés modernes sont plus proches des nôtres, avec des choix d’aliments différents bien entendu. Dans les deux cas, l’achat de marchandises en vrac est disponible, aussi bien pour les aliments que pour les lessives. Même le pain, qui se vend parfois sous forme de petites boules de la taille d’une noix, peut s’acheter en vrac.


    Tobati, ville d’amour ?

    Elle n’a pourtant rien de Venise ou de Paris cette petite ville de province dominée par le rouge de ses routes en terre et de ses briquèteries enfumées. Mais son côté campagnard nous a charmé tout comme son mirador offrant une vue à 360° sur les collines environnantes. Nous avons passé la nuit en plein cœur de la ville, sur le parking de l’église et flâné dans les rues de Tobati jusqu’à la Villa de l’artisanat.

    La Vierge au manteau bleu

    La Vierge de Caacupé, une ville paraguayenne de 20 000 habitants, est considérée comme la sainte patronne du Paraguay, et fait l’objet d’une dévotion particulière dans cette ville. Son histoire remonte au XVIe siècle, lorsqu’un indigène Guarani récemment converti par les Franciscains se trouva poursuivi par des tribus hostiles. Caché dans un arbre, il pria la Vierge Marie pour sa survie, avec succès. Il en sculpta alors en remerciement une effigie dans l’écorce de l’arbre sous lequel il s’était abrité et la plaça dans la petite chapelle du bourg naissant voisin, Caacupé. Quand plus tard une inondation emporta toute la ville en épargnant la statue, le caractère miraculeux fut définitivement reconnu. Y compris par les papes Jean-Paul II et François qui visitèrent les lieux respectivement en 1988 et 2015. Et cette histoire est peinte en une vingtaine de tableaux sur les murs de l’escalier qui mène au mirador de la Cathédrale Basilique. Dans le mois qui entoure le 8 décembre de chaque année, un million de pèlerins (un paraguayen sur sept !) viennent se recueillir au sanctuaire, avançant sur plusieurs kilomètres à genoux pour certains d’entre eux ! Difficile de me plaindre des marches raides de l’escalier du mirador. Et encore moins de son droit de passage de 2 000 Gs. Une somme énorme ? Euh non, 20 centimes d’euro…


    San-Bernardino-pas-les-bains

    Aménagée comme une station balnéaire avec plages équipées, clubs sportifs, port de plaisance, résidences hôtelières, grandes maisons luxueuses, restaurants et bars de nuit, San Bernardino laisse toutefois le goût amer de l’eau de son lac qu’il ne faut pas boire et dans laquelle il est interdit de se baigner. C’est la conséquence désastreuse d’une absence de gestion des eaux usées des villes riveraines. Depuis 2012, le bleu du lac est devenu glauque (un ton verdâtre) et la turbidité s’accentue. Le site elmundolindo.com (le monde merveilleux…) la décrit pourtant comme « perle du Paraguay », « destination pittoresque offrant un mélange parfait de beauté naturelle, d’activités aquatiques excitantes et d’histoire … » Oui, j’oubliais l’histoire : la ville porte le nom de Bernardino Caballero, un ancien président du Paraguay ayant obtenu le pouvoir par un coup d’état…


    Les dentelles d’Itauguá

    Eh bien pour l’occasion je ne vais pas faire dans la dentelle, je vous livre brutes les photos de cette spécialité de la ville paraguayenne d’Itauguá et leurs commentaires, ainsi que les étapes de fabrication dans le carrousel suivant.

    Et les étapes de fabrication, à partir d’une toile tendue sur un cadre. Tout se fait à la main !


    Où l’on reparle de l’hexagone

    Rassurez-vous, il n’est pas question de rentrer en France métropolitaine mais d’aborder une formation géologique étonnante qui n’est présente que dans 2 autres endroits au monde : le Canada et l’Afrique du Sud. Nous sommes ici au Cerro Koi, une colline dont le sol sableux se délite sous forme de barrettes hexagonales. On connaissait le phénomène avec le basalte, comme dans la Chaussée des Géants irlandaise ou les formations hexagonales hexagonales (mais oui) de Bort-les-Orgues, mais ici la lave qui s’est lentement refroidie en se rétractant était plus superficielle et riche en silice, d’où l’aspect plus proche des briques que des pavés.


    Areguá, de la fraise au nain de jardin

    À 45mn en voiture de la capitale du Paraguay, Asunción, la ville tranquille d’Areguá en est l’échappatoire. Les Asunceños (qu’on pourrait traduire par Assomptionnais en Français) viennent y flâner dans ses petites rues pavées entourées d’arbres, contempler les belles maisons de leurs ancêtres, acheter des poteries pour garnir leur jardin et surtout des fraises sous toutes leurs formes. Car c’est une spécialité de la ville depuis 1920. « À Rome, fais comme les Romains font » dit-on, alors nous avons flâné dans les petites rues pavées entourées d’arbres, nous avons contemplé les belles maisons de leurs ancêtres, nous n’avons pas acheté de poterie faute de jardin mais nous avons acheté des fraises ! Sous forme de fruits bien entendu (pour rappel nous sommes en plein hiver ici), mais aussi en fourrage de petits gâteaux et en « liqueur » (en fait un sirop de fruit peu sucré mais très parfumé). Roberto a dormi pour la première fois de sa vie sur une voie ferrée (la quantité d’herbe rendait peu probable le passage d’un convoi) et dans la propriété des pompiers (nous nous étions d’abord garés à côté, mais le gardien a insisté pour que nous soyons dans leur cour…) Et nous nous sommes amusés à observer les vieux bus, ceux en service étant très difficiles à distinguer de ceux mis au rebut sur le terrain près des pompiers.

    Et un bonus spécial fraises !


    En route avec Azulito

    En venant nous garer pour la nuit sur un parking tout près de la capitale, nous sommes tombés sur un sosie de Roberto. Un fourgon de la même couleur, de la même morphologie – bien qu’un rien plus court, et porteur de plaques françaises.

    Nous communiquons rapidement, et d’autres points de convergence apparaissent rapidement. Guillaume et Lise habitent dans une île ultramarine comme nous (Nouvelle-Calédonie dans leur cas), Guillaume a fait le transsibérien comme Claudie, et Lise est infirmière comme elle. Leurs choix de véhicule et d’aménagement ressemblent beaucoup aux nôtres : discrétion du véhicule expliquant le choix de la couleur bleu nuit et, pour Guillaume et Lise, d’un minimum d’ouvertures pour ressembler à un utilitaire. Volonté de miser sur une autonomie maximum avec l’absence de gaz comblée par des panneaux solaires puissants (nos compatriotes ont pour la cuisine une plaque induction, un choix que j’avais envisagé avant de m’arrêter sur la plaque gazole). Et bien entendu stationnement par défaut hors des campings. Jeunes actifs, ils sont partis pour un an ou deux en Amérique du Sud, y compris le temps d’aménagement de leur Azulito (le petit bleu, pas si loin du grand bleu qui a inspiré Roberto) qu’ils ont totalement réalisé eux-mêmes, bravo ! Ils vont partir vers le Nord alors que nous allons plutôt descendre, mais nos routes devraient se retrouver à un moment dans le Sud de l’Argentine. Désormais, nous suivrons leur parcours sur Polarsteps, très utile dans ce but.


    La visite de la capitale du Paraguay, Asunción, s’annonce pour demain. Espérons que le mauvais temps annoncé ne gâchera pas la donne. Vous saurez cela dans le prochain épisode. A très bientôt !